vignette|Publicité de 1879 pour l'opéra-comique H.M.S. Pinafore.
H.M.S. Pinafore ou The Lass that Loved a Sailor (litt. La Fille qui aimait un marin) est un opéra-comique en deux actes, dont la musique fut composée par Arthur Sullivan et le livret par William S. Gilbert. La première représentation a eu lieu à l’Opera Comique sur The Strand à Londres, le . En donnant 571 représentations, il s'agit de la pièce ayant le plus duré pour l'époque. H.M.S. Pinafore est la quatrième collaboration d'opéra de Gilbert et Sullivan et la première de renommée internationale.
L'histoire se déroule à bord du navire britannique HMS Pinafore. Josephine, la fille du capitaine, est amoureuse d'un marin de classe populaire, Ralph Rackstraw, alors que son père a l'intention de lui faire épouser sir Joseph Porter, ministre de la Marine. Elle se conforme tout d'abord aux souhaits de son père, mais le plaidoyer de sir Joseph sur l'égalité entre les hommes encourage Ralph et Josephine à remettre en question le poids des conventions sociales. Ils se déclarent leur amour puis finissent par planifier de s'enfuir pour se marier. Le capitaine découvre ce plan mais, comme dans de nombreux opéras de Gilbert et Sullivan, une révélation surprise renverse le cours des choses vers la fin de l'histoire.
S'appuyant sur plusieurs de ses poèmes précédents, les Ballades de Bab, Gilbert imprégna l'intrigue de rires et de bêtise. L'humour de l'opéra se concentre sur l'amour entre les membres de différentes couches sociales et ridiculise le système britannique des classes en général. Pinafore envoie également des piques bon enfant au patriotisme, la politique politicienne, la Royal Navy, et l'élévation de personnes incompétentes à des positions d'autorité. Le titre de la pièce utilise de façon comique le nom d'un vêtement pour petites filles, une pinafore (tablier sans manches), avec le symbole HMS évoquant un impressionnant bâtiment de guerre.
Le succès de la pièce en Grande-Bretagne, aux États-Unis et ailleurs fut suivi d'un succès similaire par une série de coopérations de Gilbert et Sullivan. Leurs œuvres, plus tard connues comme opéras de Savoy en référence au théâtre Savoy, dominèrent la scène musicale des deux côtés de l'Atlantique pour plus d'une décennie et continuent d'être jouées dans les années 2000. La structure et le style de ces opéras, particulièrement Pinafore, fut très copiée et contribua de façon significative au développement des comédies musicales modernes.
Cadre En 1875, Richard D'Oyly Carte qui gérait alors le Royalty Theatre à Londres pour Selina Dolaro, rassembla Gilbert et Sullivan pour qu'ils écrivent leur seconde pièce, un opéra en un seul acte nommé Ainger, p. 107–08. L'œuvre s'avéra être un succès, et en 1876 Carte rassembla des bailleurs de fonds pour établir la société Comedy-Opera, dévolue à la production et à la promotion d'opéra-comique anglais pour le grand publicAinger, p. 130. Avec cette société, Carte avait enfin les ressources financières, après plusieurs essais infructueux, pour produire un nouvel opéra complet de Gilbert et SullivanAinger, p. 110, 119–20 and 130–31; Jacobs, p. 109. L'opéra suivant fut The Sorcerer, qui fit ses débuts en . Il fut également un succès, donnant 178 représentationsAinger, p. 157. Les partitions se vendirent bien, et les musiciens de rue en jouèrent les mélodiesJacobs, p. 113–14.
Au lieu d'écrire une pièce pour qu'elle soit produite spécifiquement par un théâtre propriétaire, comme il était de coutume dans les théâtres de l'époque victorienne, Gilbert, Sullivan et Carte produisirent une œuvre avec leurs propres moyens financiers. Ils purent donc choisir les interprètes plutôt que d'écrire obligés de faire appel aux acteurs déjà engagés par le théâtre. Ils choisirent des acteurs talentueux qui, pour la plupart, n'étaient pas des stars connues et n'exigeaient pas des honoraires élevés. Ils leur enseignèrent un style plus naturel que ce qui était alors en vogue, et s'adaptèrent aux compétences de chacunJacobs, p. 111; Ainger, p. 133–34. Le talent avec lequel Gilbert et Sullivan utilisèrent leurs acteurs eu un effet sur l'audience : comme l'écrivit le critique Herman Klein, .
vignette|droite|Dessin humoristique de Punch, montrant le ministre de la Marine W. H. Smith comme un terrien, disant « je pense que je vais maintenant descendre dans l'entrepont ». Dans Pinafore, Sir Joseph dit d'une façon similaire (quand la brise souffle, en général je descends).
