L’abbaye Notre-Dame d'Igny est un monastère de moniales cisterciennes situé sur la commune d'Arcis-le-Ponsart dans le département de la Marne (France). Fondée en 1127 par des moines venus de Clairvaux l'abbaye connut trois fois la destruction. Chaque fois elle est reconstruite. Supprimée par le pouvoir révolutionnaire en 1790 - et ses derniers moines expulsés - l'abbaye reprend vie en 1929 - et l'office divin rétabli - avec l'arrivée de moniales cisterciennes de Laval. Elle est toujours 'vivante'.

À son âge d'or elle fut surnommée l’, étant donné la vitalité religieuse et mystique de ses moines.

Historique

Fondation En 1126, l'archevêque de Reims, Rainaud II de Martigny, fait donation à l'abbé de Clairvaux de terrains au dit lieu d'Igny pour y fonder une abbaye cistercienne en remerciement du rétablissement de la paix dans son diocèse. André de Baudement, comte de Braine, donna Resson à l'abbaye. En 1127, la charte de fondation est signée. Le , sous la direction du premier abbé Humbert, les douze premiers moines arrivent de Clairvaux et fondent l'abbaye cistercienne dite l’« abbaye des saints », au creux d’un vallon du Tardenois.

Une rapide prospérité À la suite des nombreuses donations des seigneurs de la région, et en particulier ceux de Braine, de Châtillon et d'Arcy, l'abbaye connait un développement rapide. En 1135, ce développement permet à l'abbé Humbert la création de l’abbaye Notre-Dame de Signy, à Signy, dans le Porcien.

En 1138 l'abbé Humbert démissionne afin de retourner à l'abbaye de Clairvaux où il meurt en 1148. Il est remplacé par Guerric, plus connu sous le nom de Guerric d'Igny. En 1148 la grande prospérité de l'abbaye permet la création d'abbayes filles à La Valroy (Saint-Quentin-le-Petit) dans le Rethelois, et en 1152 la création de l'abbaye de Bonnefontaine à Blanchefosse-et-Bay dans les Ardennes. L'abbaye compte jusque trois cents moines. Le , l'abbé Guerric d'Igny meurt, laissant le souvenir d'un prédicateur renommé. Ses écrits sont des classiques de spiritualité cistercienne. Il est élevé au rang de bienheureux, et ses reliques sont toujours vénérées à Igny.

Le dom Julien fait confirmer les biens et privilèges de l'abbaye par le comte Thibaut III de Champagne et par le pape Innocent III. Entre 1205 et 1232, dom Nicolas poursuit l'extension de l'abbaye.

Les difficultés de la fin du Moyen Âge Entre 1270 et 1345, les donations se font plus rares et le recul des recrues et la décadence s'amorcent. La guerre de Cent Ans plonge l'abbaye Notre-Dame d'Igny dans une misère extrême.

Vers 1350, dix-sept granges sont exploitées à : Montaon à Dravegnylaquelle subsiste aujourd'hui Grange de Montaon à Dravegny , Longueville, Monthazin, Resson, Villardelle, Party et Voisin. L'abbaye possède également de nombreuses propriétés isolées, dans plus de 50 localitésCes propriétés comptent, des champs, des bois, des étangs, des vignes, mais également des droits de chasse, de pâturage, de pêche… Pour tout cela, les moines arrangent beaucoup de routes, construisent des ponts, et obtiennent des droits de passage et de libre-circulation des denrées (exceptionnel à l’époque !).

En 1378, le monastère effectue des restaurations grâce aux donations de Gaucher de Châtillon. Le , Charles VI de France s'y arrête avant son sacre.

Après avoir perdu sa femme en 1448, Thibaud de Luxembourg, futur évêque du Mans ainsi que cardinal, devint moine puis abbé de cette abbayeJoseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome III, , note , Société de l'histoire de France, Paris 1887 ; d'après Gallia christiana, tome XIV, .. En 1464, neuf granges sont encore exploitées.

