Al-Qaïda ( al-qāʿida, littéralement, « la base », « le fondement ») est une organisation terroriste islamiste fondée en 1988 par Abdallah Yusuf Azzam et son élève Oussama ben Laden. D'inspiration salafiste djihadiste, Al-Qaïda a ses racines chez des penseurs islamistes radicaux tels qu'Abou Qatada, Abou Moussab al-Souri ou Abou Mohammed al-Maqdissi. Il considère que les gouvernements (occidentaux), avec à leur tête celui des États-Unis, interfèrent dans les affaires intérieures des nations islamiques et ce dans l'intérêt unique des sociétés occidentales. Il a recours au terrorisme pour faire entendre ses revendications. Bien qu'Al-Qaïda soit le nom le plus communément utilisé, le groupe s'exprime en 2003 sous le nom de Qaïda al-Jihad, soit : « La base du jihad » (, qāʿida al-jihād).

Al-Qaïda émerge de l'organisation Maktab al-Khadamāt, constituée pendant la première guerre d'Afghanistan par Azzam pour alimenter la résistance afghane contre les forces armées d'URSS. Maktab al-Khadamāt servait à relayer de multiples dons en provenance de pays islamiques.

Depuis le retrait des Soviétiques, les actions revendiquées au nom d'Al-Qaïda sont considérées comme des actes terroristes par l'essentiel des États et des observateurs de l'ONU. Le groupe est placé sur la liste officielle des organisations terroristes des États-Unis, du Canada, de l'Union européenne., du Royaume-Uni., de l'Australie, de la Russie, de l'Inde et de la Turquie..

Sans dresser de liste officielle, la France considère elle aussi Al-Qaïda comme groupe terroriste.. L'ONU fait paraître une liste des entités et des personnes proches d'Al-Qaïda, à ce titre sanctionnées par le Conseil de sécurité des Nations unies.. L'UE met elle aussi en place des « mesures restrictives » contre Al-Qaïda et les groupes associés.. La plus retentissante opération menée par Al-Qaïda prend place sur le sol américain le 11 septembre 2001. Viennent ensuite les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca., les attentats du 11 mars 2004 à Madrid. et ceux du 7 juillet 2005 à Londres.

Histoire Origines vignette|gauche|Oussama ben Laden en 1997.

À l'origine, Al-Qaïda est fortement lié à la première guerre d'Afghanistan. Le Maktab al-Khadamāt (MAK), créé par Abdallah Azzam en 1980, organise et entraîne les moudjahidines avant de les envoyer en Afghanistan. Le MAK est soutenu par d'autres organisations islamistes, des organisations caritatives et par la CIA qui déploie dans cette période une politique interventionniste dans le souci d'enrayer et d'abattre la puissance de l'URSS, désignée comme « Empire du Mal » par l'administration Reagan, notamment par le soutien aux groupes de toute nature qui peuvent déstabiliser les régimes supposés proches de Moscou. En 1986, Oussama ben Laden, ancien étudiant d'Abdallah Azzam, qui finançait depuis 1982 l'activité du groupe, rejoint le front.

En , deux réunions regroupant notamment Abdallah Azzam, Oussama ben Laden, Ayman al-Zaouahiri et Mohammed Atef ont lieu pour déterminer l'orientation future du djihad. Les participants s'accordent pour créer une nouvelle organisation pour continuer le djihad après le retrait des Soviétiques d'Afghanistan, mais sans préciser quels seront ses buts exacts. L'organisation est initialement appelée Al-Qaïda al-askariya (« la base militaire ») (La Guerre cachée : Al-Qaïda et les origines du terrorisme).. Oussama ben Laden a expliqué l'origine de ce terme dans une vidéocassette avec le journaliste Tayseer Alouni, pour Al Jazeera, en : . Le camp d'entrainement en question se trouvait près de Jalalabad.

En , Abdallah Azzam est assassiné dans un attentat dont les responsables n'ont pas été identifiés. Cet assassinat pourrait être lié à une divergence sur la nature du djihad : Azzam s'opposait à des conflits entre musulmans. À la suite de la disparition d'Azzam, Al-Qaïda se retrouve dirigée essentiellement par des membres du djihad islamiste égyptien tels qu'al-Zaouhiri qui prônent le renversement des dirigeants arabes non-islamiques, en particulier celui de Hosni Moubarak en Égypte..

