Les , la chambre basse et la plus importante des deux chambres formant la Diète, s'est tenue le , sept mois avant la fin normalement prévue de la législature qui a débuté à la suite des élections de 2000.
Le , l'empereur Akihito dissout la Chambre des représentants, sur proposition du premier ministre d'alors, Jun'ichirō Koizumi. Ce dernier a ainsi décidé de convoquer des élections anticipées afin de réaffirmer sa position par le soutien populaire après sa réélection à la tête du parti majoritaire, le Parti libéral-démocrate (PLD), le , et afin de court-circuiter le développement de la principale force d'opposition, le Parti démocrate du Japon (PDJ) qui, après s'être doté d'un leader charismatique et populaire (Naoto Kan) le , a fusionné le avec le Parti libéral, lui apportant supplémentaires et l'expérience politique de son président Ichirō Ozawa, connu pour être un redoutable stratège en campagne électorale.
Ces élections furent considérées, vu la victoire limitée du PLD, qui est battu en voix au scrutin proportionnel plurinominal malgré la forte popularité de Jun'ichirō Koizumi, comme le point de départ de la mise en place d'un réel bipartisme au Japon. Son adversaire, le PDJ, apparaît désormais pour la première fois depuis sa création en 1996-1998 comme une potentielle force d'alternance à la domination historique des libéraux-démocrates. Contexte Les élections de 2003 sont marquées tout d'abord par une crise économique et financière persistante, malgré l'apparition dans les mois précédant le scrutin de quelques signes d'amélioration. L'indice Nikkei a ainsi atteint en son plus bas niveau en vingt ans, à , avant de connaître une hausse importante entre 35 et 40 % pour s'établir à à la mi-septembre, ce qui reste néanmoins inférieur à son niveau au moment de la prise de fonction de Jun'ichirō Koizumi en (il atteignait alors presque les ) Éditorial du dossier « General Election 2003 », Japan Echo, 30, , 12/2003.. Mais cette hausse, quoique légère, est néanmoins vue comme une bonne nouvelle pour le gouvernement qui la présente alors comme le signe que ses réformes (et notamment celle du secteur bancaire) commencent à porter leurs fruits. L'annonce en septembre également d'une croissance du PIB de 3,9 % pour le second trimestre 2003, la plus haute des pays industrialisés pour cette période mais dont la pertinence est critiquée par certains analystes (l'économiste Peter Morgan notamment critique la manière dont les changements de prix pour certains produits, notamment les ordinateurs ou autres technologies de l'information, sont calculés et fait état pour sa part d'une croissance réelle de 2,1 % seulement), favorise également la majorité.. Toutefois, le chômage reste relativement élevé dans un pays traditionnellement habitué au plein emploi, avec un taux record de 5,5 % également atteint en . et restant à 5,1 % en septembre..
Une autre question importante pour l'électorat reste celle de la réforme du système de retraites dans une société marquée par un fort vieillissement de la population (le nombre de personnes de plus de représentent 19 % de la population à la fin de l'année 2003, et il est prévu qu'il atteigne 25 % d'ici 2010) et par la crainte des conséquences de l'arrivée prochaine de la à l'âge de la retraite. La plupart des propositions portent alors sur la nécessité d'augmenter la taxe sur la consommation afin de financer les pensions, une mesure relativement impopulaire. D'autres réformes chères à Jun'ichirō Koizumi, surtout les privatisations de la poste japonaise et de la corporation publique autoroutière, sont sujettes à débat au sein même de la majorité et de l'administration centrale, comme en témoigne le renvoi le par le ministre réformateur du Territoire, des Infrastructures et des Transports Nobuteru Ishihara du président de la Japan Highway Public Corporation, Haruho Fujii, un ancien bureaucrate perçu comme un obstacle à la privatisation. Jun'ichirō Koizumi a sinon présenté lors de l'ouverture de la session parlementaire le son plan de privatisation de la poste, avec l'ouverture de négociations à l'automne 2004, la présentation d'un projet de loi en 2005 et une application de la réforme d'ici 2007, Japan Echo, 30, , 12/2003..
L'opinion publique japonaise est également fortement marquée à cette époque par la question des enlèvements de Japonais par la Corée du Nord entre 1977 et 1983. En effet, lors de la visite de Jun'ichirō Koizumi à Pyongyang le , le dictateur nord-coréen Kim Jong-il reconnaît 13 de ces enlèvements, fait des excuses publiques pour cela et fournit au Premier ministre japonais des certificats de décès pour 8 d'entre eux (la république démocratique populaire de Corée reconnaîtra plus tard, en 2004, que ces certificats étaient des faux). Le , les cinq survivants sont autorisés à rentrer au Japon par Pyongyang à condition qu'ils reviennent ensuite en Corée du Nord ensuite. Une fois ceux-ci arrivés sur le sol japonais, Tōkyō, poussé par l'opinion publique et les familles des victimes de ces enlèvements, refuse de les renvoyer en Corée du Nord. En 2003, le sujet, à forte portée sentimentale, porte sur la nécessité ou non de mettre en place des sanctions économiques à l'égard de la Corée du Nord, l'opposition japonaise au retour des cinq rescapés dans le pays de leur enlèvement, sur les pressions à opérer sur les autorités nord-coréennes pour permettre à ces survivants d'être rejoints par leurs enfants nés en Corée du Nord et sur la question de savoir s'il y a eu d'autres enlèvements et si les personnes déclarées mortes par Pyongyang le sont réellement. Au cœur de la campagne, le dossier est alors une véritable arme politique.
