( en gaélique), mort en 952, est roi d'Écosse de 900 à 943.

Fils d'Áed, Constantin succède à son cousin . Son règne est marqué, comme celui de ses prédécesseurs, par les attaques des Vikings. Il remporte une victoire sur les Uí Ímair en 903. Au sud, il est confronté à la montée en puissance du royaume d'Angleterre et doit se soumettre au roi Æthelstan en 927, puis en 934. En 937, il s'allie aux Vikings de Dublin et au royaume de Strathclyde contre Æthelstan, mais leur coalition est vaincue lors de la bataille de Brunanburh. Constantin abdique en 943 pour se retirer dans un monastère, laissant le pouvoir à Malcolm, le fils de son prédécesseur. Il meurt neuf ans plus tard.

Avec ses quarante-trois années de règne, Constantin est le monarque écossais resté le plus longtemps au pouvoir après et Guillaume le Lion. Cette période de l'histoire du royaume, alors centré sur la vallée de la Tay, est marquée par des progrès significatifs dans la gaélicisation des régions pictes.

Sources

La principale source locale pour l'histoire écossaise aux est la Chronique des rois d'Alba, une liste de rois allant de (mort en 858) à (mort en 995). Elle subsiste dans le manuscrit de Poppleton, un document du , avec des ajouts effectués du . D'autres listes de rois ultérieures existent. Les plus anciens documents généalogiques concernant les descendants de remontent au , mais au-delà de leurs affirmations invérifiables, ils sont surtout intéressants pour ce qu'ils révèlent des préoccupations de leurs commanditaires.

Les principales sources littéraires étrangères sont la Chronique anglo-saxonne et les annales irlandaises. Certaines sagas scandinaves décrivent des événements de cette époque, mais leur valeur comme documents historiques reste débattue. Les textes d'Europe continentale qui s'intéressent à la Grande-Bretagne sont rares, mais l'hagiographie de Cathróe de Metz rédigée à la fin du en Allemagne propose des détails plausibles lorsqu'elle relate les jeunes années de ce saint originaire d'Écosse.

Toutes ces sources écrites se concentrent sur le nord-est de la Grande-Bretagne et négligent presque totalement le littoral atlantique de l'Écosse. Pour retracer l'histoire de la région, l'archéologie et la toponymie jouent donc un rôle de premier plan.

Contexte

vignette|gauche|Le nord de la Grande-Bretagne au début du .

Avant l'arrivée des Vikings, la moitié orientale de l'Écosse est dominée par le royaume picte du Fortriú, sur les rives du Moray Firth. Les Gaels du Dál Riata, à l'ouest, sont soumis à la dynastie picte de Causantín mac Fergusa à partir de 789 au plus tard. La puissance picte est anéantie en 839, lorsque le roi Eóganan de Fortriu est tué en affrontant les Vikings avec son frère Bran, le roi du Dál Riata Áed mac Boanta , comme le rapportent les Annales d'Ulster. C'est le début d'une période d'instabilité qui voit plusieurs familles tenter de s'imposer. Cináed mac Ailpín sort vainqueur de cette lutte vers 848.

Par la suite, Cináed, dont le nom est anglicisé en « Kenneth MacAlpin », est considéré dans le roman national comme le fondateur du royaume d'Écosse : en battant les Pictes en l', il aurait inauguré une nouvelle ère de l'histoire de l'Écosse. En réalité, bien que les sources d'époque soient maigres, les annales irlandaises et la Chronique des rois d'Alba s'accordent à donner à Kenneth le titre de « roi des Pictes », comme à son frère Donald et à ses fils Constantin et Áed. Constantin, le fils de Kenneth, trouve la mort en 876, probablement en affrontant une armée viking venue de Northumbrie en 874. Les listes de rois ultérieures font de lui le soixante-dixième et dernier souverain des Pictes.

