vignette|Gravure de 1633.

Le Taureau Farnèse est le nom d'un groupe statuaire en marbre retrouvé lors de fouilles archéologiques, entreprises par le pape Paul III (Alexandre Farnèse) dans les thermes de Caracalla, à Rome, en 1546. Anciennement dans la collection Farnèse à Rome, c'est une copie romaine massive élaborée d'une sculpture hellénistique, la plus grande sculpture unique récupérée de l'Antiquité.

Avec le reste des Antiquités Farnèse, le groupe se trouve depuis 1826 dans la collection du Musée archéologique national de Naples, inv. , bien que ces dernières années, il a parfois été installé au Musée de Capodimonte dans la même ville. La sculpture de Naples est très restaurée et comprend autour de la base un enfant, un chien et d'autres animaux qui ne figurent apparemment pas dans la composition originale, ajoutés dans les années 1500 ou 1700, connue à partir de versions dans d'autres médiasSmith, 108..

Thème Le groupe sculptural colossal représente le mythe empreint d'une forte composante dionysiaque de Dircé, première épouse de Lycos (frère de Nyctée), roi de Thèbes qui fut attachée à un taureau sauvage par Amphion et Zéthos, les fils d'Antiope, aimée par Zeus qui avait pris l'apparence d'un satyre, qui voulaient punir Dircé des mauvais traitements infligés à leur mère, Dircé ayant donné l'ordre que sa belle-sœur soit tuée en la faisant attacher au ventre d'un taureau. Chassée par son père Nyctée, Antiope vécut en esclavage chez son oncle Lycos, subissant les maltraitances continuelles de son épouse Dircé, jalouse de sa beauté. Au cours d'une fête donnée en l'honneur de Dionysos sur le mont Cithéron, les jumeaux Amphion et Zéthos attachèrent Dircé aux cornes d'un taureau, qui la traîna, disloquant son corps sur les rochers. Les jumeaux sauvèrent leur mère de son terrible destin et en vengèrent les funestes adversitésLe musée archéologique national de Naples, guide, ..

Le groupe sculptural représente le moment où Dircé, attachée par ses cheveux à une des cornes du taureau furieux par les fils d'Antiope, va être précipitée dans la mer du haut d'un rocher ; une autre femme, représentant peut-être Antiope, et un jeune berger (peut-être la personnification du mont Cithéron où se déroule la tragédie du fait de la couronne et de la guirlande de lierre qu'il porte en bandoulière), accompagnés d'un chien, assistent à ce spectacle. Le même sujet est également représenté dans une fresque de la maison des Vettii à Pompéi.

Histoire Pline l'Ancien, attribue la version principale de cette œuvre, sculptée dans un seul bloc de marbre, aux frères jumeaux rhodiens Tauriscos et Apollonios de Tralles à la fin du .. Il précise qu'elle a été importée de Rhodes à Rome par l'homme politique romain Caius Asinius Pollio qui a vécu entre la République romaine et le PrincipatPline l'Ancien, Natural History, xxxvi.33-34; Smith, 108., qui l'a exposée avec d'autres œuvres d'art dans l'Atrium Libertatis à partir de la fin du ..

Il a été avancé que la sculpture notée par Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle ne pouvait pas être le taureau Farnèse, qui est plutôt une version romaine du , spécialement conçue pour les thermes de Caracalla..Miranda Marvin, Freestanding Sculpture in the Baths of Caracalla, American Journal of Archaeology, , , Jul. 1983, .. D'autres érudits contestent cela, arguant que puisque l'œuvre était à l'origine située dans les jardins voisins des Horti Asiniani que la famille Pollio possédait, avoir commandé une copie spécifiquement pour les thermes aurait signifié que les deux pièces auraient été exposées à proximitéE. La Rocca, Artisti rodici negli horti romani, CIMA, 1998, .. De plus, les petites touffes de poils sur le taureau et les plis nets des vêtements d'Antiope et du manteau de Dircé datent l'œuvre de la période sévérienne ().

