Les Filles Rendues de Paris ou Filles Pénitentes, devenues Augustines de l'ordre de la pénitence de la Madeleine, également dénommées Maglorines, Filles de Saint-Magloire, religieuses Augustines de Saint-Magloire ou religieuses Augustines Pénitentes de Paris, surnommées par le peuple Filles de Paris, est un ordre religieux catholique français fondé à la fin du , à la suite des prédications de Jean Tisserand, prédicateur cordelier, à Notre-Dame de Paris. Leur couvent était installé dans l'hôtel d'Orléans à l'emplacement de l'actuelle Bourse de commerce puis, de 1572 jusqu'à la suppression de la communauté religieuse en 1790, dans les bâtiments de l'abbaye Saint-Magloire rue Saint-Denis.

Historique Fondation de l'ordre en 1492-1494 Le collège des Filles de Paris de l'ordre de Sainte Marie-Madeleine (appelé ensuite refuge des Filles pénitentesJacques Antoine Dulaure , Histoire physique, civile et morale de Paris : depuis les premiers temps ., ou simplement Pénitentes, ou encore RepentiesLe nom de « repenties » est traditionnellement attribué aux filles de mauvaises mœurs qui se repentaient et faisaient pénitence de désordres passés ou de prostitution., parfois confondues avec les Madeleines ou Madelonnettesterme qui désigne surtout le couvent de la rue des Fontaines pour Repenties fondé au .) a été fondé en 1492 (d'après Félibien), ou en 1493, ou 1494 (d'après Du Tillet dans sa Chronique des Rois de France)Jean Du Tillet, La chronique des roys de France… jusques en l'an 1551, page XCV ., à la suite de deux années de prédication du Carême et de l'Avent de Jean Tisserand, prédicateur cordelier, à Notre-Dame de Paris.

Environ deux cents femmes de « mauvaise vie » Ce fait est attesté par Nicole Gilles (mort vers 1503), chroniqueur de Rois de France. furent converties : — Menot, Sermons choisis de Michel Menot (1508-1518), 329.. Jean Tisserand devint leur aumônier et composa pour elles des Noëls pour « Filles Rendues à Paris » et des hymnes. thumb|upright=2 |Nicole Gilles, Les Annales et Chroniques de France, depuis la destruction de Troye jusques au temps du Roy Louis onziesme, jadis composees par feu maistre Nicole Gilles, Imprimees nouvellement sur la correction du Signeur Denis Sauvage de Fontenailles en Brie, et additionnees, selon les modernes historiens, iusques à cet an Mil cinq cens cinquante trois, page CXIV. Plus tard, Jean Nicot dans son Trésor de la Langue française (1606), reprenant mot pour mot le récit de Nicole Gilles donne cette définition à l'article « Filles » : .

On voit bien ici que si le terme de « repenties » existait déjà ainsi que les ordres de la pénitence, c'est l'institution de Jean Tisserand qui retint l'attention des contemporains, du fait de son alliance avec le roiNicot : Le Dictionnaire d'Estienne donne pour synonyme de repenti, « dolent » c'est-à-dire triste et plein de pleurs : . et aussi ().

Statuts édictés en 1497 Leur nombre s'étant accru en peu de temps, on fut obligé de faire la quête dans la ville. Les autorisations furent accordées par les lettres patentes de Charles VIII de France du , le pape Alexandre VI leur donne la Règle de saint Augustin par une Bulle du mois d'octobre 1497. Les rois visitèrent ce couvent, Louis XII (elles sont alors 80, encadrées par une parente du roi), , Henri II, François II et Charles IX de France. Les statuts furent édictés en 1497 par Jean-Simon de Champigny, évêque de Paris, et Charles VIII de France fut désigné dans les statuts comme leur fondateurCamille Piton, Histoire de Paris, chapitre VI : « Règlement et constitutions des Filles Pénitentes, Statuts et Constitutions de Jean-Simon de Champigny », 553-589, 1891, réédition de 2005, .. Les statuts édités en lettres gothiques portent au frontispice une image de Sainte Marie-Madeleine entourée de religieuses portant ces mots :

