Le Paon bleu (Pavo cristatus) est une espèce d'oiseaux galliformes de la famille des Phasianidés.
Son cri strident et la longue queue au plumage ocellé qui permet au mâle de « faire la roue », de même que les nuances métalliques arborées par celui-ci, expliquent la notoriété de cet oiseau de grande taille. L'espèce est originaire des forêts d'Asie, plus principalement d'Inde, du Pakistan, du Bangladesh et du Sri Lanka, mais on l'élève un peu partout dans le monde comme animal domestique depuis l'Antiquité. Comme la plupart des Phasianidés, le dimorphisme sexuel est important et par ailleurs plusieurs variétés colorées ont été obtenues en plus du bleu d'origine dont les plus courantes sont : blanc, nigripenne et arlequin. Le Paon bleu est traditionnellement utilisé comme ornement des grands parcs ou comme volaille comestible, et ses plumes ornent les chapeaux ou les bouquets. Dans la culture populaire c'est un symbole religieux et un thème récurrent des beaux arts.
Dénomination Linné (1758) l’avait nommé Pavo cristatus. Le nom spécifique cristatus provient aussi du latin et veut dire « crêté, qui porte une crête » et fait référence à la huppe que le mâle et la femelle portent sur la tête, disposée en éventail.
Caractéristiques Le mâle est facilement reconnaissable à son plumage, sa huppe et sa traîne. Il mesure sans sa queue, atteignant 195 à de longueur totale avec sa queue. La femelle est plus petite et mesure autour de . Elle n'a pas de traîne et son plumage est moins éclatant.
La tête, le cou et la poitrine du plumage du mâle sont bleu-vert et violet avec des reflets métalliques. Autour des yeux se trouve une tache dénudée, et une crête de plumes, munies de barbes uniquement à leur extrémité, orne la couronne. Le bec, d'assez grande taille, est brun clair comme l'iris. Les plumes du dos sont vert doré avec des bordures couleur bronze, les couvertures alaires tertiaires blanches avec de fines rayures noires, les couvertures alaires primaires et secondaires d'un bleu-vert métallique et les rémiges et rectrices brunes. Les plumes sus-caudales au nombre de 100 à 150 en moyenne sont beaucoup plus longues que les rectrices et forment la traîne du paon. Ces plumes dites en « terminaison en queue de poisson » peuvent atteindre jusqu'à de longueur - elles grandissent jusqu'à la sixième année - mais en principe ne dépassent pas un mètre. Elles possèdent de longues barbes vert métallique avec des reflets bleus et de couleur bronze, formant, près de leur extrémité, une tache évoquant un œil et connue sous le nom d'ocelle (ocelles disposés à l'intersection de deux familles de spirales), dont le centre d'un bleu vif est entouré d'anneaux concentriques brun, jaune d'or et violet.
En ce qui concerne les reflets métalliques bleus et verts, il s'agit d'un effet d'optique dû à la diffusion de la lumière. Les plumes sont constituées d'un réseau de barbules, lui-même organisé en lamelles. Ce réseau de microstructures diffracte la lumière (la dévie en fonction de la longueur d’onde). La répétition du motif entraîne des interférences au niveau des ondes lumineuses ce qui, ajouté à la pigmentation par la kératine, produit les couleurs observées. La diffraction et les interférences résultant des microstructures périodiques sont à l'origine des variations de couleurs selon l’angle d’observation. Les couleurs disparaissent lorsqu'on observe les plumes à l'envers et par transparence..
Répartition et habitat Le Paon bleu vit au Pakistan à l’est du fleuve Indus, en Inde, au Sri Lanka et au Bangladesh d’où il a peut-être maintenant disparu. De petites populations introduites existent aux États-Unis (sud-est de la Californie), aux îles Hawaï (Maui, Niihau, Oahu, Hawaï), aux Bahamas (Little Exuma), en Afrique du Sud (Robben Island), en Nouvelle-Zélande (île du Nord) et en Australie (îles du détroit de Bass).
