Charles de Groux ou DegrouxSon fils, Henry, adopte le nom de famille à particule "de Groux", cependant Charles signe tous ses tableaux et utilise le nom attaché "Degroux". Les deux noms sont utilisés au sein des dictionnaires et encyclopédies, né à Comines (France) le et mort à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) le , est un peintre, graveur, lithographe et illustrateur belge. Comme toute sa carrière a eu lieu en Belgique il est généralement désigné comme un artiste belge. Ses représentations de scènes de la vie des personnes défavorisées et de la classe inférieure de son temps le désignent comme le premier peintre du réalisme social en Belgique.

Biographie

Jeunesse et formation gauche|vignette|alt=Banc avec un groupe de gens derrière une colonne au fond d'une église bondée.|Le banc des pauvres, Charles de Groux, l'une des premières peintures exposées par l'artiste. Charles Corneille Auguste de Groux naît à Comines, une commune limitrophe de la Belgique dans le département du Nord (59), le . Il est le huitième de onze enfants de Jean-Baptiste Joseph de Groux, actif dans les rubaneries cominoises, et de Marie Constance Sophie Vandewynckele. Si de premières généalogies relient cette famille à une noblesse bretonne, des études généalogiques plus récentes confirment l'origine flamande de la famille jusqu'au .

Son père, actif dans le milieu industriel en plein essor à Comines, employait beaucoup d'ouvriers. Cette proximité avec le milieu ouvrier marque Charles de Groux qui en tire une importante inspiration par la suite. Les années 1830 et 1831 et la crise économique qui les accompagne mettent l'industrie familiale en faillite. La famille s'installe en 1833 à Bruxelles afin .

Il y fréquente l'école primaire avant de s'inscrire, à l'âge de treize ans, à l'Académie des beaux-arts de Bruxelles de 1838 à 1849. Il y reçoit une formation artistique classique principalement centrée sur le dessin. Jusqu'en 1840, il apprend les principes généraux en recopiant des gravures. Puis de 1840 à 1843, il apprend à dessiner d'après les moulages de sculpture de l'Antiquité classique chez Jean-Baptiste Van Eycken. Dès 1843, il se retrouve dans la classe de François-Joseph Navez où il travaille d'après modèle vivant. Sa formation s'accompagne de cours d'anatomie, d'étude de la perspective ainsi que sur la composition historique. Il excelle dans cette dernière matière et obtient des prix en fin d'année académique : troisième prix en 1844, second prix en 1845, premier prix en 1846.

En l'absence de classe de peinture délivrée par l'Académie avant l'année 1849, il participe à des cours privés dans l'atelier du directeur François-Joseph Navez et c'est par son intermédiaire qu'il commence sa carrière d'artiste. Il achève sa formation à l'été 1850 à l'âge de 25 ans et reçoit un premier prix de .

Début de carrière Il fera en 1848 ses débuts officiels au salon de Bruxelles de 1848 où il expose deux scènes bibliques : La dernière chute du Christ et Le Christ au jardin des Oliviers. Au salon d'Anvers de 1849, il expose Le banc des pauvres, considérée comme son premier travail socio-réaliste qu'il espérait pouvoir vendre : . En 1850, il concourt pour le prix de Rome de peinture. Il y présente Le Banc des pauvres et arrive en seconde position, derrière Modeste Carlier.

En , il part pour Düsseldorf où il reste un an et se rapproche du mouvement nazaréen. Juste après son arrivée, il peint le tableau Ruth et Noémi qui est exposé au salon de Bruxelles de 1851, une toile directement influencée par l'art de Wilhelm von Schadow. Il y a probablement découvert l'œuvre des Tendenzmaler, tel Carl Huber qui dénonçait dans ses tableaux l'exploitation des tisserands silésiens. Bien que peu soit connu de son séjour, l'historien Jean-Marie Duvosquel suppose qu'il y découvre également les œuvres d'artistes comme Wilhelm-Joseph Heine et Carl Friedrich Lessing.

vignette|277px|alt=Une femme git sur un lit, son bébé posé sur elle. À côté, assis, un homme abattu et trois enfants désespérés.|L'ivrogne, Charles de Groux, 1853, Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts.