L'instauration de la commende et la crise Le , un arrêt royal instaure le régime de la commende à Igny. Louis de Folligny devient premier abbé des 72 religieux encore en place. L'instauration du régime de la commende marque le début d'une déchéance rapide de l'abbaye..

De 1562 à 1598, pendant les guerres de Religion, les Huguenots font des ravages et pillent l'église.

En 1627, il y a encore onze moines. De 1635 à 1659, pendant la guerre de Trente Ans puis la Guerre franco-espagnole, l'abbaye est pillée par les Espagnols. En 1650, les troupes espagnoles brûlent la grange de Longeville. En 1653 il ne reste plus que neuf moines.

Au Il y a une douzaine de religieux. En 1733, l'abbatiale est détruite et remplacée par une nouvelle église. En 1741 il ne reste que cinq moines. En 1789, la nouvelle église est achevée ainsi que la majorité des nouveaux bâtiments. Jean Charles de Coucy, chanoine de la cathédrale de Reims avait reçu la commende de l'abbaye en 1777.

La Révolution Le , tous les couvents de France sont supprimés. L’inventaire est effectué à Igny en . Il ne reste plus que quatre moines dans l’abbaye. Le , l'abbaye est supprimée, le domaine est dispersé, et devient bien national. Le : les six moines qui demeuraient encore à Igny doivent partir. Les bâtiments monastiques et trois granges sont achetés par la famille Raison de Reims qui s'établit à Igny.

La restauration de la vie monastique Le , monseigneur Benoît-Marie Langénieux, archevêque de Reims, rachète le domaine et l'ensemble des bâtiments subsistants de l'ancienne abbaye dans l'espoir d'y rétablir la vie monastique. En effet ceux-ci avaient été assez bien conservés. Le , dom Étienne autorise vingt-trois trappistes de l'abbaye Sainte-Marie-du-Désert (diocèse de Toulouse) à s'installer au prieuré d'Igny. Le , l’église est consacrée.

Un orphelinat agricole est ouvert en 1877, mais qui ne durera que jusqu'en 1891. Neuf ans plus tard, en 1886, les travaux terminés, Notre-Dame d'Igny redevient une abbaye. En 1884, dom Augustin Marre installe une petite chocolaterie, qu'il rebâtit plus grande et plus moderne à l'extérieur de l’enceinte du monastère ; au plus fort du succès, plus de 70 ouvriers y travaillent.

En 1914, l'abbaye ne compte plus que vingt-deux membres. En septembre, les Allemands pillent la chocolaterie. En octobre, l'abbaye est transformée en hôpital pour contagieux. En , l’abbaye est évacuée lors de la seconde bataille de la Marne. Lors de leur retraite les Allemands font sauter l’abbaye, car l’ordre est de détruire toutes les maisons de belle apparence.

Les Bernardines

De 1927 à 1929, l'abbaye est reconstruite en s'inspirant de l'architecture de l'abbaye de Loc-Dieu. Le , l’abbaye accueille sa nouvelle communauté, des moniales cisterciennes de l'abbaye Notre-Dame de la Coudre, à Laval. En 1938, la communauté compte soixante sœurs, nombre qui monte à 72 sœurs en 1970.

En 2008, d'importants travaux de modernisation et d'aménagement sont lancés. La même année, lors du chapitre général, la décision est prise d'unir les trois communautés d'Igny, de la Grâce-Dieu et de Belval sous l'égide d'une administratrice. Par la suite, la communauté d'Ubexy se joint au projet. La nouvelle communauté ainsi créée prend le nom d'abbaye Notre Dame du Val d'Igny. En 2011, les quatre communautés s'installent dans l'abbaye Notre Dame du Val d'Igny rénovée.

Architecture et description

Filiation et dépendances Igny est fille de l'abbaye de Clairvaux et mère de Notre-Dame de Signy la Valroy et Bonnefontaine.

