Apostrophes est une émission de télévision littéraire française produite et animée par Bernard Pivot, diffusée en direct sur entre le et le ., chaque vendredi soir à .
Au Québec, elle est diffusée à partir du sur TVFQ 99.. et poursuivie à l'automne 1988 sur TV5 Québec Canada.
Définie par Bernard Pivot comme un ., l'émission devient progressivement un magazine culturel consacré à l'actualité éditoriale, sinon à la littérature prise dans son acception la plus large..
L'émission proposait des discussions ouvertes entre quatre ou cinq auteurs autour d’un sujet commun, mais également des entrevues individuelles (appelés « Grands entretiens ») avec un seul auteur lorsque celui-ci avait acquis une place importante dans le champ académique ou littéraire.
En , Bernard Pivot déclare au sujet d’Apostrophes : Bernard Pivot à propos du titre de son émission "Apostrophes", émission Vive la télé. 23 février 1975. Institut national de l'audiovisuel. Bernard Pivot faisait peut-être allusion à Lettres ouvertes, auquel Françoise Giroud était l'invitée, et animée par Michel Bassi et Alain Duhamel pour le premier numéro de cette nouvelle émission, diffusée en direct le sur l'ORTFFrançoise Giroud à propos de sa participation au gouvernement, émission Lettres ouvertes, 2 octobre 1974. Institut national de l'audiovisuel..
En quinze ans d’existence, Apostrophes est devenue l'émission littéraire emblématique de la télévision française à cette période, presque à rebours du projet initial. Elle le doit à une conjonction de facteurs favorables : une programmation avantageuse à une heure de grande écoute, un soutien continu des directeurs de la chaîne . et un paysage audiovisuel français quasi-neuf à la création du programme..
La personnalité de son présentateur, le choix initial de la formule de l'émission (débat autour d'un thème qui change chaque semaine), l'hétérogénéité de ses intervenants jouent en outre un rôle prépondérant dans la reconnaissance d'Apostrophes auprès du grand public, des professionnels du livre mais aussi du « tout-Paris » littéraire.
L'aura de l'émission éclipse quelque peu ses devancières (Lectures pour tous) ou celles qui lui succéderont (La Grande Librairie), autant qu'elle a estompé les critiques qui lui ont été adressées quant à son emprise sur la production éditoriale, des polémiques alimentées par Bernard Pivot au cours de l'émission.
Historique Concept Durant les premiers numéros d’Apostrophes, le présentateur Bernard Pivot a à ses côtés Gilles Lapouge, un ancien chroniqueur de l'émission Ouvrez les guillemets ; à partir du , Pivot présente seul, ce qui en soi rompt avec la tradition établie des émissions littéraires où le producteur est entouré de chroniqueurs..
L'émission, d'une durée d'une heure dix, est consacrée à un thème choisi selon l'actualité éditoriale pour les émission en plateau, ou bien sur un auteur reconnu faisant alors l'objet d'un entretien diffusé en différé. Le format varie en effet entre des discussions ouvertes entre quatre ou cinq auteurs. ou des entrevues individuelles avec un seul auteur..
Le rituel de l'émission est bien rodé.. Il exige que les personnes invitées se plient à la lecture préalable des ouvrages rédigés par les autres invités, afin de pouvoir en discuter sur le plateau.Claude Duneton, « Chronique de la langue parlée : Apostrophes 2/2 : L'alternative de Maspero », France Culture, 28 octobre 1984.Cette source radiophonique offre plusieurs éclairages possibles : sur l'« effet Pivot » dont bénéficia Annie Ernaux après son passage à Apostrophes le et sur la solitude audiovisuelle qui fut celle de François Maspero à la même occasion ; sur les préparatifs des invités durant la semaine précédant l'émission ; sur les préparatifs de l'émission durant la dernière heure précédant le début du direct..
Générique L'indicatif musical du générique de l'émission est tiré du concerto pour piano de Rachmaninov, interprété au piano par Byron Janis (enregistré à Moscou en , avec l'Orchestre philharmonique de Moscou dirigé par Kirill Kondrachine.).
Personnalités invitées Parmi les auteurs notables qui sont apparus dans l'émission, on peut citer : Vladimir Nabokov, Norman Mailer, Alexandre Soljenitsyne, Marguerite Yourcenar, Susan Sontag, Neil Sheehan, Milan Kundera, Georges Simenon, William Styron., John le Carré, Tom Wolfe, Umberto Eco ou Marguerite Duras.
L'apparition de Charles Bukowski dans l'émission du est restée célèbre car l'écrivain, visiblement ivre, insulta le présentateur avant de partir au milieu de l'émission , Charles Bukowski: Locked in the Arms of a Crazy Life, Grove Press, 1998, pp. 182-3. ..
L'émission a également eu comme invités des personnalités politiques (tels Valéry Giscard d’Estaing, le Dalai Lama, Robert Badinter ou François Mitterrand), des intellectuels, historiens, sociologues et linguistes (par exemple Pierre Bourdieu, Claude Lévi-Strauss ou Claude Hagège), des acteurs et réalisateurs (comme Marcello Mastroianni, Roman Polanski, François Truffaut ou Jean-Luc Godard) mais aussi des auteurs-compositeurs-interprètes (à l'image de Georges Brassens, Serge Gainsbourg, Guy Béart, Pierre Perret ou encore Renaud) pour discuter de leurs livres et de la littérature en général.