Un an plus tard, en , il s'installe définitivement à Bruxelles et se révèle début 1853 en tant que peintre du socio-réalisme en exposant L'ivrogneLe titre anglais est The Farewell, soit en français L'adieu. dans le local de la Société d'harmonie d'Ixelles. Son tableau est rapidement acheté par Louis Robbe et annonce une série de peintures consacrées aux conditions de vie de la classe populaire ouvrière et rurale. Cette œuvre, qui représente une femme mourante, son mari ivre et leurs jeunes enfants dans une chambre exiguë et mal éclairée, marque une rupture avec le style noble et élégant et les sujets de son maître Navez.

Le , son ancien professeur, Jean-Baptiste Van Eycken, meurt. Ses funérailles lui inspirent plus tard Le dernier adieu qu'il présente durant l'exposition universelle de 1855 avec d'autres œuvres.

Il devient illustrateur pour le périodique Uylenspiegel fondé par Félicien RopsDe Coster, Espace Nord. Avec Rops, il rencontre Gustave Courbet à plusieurs reprises lors des expositions de ce dernier en Belgique, Allemagne et aux Pays-Bas. L'influence de Courbet sur les choix esthétiques de de Groux est manifeste dès 1853« 1853 : L’Ivrogne par Charles de Groux », Connaître la Wallonie..

Peintre résolument réaliste gauche|vignette|alt=Adultes et enfants tentent de séparer deux hommes qui renversent table et chaises.|La rixe au cabaret vivement critiquée lors du salon de Bruxelles de 1854. Au salon de Bruxelles de 1854, il présente un éventail de scènes s'inspirant des conditions de vie précaires du prolétariat tels que Les fainéants, La famille malheureuse, Le mercredi des Centres et Rixe au cabaret. Ces œuvres reçoivent un mauvais accueil de la bourgeoisie qui visite le Salon ainsi que des critiques venant de conservateurs d'art. Ces derniers dénoncent le choix des thèmes et la laideur des personnages : . Ses eaux-fortes réalisées en 1854 et 1855 telles que La vieille au bâton, Le mendiant à la flûte ou Le rongeur d'os sont encore plus explicites dans la représentation tourmentée de la souffrance humaine.

En 1855, il participe à l'exposition universelle de 1855 durant laquelle il présente trois peintures : Le dernier adieu, La promenade et L'enfant malade. Les critiques sont encore une fois vives en Belgique : . Pourtant, à Paris, les avis se montrent bien plus positifs et le qualifient même du . vignette|alt=Trois cavaliers longent la façade de l'église devant des adultes et enfants attendant debout ou à genoux.|Le pèlerinage à Saint-Guidon, huile sur toile de 1856, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. Il participe pour la première fois au salon de Gand en 1856 et persiste dans le socio-réalisme en proposant le tableau Colin-Maillard décrivant une scène de jeux entre enfants dans un quartier ouvrier. Il prépare en parallèle sa participation au salon de Bruxelles de 1857 pour lequel il prévoit trois toiles de grande dimension contrairement à ses habitudes de travail. Dès 1856, il travaille sur Le pèlerinage à Saint-Guidon, Scène d'hiver et Pèlerinage à Dieghem. Ces trois tableaux lui permettent de gagner une médaille d'or. La notoriété de Charles de Groux lui permet d'ailleurs d'acter la vente de deux de ses tableaux avant l'ouverture du salon.

