La grotte du Moulin est une grotte ornée située à Troubat en Barousse, dans le département français des Hautes-Pyrénées, en région Occitanie. Souvent appelée « grotte de Troubat » bien qu'elle ne soit pas la seule grotte de la commune, elle est parfois nommée au pluriel à cause de ses deux entrées. Elle a été occupée du Magdalénien à l'Âge du bronze et abrite des décorations pariétales.

Situation

Située à peu près à égale distance de la Méditerranée () et de l'Atlantique ()., la grotte se trouve dans le sud de la commune de Troubat près de la bordure orientale du département des Hautes-Pyrénées (le département de la Haute-Garonne est à à l’est du village). Elle est dans la vallée glaciaire de l'Ourse, affluent de la Garonne s'écoulant dans le sens sud-nord ; ce cours d'eau débouche au nord sur la vallée de la Garonne à hauteur de Barbazan Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle de l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (= cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances à vol d'oiseau et les surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches".. Saint-Bertrand-de-Comminges est à au nord, Tarbes à au nord-ouestTroubat sur la carte de google.fr. Les distances routières entre deux points donnés sont calculées dans le panneau latéral à gauche (voir l'onglet en haut à gauche de la carte - cliquer sur "itinéraires")..

Elle s'ouvre sur le versant Nord du massif du Gouardère, en rive droite de l'Ourse à quelque de la rivière, à d’altitude (zone de moyenne altitude), nous disent plusieurs travaux dont celui de Fat Cheung. L'Ourse coulant à cet endroit à environ d'altitude et la pente du flanc du Gouardère étant très escarpée, la grotte est donc très proche du village puisque c'est le seul endroit des flancs du Gouardère assez peu pentu pour donner cette altitude à cette distance de la rivière.

Les environs

La grotte du Moulin fait partie d'un ensemble de grottes pyrénéennes occupées à l'Aurignacien (Tarté), au Solutréen (LespuguePour la grotte des Harpons à Lespugue, voir ., RoquecourbèreRoquecourbère est une grotte ornée à Betchat, Ariège. Voir par exemple .), au Gravettien (Gargas, Enlène, Tuto de CamalhotTuto de Camalhot est à Saint-Jean-de-Verges (Ariège).) et au Magdalénien (Les Espélugues, Labastide, à Lortet, Gourdan (grotte de l'ÉléphantPour la grotte de l'Éléphant à Gourdan-Polignan .), Lespugue, La TourassePour La Tourasse, voir :

., Massat, Mas-d'Azil, Rhodes IIPour Rhodes II, voir :

., La Vache).

La commune inclut aussi la grotte de Saint-Araille, haut-lieu de l'escalade.

Géologie

La grotte est creusée dans le calcaire de l'étage Aptien de l'Urgonien, un dépôt datant d'environ 125 à d'années (Ma) (Crétacé inférieur).

Description

La grotte du Moulin a deux entrées superposées, orientées au nord (légèrement tournées vers le nord-ouest). Elle s'ouvre sur une grande salle prolongée vers le sud-est par une large galerie ; au sud, une autre grande galerie a été nommée « galerie Raymond Bonnet ».. Son développementEn spéléologie, le développement correspond à la longueur cumulée des galeries interconnectées qui composent un réseau souterrain. est de ..

Le réseau profond que forme la galerie Raymond Bonnet a été découvert en 1996 : son entrée était cachée par des dépôts aziliens..

Les murs à l'intérieur de la grotte sont couverts jusqu'à une hauteur de par des sédiments, témoins de la hauteur du remplissageLe remplissage, du point de vue archéologique, est l'accumulation de dépôts formant le sol qui recouvre la roche sous-jacente ; il est composé de couches de terre, graviers et autres matériaux naturels. Il peut contenir ou non des objets issus de l'industrie humaine. Son analyse paléopalynologique, une discipline initiée par Arlette Leroi-Gourhan dans les années 1950, est précieuse pour la détermination des variations climatiques de l'ensemble de la préhistoire. dans des temps anciens..

vignette|Entrée de la grotte de Troubat,Joseph Latour, milieu du

Historique

La grotte du Moulin a été fouillée par Édouard Lartet. San Juan (1997) cite une mention de vestiges en 1868-1870 par C. Fouque, puis A. Clot explore la grotte en 1967C. San Juan, « L'inventaire archéologique des grottes et abris des Hautes-Pyrénées, Bilan sanitaire et actualisation documentaire », rapport d'inventaire, Service régional d'archéologie. Cité par ..