Le succès de The Sorcerer ouvrit le chemin à une autre collaboration de Gilbert et Sullivan. Carte accepta les termes d'un nouvel opéra avec la société Comedy-Opera, et Gilbert commença à travailler sur H.M.S. Pinafore avant la fin de 1877Ainger, p. 145. Le père de Gilbert était un chirurgien de marine, et le thème nautique de l'opéra le séduisaitBradley (1996), p. 115. Gilbert s'inspira de plusieurs de ses poèmes précédents, les Ballades de Bab (dont plusieurs ont également des thèmes nautiques), tels que Captain Reece (1868) et General John (1867)Fitz-Gerald, p. 35. Certains des personnages ont aussi leurs prototypes dans les ballades : Dick Deadeye est basé sur un personnage de Woman's Gratitude (1869), une des premières versions de Ralph Rackstraw se retrouve dans Joe Go-Lighty (1867) où le marin est fou d'amour pour la fille de quelqu'un bien supérieur en grade, et Little Buttercup est presque entièrement repris de The Bumboat Woman's Story (1870)Allen (1975), introduction au chapitre sur Pinafore.Stedman, p. 161. Le , tandis que Sullivan était en voyage sur la côte d'Azur, Gilbert lui envoya un brouillon du scénario accompagné de la note suivanteJacobs, p. 114–15 :
En dépit du démenti de Gilbert, les spectateurs, les critiques et même le premier ministre identifièrent Sir Joseph Porter comme étant W. H. Smith, un politicien qui avait récemment été nommé ministre de la marine (ou Premier Lord de l'Amirauté) sans avoir d'expérience ni marine, ni nautiqueJacobs, p. 115. Le premier ministre, Benjamin Disraeli, commença à faire référence à celui qu'il avait nommé comme Pinafore Smith. Voir par exemple Dark & Grey, p. 75 et Gary Dexter, How HMS Pinafore got its name, The Sunday Telegraph, octobre 2008.. Sullivan fut enchanté par le brouillon, et Gilbert lu le premier brouillon de l'intrigue à Carte à la mi-janvierStedman, p. 108.
Suivant l'exemple de son mentor, Thomas William Robertson, Gilbert s'évertua à avoir des costumes et décors aussi réalistes que possibleStedman, p. 129 and 155. En préparant les décors pour H.M.S. Pinafore, Gilbert et Sullivan visitèrent Portsmouth en afin d'inspecter des bateaux. Gilbert fit des croquis du et du , et créa un modèle de scène sur lesquels les charpentiers pouvaient travaillerStedman, p. 157-58; Crowther, p. 90; Ainger, p. 154. Ceci était loin de la procédure habituelle dans les drames victoriens, où le naturalisme était encore un concept relativement nouveau, et pour lequel la plupart des auteurs avaient peu d'influence quant à la façon dont le jeu et les libretti devaient être organisésCrowther, p. 87–89. L'attention aux détails était typique de la gestion de la scène qu'avait Gilbert, et se retrouva dans chacun de ses opéras de SavoyCrowther, p. 90. L'attention de Gilbert sur la fidélité visuelle offrit un point réaliste de référence servant à rehausser le caractère farfelu et l'absurdité des situationsStedman, p. 155 ; en d'autres mots, un « right-side-up for topsy-turvydom » (renversement des perspectives pour un monde sens dessus dessous). Sullivan était bien lancé dans son travail sur la pièce par la mi-Jacobs, p. 117.
La musique brillante et gaie de Pinafore fut composée pendant une période où Sullivan souffrait de douleurs atroces dues à des calculs rénauxAinger, p. 155Bradley (1996), p. 115-16. Les acteurs commencèrent les répétitions pour la musique le et, au début de , Gilbert et Sullivan collaboraient étroitement dans l'appartement de Sullivan pour terminer la pièceStedman, p. 159Jacobs, p. 117–18.