Dans son milieu naturel, de manière générale, le Paon bleu est inféodé aux forêts caduques ouvertes, sèches ou humides et à proximité des cours d’eau.
Alimentation L’ensemble des données montre que le régime alimentaire est omnivore. Il se compose de grains (sauvages et cultivés), de graines d’herbes, de particules d’herbes tendres, de feuilles, de pétales de fleurs avec une préférence pour les baies et les drupes de Carissa, Lantana, Zizyphus et les figues sauvages (Ficus). Les champs cultivés, en jachère ou en friche sont aussi visités. La nourriture animale comporte toutes sortes d’insectes et de leurs larves, des petits lézards, des grenouilles, des micro-mammifères et même des serpentsHennache et Ottaviani 2006..
Comportement Comportement non social thumb|Un Paon bleu en vol|alt=Photo d'un paon bleu en vol Comme la majorité des Phasianidés et malgré sa taille imposante, le paon peut voler, mais c'est de préférence un animal terrestre qui marche, grimpe et court plutôt que de prendre son volPaon bleu sur le site oiseaux-birds.com, consulté en avril 2012.. Les femelles et les jeunes sont prompts à l’envol, parcourant la forêt d’un bout à l’autre, alors que les mâles volent beaucoup moins.
Le Paon bleu est le plus actif entre et et entre et quand la lumière est suffisante, et la chaleur pas trop forte. Le paon est un animal diurne. Il est vulnérable à l'éclairage artificiel nocturne, comme l'a montrée une étude de 2015Yorzinski JL, Chisholm S, Byerley SD, Coy JR, Aziz A, Wolf JA, Gnerlich AC. (2015), Artificial light pollution increases nocturnal vigilance in peahens ; PeerJ. 2015 Aug 13;3:e1174. doi: 10.7717/peerj.1174. eCollection 2015. .. En situation de pollution lumineuse, la vigilance nocturne des paonnes est significativement augmentée et ces oiseaux passent alors moins de temps à dormir, probablement au détriment de leur santé, mais quand on leur donne le choix, ils choisissent néanmoins de se percher à l'ombre plutôt qu'à la lumière.
Comportement social La plupart des auteurs ont décrit le mâle comme vivant en polygamie avec un harem de plusieurs femelles. Pourtant Sharma (1972) ne fait pas mention de cette organisation sociale et l'observation de paons en liberté montre que chaque mâle défend de petits territoires que visitent les femelles qui elles vivent en petits groupes. Rands et al. (1984) ont signalé ce même comportement chez des paons en semi-liberté en Grande-Bretagne.
La roue thumb|Un paon faisant la roue.
Pour séduire les femelles, les plumes très longues du dos forment une traîne que le mâle déploie en éventail lors de la parade nuptiale.
Pour des prétendants dont la roue présente , le succès de la parade ne dépend pas de ce nombre d'ocelles ni de la longueur des plumes, leur séduction diminuant lorsqu'ils en ont moins de 140 : application de la loi de Weber ou bien les femelles sont-elles sensibles à une combinaison de couleurs et de motifs.?
Selon l'ornithologue israélien Amotz Zahavi, il s'agit d'une illustration de la théorie du handicap. Les mâles qui ont les meilleures capacités biologiques signalent cet état de fait de façon ostentatoire en affichant qu'ils peuvent même se permettre un encombrement et un surpoids au vol et à la course, alors que cela semble a priori réduire les chances de survie de l'individuPhilippe Vandel, Pourquoi le paon fait-il la roue ?, publié le 20/09/2014 sur le site de France info, consulté le 6 mars 2018..
De son côté, Ronald Aylmer Fisher fait de la traîne du mâle un exemple classique d'emballement fisherien : son développement ne donne aucun avantage à part celui d'attirer les paonnes.