En 1986, R. Bonnet signale des vestiges. Michel Barbaza dirige subséquemment des fouilles de 1986 à 2002 (moins les années 2000-2001).. L'extérieur de la grotte, où le remplissage atteint plus de d'épaisseur, est fouillé pendant les neuf premières années ; il a auparavant fait l'objet de fouilles clandestines, notamment au-dessus de l’escargotière. En 1995, les fouilles sont orientées vers l'intérieur de la grotte.

Stratigraphie

La grotte a été occupée du Magdalénien moyen (Paléolithique supérieur) à l'Âge du bronze : Magdalénien supérieur et final, Azilien, Sauveterrien...

Sa stratigraphie de la fin du Magdalénien est particulièrement représentative de cette époque., qui a livré un os gravé..

Le remplissage montre deux grandes séquences principales : les couches 10 à 6 sont « une accumulation d'éléments fins charbonneux et osseux » ; les couches 5 et celles plus récentes sont marquées par un amas coquillier ou « escargotière ». À l’extérieur de la grotte, les cailloutis sont plus nombreux qu'à l'intérieur et les couches de l’amas coquillier y sont nettement plus épaisses qu'elle ne le sont à l'intérieur..

Les niveaux aziliens (fin du Tardiglaciaire) ont livré d'oiseaux, dans un assemblage significatif d'un environnement ouvert (couvert végétal clairsemé) avec un climat modérément froid.. Ils incluent des vestiges de mergule nain (Alle alle), un oiseau marin dont la présence au nord des Pyrénées et si loin des mers est inattendue.La présence du mergule nain ne signifie pas nécessairement que l'animal a été transporté là par l'homme, sur ce qui représenterait à l'époque une relativement longue distance depuis une côte marine puisque la grotte est au milieu des Pyrénées. Des causes naturelles ont aussi été suggérées : prédateurs non-humains, tempêtes (possibilité évoquée par plusieurs scientifiques) ou changements dans les préférences d’habitat ..

On note l’absence de marmotte en cette fin de Tardiglaciaire (vers - à cette époque elle est présente dans seulement deux sites pyrénéens : la grotte de Plantade à Bruniquel et la grotte des Harpons à Lespugue en Haute-Garonne), ..

Couche 0 (surface) Le sol est couvert de blocs calcaires.

Couche 1 Cette couche est composée de déblais et de terre remaniée.

Couche 2 - âge du bronze Elle inclut quelques escargots. La terre a été remaniée mais il s'y trouve un foyer de l'âge du bronze, accompagné de céramique et de galets à encoche.

Couche 3 - Sauveterrien moyen-Montclusien (Mésolithique) Elle a livré un foyer. Cheung l'attribue à la culture du Sauveterrien moyen-Montclusien (Mésolithique), comme pour les couches 4 et 5.

Couche 4 - Sauveterrien moyen-Montclusien Ce sol d'habitat est jonché de coquilles d'escargot que le piétinement des habitants a réduites en morceaux. Cette couche est comparée à FontfaurèsPour Fontfaurès, voir . et AbeuradorPour la grotte de l'Abeurador, voir ; ...

Couche 5 - Sauveterrien moyen-Montclusien La couche 5 a subi quelques perturbations pédologiques. Elle a livré une grande accumulation de coquilles d'escargots entières et fragmentées, appelée « escargotière » ; et des grattoirs microlithiques sur éclats, diverses pointes à dos courbe, des triangles isocèles, des pointes de Malaurie. Rufino (2011) attribue cette industrie lithique au Mésolithique, cultures laborienne et azilienne. Elle a aussi livré des outils en os : quelques poinçons et fragments de harpons plats.