Réforme en 1616 thumb|L'abbaye Saint-Magloire. Il fallut cependant faire venir huit religieuses de Montmartre le , dont mère Marie Alvequin (qui restera supérieure pendant 32 ans, jusqu'à sa mort en 1648) et Adrienne Colbert, parente du grand Colbert pour rétablir la Règle, après un relâchement de l'ordre (dû à la Ligue) qui les avaient forcées en 1616 à sortir quêterAlban Butler et l'abbé Brémond, Vies des pères des martyrs et des autres principaux saints, Volume 16, « Histoire littéraire du sentiment religieux en France, les Grandes Abbesses » : . Ensuite, en 1617, les religieuses portèrent un voile noir à la place du blanc. On ne devait y admettre que des femmes avant l'âge de trente ans. On reçut au dans cette abbaye des femmes d'une conduite honnête, Vierges Consacrées, qui devinrent les Filles ou Dames de Saint-Magloire et non plus Pénitentes de Saint-MagloireCharles Lefeuve, « Histoire de la rue Saint Denis », in Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, 1875 .. Au , le couvent servit aux femmes de « mauvaise vie » qui faisaient pénitence et y demeuraient enfermées, mais sans vœu, comme maison de correction.

Mères et mères supérieures

Fonctionnement

Mode de vie et admission

Ce Noël dépeint les Filles de Paris toutes vêtues de blancLes Noëls attribués à Jean Tisserand.. Elles portaient un voile blanc, symbole et la pureté reconquise et du sang de l'Agneau qui les avait rachetées, et en 1550 elles furent obligées de garder la clôture, dans le parc entouré d'une muraille sans échelle et sans ouverture, et nul n'était admis chez ces que les ouvriers (maçons, couvreurs), le médecin chirurgien, le roi, la reine et les princes de sang, les évêques et les prélats, en présence de sœurs. Il y avait une sœur guichetière chargée de clefs et, en plus des mères et sous-mères, comme dans les autres monastères, deux cellérieres, deux sœurs boursières, tourière, portière, secretaine (chargée des calices), chantre, etc. Terrasson nous dit qu'il y avait des gouvernantes, Gubernatrices Filiorum Paenitentium et une Maîtresse, Magistra Filiorum Paenitentium et sous-maîtresses. Les aumônes en linge étaient enfermées dans un coffre à quatre serrures. Plus tard, elles furent vêtues comme les minimes en gris avec un voile noir.

thumb|upright=0.7|Le Pérugin, Sainte Marie Madeleine (vers 1482), Washington DC, National Gallery of Art. La vêture se faisait en présence du peuple : revêtue d'un simple couvre-chef, les cheveux pendants qu'on leur coupait alors, une pièce d'étoffe noire sur la poitrine, un cierge ardent devant elles. Un an plus tard, elles pouvaient prononcer leurs vœux religieux sur des papiers, qui étaient écrits et signés, parfois d'une simple croix à l'encre si elles ne savaient pas écrire, et remis aux mères et sous-mères. Cependant pour y être admises, elles devaient jurer (et les femmes qui les visitaient) sur les Évangiles, avoir eu une vie dissolue et vécu dans le libertinage. Elles devaient aussi jurer, devant le confesseur et six religieuses sous peine de damnation éternelle, ne pas être prostituées exprès pour devenir religieuses et qu'elles avaient péché sans intention pieusesPère Héliot, Histoire des Ordres religieux.. Cet examen n'était pas réitérable afin que les jeunes filles ne se prostituent pas volontairement pour y entrer, et si on découvrait ce fait alors qu'elles étaient religieuses, elles étaient renvoyées : beaucoup de filles pressées par la misère ou par leurs parents, cherchaient en effet à devenir religieuses. Plus tard ne furent admises à prononcer leurs vœux et devenir religieuses que celles qui le désiraient, et non les filles enfermées par leur famille, parfois de force. Leur nombre ne fit que décroître avec le temps : au début 200 (prédication de Jean Tisserand) ; puis 300 peu après ; mais 80 ensuite en 1580, en 1729 en comptait encore 52 religieuses et en 1756 on en comptait que 23, en 1790 elles étaient 18 servies par neuf domestiques.

