Gondovald, Gundovald, Gondobald ou Gondebaud « guerrier audacieuxStéphane Lebecq, Les origines franques, , Seuil (Nouvelle histoire de la France médiévale, 1), 1990, 108-109. », gunth (bataille)Bruno Dumézil, La reine Brunehaut, Paris, Éditions Fayard, 2008, 9. et bald (audace) en vieux francique, serait un fils naturel et non reconnu de Histoire générale de France d'Abel Hugo. qui a régné brièvement sur l'Aquitaine entre 584 et 585Gondovald sur le dictionnaire biographique.. Il fut au centre de la guerre de succession mérovingienne en 584.

Biographie Origine Il n’y a aucune preuve de la filiation avec .

Le roi Gontran - un fils de - le nomme Ballomer (faux princeC. C. Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale, , Paris, 1836, 229. ou mauvais mérovingien) et déclare que le père de Gondovald était meunier ou lainier. Les assiégeants de Comminges déclarent que Gondovald était peintre à fresque au temps de Rouche (1979), 74..

La jeunesse Une femme, qui prétendait avoir été admise dans le lit de , se présenta un jour devant en tenant par la main un enfant nommé Gondovald et lui annonça que c’était le fils du roi Clotaire, mais que celui-ci avait une haine injuste envers l’enfant. , roi de Paris et roi d’Orléans, qui n'avait pas de fils, accueillit le jeune garçon et le garda près de lui avec l'intention d'en faire son héritier.

Mais Clotaire - qui prétendait lui-même à la succession de son frère Childebert, ayant su ce qui s'était passé, envoya chercher l'enfant. Gondovald fut amené à Soissons devant Clotaire, alors roi de Soissons, qui affirma qu’il n’était pas son fils et ordonna de couper les longs cheveux qu'il portait flottants (afin d'effacer ce signe de naissance royale franque). Toutefois, les fils de n'ignoraient pas cette filiation.

En 562, après la mort de Childebert en 558, puis de Clotaire en 561, , autre fils de Clotaire, et roi de Paris, le recueillit et lui permit de laisser de nouveau croître sa chevelure.

Mais comme Caribert n'avait pas d'enfants, ses frères Gontran, et craignirent qu'il nommât Gondovald comme héritier.

, roi d’Austrasie, fit enlever le jeune homme, le fit tondre à nouveau, et l'envoya en exil à Cologne, où il fut surnommé Ballomer, sobriquet gaulois qui signifie le faux prince.

Gondovald, trompant la vigilance de ses gardiens, s'enfuit, et demanda asile au général byzantin Narsès qui gouvernait alors en Italie et lui accorda sa protection, probablement entre 561 et 567Grégoire de Tours, Histoire des Francs, , 43 ; Charles Diehl, Étude sur l’administration byzantine dans l’exarchat de Ravenne, Paris, 1888, 8, n. 7..

Gondovald se marie, mais sa femme meurt, puis Narsès doit quitter l'Italie. Alors, emmenant avec lui ses deux enfants, Gondovald se retire à Constantinople, où l'empereur l'accueille avec bienveillance. Après , les empereurs et le traitent avec la même faveurAmédée Gasquet, L’empire byzantin et la monarchie franque, Paris, 1888, 183-193..

La conspiration Pendant que les rois travaillaient constamment à la réunion de tous les royaumes francs en un seul, les grands de ces royaumes cherchaient, au contraire, tout ce qui pouvait en perpétuer la division. La crainte de voir le royaume d'Austrasie se confondre avec ceux de Bourgogne et de Neustrie les préoccupait. Ils redoutaient même de voir leur jeune roi devenir, par la mort des enfants mâles de Gontran et de Chilpéric, l'héritier unique de ses oncles.

Dans le plus grand secret, la conspiration des grands de Neustrie et d’Austrasie prenait forme et, en 579, ils décidèrent de convaincre Gondovald d'entrer dans leurs desseins.

En 580-581, le duc Gontran Boson, l’un des chefs du complot, rencontre Gondovald, toujours exilé à Byzance, pour qu’il fasse valoir ses droits sur l’héritage mérovingien.

