Ismail (), né le à Ardabil et mort le à Tabriz est le fondateur et le premier chah de l'Iran Séfévide, régnant de 1501 jusqu'à sa mort en 1524. Le règne d'Ismail est l'un des plus cruciaux dans l'histoire de l'Iran.
L'une de ses premières actions fut la proclamation de la confession duodécimaine de l'Islam chiite comme religion officielle de son nouvellement fondé Empire persan, marquant l'un des tournants les plus importants de l'histoire de l'Islam.
Ismail était également un poète prolifique sous le nom de plume Khaṭāʾī ().
Origines
thumb|250px|La bataille entre le jeune Ismāʿīl et le shah Farrukh Yassar de Chirvan Ismail est né de Martha et Shaykh Haydar le , à Ardabil. Son père, Haydar, était le cheikh de l'ordre Safavid tariqa (ordre soufi) et un descendant direct de son fondateur kurde (in Richard Tapper, Frontier Nomads of Iran: A Political and Social History of the Shahsevan, Cambridge University Press, 1997, (ISBN 978-0521583367 ) (in Kamal Muhammad, Mulla Sadra's Transcendent Philosophy, Routledge, 2006, 142 p. , p. 24), Safi-ad-din Ardabili (1252–1334). Ismail était le dernier de cette lignée de grands maîtres héréditaires de l'ordre, avant son ascension à une dynastie régnante.
Sa mère Martha, mieux connue sous le nom de Halima Begum, était la fille d'Ouzoun Hassan, le souverain de la dynastie turcomane Aq Qoyunlu, par sa femme grecque pontique Theodora Megale Komnene, mieux connue sous le nom de Despina Khatun Peter Charanis. « Review of Trébizonde en Colchide d'Émile Janssens », Speculum, vol. 45, N° 3, (July 1970), p. 475-476 , la fille de l'empereur Jean IV de Trébizonde. Elle s'était mariée à Ouzoun Hassan dans le cadre d'un accord pour protéger l'empire de Trébizonde des Turcs ottomans. Ismail était un arrière-arrière-petit-fils de l'empereur Alexis IV de Trébizonde et du roi . Issu d'une famille d'origine kurde, sa montée au pouvoir symbolise également la diversité ethnique au sein de la formation de l'État safavide.
suggère que la famille d'Ismail était d'origine iranienne, probablement du Kurdistan iranien, et que plus tard elle a déménagé en Azerbaïdjan où ses membres se sont assimilés à la population azerbaïdjanaise turcique ( Roger M. Savory. « Safavids » in Peter Burke, Halil Inalcik (Eds.), History of humanity, scientific and cultural development Vol. 5, From the sixteenth to the eighteenth century, Routledge, 1999, xxvii+508 p. p. 259). Ismail était bilingue en persan et dans un dialecte turcique du Sud, précurseur (c'est-à-dire version « proto ») du turc azerbaïdjanais moderne. Son ascendance était mélangée, issue de divers groupes ethniques tels que les Géorgiens, Grecs, Kurdes et TurkomansH.R. Roemer, H.R. « The Safavid Period » in Peter Jackson & Laurence Lockhart (Eds.), The Cambridge History of Iran. Vol. 6. The Timurid and Safavid Periods. Cambridge University Press. 1986, p. 189-350 (v. p. 224 ; 229) // David Blow, Shah Abbas: The Ruthless King Who Became an Iranian Legend, I.B. Tauris, 2009, p. 3. // // Roger M. Savory, « Safavids » in Peter Burke, Halil Inalcik (Eds.), History of humanity, scientific and cultural development Vol. 5, From the sixteenth to the eighteenth century, Routledge, 1999, xxvii+508 p. p. 259Peter B. Golden, An introduction to the history of the Turkic peoples. Ethnogenesis and State-Formation in Medieval and Early Modern Eurasia and the Middle East, Wiesbaden, Otto Harrowitz, 1992 (p. 321 de la traduction en turc par Osman Karatay, Ankara, 2002)La question de la langue parlée par le shah Ismaïl n'est pas identique à celle de sa « race » ou de sa « nationalité ». Son ascendance était mélangée : l'une de ses grand-mères était une princesse grecque Comnène. Walther Hinz, Irans Aufstieg zum Nationalstaat im fünfzehnten Jahrhundert, Berlin, 1936, p. 74, conclut que le sang dans ses veines était principalement non turc. Déjà, son fils, le shah Tahmasp, commença à se débarrasser de ses prétoriens turkmènes. – Vladimir Minorsky, « The Poetry of Shāh Ismā'īl I », Bulletin of the School of Oriental and African Studies, vol. 10 n° 4, 1942 : 1006–1029. ; la majorité des chercheurs conviennent que son empire était un empire iranien Helen Chapin Metz, Iran. A Country Study, Washington, U.S. Government Printing Office, 1989, p. 313.Emory C. Bogle, Islam : Origin and Belief, University of Texas Press, 1989, p. 145.Stanford J. Shaw, History of the Ottoman Empire and Modern Turkey, Vol. 1, Cambridge University Press, 1976Andrew J. Newman, Safavid Iran: Rebirth of a Persian Empire, I.B. Tauris, 2006 (Alireza Shapur Shahbazi, « The History of the Idea of Iran », in Vesta S. Curtis (Ed.), Birth of the Persian Empire, London, I.B. Tauris, 2005, 192 p. V. p. 108). En 700/1301, Safi al-Din est devenu le murshid de la Zahediyeh, un confrérie soufie (tariqa) importante du Gilan, cette direction lui ayant été transmise par son maître spirituel et beau-père Zahed Gilani. Safi al-Din la renomma Safavieh. Une généalogie affirmait que Cheikh Safi (le fondateur de l'ordre et l'ancêtre d'Ismail) était un descendant direct d'Ali. Ismail s'est également proclamé le Mahdi et une réincarnation d'Ali.