Sa faune indique un climat tempéré.

Sa flore montre une augmentation du pin sylvestre et l'installation d'une chênaie caducifoliée. Le noisetier se répand, avec une végétation de collines tirant vers le montagnard : les nerprunx et sorbiers diminuent, les genévriers et les bouleaux disparaissent. Les précipitations et les températures augmentent (Heinz, 1995 et 1999Voir ; et . (Cités dans .). Cette couche correspond au Préboréal ( à ) et au Boréal ( à ).

Au début des fouilles (à l’extérieur de la grotte), Barbaza (1996) a attribué cette couche 5 à l’extérieur à un Azilien « évolué » ; les fouilles à l'intérieur ont ensuite montré une différence plus marquée qu'à l'extérieur entre la couche 6 et les couches 3 et 4 (ces dernières moins épaisses que les mêmes à l’extérieur), et la couche 5 a subséquemment été réinterprétée comme un panorama des différentes occupations. Selon Cheung, de nos jours elle n’est plus intégrée dans les interprétations de la stratigraphie.

Couche 6 - Azilien classique Une fine couche de sédiments charbonneux la sépare de la couche 5 qui la suit chronologiquement. À l'extérieur de la grotte (ancien porche), la couche 6 se divise en deux dépôts distincts successifs, alors qu'à l'intérieur de la grotte son dépôt reste sensiblement homogène. À sa base se trouvent des taches de cendres blanches et des foyers posés sur sol plat ou très légèrement creusés.

Elle contient une grande quantité de vestiges de poissons (truites et saumons), associée à des harpons perforés : le nombre élevé (plus de 10) de ces harpons place la grotte du Moulin parmi les quatre grottes des PyrénéesLes trois autres grottes des Pyrénées pour lesquelles les couches aziliennes ont livré plus de 10 harpons, sont le Mas-d'Azil (Ariège), (Cangas de Onís, Asturies) et Cueva del Valle (Rasines, ). Voir . les mieux fournies en harpons de ce type pour cette époque..

Elle a été datée à , . et correspond au Dryas III..

Couche 7 - fin du Magdalénien supérieur Barbaza voit cette couche comme la fin du Magdalénien supérieur, une manifestation tardive du Magdalénien dans les Pyrénées. Gonzàlez Sainz la met en parallèle avec l'évolution du Magdalénien cantabrique. Cité dans .. Elle a été datée à - la sous-couche 7b a été datée à .

La couche 7 voit apparaître les premiers escargots, montrant la diversification du régime alimentaire, et inclut une grande quantité de saumon, de l'ibex mais aussi des animaux forestiers : cerf élaphe et sanglier.

L'industrie osseuse (harpons plats, harpons à une seule barbelure...) de ce niveau, encore très marquée par la tradition magdalénienne, présente cependant des formes originales.

Le cerf est très présent dans les couches 8 (43 % des ongulés contre 2,7 % pour le renne) et 7 (29 % des ongulés, contre aucun reste de renne).

Couche 8 : Magdalénien supérieur - interstade de Bølling 62% des 422 outils lithiques tirés de cette couche sont des lamelles à dos ; le reste inclut burins, grattoirs, pointes à dos, perçoirs et triangles microlithiques. Les outils en os incluent têtes de harpons, sagaies, portions d'aiguilles à chas. La flore correspond à un paysage ouvert et des fruticées à genévriers, avec rosacées et nerpruns. La faune inclut cerf, bouquetin, isard, chevreuil, renne, bovidés, cheval et un peu de sanglier. C'est l'interstade de Bølling, entre le Dryas ancien et récent, avec un climat froid et sec.

Pour les couches 10 à 8, le renne pourrait avoir été abattu lors des migrations entre les pâturages d'hiver et ceux d'été.

Couche 9 : Magdalénien Cette couche contient très peu de vestiges archéologiques.

Couche 10 : Magdalénien supérieur Cette couche a livré des « pointes à barbelure » et des poinçons mais le matériel lithique peu abondant. La végétation inclut genévrier, pruniers et nerpruns.

Couche 11 : Magdalénien moyen