Les Baloutches sont un peuple iranien qui vit majoritairement au Baloutchistan (ou Balouchistan), une région historique aujourd'hui divisée entre le Pakistan, l'Iran et l'Afghanistan. Ils parlent majoritairement le baloutchi.

La population baloutche globale est estimée entre 10 et 15 millions de personnesCarina Jahani, A Grammar of Modern Standard Balochi, Studia Iranica Upsaliensia 36, Uppsala, 2019, p. 5 ().. La grande majorité d'entre eux réside au Pakistan (8,1 millions en 2023), principalement dans la province du Baloutchistan. Des communautés importantes sont également établies en Iran (presque deux millions)Naseer Dashti, The Baloch and Balochistan: A Historical Account from the Beginning to the Fall of the Baloch State, Trafford Publishing, 2012, p. 33-34 ()., en Afghanistan (jusqu'à )Afghanistan, Université Laval et au Turkménistan (environ ). Ils sont également nombreux à s'être établis à Oman et aux Émirats arabes unis.

Étymologie

Plusieurs hypothèses étymologiques ont été formulées à partir de la fin du par des historiens et des linguistes occidentaux et régionaux.

En 1873, l'historien britannique Henry Rawlinson suggère que le nom dériverait de Belus, le dieu babylonienHenry Rawlinson, « Notes on Seistan », Journal of the Royal Geographical Society of London, vol. 43, 1873, p. 272-294.. En 1904, Longworth Dames propose une dérivation de l'avestique balash, qui désignait le panache des casques des troupes de l'Empire achéménideMansel Longworth Dames, The Baloch Race: A Historical and Ethnological Sketch, Royal Asiatic Society, London, 1904, p. 29.. Plus tard, en 1968, Ernst Herzfeld émet l'hypothèse d'une origine issue de la langue médique brza-vaciya, signifiant « ceux qui parlent fort » ou les « véhéments »Ernst Herzfeld, The Persian Empire: Studies in Geography and Ethnography of the Ancient Near East, Franz Steiner Verlag, Wiesbaden, 1968, p. 288-297..

Sur le plan historique, Nassir Dashti (2012) rapproche le terme des Balaches de Balachagan, un groupe ethnique de l'Atropatène (l'actuel Azerbaïdjan et nord-ouest de l'Iran) qui aurait été poussé vers le sud-est à l'époque des Sassanides. La recherche contemporaine s'accorde généralement à chercher l'origine du terme dans les langues iraniennes anciennes, bien qu'aucun consensus définitif n'ait encore été établi.

Répartition vignette|En rose l'aire de diffusion de la langue baloutche.

Au Pakistan, d'après le recensement de 2023, habitants sont locuteurs de la langue baloutche. S'ils sont principalement installés dans leur région d'origine, la province du Baloutchistan, on en trouve dans tous les autres territoires du pays. Ainsi, seuls 5,8 millions de Baloutches pakistanais vivent au Baloutchistan, quand 1,2 million habitent le Sind, 1,1 million le Pendjab et moins de au Khyber PakhtunkhwaPopulation by mother tongue, sex and rural/urban - Pakistan — National Level sur pbs.gov.pk. Au Baloutchistan, ils ne sont pas présents dans la partie nord de la province, habitée par des Pachtounes, et même dans la capitale provinciale Quetta ils ne représentent que 7 % de la populationPopulation by mother tongue, sex and rural/urban - Balochistan — District Wise sur pbs.gov.pk. Dans le Sind, la moitié des locuteurs du baloutchi sont installés à Karachi où ils représentent 3,5 % de la population, et ils sont également présents dans quelques districts frontaliers avec leur province, de même qu'au PendjabPopulation by mother tongue, sex and rural/urban - Sindh — District Wise sur pbs.gov.pk.

En Iran, la majorité des Baloutches vivent au Sistan-et-Baloutchistan où ils représenteraient environ deux-tiers des 2,8 millions d'habitants de la province selon le recensement de 2016. On trouve également quelques communautés dans la province voisine de Hormozgan.

En Afghanistan, les Baloutches habitent principalement dans le Sud-Ouest, notamment dans les provinces de Kandahar, Helmand et Nimroz.

Société et culture

Langue La langue des Baloutches est le baloutchi, une langue iranienne appartenant au groupe du Nord-Ouest de la famille des langues indo-européennes, malgré la situation géographique méridionale du Baloutchistan actuelAgnes Korn, « Balochi and the Concept of North-Western Iranian », dans Carina Jahani, Agnes Korn et Paul Titus (dir.), The Baloch and Others: Linguistic, Historical and Socio-Political Perspectives on Pluralism in Balochistan, Reichert Verlag, Wiesbaden, 2008 (), p. 49-60.. La société baloutche entretient des liens culturels et de voisinage étroits avec les Brahouis, une population de langue dravidienne vivant à leurs côtés.

Religion et traditions Sur le plan confessionnel, les Baloutches sont majoritairement musulmans et se réclament du sunnisme de rite hanafiteInayatullah Baloch, The Problem of "Greater Balochistan": A Study of Baloch Nationalism, Steiner Verlag Wiesbaden, 1987 (), p. 116-120.. Leur pratique religieuse intègre de nombreuses coutumes locales ainsi qu'un code d'honneur tribal traditionnel rigoureux (le Balochmayar).

Il existe également une importante minorité confessionnelle spécifique, les Zikris, principalement établie dans la région côtière du MakranSyed Naeem Badshah, Mehmet Ümit et Doğan Kaplan, « The Emergence and Evolutionary Background of Makran and the Zikri Sect in the 15th Century », Al-Idah, vol. 43, no 2, 2025, p. 26-45.. Bien que des éléments culturels ou folkloriques soient parfois rattachés à un héritage préislamique lié au zoroastrisme, ces traditions relèvent aujourd'hui principalement du patrimoine symbolique et historique du peuple baloutche.

Organisation sociale La société baloutche demeure traditionnellement structurée en tribus. Parmi ces dernières, certaines, comme les Bezendjas, ont conservé un mode de vie semi-nomade ou pastoral historique au sein des zones arides de la région.

Mouvement indépendantiste

Depuis l'indépendance du Pakistan en 1947, le Baloutchistan est frappé par une guerre d'indépendance de basse intensité, avec des périodes de calme et de recrudescence de violences. Les indépendantistes contestent une mauvaise répartition des richesses, l'exploitation des ressources naturelles de la province par l’État sans que la population puisse en profiter ainsi que les violations des droits de l'homme des forces armées, notamment des disparitions forcées. Le conflit s'est exacerbé au début des années 2000 avec la création de l'Armée de libération du Baloutchistan. Si le mouvement est principalement d'inspiration nationaliste et non religieuse, le groupe s'est récemment rapproché des talibans pakistanais. Les violences se concentrent notamment sur les Pendjabis, ethnie dominante du pays et surtout dans l'armée, accusés de venir s'implanter dans la province afin d'y exploiter les ressources naturelles.

Annexes Notes et références

Bibliographie Stéphane A. Dudoignon, Voyage au pays des Baloutches : Iran oriental, an XXVII – de la République islamique, Cartouche, Paris, 2009, 215 p. Philippe Fabry, Balouchistan, le désert insoumis, Paris, Nathan Image, 1991, 136 p., Carina Jahani, Agnes Korn et Paul Titus (dir.), The Baloch and others : linguistic, historical and socio-political perspectives on pluralism in Balochistan, Reichert Verlag, Wiesbaden, 2008, 399 p.

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