La science ouverte ( ou en anglais) est un mouvement qui cherche à rendre la recherche scientifique et les données qu'elle produit accessibles à tous et dans tous les niveaux de la société.
thumb|upright=1.6|Notion de science ouverte et thèmes/enjeux connexes.
Pour cela, la science ouverte s'appuie fortement sur le recours à l'Internet ouvert, à l'open data, aux outils de travail collaboratif (dont Wikipédia, Wikiversité et Wikispecies font partie), à la formation en ligne et au web social de manière à rendre la recherche scientifique et ses données accessibles à tous (amateurs et professionnels). Parce que volontairement et activement ouverte, elle peut aussi favoriser la multidisciplinarité de la recherche et éventuellement un caractère multilingue en considérant la science et les données comme un « bien commun ».
La science ouverte serait née au avec l'apparition de la revue académique, quand la demande d'accès à la connaissance scientifique a atteint un point où il a fallu que des groupes de scientifiques de plus en plus grands, dispersés et spécialisés partagent des ressourcesMachado, J. " Open data and open science ". In Albagli, Maciel & Abdo. "Open Science, Open Questions", 2015 les uns avec les autres pour pouvoir faire collectivement leur travailDavid P.A (2004) "Understanding the emergence of 'open science' institutions: Functionalist economics in historical context". Industrial and Corporate Change. 13 (4): 571–589. doi:10.1093/icc/dth023.. Depuis, les questions de la mesure, du délai et parfois des conditions de l'ouverture sont souvent (re)discutéesNielsen 2011, p. 198-202, avec des enjeux qui peuvent varier selon les domaines scientifiques. Deux approches entrent souvent en conflit : le souhait pour le scientifique d'avoir accès à une grande quantité de ressources partagées, et d'autre part le désir d'entités individuelles de tirer profit de l'accès à leurs données par d'autres qu'elles-mêmesDavid, Paul A. (March 2004). "Can "Open Science" be Protected from the Evolving Regime of IPR Protections?". Journal of Institutional and Theoretical Economics. Mohr Siebeck GmbH & Co. KG. 160 (1). JSTOR 40752435.. Le statut de l'accès ouvert, ainsi que la nature et la quantité des ressources mises au service de la science ouverte varie beaucoup selon le domaine scientifique, académique ou privé.
Principes généraux
vignette|upright=1.3|Piliers de la science ouverte, d'après les recommandations de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco, 2021). upright=1.3|thumb|Les sciences ouvertes, vues par Ana Persic, Division de la politique scientifique et du renforcement des capacités (SC/PCB), Unesco (Conférence sur la science ouverte, 2021 Leibniz). De même que les régimes open source sont construits autour de l'idée de base d'un code source rendu public (celui du noyau Linux par exemple) librement utilisable par tous et chacun, le thème central de la science ouverte est de produire des hypothèses, méthodes et protocoles clairs et partagés, soumis à des analyses critiques et des discussions visant leur amélioration et accessibles au plus grand nombre. De la même manière, les données et résultats ne sont pas confidentiels ni payants (au moins sous leur forme numérique), mais généralement mis à disposition gratuitement via l'Internet.
Les données primaires de la recherche étant affichées, elles peuvent être corroborées, critiquées ou interprétées par quiconque possédant l'expertise ou la compétence nécessaire, qui peut alors participer à l'effort de collaboration. Ainsi le produit final (des publications, le plus souvent) d'un projet relevant de la science ouverte découle généralement de nombreuses contributions, plus largement discutées, plutôt que de l'effort d'un petit groupe.
Les démarches de science ouverte peuvent être utilisées dans l'ensemble de la démarche savante ; de la formulation d'une question scientifique et d'une hypothèse scientifique à la diffusion/vulgarisation des résultats de recherche, en passant par la discussion des méthodes, données, protocoles, résultats, etc. Elles englobent des pratiques telles que la publication en accès ouvert, l'encouragement à pratiquer la science ouverte et plus généralement à faciliter une large communication des connaissances scientifiques. Elles ne s'opposent pas à la propriété intellectuelle et cherchent au contraire à pouvoir mieux tracer et attribuer les idées et données, pour des questions de vérifiabilité et de répétabilité d'expériences notamment.
Un projet financé par l'UE, dénommé Facilitate Open Science Training for European Research (FOSTER) "Faciliter la formation aux sciences ouvertes pour la recherche européenne (FOSTER)"FOSTER". consulté 12 aout 2015, a développé une taxonomie scientifique ouverteNancy Pontika, Petr Knoth, Matteo Cancellieri & Samuel Pearce (2015). "Fostering Open Science to Research using a Taxonomy and an eLearning Portal". Retrieved 12 August 2015. en tant que tentative de cartographier le domaine scientifique ouvert.
Histoire
Entendue en son sens le plus large, la science ouverte est un phénomène ancien, remontant au début du .
Avant le : une science secrète Dans l'Antiquité, quelques grands textes sur la nature ou la médecine circulent en Chine ou au sein des civilisations grecque, romaine et arabe. Puis, avant l'apparition des revues académiques, les scientifiques ne tentent pas de faire connaître leurs recherches. Ils dépendent de patronages aristocratiques : leurs mécènes cherchent avant tout à exploiter leur travail à des fins commerciales ou ludiques. Le savant ne vient ainsi que conforter le prestige et la notoriété de son patron, au même titre qu'un artiste ou qu'un intellectuel attaché à sa cour.
Dans ce contexte, la circulation des nouvelles scientifiques est limitée à un petit cercle de connaissances. Aussi bien Galilée que Newton recourent couramment à des techniques de cryptographie pour s'assurer que leurs écrits ne soient pas rendus publics. Les découvertes sont ainsi tenues secrètes jusqu'à ce qu'il soit envisageable d'en tirer profit.
L'absence de toute publicité s'est avérée progressivement nuisible. Les découvertes se propagent lentement et, dans certains cas, donnent lieu à des conflits d'attribution. La controverse Newton-Leibniz est emblématique des limites de ce système clos. Newton prétend avoir été le premier à poser les bases du calcul intégral, dès la décennie 1660, mais il n'a rien publié à ce sujet avant 1693. La première publication de Leibniz remonte à 1684. La publication systématique des découvertes scientifiques permet de régler la plupart de ces conflits : le découvreur a désormais une preuve tangible de sa priorité.
L'avènement des revues et de la collaboration scientifique moderne
Les multiples déficiences du patronage aristocratique entraînent vers le milieu du l'émergence de nouveaux modèles de financement. Les premières académies se constituent au cours de la décennie 1660 : la Royal Society est créée en 1660, l'Académie des sciences voit le jour en 1666. Jusqu'en 1793, plus de 70 institutions similaires se mettent en place dans toute l'Europe.
Les revues scientifiques découlent directement des académies. En 1665, Henry Oldenburg édite les Philosophical Transactions of the Royal Society. En 1699, il existe une trentaine de revues ; en 1790, on en dénombre plus d'un millier.
Internet et l'accès universel aux documents scientifiques Le mouvement de la science ouverte, tel qu’il est présenté dans les discours militants et institutionnels au début du XXIe siècle, désigne différentes façons d’ouvrir la science, en particulier à l’ère d’Internet. Le premier pilier de cette science ouverte constitue le libre accès aux publications scientifiques. La conférence de Budapest organisée par l’Open Society Foundations en 2001 est décisive pour imposer cette problématique dans le paysage politique. La déclaration qui en résulte en invite à s’appuyer sur des outils numériques tels que les archives ouvertes et les revues en accès ouvert, gratuites pour le lecteur.
Rapidement, l’idée d’ouvrir l’accès aux publications scientifiques se révèle indissociable de la question des licences libres pour garantir le droit de diffuser et éventuellement de modifier les documents partagés, telles que les licences Creative Commons, créées en 2002. En 2011, un nouveau texte de la Budapest Open Initiative se réfère explicitement à la pertinence de la licence CC-BY pour garantir une libre diffusion et non seulement un accès gratuit à un document scientifique.
Les promesses de l’ouverture permise par Internet s’élargissent ensuite aux données de la recherche, qui étayent les études scientifiques des différentes disciplines, comme mentionné dès la Déclaration de Berlin en 2003. En 2007, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publie un rapport sur l’accès aux données issues des recherches financées par des fonds publics, dans lequel elle les définit comme les données permettant de valider les résultats d’une recherche.
Au-delà de ses vertus démocratiques, la science ouverte entend répondre à la crise de la reproductibilité des résultats de la recherche, notamment par l’ouverture généralisée des données et des codes informatiques utilisés pour les produire ou encore par la diffusion des articles de méthode.
Le mouvement de la science ouverte inspire plusieurs mesures réglementaires et législatives à partir de la fin des années 2000. Ainsi, en 2007, l’université de Liège rend obligatoire le dépôt des publications de ses équipes dans l’archive ouverte de l’institution, Orbi. En France, la loi pour une République numérique, promulguée en 2016, crée le droit pour les chercheurs et enseignants-chercheurs de déposer le manuscrit validé d’un article scientifique dans une archive ouverte, au terme d’une période d’embargo qui suit la date de la publication dans la revue. La loi crée également le principe de réutilisation par défaut des données publiques.
Les branches de la science ouverte
Le libre accès aux publications scientifiques (Open Access)
Cette branche, historiquement la première du mouvement pour la science ouverte, désigne l'accès à une publication scientifique sans limite financière, juridique ou technique pour l'usager. Elle peut aussi concerner les preprints, c'est-à-dire les manuscrits d'articles non évalués ou non validés par les pairs, disponibles dans des serveurs de preprints (comme Arxiv dans le domaine de la physique par exemple).
L'ouverture des données de la recherche (Open Research Data) L'ouverture des données de la recherche renvoie à la possibilité pour le public d'accéder à des données scientifiques, brutes ou ayant subi des traitements. Il existe plusieurs niveaux d'ouverture : une distinction peut être faite, par exemple, entre un jeu de données qui pourra seulement être consulté et un jeu de données qui sera réutilisable pour d'autres travaux de recherche. La grande diversité des pratiques autour des données scientifiques en fonction des disciplines est un défi pour les infrastructures permettant leur diffusion et leur réutilisation.
L'ouverture des codes de logiciel (Open Source) Appliquées à la recherche, les pratiques d'ouverture des codes source permettent de mieux comprendre la production d'un ensemble de données ou même de réutiliser ce code pour traiter d'autres données. L’archive ouverte Software Heritage est un exemple d’infrastructure pour la conservation pérenne et ouverte des codes source réalisés par des chercheurs.
L'évaluation par les pairs ouverte (Open Peer Review) Souvent désignée par son nom en anglais "open peer-review", l'évaluation par les pairs ouverte désigne différentes pratiques telles que l'affichage public du nom des rapporteurs de l'évaluation d'un article, la publication du rapport d’évaluation de l'article ou encore la possibilité pour le public de commenter en ligne un article en cours d'évaluation.