Accueil et influence La personnalité du présentateur d’Apostrophes, Bernard Pivot, ainsi que la variété des personnages présents ont fait de l'émission l'un des programmes culturels les plus regardés à la télévision française (avec une moyenne de trois à cinq millions de téléspectateurs. et des pointes à six millions).
On parle ainsi de l'« effet Pivot ». qui se définit par une audience supérieure aux émissions littéraires télévisées de la même époque (Ex-Libris, Boite aux lettres, Océaniques), une augmentation rapide des ventes de certains ouvrages présentés durant l'émission et une renommée internationale de l'émission, vendue et diffusée dans l'espace nord-américain notammentAu Québec, Apostrophes était diffusée sur TVFQ 99 puis sur TV5 ; source : .. Loin d'être uniforme et automatique, cet effet est fluctuant.
Meneur de jeu, Bernard Pivot a exercé un grand ascendant sur la production éditoriale de son temps (on trouve ainsi des . dans les librairies et FNAC où les ouvrages des invités sont présentés). Cet ascendant sur la vie culturelle française reste cependant inégal et sujet à controverses (voir ci-après). Il s'appuie également sur la création la même année qu’Apostrophes de la revue Lire, qui propose des extraits d'ouvrages et des aides à la lecture. Lire, dirigé également par Bernard Pivot, permet un premier tri des ouvrages susceptibles d'être présentés à Apostrophes..
En même temps, il y avait un phénomène curieux que toutes les personnes liées (ou qui voulaient se rapporter) à la culture devaient suivre l'émission pour parler de ce qui, dans les jours suivants, serait le thème littéraire à la mode. Aussi, les auteurs durent aller dans l'émission s'ils voulaient obtenir la reconnaissance du grand public littéraire. L'« effet Pivot » ne bénéficiait pas à tous et le bénéfice n'était pas nécessairement renouvelable pour ceux qui revenaient dans l’émission, s'adressant principalement aux auteurs novices et/ou à leur premier passages dans l'émission.
D'autre part, Bernard Pivot a toujours montré qu'il n'admettait aucune forme de censure de la part de la télévision publique française, ce qui lui donnait une grande crédibilité auprès du public.
Ce magistère ainsi exercé par Bernard Pivot n'allait pas sans remises en question ou simple interrogation.
Un an après son passage à Apostrophes, Annie Ernaux s'interroge sur la nature de l'« effet Pivot » :
En 1982-1983, une controverse surgit entre Bernard Pivot et Régis Debray, alors conseiller de François Mitterrand, président de la République française ; Debray dénonce l’ascendant pris par Apostrophes sur la vie intellectuelle en France, parlant de . Pivot, qui songeait alors à arrêter l’émission après quelques signes de lassitude, contre-attaque et décide de poursuivre l’aventure. L'année 1983 correspondra à l’apogée d’Apostrophes en termes d’audience (avec des parts de marché dépassant les 12 % de téléspectateurs dans son créneau horaire), mais aussi à celle d’, devenue cette année-là la chaîne de télévision la plus regardée de France devant TF1..
Remplacement et longévité L’émission dura jusqu'en ; en quinze ans d'existence, elle établit à l'époque un record de longévité pour une émission culturelle en France..
Elle fut remplacée par l’émission Caractères produite par Bernard Rapp et diffusée à partir de sur Antenne 2. puis par Bouillon de culture, produite et également présentée par Bernard Pivot et diffusée du au ..
En , l’émission Ce soir (ou jamais !) égalise et bat le record d’Apostrophes après neuf années d’existence, devenant l'émission avec la plus grande longévité de la télévision française. Celle-ci était cependant diffusée quotidiennement au cours de ses cinq premières années, à la différence de l'émission de Bernard Pivot qui l'était de façon hebdomadaire.
Quelques moments forts de l'émission Années 1970 : François Mitterrand surprend son auditoire par sa veine littéraire« Les grands moments d’"Apostrophes" », Le Monde.fr, .. : l’auteur-compositeur-interprète Georges Brassens, au côté, entre autres, du général Bigeard, explique sa haine de la discipline et son antimilitarisme. : l'écrivain Alexandre Soljenitsyne reçoit Bernard Pivot pour un entretien dans sa propriété du Vermont. Dans cette émission qui lui est entièrement consacrée, Soljenitsyne y témoigne notamment de la genèse de son œuvre au goulag. Selon Bernard Pivot, l’ambassade d’URSS tenta d’empêcher la diffusion de l’émission en demandant son annulation au président d’, Marcel Jullian. : Bernard Pivot reçoit Vladimir Nabokov. Pour les besoins de cette émission spéciale, le décor est réaménagé. L’auteur apparaît assis à un bureau, derrière une ribambelle de livres épars. Vladimir Nabokov était en effet incapable de s'exprimer sans un support écrit. Aussi l'animateur avait-il accepté de lui fournir les questions à l'avance, afin que l'écrivain pût en préparer les réponses. Ses notes étaient dissimulées par l'amas de livres disposé sur la table.