Gontran Boson, duc austrasien ambassadeur à Constantinople, eut quelque peine à décider Gondovald. Il le présenta comme unique héritier, disant que tous savaient qu’il était le fils de et qu’il fallait qu’il perpétue la race de Clovis et ajouta qu’il était appelé par tous les grands du royaume d'Austrasie. Comme Gondovald hésitait encore, le comploteur fit serment de la sincérité de ses paroles et de ses engagements par 12 fois dans les 12 lieux les plus saints de Constantinople. Ainsi rassuré, Gondovald se décida à le suivre. Par ailleurs l'empereur , qui voyait favorablement cette tentative, lui donna des conseils et des secours. Les immenses richesses que Gondovald apporta dans la Gaule provenaient sans doute de legs de la part de l'empereur byzantin.

Au printemps 582, Gondovald quitte alors l’Empire byzantin avec un trésor considérable, composé d'une grande quantité d'or, d'argent et d'objets précieux, et débarque en Gaule, à Marseille, pour y prendre le pouvoir.

Il y est accueilli par les évêques Théodore de Marseille et Épiphane (probablement de Fréjus), sur l’ordre de nobles austrasiensGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 24., qui lui donnent des chevaux pour qu’il fasse la jonction avec le patrice Mummole, qui s’est révolté contre le roi Gontran, dans Avignon.

La conspiration allait éclater, lorsque Gontrаn Boson trahit Gondovald. La vue du riche trésor que le bâtard royal rapportait de Constantinople excita sa cupidité et changea tous ses sentiments. Pour se rendre maître de ces richesses, il dénonce tout au roi Gontran, fait arrêter les évêques Théodore et Épiphane, et les exile en Bourgogne afin de détourner l’attention sur le rôle qu’il avait lui-même joué dans le complot. En même temps il se saisit des trésors de Gondovald, restés à Marseille, les partage avec le duc bourguignon qui commandait en Provence, et emporte précipitamment en Auvergne l'or et l'argent qu'il s'était attribués dans ce partage.

Mummole, déconcerté par la trahison de son complice, se tint tranquille et sur ses gardes à Avignon. Le patrice envoya secrètement Gondovald et ses fils « dans une île de la mer en attendant les événements ». On suppose qu’il s’agit d’une des îles d'Hyères ou du monastère de LérinsL. Drapeyren, Essai sur le caractère de la lutte d’Aquitaine, Paris, 1877..

Peu de temps après sa perfidie, Gontran Boson, allant, avec sa famille, d'Auvergne en Austrasie, eut l'imprudence de traverser la Bourgogne. Il fut arrêté et conduit devant le roi Gontran. La colère du roi effraya Gontran Boson qui rejeta toute l’affaire sur Mummole. Laissant son fils en otage au roi, le duc Gontran Boson, gouverneur de l'Auvergne, rassembla aussitôt une armée, et alla mettre le siège devant Avignon.

Cette expédition contre un ami du et des grands de l'Austrasie, fut violemment désapprouvée. Le roi de Metz envoya le duc Gondulphe à Avignon, avec la mission de faire lever le siège et de délivrer le patrice. Gontran Boson fut contraint de se retirer.

En effet, le complot est le fait de l’aristocratie austrasienne et neustrienne et est tourné essentiellement contre le royaume burgondeChronique de Frédégaire, , 89.. Ces événements se passaient dans le courant de l'année 583, à l'époque où les rois Chilpéric et Childebert, avaient fait alliance contre le roi Gontran.

Dirigée par l’évêque de Reims Egidius, la noblesse espère ainsi récupérer la moitié de Marseille, que Gontran refuse de rendre. La lutte contre Gontran n’est alors plus d’actualité, car la noblesse pense pouvoir influencer le jeune roiRouche (1979), 70.. et espère abattre Gontran grâce à cette alliance. En revanche, la reine Brunehilde n’a aucun espoir de récupérer le Morgengabe de Galswinthe : Chilpéric vainqueur ne risque pas de le lui rendreRouche (1979), 75.. Gontran accepte de rendre la moitié de Marseille qui manque à Grégoire de Tours, Histoire des Francs, , 33. en 584 et fait la paix pour lutter contre Chilpéric. Voyant son irritation après l’arrestation de son beau-frèreGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 41. Herménégild par Léovigild, Gontran noue une alliance avec le roi de l’Hispanie wisigothiqueRouche (1979), 71.. Après l’assassinat de Chilpéric, Gontran protège son neveu et se jette sur les villes d’Aquitaine occupées par Chilpéric, y compris celles de Grégoire de Tours, Histoire des Francs, , 83..