Les abbés et abbesses

Abbés réguliers 1128-1138 : Humbert 1138-1157 : Guerric 1157-1162 : Geoffroy d'Auxerre 1162-1164 : Bernard 1164-1169 : Hugues 1169-1179 : Pierre Monoculus également appelé Pierre le Borgne 1179-1186 : Gérard 1186-1189 : Julien (1) 1189-1190 : Videbatius 1190-1205 : Julien (2) 1205-1232 : Nicolas 1232-1234 : Jean 1234-1237 : Gilbert 1238-1239 : Anscher 1239-1245 : Pierre II de Bar. 1245-1254 : Thibaud 1254-1270 : Pierre III 1270-1284 : Gérard II 1284-1290 : Jean II de Pontoise 1291-1292 : Nicolas II 1292-1300 : Alard 1301-1307 : Guerric II 1307-1327 : Jean III 1327-1332 : Pons de Wassigny 1333-1345 : Alard II 1345-1355 : Jean IV de Cohan 1356-13?? : Jean V Oiselet 13??-13?? : Pons II 13??-13?? : Ogier de Bezannes 13??-1378 : Laurent 1378-1399 : Guillaume 1399-1419 : Jacques 1419-1445 : Nicolas III d'Unchair 1445-1460 : Thibault de Luxembourg 1460-1476 : Jean VI de Montigny 1476-1488 : Nicolas IV de Suippes 1488-1498 : Ogier II de La Grange 1498-1501 : Nicolas V 1501-1504 : Jean VII Renauld 1504-1506 : Denis 1506-1545 : Jean VIII de Scépeaux (dernier abbé régulier)

Abbés commendataires 1545-1553 : Louis de Foligny 1553-1589 : Louis II de Brezé 1589-1625 : Alexandre de La Marck 1625-1661 : Louis III de La Marck 1661-1709 : Paul Godet des Marais de La Marck 1709-1746 : Charles-François des Moustiers de Mérinville 1746-1759 : François-Jérôme de Montigny 1760-1776 : Justinien de Boffin de Puisigneux 1777-1790 : Jean-Charles de Courcy (dernier abbé commendataire) 1790-1876 : Suppression

Prieurs et abbés 1744 : Pierre Pérignon, prieur 1876-1881 : Nivard Fournier, prieur 1881-1886 : Augustin Marre, prieur 1886-1922 : Augustin Marre, abbé

Abbesses 1933-1936 : Marie Alphonse Gastineau 1936-1948 : Marie II Lucie Deschamps 1948-1951 : Andrée Lavaux (1) 1951-1956 : Lutgarde Lehalle 1956-1958 : Andrée Lavaux (2) 1958-1969 : Marie III Aleth Girondelot 1970-1999 : Marie IV Aelred Denis 1999-2008 : Marie V Rose Flandre 2008-2014 : Inès Gravier, administratrice des monastères d'Igny, de la Grâce-Dieu et de Belval 2014-présent : Isabelle Valez

Chocolaterie Depuis 1961, les moniales trappistines de l’abbaye d’Igny, fabriquent les fameux « gros bouchons d’Igny », chocolats noirs, de la forme d’un (vrai) bouchon de champagne, et fourrés d’une ganache au chocolat avec de l’alcool..

Divers L'écrivain Joris-Karl Huysmans vint à Igny achever sa conversion. Dans son roman En route l'abbaye est décrite sous le nom de N.-D. de l'Atre.

Annexes Articles connexes Liste d'abbayes cisterciennes Liste d'abbayes cisterciennes de France

Bibliographie

Pierre-Louis Péchenard, Histoire de l'Abbaye d'Igny de l'Ordre de Cîteaux au diocèse de Reims, avec pièces justificatives inédites, impr. coopérative, 1883 . Liens externes

Notes et références

Catégorie:Abbaye fondée dans la décennie 1120 Catégorie:Abbaye cistercienne en Champagne Catégorie:Abbaye dédiée à Notre-Dame Catégorie:Fille de Clairvaux AbbayeIgny Catégorie:Abbaye dans la Marne Catégorie:Abbaye en activité en France