Le royaume de Kenneth et de ses successeurs s'étend au sud du Fortriu, autour de la vallée de la Tay. Il s'étend au moins jusqu'au Firth of Forth vers le sud et jusqu'au Mounth vers le nord ; ses frontières occidentales sont plus incertaines. Ses principaux centres religieux sont Dunkeld, où siège vraisemblablement l'évêque du royaume, et Cell Rígmonaid, l'actuelle St Andrews.

Le statut du Dál Riata après 839 n'est pas connu avec certitude : on n'en connaît aucun roi après Áed mac Boanta, et il est possible que les Hébrides intérieures, qui appartenaient à ce royaume, aient été conquises par les Vikings dès 849. Plus au sud, le royaume de Strathclyde, de langue brittonique, s'étend de la Clyde et du Forth jusqu'aux Southern Uplands. Au début du , son souverain est un certain Dyfnwal.

Biographie

Origines

Constantin est le fils d'Áed et le petit-fils de . Son père monte sur le trône en 876, mais il est assassiné deux ans plus tard, en 878. Constantin est donc né au plus tard en 879. Son nom laisse à penser qu'il est né du vivant de son oncle , le prédécesseur d'Áed, qui a régné de 862 à 876.

Les annales irlandaises sont muettes sur les événements survenus en Écosse entre la mort d'Áed et celle de , en 900. La Chronique des rois d'Alba indique qu'après Áed, c'est un petit-fils de , Eochaid, qui monte sur le trône, et un certain Giric, qui ne fait pas partie des descendants d'Álpin, joue également un rôle sous son règne. Néanmoins, cette entrée de la Chronique est corrompue, et toutes les autres listes de rois donnent Giric pour successeur d'Áed, en lui attribuant de hauts faits.

Constantin et son cousin Donald pourraient avoir passé le règne de Giric en exil en Irlande. À la mort de Giric, en 889, Donald monte sur le trône. Son règne voit de nouvelles batailles contre les rois vikings d'Irlande et de Grande-Bretagne. C'est vraisemblablement en affrontant des Vikings qu'il trouve la mort à Dunnottar en 900.

Règne

Lutte contre les Vikings

Le premier événement mentionné par la Chronique des rois d'Alba pour le règne de Constantin est le pillage de Dunkeld par les Vikings en 903. C'est la première apparition du terme Albania, latinisation du vieil irlandais Alba, dans la Chronique, qui désigne jusqu'à ce point le territoire gouverné par les descendants de Kenneth sous le nom de Pictavia. Les Vikings à l'origine de cette attaque pourraient être ceux qui ont été chassés de Dublin en 902, à moins qu'il ne s'agisse des mêmes qui ont tué Donald en 900. D'après la Chronique, ils sont tués à Srath Erenn (Strathearn, dans l'actuel Perthshire), ce qui est confirmé par les Annales d'Ulster, qui mentionne la mort d'Ímar ua Ímair, roi exilé de Dublin, et de nombreux autres Vikings aux mains des hommes de Fortriu en 904. Les Annales fragmentaires d'Irlande attribuent leur victoire à l'intervention de saint Colomba. Cette victoire est si totale que l'on n'enregistre plus dans les chroniques d'invasions scandinaves pendant un demi-siècle.

Les sont marquées par un regain d'activité des Uí Ímair en mer d'Irlande, et un de leurs chefs, Ragnall Uí Ímair envahit le nord de l'Angleterre. Inquiets, les habitants d'York négocient leur soumission à la dame de Mercie Æthelflæd, mais cette dernière meurt le avant d'avoir pu leur apporter le moindre soutien et Ragnall s'empare de la ville peu après. Ealdred, le souverain anglo-saxon de Bernicie, fait alors appel à Constantin. Les deux hommes mènent leurs troupes vers le sud et affrontent Ragnall sur les berges de la Tyne, probablement à Corbridge, à l'endroit où l'ancienne voie romaine de Dere Street franchit le fleuve. L'issue de cette bataille de Corbridge est apparemment indécise ; la Chronique des rois d'Alba est la seule source à en faire une victoire de Constantin. Les Annales d'Ulster précisent qu'aucun roi ou mormaer ne trouve la mort du côté des hommes d'Alba. Il s'agit de la plus ancienne mention connue du titre de mormaer.

