Le service des turcies et levées était une organisation sous l'Ancien régime en France qui avait pour missions de construire, surveiller, entretenir ou réparer le système de digues qui bordent et protègent la Loire.

Ces anciennes turcies et les levées, sont le produit d’un long processus de construction, d’extension et de rehaussement commencé au et qui se poursuit jusqu’au .

Charles IX en prend l’initiative en 1573 en nommant un agent spécial. Henri III le remplace par le trésorier des finances d’Orléans aidé de deux commissaires spéciaux. Puis Henri IV nomme en 1594 un intendant des turcies et levées recevant ses fonctions du roi et les détenant pour une durée indéterminée (ils seront deux intendants à partir de 1603).

À partir du milieu du , ces intendants perdent, avec Jean-Baptiste Colbert, peu à peu leur pouvoir au profit d’ingénieurs. Un architecte-ingénieur nommé Poictevin est en particulier nommé inspecteur des turcies et levées en 1679. Le corps des ingénieurs des turcies et levées s’étoffe au pour finalement disparaître en 1790, fusionné avec le corps des ingénieurs des ponts et chaussées.

Fin : des commissaires pour l’entretien des turcies et levées 1573 : ébauche d'un service des turcies et levées Le roi ne se contenta pas de la construction des turcies et levées, il édicta et renouvela à diverses époques des règlements pour leurs « entretenement et réparations », et il préposa des commissaires spéciaux à l'observation de ces règlements. Mais les discordes civiles et religieuses du milieu du avaient interrompu l'effet de ces mesures et causé des ruines qui menaçaient plusieurs points de la vallée d'un danger imminentE. J. M. Vignon (1862). Études historiques sur l’administration des voies publiques en France avant 1790, p 35..

Charles IX résolut d'y pourvoir. À cet effet, ayant « avisé de choisir quelque bon et expérimenté personnage de l'une de ses villes d'Orléans, Blois, Tours ou Amboise, qui ait l'œil et égard à faire besoigner aux dites réparations», il invita les maires et échevins des dites villes, par lettres du , à choisir et nommer trois de leurs . Entre ces douze élus, le roi devait en choisir un à son gré, « pour vaquer au fait des dites turcies et levées », moyennant une rémunération raisonnable. Ce système ne perdura guère longtemps.

Henri III paraît avoir substitué à cet agent, désigné au choix du roi par l'élection des quatre principales villes intéressées, le général des finances établi à Orléans, assisté de deux commissaires élus tous les deux ans par les manants et habitants d'Orléans seulement, parmi les bourgeois notables de cette ville. Par une déclaration du , il ordonna à ce général de faire la visite annuelle des turcies et des levées, et aux commissaires de dresser procès-verbal de leur état ; puis il institua un receveur des deniers à y employer par ordre du roi. Mais, à partir de 1577, les trésoriers généraux de France, établis en bureau à Orléans, en absorbant la charge du général des finances, avaient usurpé sur le droit de ces deux commissaires, « de connaître du fait des turcies et levées et d'ordonner des deniers destinés à leur « réparation ». Cette usurpation fut réprimée par un arrêt du conseil d'État du E. J. M. Vignon (1862), Études historiques sur l’administration des voies publiques en France avant 1790, p 36..

On maintint aux habitants d'Orléans le droit de nommer deux bourgeois notables pour l'inspection des turcies et levées, sous la condition qu'ils prêteraient serment au bureau des trésoriers généraux, et se feraient assister par l'un de ceux-ci dans leurs visites et pour l'adjudication des ouvrages : ces deux commissaires furent en même temps établis ordonnateurs des dépenses, conjointement avec les trésoriers généraux : aux visites durent de plus prendre part le procureur du roi et le greffier de l'élection.

1594 : Nomination d’un intendant des turcies et levées Henri IV nomme, en avril 1594 messire Jacques Chevreux intendant des turcies et levées, en lui confiant le soin de réparer les ruines causées aux dites turcies et levées par les guerres civiles. Par cette institution nouvelle, le roi voulait remédier aux inconvénients du renouvellement trop fréquent des commissaires électifs et temporaires « qui ne pouvaient, en si peu qu'ils étaient employés à leur charge, prendre assez de connaissance des affaires dépendantes d'icelle, en étant le plus souvent retirés lorsqu'ils commencent à s'en instruire ».

: offices d'intendance des turcies et levées 1603 : Création de deux commissaires Après la mort de l’intendant nommé en 1594, deux commissaires sont nommés provisoirement et doivent étendre leur surveillance aux rivières d'Allier, Sioule, Yèvre et Auron, qui se rendent « es (??) rivières de Loir-et-Cher et de la crue desquelles arrive ordinairement le mal plus grand du débordement des autres » E. J. M. Vignon (1862). Études historiques sur l’administration des voies publiques en France avant 1790, p 58..

