Antoine Joseph Henri Charignon, né le à Châteaudouble et mort le à Pékin, est un ingénieur franco-chinois dont le nom chinois est Sha Hai'Ang (en chinois : ).

Constructeur de chemin de fer mais également sinologue, historien et philosophe, il est particulièrement connu pour son ouvrage sur Marco PoloA. J. H. Charignon, Le Livre de Marco Polo, Pékin: Albert Nachbaur, vol. 1. 1924, vol. 2. 1926, vol. 3. 1928.. Il était membre de la Société asiatique et de la Société de géographie de Paris.

À la suite de sa vie en Chine et de son accession à la nationalité chinoise, A. J. H. Charignon a adopté la prononciation chinoise de son nom Sha Hai’Ang, Sha ()nom propre avec pour sens « premier sable », pour CHA, hai () « mer », pour RI, ang () verbe et substantif exprimant la hauteur, l'élévation, pour GNON. Son nom social est Linong, , « Utile à l'agriculture ».

Éléments biographiques Jeunesse et études Antoine Joseph Henri Charignon est né le à Châteaudouble, Drôme en France. Il est le d’une fratrie de composée de et une fille. Ses parents sont de modestes propriétaires-cultivateurs.

Dans sa jeunesse, il fait ses études de classes préparatoires au lycée Saint-Louis à Paris et entre ensuite à l’École centrale des arts et manufactures de Paris comme ingénieur (promotion 1894) où il choisit la spécialité métallurgie. Il se présentera par la suite comme ingénieur civil, preuve de son adhésion à la Société des ingénieurs civilsCette association fondée par d’anciens centraliens regroupe de nombreux ingénieurs et anciens élèves de l’école. Voir aussi http://cnum.cnam.fr/RUB/fmemo.html..

Il étudie également à l’École des langues orientales et devient polyglotte. Son dossier militaire indiquait ainsi : .

Ingénieur civil Dès sa sortie de l’École centrale, Joseph Charignon quitte le luxe de la vie parisienne pour aller en Turquie, dans les montagnes d’Asie Mineure, en tant qu’ingénieur ferroviaire, où il participe pendant trois ans avec McLeod (Régie Vitali)La Régie générale des chemins de fer (RGCF) a été fondée en 1855 par le comte Philippe Vitali (1830-1910). La construction de chemins de fer représente la grande majorité de son chiffre d’affaires total. En 1910, la RGCF contrôle ainsi un ensemble de concession ferroviaires dont les lignes Salonique - Constantinople, Smyrne - Kässabe et Naqoura – Beyrouth - Tripoli. Son expérience provient en partie de la Chine où, en association avec la Société de construction des Batignolles, elle a construit, pour le compte de la Société de construction des Chemins de fer Indochinois, le réseau ferré du Yunnan. à la construction de la ligne de chemin de fer Smyrne – Kässaba. Il développe ainsi son expérience dans la conception, la construction et la gestion de projets ferroviaires.

En 1898, à l’âge de , Joseph Charignon, qui est alors embauché par la société française d’ingénierie Fives-Lille, est envoyé en Chine pour la construction du chemin de fer situé à la frontière du YunnanCette ligne qui relie le Yunnan (Chine) au Viêt Nam, a été construite par un consortium d’entreprises françaises dont la Société de Construction des Batignolles et la Compagnie française des chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan entre 1903 et 1910 et inaugurée le 31 mars 1910. Ce projet, qui a demandé de nombreuses années de prospection au préalable, avait été soutenu par le gouverneur général de l’Indochine Paul Doumer (en fonction de 1897 à 1902).. reliant Hanoï (Viêt Nam) à Yunnan-fou (actuellement Kunming). Cette région, au relief particulièrement mouvementé, rend le travail d’ingénierie beaucoup plus complexe et difficileEt impose l’utilisation de techniques hardies et innovantes tel le fameux pont en arbalétrier du Haut-Namti.. En tant que topographe chargé du relevé et de la planification du tracé des lignes, Charignon explore la région, campe à travers des forêts denses et s’implique beaucoup dans son travail. Systématiquement, il profite de ses temps libres pour découvrir avec intérêt les paysages et les coutumes des minorités ethniques en Chine. Il prend également plusieurs photos qui seront compilées et publiées dans l’ouvrage intitulé Ligne de Laokay à YunnansenA. J. H. Charignon, Ligne de Laokay à Yunnansen, Pékin : Préfecture des Chemins de Fer du Yunnan, 1908, 54 p..

Source: "Les Centraliens en Chine" ds "Centraliens / histoire (mai-) : "Il y a les "traceurs de voies" tels que Joseph CHARIGNON (1894), qui met ses connaissances au service de la ligne [de chemin de fer] de Longzhou à Nanning (abandonnée par son concessionnaire Fives-Lille) en 1899, puis de celle du Yunnan avant de rejoindre le Kin-Han à Hankou en 1902 puis dans sa partie Nord. Il s'installe en 1905 à Shanghai en tant que représentant des Chemins de fer de l'Indochine, puis s'associe à fernand Caissial (1895), fondatuer du sino-French enginneering Sydicate, lui aussi un ancien du Kin-Han. il est alors engagé par la direction de la compagnie chinoise du Amoy-Zhanzhouau Fujian pour établir son tracé en 1906. En 1908, il devient conseiller aux chemins de fer du Ministère des Communications où il reste jusqu'à la grande guerre, se faisant naturaliser en 1909."

Plus tard, il prend part à la construction de la voie ferrée Zhengtai, de la ligne ferroviaire Beijing-HankouCette ligne, terminé en 1905, permet à l’époque de relier les villes de Pékin et Han-Kéou, distantes de , en .. Il participe également à la construction des chemins de fer du Longhai sur la ligne Xiamen-Zhangzhou, toujours comme ingénieur.