En 1989, Oussama ben Laden prend le contrôle du Maktab al-Khadamāt à la suite de la mort d'Abdallah Azzam.

Après la prise de Kaboul par les talibans en 1996, Ben Laden organise la formation des moudjahidines arabes, développant ainsi les réseaux de la mouvance Al-Qaïda.

Pour l'ensemble de la communauté internationale, Al-Qaïda existe. C'est une organisation poursuivie, entre autres, par le Conseil de sécurité des Nations unies, l'OTAN, l'Union européenne, l'Union africaine et le Conseil européen.

Les camps d'entraînement d'Al-Qaïda ont formé des milliers d'islamistes militants à travers le monde. À leur retour, les « Afghans » (moudjahidines partis en Afghanistan) appliquèrent plus tard leur entraînement dans différents conflits dans le monde comme en Algérie, en Tchétchénie, aux Philippines, en Égypte, en Indonésie, au Tadjikistan, en Somalie, au Yémen, dans les Balkans (Kosovo et en Bosnie-Herzégovine). Pour son financement, Al-Qaïda a bénéficié, entre autres, de l'appui de l'organisation « caritative » International Islamic Relief Organization. On peut faire remonter à la date où Al-Qaïda cesse de n'être qu'un réseau pour devenir une réelle organisation. En effet, le est publié un du Front islamique mondial pour le djihad contre les juifs et les croisés. Ce texte est signé par Oussama ben Laden, Ayman al-Zaouahiri (Jihad islamique égyptien), Ahmed Taha (Gamaa al-Islamiya), Moulana Mir Hamza (Jamiat Ulema-e-Pakistan), Abdel Salam Mohammed (Harkat-ul-Jihad-al-Islami/Bangladesh) et (Harkat-ul-Jihad-al-Islami/Bangladesh). Le texte proclame : C'est à cette époque qu'Al-Qaïda commence de réelles campagnes d'attentats : dès le mois d'août, deux ambassades américaines sont visées.

Le , à la suite de ces exactions et de sa collusion avec l'émirat islamique d'Afghanistan des talibans, le conseil de sécurité met en place le Comité créé par la résolution 1267 (1999) chargé de la promotion de la lutte contre Al-Qaïda, les talibans et les personnes et entités qui leur sont associées à l'échelon mondial. Selon le journaliste Lawrence Wright, qui a reçu le prix Pulitzer pour The Looming Tower: Al-Qaïda and the Road to 9/11 (La Guerre cachée : Al-Qaïda et les origines du terrorisme), près de 80 % des membres d’Al-Qaïda en Afghanistan ont été tués pendant la phase initiale de la guerre d'Afghanistan de 2001 et deux tiers de ses cadres été capturés ou tués.

Après le 11 septembre 2001 vignette|redresse=1.3|Oussama ben Laden et Ayman al-Zawahiri, lors d'une interview à Kaboul, le .

Les attentats du constituent l'opération la plus retentissante d'Al-Qaïda. Ces attentats déclenchent aussi une réponse virulente des États-Unis, soutenus par d'autres pays. Ils envahissent l'Afghanistan fin 2001 dans le but déclaré d'anéantir Al-Qaïda. Celle-ci perd ses camps d'entraînement, et ses membres sont en fuite. La CIA, certains services secrets et les forces de l'ordre d'autres pays tentent de repérer et démanteler les groupuscules de membres d'Al-Qaïda dans le monde. Cette offensive dans la « guerre contre le terrorisme » a fortement affecté Al-Qaïda (traduction : ).. Selon Alain Chouet, ancien directeur du Service de Renseignement de Sécurité de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), ()..

Cette situation conduit à une mutation de la mouvance Al-Qaïda, qu'il est de plus en plus difficile de considérer comme une organisation structurée. L'Al-Qaïda du pourrait ne plus exister, mais elle laisse place à des cellules locales indépendantes. Celles-ci, incapables d'organiser des attentats d'envergure, s'attaquent à des cibles vulnérables comme les rues de Casablanca ou les habitations de Riyad.

Ces cellules qui commettent des attentats dans leur propre pays ressortent d'une sorte de « franchisage » du « label » Al-Qaïda. Elles sont sans lien direct avec les chefs historiques d'Al-Qaïda, mais agissent au nom d'Al-Qaïda, ou leurs actions sont revendiquées après coup par Ben Laden ou al-Zaouhiri, ou encore, les autorités locales, la presse ou l'opinion publique attribuent l'action à Al-Qaïda. .