Le groupe est mis au jour à l'état fragmentaire en 1546 lors de fouilles au gymnase des thermes romains de Caracalla, commandées par le pape Paul III dans l'espoir de trouver des sculptures antiques pour orner le palais Farnèse, la somptueuse résidence de la Maison Farnèse à Rome. Cette sculpture est datée de la période de Sévère Alexandre (222-235)Stefano De Caro, The National Archaeological Museum of Naples (Napoli: Electa, 2001), ..

Contrairement aux découvertes de lHercule Farnèse et de lHercule Latin de cette fouille, qui ont été documentées quant à leur emplacement, la seule référence à cet ensemble provient d'une gravure de 1595 par Étienne Dupérac des ruines des thermes, montrant la fin de la palestre est, qui déclare : « ... à l'époque de Paul III, de nombreux beaux fragments de statues et d'animaux ont été trouvés qui étaient tous d'un seul tenant dans l'Antiquité... et le cardinal Farnèse l'avait [il] érigé maintenant dans son palais. »Rudolpho Lanciani, Forma Urbis Romae, 1893-1901, , 201, fig. 129..

Il faut environ trente années pour que Guglielmo della Porta d'abord, et son élève Giovanni Battista dei Bianchi ensuite, puisse venir à bout de son iconographie complexe, effectuant de très nombreuses retouches et restaurant ainsi l'œuvre plus ou moins telle qu'elle est visible aujourd'hui. Dans un inventaire de 1566, le groupe statutaire est dénommé « La Montagne au taureau avec quatre grands personnages » qui préfigure son appellation plus tardive adoptée par la suite de « Montagne de marbre ». C'est probablement lors de sa restauration, comme en témoigne la première fois une gravure de Roberto da Borgo di Sansepolcro datée de 1579, que l'on put reconnaitre le mythe d'Amphion et Zéthos attachant la perfide Dircé à un taureau en furieEugenio La Rocca, Le taureau Farnèse, Palais Farnèse. De la Renaissance à l'Ambassade de France,, ..

L'impression suscitée par la découverte de l'œuvre auprès des artistes et des hommes de lettres fut véritablement extraordinaire, et semblable à bien des égards à celle causée, quelques années auparavant, par la découverte du Laocoon. Sa célébrité est attestée par de nombreuses gravures et reproductions de petit format, d'abord réalisées en bronze, puis, à partir du , également en porcelaine. vignette|Le Taureau Farnèse dans la Villa Reale de Naples. L'ensemble a subi une importante restauration au , lorsque Michel-Ange a prévu de l'utiliser comme fontaine en l'installant au centre d'un jardin entre le palais Farnèse et la villa FarnesinaStefano De Caro, The National Archaeological Museum of Naples (2001), .. Il aurait également pu être adapté à cet usage peu de temps après sa découverte, ce qui est étayé par des descriptions de l'époque de la RenaissanceE. Pozzi, (ed), Il Toro Farnese; "La montagna di marmo" tra Roma e Napoli, 1991, ..

Placé lors de sa découverte dans la cour du palais Farnèse (qui lui donne ainsi son nom), sa célébrité lui vaut une offre d'achat par Louis XIV, en vain. D'autres restaurations sont faites aux . À partir de la fin du , quand une étude archéologique plus précise souligne la difficulté d'apprécier une œuvre qui aurait subi tant de retouches, l'intérêt qu'il suscite décline rapidement. Il est finalement mis à l'abri dans un entrepôt avant d'être donné en dot à l'héritière de la famille, Élisabeth Farnèse, mariée au roi Philippe V d'Espagne. En 1788, il est transporté par voie maritime à Naples, escorté par un navire de guerre, et installé dans le jardin de la Villa Comunale de Naples (Villa Reale) comme ornement central d'une fontaine. Leur fils Charles III (roi d'Espagne), roi de Naples et de Sicile, en hérite ; le groupe est transféré au Musée archéologique national de Naples en 1826.