Son père, considéré comme le fondateur de l'alévisme anatolien (encore existant aujourd'hui), a organisé les futur alevi qui l'ont reconnu comme leur chef. Une de ses pratiques, qui a survécu jusqu'à nos jours, consistait à faire porter à ses sujets des bonnets rouges afin de les reconnaître facilement. Ainsi, les Turcs qui portaient un bonnet rouge indiquaient qu'ils étaient des QizilbashTerme qui signifie au départ « bonnet rouge », puis désigne celui qui le porte., au service du cheikh Heidar, puis de chah IsmailVassili Barthold, Soçineniya, C. II, bölüm I, Moscou, 1963, p. 748 [Œuvres, vol. II, chapitre I] Âlem-i Ârâ-yi Safevî p. 11. [Chronique persane consacrée à l'histoire de l'État safavide, et plus particulièrement au règne du shah Ismaïl] Heyyət, C. Azərbaycanın Türkləşməsi və Azəri Türkçəsinin Təşəkkülü [La turquification de l'Azerbaïdjan et la formation du turc azerbaïdjanais], Varlıq, Téhéran, 1992, p. 9-12..
Chah Inquiet de la puissance et de la popularité montante de Djunayd, le petit-fils de Khodja Ali, les souverains Akkoyunlu les chassent d'Ardabil. En 1500, un Qurultay (réunion des armées) est organisé à Erzincan. Là se réunissent les tribus turques d'Anatolie et d'Azerbaïdjan : Shamlu, Ustadjlu, Tekelü, Dzulqadir, Jepni, Rumlu, Varsak, Bayat, Qadjar, Karamanlu, Afchars, Karadaĝlu, etc.
Au printemps 1501, Ismaïl revient en force à la tête de son armée, défait les armées du dernier souverain Akkoyunlu, et se fait couronner chah à Tabriz. Après la bataille, les Qizilbashs sont rejoints par les Akkoyunlu et Karakoyunlu.
Lorsque Ismaïl s'empare de Tabriz et se fait couronner Shah, il déclare le chiisme religion d'État« Chronologie », Qantara , avril 2010 et fait de la langue turkmène la langue de toute l'administration (), ce qui eut des conséquences majeures sur l'histoire de l'Iran.
Son règne est souvent considéré comme le début de l'histoire moderne de l'Iran, ainsi que celui d'un des empires de la poudre à canon Douglas E. Streusand, Islamic Gunpowder Empires: Ottomans, Safavids, and Mughals, Boulder, Westview Press, 2011, 390 p. p. 135.. Avant son accession, l'Iran, depuis sa conquête par les Arabes huit siècles et demi plus tôt, n'avait pas existé en tant que pays unifié sous la règle autochtone iranienne. Bien que de nombreuses dynasties iraniennes aient pris le pouvoir pendant toute cette période, ce n'est que sous les Bouyides qu'une grande partie de l'Iran a véritablement repassé sous la règle iranienne (945–1055).
Il a provoqué des tensions sectaires au Moyen-Orient lorsqu'il a détruit les tombeaux des califes abbassides, l'imam sunnite Abu Hanifa an-Nu'man, et l'ascète musulman soufi Abdul Qadir al-Jilani en 1508. De plus, cet acte radical lui a également procuré un avantage politique en séparant le croissant Empire safavide de ses voisins sunnites — l'Empire ottoman à l'ouest et la Confédération des Ouzbeks à l'est. Cependant, il y avait là une impossibilité implicite : celle d'un conflit important entre le Shah, la conception d'un État « laïc », et les dirigeants religieux, qui voyaient tous les États laïcs comme illégaux et dont l'ambition absolue était un État théocratique.
La dynastie fondée par Ismail régnerait pendant plus de deux siècles, constituant l'un des plus grands empires iraniens et, à son apogée, l'un des empires les plus puissants de son temps, régnant sur l'ensemble de l'Iran actuel, la république d'Azerbaïdjan, Arménie, la majorité de la Géorgie, le Caucase du Nord, Irak, Koweït et Afghanistan, ainsi que des parties des territoires modernes de Syrie, Turquie, Pakistan, Ouzbékistan et Turkménistan. Il a également réaffirmé l'identité iranienne dans de grandes parties du Grand Iran ( Roger Savory, Iran under the Safavids, Cambridge, Cambridge University Press, 2007 , p. 2 ). L'héritage de l'Empire safavide fut également la renaissance de l'Iran en tant que bastion économique entre l'Est et l'Occident, l'établissement d'un État et d'une bureaucratie efficaces basés sur des « contrôles et équilibres », ses innovations architecturales, et le patronage des beaux-arts.
Conquêtes
De 1503 à 1508, conquiert l'Iran central (1503), les provinces du sud de la mer Caspienne (1504) et l'Irak actuel (1505-1508). Cependant, En 1507, les Ouzbeks anéantissent à Herat les derniers Timourides et menacent les Séfévides qui décident de marcher contre eux. La rencontre a lieu lors de la le et c'est une victoire totale, le Khorassan revient aux Séfévides.
Mais Ismaïl premier connaît aussi des revers. En effet, inquiet des victoires du chah, le nouveau sultan ottoman Sélim I (1512-1520) décide de partir en guerre. Il ordonne de massacrer Turkoman dans l'est de l'Anatolie, craignant qu'ils n'apportent leur soutien aux Qizilbashs, qui luttaient aux côtés d'Ismaïl. Finalement, la rencontre entre les deux parties a lieu le 25 août 1514, et donne lieu à la bataille de Tchaldiran : les Ottomans écrasent — grâce à leur artillerie lourde — l'armée séfévide, Art of the Persian Courts: Selections from the Art and History Trust Collection, New York, Rizzoli, 1992, 423 p. . Après cette bataille, Ismaïl se décide à renforcer son empire qui s’étendait de l'Euphrate à l'Amou-Daria.
Mort Ismaïl Ier meurt le . Sa tombe (que son épouse, Tajlu Khanum, a fait bâtir vers 1524-1529) se trouve à Ardabil, dans l'ensemble du khanegah et du sanctuaire du Cheikh Safi al-Din.
Ascendance
Poète thumb|Divan de Khatai
Ismaïl aimait à s'entourer des gens de poésie, notamment Süruri, Şahi, Matami, Tüfeyli, Qasımi et Habibi, et il a également pratiqué l'art de la poésie tout au long de sa vie. Il signait ses poèmes sous le nom de Khatai, et les écrivait dans l'ancienne langue Turque azérie V. Minorsky, A catalogue of the Turkish manuscripts and miniatures, Dublin, Hodge Figgis, 1958, p. 1 . Khatai a renouvelé les thèmes traditionnels du lyrisme turc. Les accents très personnels sur la bravoure, sur les martyrs et les combattants de la foi lui ont valu un grand renom. En plus de son Divan, on lui doit un long poème épique, Dehname, et un mesnevi philosophique, Nasihatname. Il a également contribué à la littérature persane, bien que peu de ses écrits persans survivent.
Mécène Ismaïl est aussi un grand mécène. À sa cour sont réunis les plus grands miniaturistes du monde islamique notamment Kemaleddin Behzad, Sultan Mehemmed Tabrizi, Shah Mahmud Nishaburi, etc. Ces maîtres donnent naissance à l'école de Tabriz qui forme des miniaturistes talentueux notamment Mir Ali Khattat, Mir Seyyid Ali Müsavvir, Sadiq bey Afshar (aussi grand écrivain) et Agha Mirak Khan (aussi grand architecte).
Culture populaire La campagne perse de l'extension du jeu vidéo The Royals Mountains d'Age of Empires II: Definitive Edition lui est consacrée.
Notes et références
Notes
Références
Annexes
Bibliographie