La fondation du royaume

À la mort de Chilpéric, en septembre 584, Mummole, rappelle Gondovald pour agir. Ils sont rejoints par Didier (Desiderius) duc de Toulouse, qui apprenant la mort du roi de Neustrie, s'était emparé des trésors de RigontheGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 9. » et par Waddon, maire du palais de la reine Rigonthe, chargé d'accompagner la fille de Chilpéric jusqu'en Espagne.

Il rejoint ensuite Mummole à Avignon. De là, Gondovald et les conjurés partent avec armée et trésors pour récupérer le pays aquitain appartenant à l’Austrasie et donner les terres de Chilpéric au nouveau roi. Sortie d’Avignon en , l'armée des partisans de Gondovald se dirige sur l'Aquitaine, dont la population, composée de Gaulois et de Gallo-Romains, voulait son indépendance. En effet, elle voyait régulièrement son territoire être le théâtre de guerres et de partages incessants. Ils traversent le Massif central jusqu’au Limousin et arrivent à Brive.

À Brive, en Corrèze, Gondovald fut solennellement reconnu fils de Clotaire et proclamé roi suivant l'ancien usage des Francs. On l'éleva sur un bouclier ; on le promena trois fois autour du camp; mais au troisième tour, il chancela sur son pavois, perdit l'équilibre, et serait tombé s'il n'eût été soutenu par les chefs qui l'environnaient. Cet accident fut considéré par tous comme un présage fatal. « Il parcourt ensuite les cités situées alentourGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 10. ». « Dans les cités qui avaient appartenu au roi Sigebert, il [Gondovald] recevait des serments au nom du roi Childebert, dans les autres, qui appartenaient à Gontran ou Chilpéric, ils lui juraient fidélité en son nomGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 26. ». Le but de Gondovald est d’occuper toute l’Aquitaine jusqu’à Paris donc d’occuper le royaume de Soissons.

Gontran commence à réagir dès 585 car son royaume devient plus limité et confiné à une partie de l’Aquitaine. Il réunit une grande armée pour se débarrasser de l’usurpation de Gondovald et soumet les PoitevinsGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 27..

La chute Les succès de Gondovald après sa proclamation furent nombreux et rapides, Périgueux, Angoulême, Saintes, Poitiers, Cahors, Agen… se rallièrent. Mais rapidement, les événements tournèrent en défaveur de Gondovald : « A Angoulême, après y avoir recueilli les serments et fait des présents aux premiers des habitants, il aborda Périgueux. Il quitta l’évêque Chartier, après l’avoir gravement injurié, parce qu’il n’avait pas été accueilli par lui honorablementGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 22. ».

Puis, les troupes marchèrent contre Toulouse et Bordeaux, qui ouvrirent également leurs portes ainsi que toutes les villes de la Novempopulanie. Toutefois à Toulouse, l’évêque Magnulf refuse de le reconnaître roi et se retrouve condamné à l’exil. Gondovald n’est désormais soutenu que par le duc Bladaste, le comte de Bordeaux Garachaire, Waddon, maire du palais de la princesse Rigonthe, et les évêques Sagittaire de GapGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 12, 31 ; , 6., qui a reçu la promesse de l’évêché de Toulouse, Bertrand de BordeauxW. Goffard, Byzantine Policy in the West under and Maurice : the pretenders Hermenegild and Gondovald, 587-585, traditio, t.13, 1957, 86, n. 54., Palladius de Saintes, Oreste de Bazas, Faustian, que Gondovald a fait ordonner évêque de Dax par Palladius de SaintesGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 31., Ursinus de Cahors, dont l’ordination canonique a été organisée par des collègues de Bertrand de Bordeaux, sans en prendre la responsabilité, pour plaire à GondovaldRouche (1979), 497, n. 127..