Les restaurations exécutées dans les années 1980 permettent de distinguer avec plus de précision les parties originelles de celles qui ont été retouchées, relançant l'attention de la critique pour l'œuvre.

Description vignette|William Henry Goodyear, Le Taureau Farnèse au Musée archéologique de Naples en 1895. Il s'agit de l'un des groupes les plus monumentaux que nous ait légués l'Antiquité classique, sculpté en ronde-bosse dans un seul bloc de marbre. En 1883, la sculpture originale est notée par Domenico Monaco, conservateur du Musée archéologique national de Naples, comme ayant été sculptée dans un bloc de marbre mesurant après ses restaurations ; le périmètre de l'œuvre est d'environ 3,3 m de chaque côté et de plus de 4 m de haut. Telle qu'elle est aujourd'hui, la sculpture pèse .

Le taureau se dresse dans toute sa puissance au centre de la composition ; à ses pieds, Dircé implore la pitié des deux garçons situés de part et d'autre de l'animal ; l'un le tient par les cornes ; l'autre empoigne la corde avec laquelle il attachera la reine. Un personnage féminin au chiton transparent, qui représenterait Antiope, apparaît avec son thyrse à la main derrière le groupe ; un chien et le berger qui l'avait recueillie lorsqu'elle avait fui la cruauté de Dircé observent la scèneCaterina Bucelli, ..

La structure de type pyramidale est précise ; les diagonales des corps et des jambes convergent toutes vers la tête du taureau. Seule Dircé ne correspond peut-être pas au modèle original : sa torsion dramatique devait créer au sein du schéma pyramidal une tension ultérieure, en forme de flamme, qui rejoint la tête du taureau puissamment pliée entre les mains d'Amphion, au bout d'une série de mouvements tournoyants qui entraînent irrémédiablement les trois protagonistes de la scène.

La position du jeune berger et d'Antiope, apparemment présents en qualité de simples observateurs, diverge de la mise en scène dramatique. Tout comme la frise d'animaux disposée sur les côtés et sur la partie postérieure, ces éléments dilatent la construction en s'opposant à son effet pyramidal avec l'horizontalité d'un « récit » qui contraint le spectateur à faire le tour du groupe car, vu de face, Antiope est presque complètement cachée par le taureau et Amphion.

Même si le « Taureau » s'apparente dès sa réalisation à un monumental nymphée, il est vraisemblable qu'il n'en jaillissait pas d'eau, mais que cette montagne de marbre se reflétait, telle une île rocheuse, dans un miroir d'eau : elle est totalement visible sur trois cotés, sa face postérieure ne l'étant que partiellement et de façon oblique ; la frise d'animaux et de végétaux est exempte d'éléments en son centre, là où la vue est la moins évidente.

Problématique de la datation Les travaux de restauration ont permis de confirmer que, comme évoqué par Pline l'Ancien, le Taureau Farnèse a bien été réalisé ex oedem lapide, dans un seul bloc gigantesque de marbre, selon un modus operandi peu commun dans les ateliers grecs de l'époque. Les parties d'origine sont les suivantes : l'assise, la représentation d'animaux insérée entre les rochers au milieu d'une végétation rare, la quasi-totalité du jeune berger assis sur une couronne de pin (y compris sa tête, la seule du groupe qui ait été préservée), une partie du drapé de Dircé en contact avec le rocher et la ciste, les bustes de jumeaux et une partie de leurs cuisses, Antiope à l'exception de la tête, presque tout le taureau, sauf les pattes postérieures, les oreilles, les cornes et la queue. Un certain nombre de pièces manufacturées témoignent de la célébrité du schéma iconographique principal vers la fin de l'époque hellénistique et pendant toute la Rome impériale, et garantissent la très belle qualité de la restauration.