N’ayant peur ni du grand froid ni de la chaleur, Charignon traverse montagnes et rivières et parcourt plus de la moitié de la Chine, participant à de nombreuses autres opérations de génie civil et d’ingénierie ferroviaire. Il contribue ainsi à la constitution des fondations du réseau ferroviaire chinois actuel qui permet à la Chine de mettre facilement en relation toutes ses zones urbaines et rurales. Son activité de prospection et de relevés topographiques dans ces projets, permettant une planification optimale sur le plan des tracés et des coûts de construction des lignes, contribue de façon significative aux décisions de réalisation de constructions importantes, telles que de très grands ponts franchissant le fleuve Jaune sur la ligne Beijing-Hankou, ou encore le fameux pont en arbalétrier franchissant la vallée du haut Namti et permettant un nouveau tracé de la ligne LaoKay – Kunming. Ces contributions lui valent la reconnaissance du gouvernement Qing.

Reconnaissance et obtention de la nationalité chinoise En 1908, Charignon sert la dynastie Qing en tant que consultant au ministère des CommunicationsClaude Rivière, En Chine avec Teilhard, Seuil, 1968, Ce ministère regroupait en fait la mer, les postes, les transports et l’électricité avec le titre de Conseiller en communications.

En 1910, à l’âge de , Charignon obtient la nationalité chinoise. Il devient ainsi l’un des premiers Européens et le premier Français naturalisé chinois. Il prend le nom de Sha Hai'Ang« M. Charignon, ingénieur français, est un des premiers Européens qui se soit fait naturaliser Chinois » (Documentation du progrès, février 1910, 142) http://htmlimg2.scribdassets.com/2226hcfzcwi25wr/images/1-2c1c7c4d9d.jpg dans Joseph Marchisio, Les Chemins de fer chinois : Finance et diplomatie 1860-1914, Paris : You-feng libraire-éditeur, 2005, 292-293.

Après de tels débuts, Charignon (alias Sha Hai'Ang) ambitionne de développer sa carrière. Ayant voyagé partout sur le terrain (en Chine du Sud, Chine centrale et au Nord de la Chine) et connaissant en détail la géographie des zones inspectées de par son travail, il écrit le Plan ferroviaire de la Chine dans le livre Les Chemins de fer chinois : Un programme pour leur développementA. J. H. Charignon, Les Chemins de fer chinois : un programme pour leur développement, Pékin : Imprimerie des Lazaristes du Pétang, 1914, 22 p. qui lui vaut en 1916 la médaille d’argent de la Société de géographie (prix Eugène-Potron). Il tient, dans ce livre, un discours franc et sans détour, quitte à violer certains tabous de l’ordre établi.

Cependant, bien qu’ayant travaillé longtemps au ministère, beaucoup de ses idées et propositions ne peuvent être réalisées par le gouvernement chinois. Charignon (alias Sha Hai'Ang), déçu par ces échecs ainsi que par la lenteur des relations bureaucratiques se met à collectionner des livres et à rassembler des documents afin de se concentrer sur l’écriture de son futur grand ouvrage, c’est-à-dire sa nouvelle traduction et annotation du livre sur Marco Polo.

Durant la Première Guerre mondiale En 1914, au déclenchement de la Première Guerre mondiale, Charignon a . Il est lieutenant de réserve du Régiment d’artillerie coloniale française. À cette époque, la Chine est encore alliée de l’Allemagne et donc ennemie de la FranceLa Chine ne rompt ses relations avec l’Allemagne qu’en mars 1917.. Malgré son âge et sa famille en ChineIl est alors marié et a une fille. et en dépit de sa nouvelle nationalité chinoise, il démissionne de toutes ses fonctions en Chine afin de rejoindre sa mère-patrie entrée en guerre ; il déclara à ce propos : .

Affecté au Régiment d’artillerie lourde, il combat avec la Force expéditionnaire française de Turquie et participe à la campagne dite de Gallipoli ou des Dardanelles qui vit les troupes turques opposer une résistance opiniâtre aux forces alliées et causa jusqu’à côté alliés (dont près de côté français).

Rentré en France, il combat dans les tranchées, participant entre autres aux campagnes de Verdun et du Chemin des dames. Il est alors exposé aux gaz asphyxiants et restera handicapé jusqu’à la fin de sa vie. Il se distingue avec éclat et sa conduite lui valut de recevoir la Croix de Guerre et d’être nommé Chevalier de la Légion d'honneurJournal Officiel du mai 1918.

Une fois la Grande Guerre terminée, Joseph Charignon continue de servir la France en tant que chef d’escadron d’artillerie en Union soviétique, en Sibérie. Là, à la suite de la révolution d'Octobre, les forces britanniques et françaises, dirigées par le général Janin, sont associées aux forces de l’Armée blanche de l’Amiral Koltchak. Cette campagne se solde en 1919 par une cuisante défaite à Omsk.

Retour en Chine – Période intellectuelle En 1920, Charignon (alias Sha Hai'Ang) est de retour en Chine, à Pékin. Il s’installe dans une propriété du district de Daxing (en périphérie de Pékin) qu’il nomme « La Porte Maillot » en souvenir de sa jeunesse parisienneElle sera reprise et détruite par les soldats de Mao durant la Révolution culturelle.. En raison de sa mauvaise santéIl doit, par exemple, boire du lait de chèvre tous les jours, et a fait pour cela venir deux chèvres de France qu’il élève dans sa propriété., résultat des gaz asphyxiants reçus dans les tranchées, il démissionne de son poste au gouvernement, pour consacrer son temps libre à l’étude de l’histoire chinoise et de la géographie.