Dans les années qui ont suivi, plusieurs mouvements ont fait allégeance à ben Laden et ont pris le nom d'Al-Qaïda : Al-Qaïda en Irak, issu du groupe d'Abou Moussab Al-Zarqaoui en 2004 ; Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), nouveau nom du GSPC qui a revendiqué les attentats du à Alger ; Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), branche d'Al-Qaïda au Yémen et en Arabie saoudite depuis 2009.

Le , Abou Abd Al-Aziz, un lieutenant d'Al-Qaïda, a été arrêté à Bagdad, après un raid de l'armée américaine. Selon l'état-major américain, Abou Abd Al-Aziz était . Le , Khamis Farhan Khalaf Abed Al-Fahdawi, alias Abou Saba, a été arrêté à Ramadi en Irak. Il faisait partie du réseau Al-Qaïda en Irak. On le soupçonnait d'être responsable de l'assassinat de Ihab Al-Chérifet, chargé d'affaires égyptien, ainsi que d'un diplomate de Bahreïn.

En , sa branche irakienne participe à la fondation du Conseil consultatif des moudjahidines en Irak. Le , le chef d'Al-Qaïda en Irak Abou Moussab Al-Zarqaoui est tué pendant un raid aérien américain..

Parmi les « filiales » de ce réseau, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) dispose d'une branche média nommée Al-Malahem Media Production pour sa propagande..

Le , le , Ayman al-Zawahiri, dans un message radiophonique diffusé par le réseau as-Sahab, appelle les musulmans à de nouvelles attaques contre les intérêts juifs et américains dans le monde et de « surveiller les cibles, collecter de l'argent, apporter l'équipement, effectuer les préparatifs, et ensuite rechercher le martyre et le paradis ». Cependant, il règne une grande confusion sur la nature même d'Al-Qaïda. Tantôt dépeinte comme une organisation terroriste structurée dont Oussama ben Laden serait le chef, tantôt comme une nébuleuse de mouvements djihadistes ou encore comme un réseau de cellules terroristes indépendantes, nul n'est en mesure de définir clairement la structure d’Al-Qaïda.

Selon The Economist, Al-Qaïda serait sur la défensive depuis les attentats du à Londres : ses chefs sont isolés parmi des tribus du Pakistan, dans le but de se soustraire aux attaques des forces armées américaines, et ses supporteurs dénoncent publiquement son idéologie. Par ailleurs, les services secrets occidentaux sont convaincus qu’Al-Qaïda a tenté, sans succès, de faire exploser des avions transatlantiques en 2006.

Entre 2008 et 2009, onze des vingt personnes les plus recherchées du réseau ont été neutralisées. Les dirigeants intermédiaires ont quasiment tous disparu, la plupart ont été tués dans des attaques de drones.

Le , Oussama ben Laden, fondateur d’Al-Qaïda, est tué d'une balle dans la tête, à Abbottabad, non loin d'Islamabad au Pakistan, lors d'une opération militaire au sol qui a été ordonnée par le président Barack Obama et menée par une vingtaine de SEAL (commandos de l'US Navy). Son corps a été récupéré par les forces spéciales américaines qui l'auraient ramené en Afghanistan, avant d'immerger sa dépouille en haute mer au large des côtes pakistanaises. Le président des États-Unis a commenté la mort du terroriste lors d'une allocution le soir même. L'annonce a provoqué plusieurs manifestations patriotiques spontanées à travers tout le territoire américain.

La mort de Ben Laden constitue un coup dur pour l'organisation, qui perd sa figure la plus charismatique et emblématique. L'idéologue Ayman al-Zawahiri, considéré jusqu'ici comme le de la nébuleuse, ne bénéficie pas de la même aura. Néanmoins, Al-Qaïda enregistre encore des succès : en Syrie, le front al-Nosra a recruté début 2016 ; au Yémen, AQPA accroît ses effectifs et contrôle une partie du territoire ; et en Somalie, le mouvement al-Shabbaab menace davantage le pouvoir central. De plus, ses principaux théologiens Abou Mohammed al-Maqdisi et Abou Qatada ont tous les deux retrouvé leur liberté.

Attentats attribués à Al-Qaïda