Elles formaient un ordre régulier de religieuses Augustines : elles se levaient à minuit, et offices religieux et heures de travail se succédaient, jours de chapitres, d'abstinence, trois fois par semaine, et aussi de « discipline ». Tous les trois ans on y élisait une supérieure, laquelle pouvait être reconduite jusque cinq fois (la première supérieure fut Louise de la Bustangière) et furent nommées « religieuses Augustines de Saint-Magloire » ou « religieuses Augustines Pénitentes de Paris »Écrit en lettres d'or sur du marbre noir sur le portail. mais étaient surnommées par le peuple « Filles de Paris » car elles devaient, comme les autres ordres mendiants, vivre d'aumônes (elle recevaient aussi des donations annuelles du roi, en grain et en sel) et quêtaient dans les rues de Paris, jusqu'à ce que dotées, elles observent une stricte clôture. Ces Augustines Pénitentes eurent des frères quêteurs et religieux confesseurs (selon les statuts de Jean Simon de Champigny) demeurant hors de la clôture et dont les vœux se faisaient à la grille entre les mains de la supérieure et du père confesseur, vêtus de chaperons et de robes de laine grise avec une autre robe de laine blanche par-dessous. On pressa le curé Olier de devenir leur supérieur mais il refusa cet emploi.

Revenus Antiquités de Paris par Sauval, Comptes de la prévôté, année 1503 et 1510, cité par Monteil.

Au début de leur fondation, les Repenties ont vécu d'aumônes et de quêtes : une sœur s'occupait des ressources et aumônes ainsi reçues.

Le , un don de francs aux Filles Repenties de la maison ou hôtel d'Orléans fut prodigué par le roi et l'archevêque de Rouen et le maître d'hôtel Raoul du Refuge.

Pour les dédommager de la perte de leur hôtel, Marie de Médicis engagea ses enfants à leur faire du bien : Charles IX de France leur assura une rente de écus à perpétuité accordée par le roi Henri II de France pour neuf ans et la Reine Marie de Médicis leur donna mille livres tournois de rentes à prendre sur l'hôtel de ville de Paris, et s'engagea à leur faire donner par les ducs d'Alençon et d'Anjou, mille livres de rente par un acte passé en bonne et due formeArchives royales de Chenonceau. Debtes et créanciers de la reine mère Catherine de Médicis par Chenonceaux, : « Quittances des Filles Pénitentes » . :

Le roi Henri IV les exempta d'impôts au même titre que les ordres mendiants et leur donna une rente de 450 livres (lettres patentes du ).

Plus tard, les revenus varièrent souvent et ne furent pas considérables. En 1729, les recettes montaient à 14 sous 11 deniers et les charges à 4,59 livres 4 sous et 11 deniers, ce qui donnait un revenu net de et 10 sous.

Le , Adrien François Oudin, procureur au Châtelet, déclara au nom des dames religieuses de Saint-Magloire que le revenu de ce monastères consistait en : provenant des locations des appartements occupés par les dames pensionnaires ; 5,9146 19s. provenant des loyers des maisons situées rue saint Denis ; 1,4. de rentes sur l'hôtel de Ville ; payées par les fermiers généraux comme indemnité de l'entrée sur les vins ; 6 livres 15 sous dus par l'hôtel Dieu de Paris pour fondations.

Les charges consistaient en frais de sacristie et de fondation : 663 livres, 15 s. en décime, frais de culte, capitations : 5 s. et 3 livres de cens pour une maison payée au grand prieur de FranceHistoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Volume 2, 1864.

Implantations Nous ne savons pas où elles furent tout d'abord logéesTerrasson, « Histoire de l'Hôtel de Soissons », in Mélanges d'histoire, de littérature, de jurisprudence littéraire, de critique…, 1768.. Hôtel d'Orléans Elles sont d'abord installées en 1498 dans une partie de l'hôtel du Bouchage (ou de Brehaigne, c'est-à-dire de Bohême), appelé aussi l'hôtel d'Orléans par le duc Louis d'OrléansComme le montrent trois vers de l'époque :

et encore ces vers mais dont on ne sait pas de quelles repenties il s'agit puisqu'il s'agirait du règne de Charles V : — Cité in Le Rocquez, « Le miroir d'éternité, comprenant les sept ages du monde », Des Rois de France, Robert, 1589..