Dans Pinafore, Gilbert, Sullivan et Carte firent appel à plusieurs des principaux acteurs qu'ils avaient rassemblés pour The Sorcerer. Comme Gilbert le suggéra à Sullivan en , . Cependant, Mrs. Howard PaulMrs. Paul, née Isabella Featherstone (1833-1879) avait quitté son mari vers 1877 alors qu'il avait une relation avec l'actrice et danseuse Letty Lind, de laquelle il eut deux enfants. Cependant, Mrs. Paul continua de se produire sous ce nom. Voir Graeme Cruickshank, The Life and Loves of Letty Lind dans The Gaiety, Issue 22, Summer 2007., qui joua Lady Sangazure dans The Sorcerer, était vocalement sur le déclin. Elle était sous contrat pour jouer le rôle de cousine Hebe dans Pinafore. Gilbert fit un effort pour écrire une partie amusante pour elle en dépit de la réticence de Sullivan à l'utiliser. Cependant, vers la mi-, Gilbert et Sullivan voulaient qu'elle quitte l'équipe et elle partie, mécontente avec son rôle. Avec seulement une semaine avant la première, Carte engagea la chanteuse de concert Jessie Bond pour le rôle de cousine HebeAinger, p. 156–57Stedman, p. 160. Bond ayant peu d'expérience comme actrice, Gilbert et Sullivan supprimèrent les dialogues de son rôle à part quelques lignes dans la dernière scène qu'ils transformèrent en récitatifLe dialogue qui fut supprimé se basait sur les lignes de la farce On Bail par Gilbert en 1877. Il serait revu et corrigé une fois de plus et utilisé dans Patience en 1881 (voir Stedman, p. 160).. Parmi les autres acteurs se trouvaient Emma Howson et George Power dans les rôles romantiques, qui avaient progressé depuis leurs rôles de soprano et ténor romantiques dans The Sorcerer.
Gilbert était directeur de scène pour ses propres pièces et opéras. Il recherchait le réalisme dans le jeu d'acteur exactement de la même manière qu'il était attachait au réalisme des éléments visuels. Il désapprouvait les interactions appuyées avec le public et insistait pour un style d'interprétation dans lequel les personnages n'étaient jamais conscient de leur absurdité mais gardaient une cohérence interne dans l'ensembleCox-Ife, William. W. S. Gilbert: Stage Director. Dobson, 1978 . Voir aussi Gilbert, W. S., "A Stage Play", et Bond, Jessie, Reminiscences, Introduction.. Sullivan dirigea les répétitions musicales. Comme il sera de coutume dans ses opéras suivants, Sullivan laissa l'ouverture au dernier moment, la préparant dans les grandes lignes et laissant au directeur musical de la société, alors Alfred Cellier, le soin d'en compléter la préparation. Pinafore ouvrit le à l'Opera Comique sur The Strand à Londres.
Rôles Le très honorable Sir Joseph Porter, KCB, ministre de la Marine (baryton comique) Capitaine Corcoran, commandant du H.M.S. Pinafore (baryton lyrique) Ralph RackstrawRalph se prononce Raif (/ˈreɪf/) selon la prononciation britannique traditionnelle, ce qui est important car cela rime avec waif (« enfant abandonné ») dans les paroles de Little Buttercup pour la chanson du deuxième acte, A many years ago (« Il y a des années [de cela] » )., matelot breveté (ténor) Dick Deadeye, matelot breveté (basse chantante) Bill Bobstay, second maître (baryton) Bob Becket, aide-charpentier (basse) Josephine, fille du capitaine (soprano) Cousine Hebe, cousine germaine de Sir Joseph (mezzo-soprano) Mrs. Cripps (Little Buttercup), une femme sur un canot d'approvisionnement de Portsmouth (contralto) Chœur des sœurs du ministre, ses cousines, tantes, marins, etc.
Synopsis vignette|Scène de H.M.S. Pinafore imprimé sur un programme du Savoy Theatre de Londres.
Acte I