Mais ce qui divise fortement l'opinion publique et la classe politique reste l'intervention des Forces japonaises d'autodéfense à la coalition militaire en Irak pour des missions de reconstruction et de formation. Naoto Kan et le PDJ bénéficient sur ce sujet du soutien d'une majorité de Japonais, hostiles à la guerre. Le chef de l'opposition en a fait d'ailleurs un combat personnel, sur lequel il intervient lors de son premier face-à-face organisé à la Diète avec le Premier ministre le , Yomiuri shinbun, 14/02/2003, estimant que les forces d'autodéfense risquent d'être prises à partie dans des zones de conflits armés alors qu'il leur est constitutionnellement interdit de combattre tout en s'inquiétant de la participation, même indirecte, du Japon à une guerre condamnée par l'ONU. Il présente également le , deux jours avant le vote sur l'envoi des troupes, une motion de censure (qui est bien sûr rejetée).. Par extension, le débat porte sur l'extension de la participation concrète du Japon (avec des missions de ravitaillement dans le golfe Persique) à la guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis en Afghanistan en 2001 votée la veille de la dissolution, le .. Système électoral Les députés japonais sont élus pour quatre ans au suffrage universel direct via un système mixte parallèle déséquilibré. sont élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans des circonscriptions (ou districts électoraux) divisant les préfectures du Japon (allant de deux circonscriptions pour les préfectures de Tottori et de Shimane, à 25 pour Tōkyō), et les le sont à la représentation proportionnelle dans le cadre de onze grandes circonscriptions régionales. Tout Japonais de plus de et jouissant de ses droits civiques peut participer au vote. L'âge minimum pour se porter candidat est de .
Les deux modes de répartition des sièges font l'objet d'un vote séparé : les électeurs votent en même temps pour un candidat au scrutin majoritaire et pour une liste de candidat au scrutin proportionnel. Un même candidat peut se présenter aux deux types d'élections« Au Japon, les législatives augurent d'un virage politique historique », Le Monde, .. Les bureaux de vote ont été ouverts le de à .
Campagne Majorité vignette|Jun'ichirō Koizumi, au centre, avec le président russe Vladimir Poutine au sommet de l'APEC, le . Il s'agit des premières élections législatives organisées depuis l'arrivée au pouvoir de Jun'ichirō Koizumi. La popularité de ce dernier et de son administration, toujours particulièrement forte (le taux de soutien s'établit toujours ainsi à 59,6 % selon le Yomiuri shinbun à la fin du mois d', et cela même si cette étude fait état alors d'une chute de par rapport au mois précédent Kyodo, « Support for Koizumi cabinet falls to 59.6%: Yomiuri. », Japan Policy & Politics, .) reste la meilleure arme de la majorité.
Jun'ichirō Koizumi souhaite rajeunir son parti en vue du scrutin. Pour ce faire, il nomme, après sa réélection à la tête du PLD le , Shinzō Abe (tout juste ) comme secrétaire général et du parti. Celui-ci a de plus acquis une solide popularité auprès du grand public pour s'être occupé les mois précédents, en tant que secrétaire général adjoint du Cabinet, du dossier crucial des enlèvements de Japonais par la Corée du Nord. Le Nihon Keizai Shinbun qualifie d'ailleurs ce choix d'« idée brillante qui permet de mettre en valeur un aspect neuf » Japan Brief, Foreign Press Center, « M. Koizumi forme un nouveau gouvernement après sa réélection à la tête du Parti libéral democrate », Ambassade de France au Japon, .. De même, il fait adopter par les instances du mouvement une règle interdisant de présenter à la proportionnelle des candidats âgés de plus de . Il demande également publiquement le 23 octobre à deux anciens Premiers ministres octogénaires, Yasuhiro Nakasone (, chef du gouvernement de 1982 à 1987) et Kiichi Miyazawa (, Premier ministre de 1991 à 1993) de ne pas se représenter : Miyazawa accepte immédiatement et Nakasone, après avoir refusé dans un premier temps, finit par s'exécuter en se retirant quatre jours plus tard.
Dès sa reconduction à la présidence du parti majoritaire, il remanie profondément son gouvernement (sur , seuls 6 conservent leur portefeuille et 2 changent d'attribution, tandis que 9 font leur entrée), afin de démontrer tout d'abord à l'électorat mais aussi à ses adversaires au sein du PLD sa volonté de poursuivre les réformes électorales engagées. Il conserve notamment Heizō Takenaka (un non parlementaire qui était encore membre du secteur privé avant 2001, considéré comme l'un des principaux piliers de la politique de Jun'ichirō Koizumi et dont les plus conservateurs parmi les libéraux démocrates demandaient la démission) au portefeuille de la planification économique et des services financiers, et déplace le jeune réformateur libéral Nobuteru Ishihara (, fils du populaire gouverneur de Tōkyō et écrivain iconoclaste Shintarō Ishihara) de la dérégulation et de la réforme administrative au ministère du territoire, des infrastructures et des transports, ce qui est perçu comme un signal lancé pour la privatisation de la société publique autoroutière. Ce remaniement est également l'occasion d'un léger rajeunissement : ainsi, l'âge moyen des ministres passe en dessous de la barre des (à environ, contre pour le précédent cabinet formé l'année précédente). Ainsi, le doyen de l'administration Koizumi, le ministre des Finances Masajūrō Shiokawa (, presque 82), est remplacé par Sadakazu Tanigaki (), partisan de la rigueur budgétaire et de la hausse de la taxe sur la consommation. L'ancienne actrice Chikage Ōgi () cède pour sa part sa place à Nobuteru Ishihara, de son cadet, aux transports, et Takeo Hiranuma () est remplacé par Shōichi Nakagawa (), un libre-échangiste, au ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie,