thumb|Représentation artistique de la photo de 1977 de Sandra Mansi du Champ , ou plus familièrement « », est une créature lacustre à l'existence non démontrée qui vivrait ou aurait vécu dans le lac Champlain (duquel elle tire son nom), à la frontière entre les États américains du Vermont et de New York, et la province canadienne de Québec. Les plus anciennes mentions de ce monstre remontent à la découverte par Samuel de Champlain du lac qui porte ensuite son nom. L'explorateur français, fondateur de Québec, rapporte en 1609 la présence dans ce lac de grandes créatures que les Abénaquis appelaient « tatoskok » ou « chaousarou », et qu'il aurait lui-même aperçues. Toutefois, ses écrits sont très largement réinterprétés dans les années 1980.

L'existence supposée de oppose d'un côté les cryptozoologues, qui accréditent la thèse d'un plésiosaure survivant depuis la préhistoire, et de l'autre plusieurs scientifiques, qui défendent celle de la confusion avec des objets flottants ayant une silhouette trompeuse, ou avec des animaux déjà connus. Outre les témoignages, les diverses photographies et une vidéo tournée en 2005, les cryptozoologues fondent leur théorie sur des études ayant mis en évidence des niveaux fluctuants de population de certaines espèces de poissons dans le lac ; cependant, cela ne permet pas d'affirmer l'existence d'un ou de plusieurs monstres lacustres.

est devenu la principale attraction touristique de Port Henry, dans l'État de New York, et est depuis 1983 protégé par une loi interdisant sa chasse ; il a, de plus, été inscrit sur la liste des animaux menacés. Sa légende est une source d'inspiration en littérature.

Histoire et témoignage Contexte géographique et hydrographique thumb|upright=1.2|alt=Carte géographique permettant de situer le lac Champlain au centre du Vermont.|Carte du lac Champlain.

Le lac Champlain, étroit et profond, mesure près de de long. Il se situe dans sa plus grande partie aux États-Unis, s'étendant partiellement sur les États du Vermont et de New York et la province canadienne de Québec. On y accède par la longue voie maritime du Saint-Laurent provenant de l'océan Atlantique.. Un peu plus de trois cents témoignages ont été recueillis à propos d'un ou plusieurs monstres dans ce lac.. La période la plus propice aux observations, ainsi que le rapportent ces témoignages, semble se situer entre dix-neuf heures et vingt heures trente.. Similaires à celles du Loch Ness où logerait son célèbre monstre, ses eaux contiennent, contrairement au lac écossais, une importante population de poissons... Le lac est ceint par sa vallée. et présente une importante oscillation de l'eau.

Le phénomène de la seiche, fait que les courants du lac Champlain produisent une vague qui atteindrait de hauteur. Elle ne peut cependant être remarquée puisqu'elle se trouve sous l'eau et ne perturbe pas la tranquillité de la surface. Cette importante oscillation se déplace le long de la limite entre la couche d'eau chaude et celle d'eau froide, les deux ne se mélangeant pas.

Les vents dominants sur toute la longueur du lac peuvent causer une accumulation d'eau à une extrémité du lac, tandis que le niveau baisse à l'extrémité opposée. Quand le vent se calme, l'eau surélevée commence à refluer. Cette énorme vague rebondit sur les rives du lac jusqu'à se stabiliser et peut mettre quatre jours pour parcourir , dans la partie la plus large...

Samuel de Champlain thumb|left|upright|alt=Champlain au combat, détail de la gravure Deffaite des Yroquois au Lac de Champlain (1609).|Champlain au combat, détail de la gravure Deffaite des Yroquois au Lac de Champlain (1609).

Deux tribus amérindiennes vivant à proximité du lac, les Iroquois et les Abénaquis, connaissent des légendes autour de créatures présentes dans l'étendue d'eau. Les Abénaquis les nomment tatoskok... ou encore chaousarou (ce qui désigne un )., mais sa forme se différencie de celle de . Avant l'arrivée des Européens, les Iroquois décrivent un grand serpent cornu..

Samuel de Champlain aurait entendu parler d'un monstre en combattant les Iroquois au sud du lac. Plusieurs rapports oraux concernant un mystérieux être présent dans le lac sont retranscrits et réunis par lui.. Dans une chronique de 1609, il décrit des créatures ressemblant au lépisosté osseux (mais cependant bien plus grandes), qui est un poisson nord-américain prédateur primitif, couvert de dures écailles grises argentées et avec des mâchoires longues et des dents effilées et mortelles.....

Champlain écrit dans son journal :

Une rumeur dit que Champlain l’aurait lui-même aperçu en juillet 1609 dans le lac. Ce conte apocryphe tient son origine d'un compte rendu erroné rédigé par le journaliste Todd Frye en 1960.. Les extraits du journal de Champlain sont l'objet de nombreuses interprétations populaires, que critiquent des ouvrages scientifiques. Effectivement, ces extraits sont largement modifiés et réinterprétés par la presse des années 1980 (et notamment un article de la Sélection du Reader's Digest écrit par Brian Vachon) afin de créer un événement extraordinaire autour de la créature et de suggérer que l'explorateur aurait lui-même vu le monstre. Bien que la quasi-totalité des sites Internet et des articles journalistiques citent le journal de Champlain, .

Témoignages du thumb|alt=Photographie du lac Champlain en septembre.|Le lac Champlain vu du Vermont.

Avec l'achèvement du canal Champlain, la population autour du lac est en plein essor. La première observation de est enregistrée durant l'été de 1819.. Un rapport du Plattsburgh Republican, daté du et intitulé « Le Cap (ou la Pèlerine), un serpent dans le lac Champlain » Cape Ann Serpent on Lake Champlain., donna le témoignage d'un certain capitaine Crum, apercevant d'une visée un énorme monstre serpentin. D'après Benjamin Radford, ce récit ne serait toutefois qu'une parodie ou un canular.

La deuxième observation est enregistrée durant l'été 1873. Un journal, paru le , recueille le témoignage d'ouvriers du chemin de fer qui . Mais d'après la Lake Champlain Monster Organization, le prétendu serpent n'attaqua pas les hommes mais s'en détourna et s'immergea rapidement. Un autre récit, daté des années 1880, relate l'aventure d'un groupe de chasseurs qui affirme avoir trouvé et tué un serpent géant. Les observations se multiplient entre les années 1870 (quinze observations) et les années 1880 (vingt-trois observations), avant de diminuer notablement jusqu'aux années 1960.

En 1883 (ou en ), le shérif Nathan H. Mooney prétend avoir vu un . Il ajoute qu'il en était si proche qu'il aurait pu voir et que . Beaucoup de témoins oculaires présentent à Mooney leurs propres récits.

La légende de devient si populaire que l'homme de cirque Phineas Taylor Barnum promet, en 1873 puis en 1887, une récompense de à qui le lui rapporterait mort ou vif. Barnum veut l'inclure à son Salon et Foire du Monde épique.

Témoignage moderne Annonces de capture En 1945, un homme annonce dans le journal avoir capturé un petit () mesurant près d'un mètre. Les sceptiques le contredisent en prétendant que ce n’est qu’une salamandre ou un petit alligator.. En 1976, Dennis Jay Hall affirme que son père a capturé un petit dans une zone marécageuse, à la bordure du lac, ressemblant à une tortue sans carapace, mesurant 12 pouces (environ ) et possédant une langue fourchue. Il l’a ensuite envoyé au département des sciences de l’université du Vermont qui l’aurait égaré. Après cet événement, Dennis remarqua dans un livre traitant de la préhistoire que l’énigmatique créature aurait été un tanystropheus, un reptile préhistorique..

Photographie de Sandra Mansi Aucun fait officiel n'est depuis recensé et les témoignages sur retombent dans l'oubli jusqu'au , date à laquelle Sandra Mansi apporte une photographie. Avec ses deux enfants d'un précédent mariage et son fiancé Anthony Mansi, elle se promène sur la rive nord du lac Champlain, près de la ville de Saint Albans, au Vermont. Vers midi, tous s'arrêtent sur un petit promontoire qui surplombe le lac. Alors que les enfants pataugent le long de la rive, Mansi aperçoit à 150 pieds (environ 45 m) d'elle un remous dans l'eau, ce qu'elle prend pour un banc de poissons ou un plongeur sous-marin. La tête et le cou d'une étrange créature lui apparaissent alors à la surface de l'eau. Elle demande aux enfants de revenir sur la rive. Mansi peut saisir son appareil photographique Kodak Instamatic et prendre une photographie. Le supposé ne semble pas gêné ou effrayé par les enfants qui jouent au bord de l'eau ; il parait même être sourd. La créature reste quelques minutes immobile, avant de disparaître sous la surface de l'eau. L'observation aurait duré un laps de temps significatif. Les Mansi l'estiment de quatre à sept minutes.

La photographie montre un cou et une partie dorsale de ce qui semble être un reptile gris-brun de grande taille. Mansi n'évoqua pas le sujet durant des années, puis finalement la photographie est analysée et déclarée authentique par des experts. Elle est publiée avec beaucoup d'éclat dans le New York Times du . Peu après, un grand séminaire est consacré à l'existence de et la ville de Port Henry élève un panneau des observations du monstre.. Il n'y a aucune preuve de manipulation de l'image, ce qui fait de la photographie de Mansi l'argument matériel le plus crédible d'une observation de , ainsi que l'affirment plusieurs cryptozoologues et spécialistes du sujet.

thumb|alt=Branches rappelant vaguement le cou d'un plésiosaure|La forme d'une branche rappellerait vaguement celle du cou du plésiosaure.

En 1982, un membre du département d'océanographie de l'université de la Colombie-Britannique effectue une analyse et rend un verdict selon lequel l'objet ou la chose photographiée par Mansi est de grande taille, environ seize ou dix-sept pieds (environ ).. Cependant, le scientifique Benjamin Radford conteste cette analyse et écrit dans son livre Lake monster mysteries: investigating the world's most elusive creatures que la figure serpentine ne serait qu'un tronc d'arbre ou un petit bout de bois flottant sur l'eau. Le lac est bordé de forêts et l'on peut supposer effectivement que des arbres chutent régulièrement dans l'eau. Des photographies de silhouette de troncs flottants montrent une grande similitude avec les témoignages visuels mentionnant un monstre à long cou. Mansi n'a jamais pu fournir le négatif de la photographie et ne sait pas reconnaître le site où elle a été prise, de plus, l'absence de tout moyen de comparer la taille de ce qui apparaît sur cette photo rend l'ensemble douteux et invalide. Toutefois, l'avocat de Sandra Mansi déclara à propos du manque de crédibilité de la photographie que sa cliente .

Un peu avant les années 1980, devient l'objet de campagnes de chasse et gagne en célébrité. En 1981, peu après la publication de la photo, des dizaines de témoignages mentionnent ses apparitions. Quatre autres photos sont prises et apparemment authentifiées. William Tromblee, un sceptique qui ne croit pas au monstre, affirme que la liste des témoignages serait plutôt et dit avoir vu une grande créature sous la surface du lac en 1981, alors qu'il était . Cependant, il ajoute que cela aurait pu être ..

En 1983, Joseph Zarzynski, plus tard connu comme « Le chasseur de », prête une oreille attentive aux témoignages d'observateurs du monstre qui, jusqu'alors, étaient souvent ridiculisés. Il consigne 224 témoignages ayant eu lieu jusqu'en 1984 avec, pour le , des pics d'observations durant les années 1960 avec 15 observations, les années 1970 avec 19 observations, et surtout les années 1980 durant lesquelles pas moins de 60 observations sont enregistrées jusqu'à la mi-1984.

Vidéo de Dick Affolter et Pete Bodette