Íngrid Betancourt Puleciohttp://unesdoc.unesco.org/images/0018/001853/185375fb.pdf Son père utilisait également quand il était en poste à Paris à l'Unesco dans les années 1960-1970 l'orthographe Betancur, mais la date de changement officiel de l'orthographe n'est pas connue, Hermes editorial., née à Bogota le , est une femme politique colombo-française« La nouvelle vie d'Ingrid Betancourt », Le Nouvel Observateur, ., candidate à la présidentielle colombienne en 2002, enlevée par la guérilla paysanne des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et maintenue en captivité pendant plus de six ans (2002-2008) dans la jungle amazonienne.

Elle est enlevée le alors qu’elle est en campagne présidentielle dans l'ancienne zone dite de « démilitarisation », là où se sont déroulés les pourparlers de paix avec les forces rebelles. Les négociations avec les FARC venaient d'échouer, et le gouvernement colombien annonçait le succès de l'opération militaire Tanatos, dont le but était de déloger la guérilla de la région. Son enlèvement est fortement médiatisé, en particulier en France« Betancourt : un échec diplomatique », L'Express, ., ce qui en fait un otage de valeur pour la guérilla. Le gouvernement français essaie de la faire libérer en négociant avec les FARC et avec l'aide du président vénézuélien Hugo Chávez, malgré l'opposition du président colombien Álvaro Uribe, sans succès.

Elle est délivrée, en compagnie de quatorze autres otages, lors de l’opération Jaque menée par l'armée nationale colombienne le , six ans et demi après son enlèvement« Ingrid Betancourt a été libérée », RFI.. Sa libération reçoit un large écho dans les médias.

Elle est désignée présidente d'honneur des Verts mondiaux lors du congrès de cette organisation en mai 2008 au Brésil Global Greens Second Congress 2008 - Ingrid Betancourt Resolution sur globalgreens.org, consulté le .. Elle est nommée citoyenne d'honneur de Longueuil, au Québec, lors d’une cérémonie protocolaire, en compagnie de la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, en décembre 2010. Elle est élevée au grade de chevalier de la Légion d'honneur, reçoit le prix Princesse des Asturies de la Concorde et le . Son nom est proposé pour le prix Nobel de la paix, le prix Petra Kelly et un Les DVF Awards sont une série de prix créés en 2010 par la Diller – von Furstenberg Family Foundation, qui récompensent avec une bourse annuelle de 50 000 dollars des femmes ayant fait avancer la cause des femmes..

Biographie

Jeunesse et études Íngrid Betancourt est la fille de Gabriel Betancourt Mejía, ancien ministre colombien de l’Éducation, sous-directeur général de l'Unesco et ambassadeur de Colombie en France, et de Yolanda Pulecio Vélez, reine de beauté pendant sa jeunesse, puis députée, sénatrice et ambassadrice. Sa première communion lui est donnée par le pape Paul lors de son passage en Colombie en août 1968.

Fin 1963, son père est nommé directeur adjoint de l’Unesco à Paris, puis ambassadeur de Colombie auprès de cette organisation. Elle y passe une partie de son enfance, scolarisée à l'Institut de l'Assomption ; Ingrid Betencourt remercie les sœurs de l'Institut en ces termes : .. De nombreuses personnalités fréquentent la famille, comme Fernando Botero et Gabriel García Márquez, ainsi que Pablo Neruda. L'auteur ajoute qu'Ingrid ., avec qui sa famille garde un fort lien d'amitié jusqu'à la mort de ce dernier en 1973« Ingrid Betancourt, la course contre la montre », Le Nouvel Observateur, ..

Íngrid Betancourt fait ses études secondaires au lycée français Louis-Pasteur de Bogota, puis intègre l'Institut d'études politiques de Paris, où elle suit le cours de Dominique de Villepin. Elle obtient son diplôme (section Relations internationales) en 1983.. Elle rencontre le diplomate français Fabrice Delloye, qu'elle épouse en 1981. De cette union naissent deux enfants, Mélanie et Lorenzo Delloye-Betancourt. Le couple se sépare en 1990.