Trois ans plus tard, le roi, satisfait de leur zèle, voulut les encourager à mieux faire encore et érigea les commissions en offices à leur profit, ce qui eut lieu par édit de janvier 1603. Leurs fonctions consistaient à visiter ces rivières, prescrire les réparations nécessaires pour en retenir le cours et empêcher les débordements, faire les baux des ouvrages, ordonner des deniers levés pour cet effet, en arrêter les états ; juger, décider et ordonner des différends qui pourraient y naître. Ils eurent la faculté d'agir alternativement dans toute l'étendue de leur circonscription commune ou de la partager en deux départements, toutefois suivant les ordres du grand voyer de France. Leurs gages furent fixés à livres pour chacun, sans préjudice des taxations à leur allouer sur leurs procès-verbaux, suivant qu'il sera ordonné par le grand voyer auquel ils les présenteront à la fin de chaque année, en même temps que les états de recette et dépense. La chambre des comptes ne vit pas de bon œil cette création d'offices et n'enregistra l'édit que de l'exprès commandement du roi et sous condition que les différends seraient jugés par les juges et que les états seraient vérifiés par les trésoriers généraux de France.

Les dépenses se faisaient au moyen de deniers levés sur les contribuables aux tailles des généralités d'Orléans, Tours, Bourges, Moulins et Riom. Pour faire la recette et la dépense de ces deniers, on avait créé trois offices de trésoriers des turcies et levées qui exerçaient leurs charges alternativement. Soit qu'on eût à leur reprocher quelques malversations, soit que le gouvernement voulût, comme d'habitude, subvenir à ses besoins d'argent par la création de nouveaux offices, un édit de mars 1623 institua trois contrôleurs généraux des turcies et levées, pour réparer, dit l'édit, une omission faite à tort lorsqu'on établit ceux des ponts, chemins et chaussées. Leur mission fut de contrôler les quittances comptables des trésoriers, d'être présents à leur recette et dépense, etc. ; et une déclaration interprétative du ajoute qu'ils devront « assister aux visitations, baux au rabais et réceptions des ouvrages, a comme étant la principale et plus nécessaire fonction de leurs « charges » E. J. M. Vignon (1862). Études historiques sur l’administration des voies publiques en France avant 1790, p 59..

Des conflits étaient inévitables entre ces intendants, ces trésoriers et ces contrôleurs, investis tous ensemble du même droit d'assistance. Quoi qu'il en soit, de nouveaux besoins du trésor royal font rendre, en octobre 1627, un édit qui crée un troisième office d'intendance des turcies et levées et augmente les gages et droits des trésoriers et des contrôleurs. Ce ne fut que le suivant que la chambre des comptes se décida à enregistrer cet édit sans restriction, en vertu de lettres de jussion du .

Cette confusion d'attributions, ces conflits entre l'administration et le pouvoir judiciaire, l'inaptitude ordinaire des titulaires de ces charges acquises par finance, puis les troubles politiques continuels ne pouvaient amener d'autres résultats que la malfaçon des ouvrages et la négligence à les entretenir, alors même que les inondations se succédaient.

Succession de grandes crues de 1608 à 1649 L'année 1608 fut particulièrement funeste avec une débâcle terrible qui provoqua de multiples ruptures de digues. Les réparations à peine faites, une nouvelle crue en 1615 emporte les levées en de multiples endroits, puis de multiples crues se succèdent jusqu’en 1651, créant toujours de nouvelles brèches dans les digues et l'irruption par ces brèches de torrents dévastateurs E. J. M. Vignon (1862). Études historiques sur l’administration des voies publiques en France avant 1790, p 60..

À la suite des crues de 1649 et 1651, les paroisses des vallées d'Anjou, comprises dans les élections de Chinon, Saumur et Angers, chargées de l'entretien des levées qui les protégeaient contre la Loire, demandèrent et obtinrent l'exemption des tailles et de l'impôt du sel pendant dix ans, à la charge de réparer en quatre ans et d'entretenir, pendant ces dix années, toutes les turcies et levées de la Loire dans l'étendue de la vallée d'Anjou, depuis Planchoury jusqu'à Sorges. Toutefois, elles durent être aidées dans leurs dépenses par une imposition du dixième du revenu, pendant quatre ans, sur tous les seigneurs ecclésiastiques et laïques, privilégiés et non privilégiés, propriétaires dans les mêmes localités. Un conseiller au parlement fut commis pour faire exécuter cet arrêt, et les ouvrages durent être reçus et leur entretien surveillé par les intendants des turcies et levées E. J. M. Vignon (1862). Études historiques sur l’administration des voies publiques en France avant 1790, p 61..

1651 : suppression de l’assistance aux communes pour les intendants Depuis l'arrêt du , provoqué par les désastres des inondations de l'hiver précédent, le service des turcies et levées de la Loire paraît n'avoir présenté, pendant plusieurs années, aucun évènement bien important. Mais les abus et les désordres qui s'y étaient introduits ne pouvaient subsister longtemps sous l'œil vigilant de Colbert. Les officiers des élections que traversaient les levées percevaient des droits abusifs sur les fonds destinés aux réparations, sous prétexte d'assistance aux adjudications et aux visites et réceptions des travaux E. J. M. Vignon (1862). Études historiques sur l’administration des voies publiques en France avant 1790, p 99..

Un arrêt du conseil du supprime cette assistance, réservant seulement à ces officiers la connaissance, comme par le passé, « des procès et différends qui pourront « survenir en exécution des baux et adjudications, ou entre les ouvriers et entrepreneurs ». Les visites se feront seulement « par les « intendants et contrôleurs des turcies et levées avec l'ingénieur ou architecte commis par Sa Majesté pour la conduite des ouvrages » E. J. M. Vignon (1862). Études historiques sur l’administration des voies publiques en France avant 1790, p 100..

1668 : une corvée pour réparer turcies et levées