Réorganisation du royaume

vignette|La colline des assemblées de Scone pourrait être la « colline de la Foi » de 906.

En 906, la Chronique des rois d'Alba rapporte que Constantin rencontre l'évêque Cellach sur la « colline de la Foi », près de la cité royale de Scone. Les deux hommes s'engagent à .

Le texte de l'entrée est sujet à plusieurs interprétations, en particulier l'expression . William Forbes Skene et Alan Orr Anderson la traduisent par ; autrement dit, les coutumes des Gaëls doivent s'appliquer à l'Église dans le royaume de Constantin. Pour Thomas Charles-Edwards, ce segment de phrase indique simplement que des Gaëls sont présents à la rencontre entre l'évêque et le roi. Alex Woolf suggère quant à lui que les « coutumes des Scots » ne concernent que l'organisation de cette rencontre et pas le sujet qui y est abordé.

Si cette rencontre a effectivement pour but d'imposer le droit irlandais dans le domaine religieux, elle constitue une étape importante dans la gaélicisation de l'Église picte. Alfred Smyth y voit . Il est également possible qu'elle ait eu une portée politique, préfigurant les cérémonies d'intronisation qui ont lieu par la suite à Scone, ou qu'elle ait eu pour but de réconcilier le pouvoir royal et l'Église (Cellach pourrait avoir été un proche de Giric).

Lutte contre le Wessex

En 920, la Chronique anglo-saxonne rapporte que le roi de Wessex Édouard l'Ancien, fils d'Alfred le Grand, reçoit la soumission de plusieurs souverains de Grande-Bretagne, parmi lesquels Ragnall d'York, Ealdred de Bernicie, le roi de Strathclyde Owain ap Dyfnwal et Constantin. Ce dernier n'est pas nommé, mais décrit comme . Il s'agit de la première apparition du mot pour décrire les habitants du royaume de Constantin.

Ragnall meurt en 921 et son successeur Sihtric Caech en 927. Æthelstan, le successeur d'Édouard l'Ancien, profite de l'occasion pour s'emparer de la Northumbrie. Il est alors le plus puissant monarque de Grande-Bretagne : son autorité s'étend de la Manche au Firth of Forth. Il organise une nouvelle rencontre avec les rois du Nord de l'île le à Eamont Bridge et obtient d'eux qu'ils , c'est-à-dire qu'ils ne s'allient pas aux Vikings. Guillaume de Malmesbury rapporte qu'Æthelstan devient le parrain d'un fils de Constantin (probablement Indulf) lors de cette conférence.

Les sept années qui suivent semblent avoir été tranquilles dans le Nord. Æthelstan se consacre à la soumission des roitelets du pays de Galles, qui font des apparitions à la cour de Wessex, contrairement à Constantin et Owain de Strathclyde. Le silence des sources rend difficile de déterminer les raisons qui poussent Æthelstan à mener une campagne militaire contre Constantin en 934. La Chronique anglo-saxonne en fait un bref récit, mais les chroniqueurs plus tardifs comme Guillaume de Malmesbury, Jean de Worcester, Henri de Huntingdon et Siméon de Durham offrent des détails supplémentaires. Æthelstan commence à réunir son armée à Winchester le et atteint Nottingham le . Après Chester-le-Street, sa progression est accompagnée par celle d'une flotte anglaise. Owain de Strathclyde est vaincu, et Siméon de Durham rapporte que l'armée anglaise s'enfonce vers le nord jusqu'à Dunnottar et au Mounth, tandis que la flotte atteint le Caithness. L'autorité de Constantin ne s'étend vraisemblablement pas aussi loin, et il pourrait s'agir de raids de pillage plutôt que de véritables opérations militaires.

vignette|gauche|Ce passage du poème de la Chronique anglo-saxonne relate l'implication de Constantin dans la bataille de Brunanburh. Il est mentionné nommément aux et 3 : , « Constantin le guerrier chenu ».