En 1997, elle épouse à Bogota le publicitaire Juan Carlos Lecompte, avant de divorcer en 2011..

Carrière politique

Débuts en politique et élection au parlement Íngrid Betancourt est en Colombie en 1989 auprès de sa mère, Yolanda Pulecio, fortement ébranlée par l'assassinat de Luis Carlos Galan, candidat aux élections présidentielles sur un programme de lutte contre la corruption. En 1990, elle entre au ministère des Finances, où son nom a été suggéré au ministre par un ami devenu directeur du journal Semana. En 1992, elle est affectée au ministère du Commerce extérieur, sous la direction de Juan Manuel Santos (futur président de la Colombie en 2010).

Après quelques années de travail, déçue par les rivalités politiciennes (des ministres entretenaient des ambitions présidentielles et aucun ne voulait voir son rival conforter sa popularité au sein du Parti libéral) et par la corruption, elle se présente aux ; elle est investie sans difficulté par le Parti libéral, grâce à l'influence de sa mère, elle-même sénatrice. Lors de sa campagne, elle distribue des préservatifs. Elle obtient un siège au Capitole national avec un très bon score.

Affaire des fusils Galils Elle accroît sa notoriété auprès des Colombiens à l'occasion d'un scandale qu'elle a contribué à révéler. Au début des années 90, Israël cherchait à se débarrasser de ses fusils « Galils », modèle peu efficace, notoirement dépassé, méprisé par les soldats israéliens eux-mêmes, et surtout totalement inadapté au climat tropical colombien. À la fin du mandat de César Gaviria un gros contrat d'achat de ces fusils est négocié. Les responsables israéliens remportent le marché colombien à l'aide de confortables pots-de-vin, évinçant les concurrents américain Colt et français avec le Famas.

Quatre députés, parmi lesquels Íngrid Betancourt et un ancien guérillero du M-19, alertés par un ex-militaire inquiet de voir des armes obsolètes équiper ses anciens collègues, mènent l'enquête et découvrent la corruption. Trois hauts fonctionnaires sont accusés de corruption par la justice, bien qu'ils ne soient, selon Íngrid Betancourt, que des « boucs-émissaires » car, estime-t-elle, nombre de politiciens et militaires sont aussi compromis. Ce premier combat la perturbe. Le gouvernement, et principalement le ministre de la Défense Fernando Botero Zea, réplique par une virulente campagne de calomnie largement relayée par les grands médias du pays. Ils l'accusent avec les trois autres députés d'avoir été financés par Colt. Cela entraîne des poursuites à son encontre par la justice colombienne, mais son innocence est reconnue.

Proceso 8000 En 1996, Íngrid Betancourt se trouve de nouveau sous le feu des projecteurs à l'occasion des débats au Parlement sur les liens du chef de l’État, Ernesto Samper, avec le Cartel de Cali. Deux ans auparavant, les frères Rodriguez, patrons du Cartel, soutiennent la candidature de Samper à laquelle ils contribuent financièrement pour une grosse part, dans un enregistrement réalisé à leur insu et dévoilé par le candidat déchu, Andres Pastrana. Niant dans un premier temps l'authenticité de l'enregistrement, la présidence est contrainte de reconnaître les faits. Seulement, affirme le gouvernement, le président n'en a jamais rien su. Tout a été réalisé par son équipe de campagne. Le scandale continue d'enfler jusqu'à contraindre le gouvernement à proposer un vaste débat public pour convaincre de sa bonne foi.