Cri Son répertoire vocal comprend une série d’appels criards, sonores et claironnants dont le « léon » qu’il serait plus juste de transcrire par une sorte de « héhan » que les Anglais reproduisent d’ailleurs par « may-awe » ou « mee-ow ». Les indiens traduisent ce cri par « minh-ao » qui annoncerait la pluie car, disent-ils, il lance son cri particulièrement avant l’orage. Les deux sexes ont des cris similaires mais le mâle, plus vocal, les répète plus souvent.
On dit qu'il braille, criaille ou paonneCri du paon..
Reproduction
Parade nuptiale La parade frontale prend toute son ampleur avec le déploiement de la traîne qui constitue la fameuse « roue du paon ». Ainsi, le mâle relève à la verticale et ouvre largement ses longues plumes ornementales, soutenues par les rectrices, en un immense éventail parsemé d’ocelles chatoyants. Il offre alors le spectacle de son corps bleu brillant, rayonnant au centre. Habituellement le mâle déploie sa traîne mais se tourne dans le sens opposé à l’entrée de l’arène quand s’approche une femelle. Lorsqu’elle entre dans l’arène, il fait la roue, en gardant le dos tourné, montrant ainsi l’envers de ses plumes bien moins coloré, et en agitant de haut en bas ses rémiges primaires entrouvertes. Le rythme des saccades s’accélère à mesure que la femelle se rapproche, produisant un bruissement d’ailes de plus en plus fort. Puis il se tourne subitement vers sa partenaire, comme pour créer un effet de surprise, cesse d’agiter ses rémiges primaires et se penche fortement vers elle tout en rabattant son éventail en avant. Parfois c’est la femelle qui le contourne pour se positionner en face de lui. Il se pavane alors à pas lents autour d’elle, dresse le cou, bombe le torse tout en exhibant ses plumes ocellées. Si la femelle, apparemment indifférente, continue à vaquer à ses occupations, il la suit lentement mais si elle lui fait face, il imprime des tremblements rapides à ses rectrices ce qui a pour effet de produire un frémissement des barbes et un chatoiement des ocelles sur les plumes ornementales. Ces tremblements ne durent que quelques secondes mais peuvent être répétés à chaque fois que la femelle relève la tête. Après quoi, il peut tourner à nouveau le dos et agiter ses rémiges primaires. Puis il lance un sifflement et se précipite vers la femelle, ce qui occasionne généralement sa fuite. Ce manège peut être répété plusieurs fois avant qu’elle se couche au sol devant le mâle, alors au comble de l’excitation, qui rabaisse aussitôt son éventail, se rue sur elle en criant et la couvre en étalant ses sus-caudales.
Nidification vignette|Œuf de Pavo cristatus au MHNT. La période de nidification varie à travers son aire mais elle est liée, de façon générale, à la saison des pluies. Sharma (1972) a mené une étude de terrain dans la région de Jodhpur (Rajasthan, nord-ouest de l’Inde) et a précisé qu’il faut attendre après les premières fortes averses de fin-juin pour trouver les premières pontes avec un pic pendant la seconde quinzaine de juillet et en août. Les pontes ne prennent un rythme régulier que lorsque les pluies ont atteint et que la pousse des herbes commence à cacher les nids. Après d’observation, l’auteur conclut que « le retard et l’irrégularité des premières pluies réduisent la ponte ; au contraire une mousson précoce et importante l’augmente ».
Au moment de la couvaison, les mâles ne s'éloignent jamais beaucoup du nid et montent la garde en donnant l'alerte par un cri sonore au moindre changement de l'environnement. Les œufs ont une durée d'incubation de Paon bleu sur le site Oiseaux.net, consulté le 20 mars 2015..
Prédation Selon Sharma (1972), la destruction de pontes est due surtout aux chiens errants (75 % en zone sub-urbaine), à l’homme (dérangement par les enfants, ramassage par des chasseurs, collecte pour la fabrication d’aphrodisiaques).
Statut, conservation