En 1856 il co-fonde la Société belge des aquarellistes et siège au niveau de la directionEdmond Picard, Exposition rétrospective de la Société royale belge des Aquarellistes. Au Cercle Artistique et Littéraire., dans: La Belgique Artistique et Littéraire, Tome Quatrième juillet ~ août — septembre 1906, pp. 153-156. Il participe aux salons organisés par l'association en présentant chaque année des aquarelles généralement produites d'après ses peintures à l'huile. Il diversifie ses collaborations en intégrant le projet de conception des nouveaux vitraux de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles en 1857 sous la houlette de Jean-Baptiste Capronnier. gauche|vignette|alt=De l'ombre ressort le blanc des draps du lit où git le roi entouré de prêtres et de nobles.|Charles Quint recevant le viatique des mains de Jan Regla, son confesseur aussi nommé Mort de Charles Quint, 1860, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. Lors du salon de Bruxelles de 1860, il se présente cette fois sous un autre style : la peinture d'histoire. Il présente deux œuvres intitulées François Junius prêchant secrètement la réforme à Anvers et Charles-Quint recevant le viatique, deux excellentes compositions habiles et puissantes.. En proposant cette fois des peintures historiques, Charles de Groux parvient à remporter un certain succès auprès du public et des critiques qui lui valurent le surnom de .

Le , il est décoré chevalier de l'ordre de Léopold.. Cet honneur s'ajoute à celui d'être nommé membre du jury pour attribuer le Prix de Rome aux côtés de Nicaise De Keyser et Henri Leys. L'État Belge fait également appel à lui afin d’entamer un projet de décoration murale des Halles aux draps de la ville d'Ypres. Malheureusement, il ne parvient pas à achever ce projet avant son décès et l'ouvrage est détruit durant les bombardements de la Première Guerre mondiale.

Cependant, il abandonne rapidement ce style de peinture pour revenir à son œuvre socio-réaliste. En 1861, il travaille sur son chef-d’œuvre, Le bénédicité. Il présente le tableau au salon d'Anvers de 1861 et fait toujours face à certaines critiques méprisant ses choix thématiques, mais également à de meilleures critiques louant les qualités de l’œuvre. . Il participe l'année suivante à l'exposition universelle de 1862 à Londres dans laquelle il présente trois tableaux marquants de sa carrière : Mort de Charles Quint, L'adieu et Regrets.

Vie privée Le , à Saint-Josse-ten-NoodeSaint-Josse-ten-Noode, acte de mariage n° 123 du 22 septembre 1853., il épouse Jeanne Geyssens (1824 - 1889), de Bruxelles. Deux de ses amis sont témoins : les peintres Gustave Léonard de Jonghe (1829-1893) et Cesare Dell'Acqua (1821-1905). Sept enfants naissent de leur union : Jean-Baptiste-Henri (1854-1865), Daniel-Charles (1856), Fanny-Louise-Charlotte (1858), Constance-Jeanne-Charlotte (1860), Jules-Gustave-Charles (1864-1865), Henri-Jules-Charles (1866-1930) et Jeanne-Constance-Charlotte (1867).

Les registres de l'état civil nous donnent également une idée de la composition de son entourage puisqu'il fait régulièrement appel à ses amis pour effectuer les déclarations de naissances et de décès de ses enfants. On y retrouve plusieurs artistes tels qu'Edmond Lambrichs, Félix Charpentier, Constantin Meunier, Louis-Pierre Verwée et Ernest Kathelin. Lors des funérailles de son ancien professeur, on peut également noter dans son entourage Auguste Danse, Émile Leclercq et Jean-Baptiste Meunier.

Fin de vie À partir de l'année 1862, sa participation aux salons et expositions diminue drastiquement. En cause, son implication dans le projet de peinture murale d'Ypres. Il sollicite toutefois le poste de premier professeur de dessin et de peinture à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, mais le poste est attribué à Joseph Stallaert. Cet échec l'affecte d'autant plus qu'il traverse un drame personnel avec le décès de deux de ses fils en l'espace de deux semaines.

De plus, à partir de 1866, sa santé se détériore rapidement et l'empêche de travailler. Il se concentre sur une nouvelle peinture historique, Les bourgeois de Calais devant Edouard III. Cette nouvelle composition est présentée lors de l'exposition universelle de 1867. Sa valeur indicative est la plus élevée de toute l'exposition, fixée à .

Le , il devient membre fondateur de la Société libre des beaux-arts qui organise dès la fin de l'année sa première exposition. Il participe encore au Salon de Gand de 1868 ainsi qu'au Salon de Bruxelles de 1869.