L'affaire est portée à délibération au Parlement. Mais d'après les accusateurs une centaine de députés et plus de la moitié des sénateurs sont eux-mêmes impliqués dans l'affaire nommée « Proceso 8000 » selon le numéro de dossier attribué par le procureur de Cali à une perquisition chez un comptable lié au Cartel. Íngrid Betancourt fait une grève de la faim de deux semaines pour dénoncer les manœuvres de ses collègues parlementaires : une loi votée par le Sénat suspend toute enquête sur des contributions financières d'origine incertaine. Le déroulement de l’enquête est ponctué d'assassinats de témoins qu'elle estime orchestrés par le gouvernement. Íngrid Betancourt elle-même échappe à une tentative d'assassinat. La culpabilité du président est rejetée par les parlementaires avec une écrasante majorité ; seuls deux ministres sont inculpés pour relations avec le Cartel..

La corruption du Parti libéral amène Íngrid Betancourt à former son propre parti, Oxigeno Verde, avec lequel elle devient sénatrice. Elle apporte son concours à la candidature du conservateur Andres Pastrana pour l'élection présidentielle de 1998 mais entre par la suite dans l'opposition à son gouvernement, qui selon elle n'appliquerait pas ses promesses de campagne et s'accommoderait de la corruption, notamment en raison d'un scandale impliquant un proche conseiller du président..

Otage des Farc entre 2002 et 2008 Capture

En février 2002, le gouvernement d'Andrés Pastrana rompt les négociations avec les guérilleros des Farc et ordonne la reconquête des (un territoire grand comme la Suisse) qui leur avaient été concédés. Une grande opération militaire — l'opération Thanatos — est déclenchée par l'armée colombienne sur ordre du président Pastrana pour déloger les forces rebelles du territoire le .

Le , le président Pastrana survole en hélicoptère San Vicente del Caguán pour affirmer par sa présence le succès de l'opération Thanatos. Les autorités refusent qu'Íngrid Betancourt voyage par voie aérienne avec les journalistes qui accompagnent le chef de l’État.. Le président Andrés Pastrana argue de l'insécurité dans la zone. Simultanément il retire les gardes du corps assignés à la protection d'Íngrid Betancourt, laissant sans sécurité la candidate à l'élection présidentielle. Sa décision n'a jamais été expliquée. Il semblerait que, pour des raisons de convenance politique, il voulait éviter la présence d'un candidat de l’opposition à San Vicente del Caguan en même temps que lui, durant la conférence de presse internationale qu'il avait convoquée.

Íngrid Betancourt maintient son déplacement afin de soutenir le maire de San Vicente del Caguán, membre de son parti politique. À la sortie de Florencia, un barrage militaire contrôle l'identité des passagers et laisse passer les voitures dont celle d'Íngrid Betancourt. Comme le gouvernement l'a annoncé, les voitures traversent une zone fortement militarisée avec des patrouilles de soldats et des hélicoptères. Au détour d'un pont, les voitures sont arrêtées par un autre barrage militaire. Cette fois, ce sont les Farc, installées sur la route à la sortie du village de Montañitas. Íngrid Betancourt et Clara Rojas sont prises en otagesL'émission Un jour, une heure sur France 2 a procédé à une reconstitution des évènements, dans le cadre d'une enquête intitulée Ingrid Betancourt, les secrets d'un enlèvement La vidéo de l'émission..

Cet enlèvement inquiète le pouvoir, du fait de la notoriété de la candidate à l'étranger, notamment en France, et parce que le gouvernement craint que le fait d'avoir enlevé les escortes d'Íngrid Betancourt ne suscite des critiques à son encontre..

En France, Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, fait de la libération d'Íngrid Betancourt une affaire d'État.

Les Farc justifient son enlèvement par son appartenance à l'oligarchie qu'ils entendent combattre et par son vote de budgets militaires dirigés contre la guérilla, ce qui en ferait une ennemie du mouvement guérillero.

De 2003 à 2006

En , l’« opération 14 juillet », tentative de libération d’Íngrid Betancourt par des forces spéciales du gouvernement français est un fiasco. De surcroît, elle provoque une tension dans les relations diplomatiques de la France avec la Colombie et le Brésil.