upright=1.4|thumb|alt=diverses éditions des 6 romans de Jane Austen (français et anglais), quelques DVD et œuvres dérivées|Les six romans de Jane Austen, illustrés, traduits, adaptés, sources d'œuvres dérivées… thumb|upright=1.4|alt=Signature autographe|Signature du testament de Jane Austen. L'univers romanesque de Jane Austen comporte des aspects historiques, géographiques et sociologiques spécifiques à l'époque et aux régions d'Angleterre où se déroule l'action de ses romans. Les recherches, qui se sont multipliées depuis la seconde moitié du , ne s'intéressent plus seulement à leurs qualités littéraires mais aussi à leur arrière-plan historique et en analysent les aspects économiques et idéologiques, soulignant l'intérêt des ouvrages de Jane Austen dans ces domaines.
D'un autre côté, un véritable culte s'est progressivement instauré autour de l'écrivain et de son œuvre, d'abord dans le monde anglo-saxon, mais le débordant maintenant, et la culture populaire s'est emparée de l'univers qu'elle a créé. Jane Austen écrit pour ses contemporains, déployant ses intrigues dans le cadre relativement étroit du monde qu'elle connaît et dans lequel elle vit, mais Georgette Heyer s'en est inspirée pour inventer le roman d'amour « Régence » en 1935. Depuis le deuxième tiers du des adaptations théâtrales, puis cinématographiques et télévisuelles donnent corps à ses créatures de papier, dans des interprétations différentes en fonction de l'époque où elles sont mises en scène. Des ouvrages « modernes » reprennent et transposent ses intrigues, comme le Journal de Bridget Jones, des préquelles et des suites sont inventées autour de ses personnages par des admirateurs parfois célèbres, comme John Kessel et P. D. James, ou des écrivains de romances, et le phénomène s'est amplifié avec internet et les sites en ligne.
Comme cela s'est produit pour Charles DickensOutre le Charles Dickens Museum à Londres, il existe un parc de loisirs Dickens World à Chatham. ou les sœurs BrontëLe presbytère de Haworth, aujourd'hui transformé en musée, est devenu un lieu de pèlerinage où se pressent, chaque année, des centaines de milliers de visiteurs venus du monde entier., mais de manière différente, Jane Austen est « entrée dans le domaine public », aussi le culte porté à sa personne et à son œuvre a-t-il donné naissance à une industrie florissante : Bath, en particulier avec son Jane Austen Centre, ou Chawton, où se trouve le Jane Austen's House Museum, entretiennent sa mémoire, des voyagistes organisent des circuits autour des lieux qu'elle a fréquentés, un tourisme particulier s'est créé dans les régions et autour des demeures de lEnglish Heritage où sont tournées les adaptations cinématographiques ou télévisuelles de ses romans.
Les romans de Jane Austen thumb|alt=Feuille imprimée à l'encre noire, majuscules d'imprimerie|Page de titre de la première édition de Sense and Sensibility en 1811 : roman en trois tomes, « ».
Les textes Outre des œuvres de jeunesse, regroupées sous le titre de Juvenilia, restées non publiées jusqu'en 1954, une pièce de théâtre parodique Sir Charles Grandison, or, The happy man: a comedy in five acts (Sir Charles Grandison, ou l'Homme heureux, comédie en cinq actes) et un court roman épistolaire, Lady Susan, Jane Austen laisse six romans, dont quatre parus de son vivant, de façon anonymeKathlyn Sutherland, : Chronology of composition and publication.. Elinor and Marianne, un roman épistolaire écrit en 1795, retravaillé en 1798. et en 1811 pour la publication (à compte d'auteur) sous le titre de Sense and Sensibility. First Impressions, rédigé entre 1796 et 1797 (elle a 21-22 ans), révisé en 1811, publié en sous le titre Pride and Prejudice. Mansfield Park, commencé en , publié en . Emma, commencé en , terminé en , sorti en décembre de la même année.
Northanger Abbey, écrit en 1798-1799, et Persuasion, achevé en alors qu'elle est déjà très malade, sont publiés à titre posthume par son frère Henry en , accompagnés d'une « notice biographique sur l'auteur » () qui lève son anonymat. Elle n'en a probablement pas choisi les titres : Northanger Abbey s'appelait Susan en 1803, lorsqu'elle en vendit les droits à Crosby., puis Catherine dans sa correspondance avec Cassandra, où elle évoque aussi The Elliots et non Persuasion.
Ses autres ouvrages sont restés longtemps manuscrits. Lady Susan, un premier roman, de forme épistolaire (sauf la brève conclusion), est probablement écrit en 1793 ou 1794 (à 18 ou 19 ans). Il en existe une copie soignée, sans titre, non datée, mais probablement de 1805. ; ce roman n'est publié qu'en 1871 dans la foulée de A Memoir of Jane Austen, de son neveu James Edward Austen-Leigh. Il en est de même pour les quelques pages de The Watsons, roman commencé à Bath en 1804Le roman est écrit sur du papier daté de 1803. et abandonné à la suite de la mort de son père en 1805. Sa dernière œuvre, commencée en mais arrêtée au bout d'une cinquantaine de pages en mars, ne sera éditée qu'en 1925 sous le titre Sanditon, « Introduction », ..
Les divers manuscrits existants sont dispersés entre Oxford (Bodleian Library), Londres (British Library), Cambridge (King's College) et New York (Pierpont Morgan Library)., mais sont réunis sous format numérique dans une collection virtuelle : Jane Austen’s Fiction Manuscripts Digital Edition.. Les brouillons et manuscrits au propre des ouvrages publiés ont été détruits, comme c'était l'usage à l'époque, ..
Arrière-plans Tous les romans de Jane Austen sont maintenant considérés comme des documents de civilisation fiables. Derrière le thème conventionnel de l'intrigue sentimentale au dénouement convenu, sous l'architecture stylistique parfaitement maitrisée et l', ils sont révélateurs de leur époque et de ses mutations..
Jane Austen écrit pendant environ vingt ans (1795-1817), avec une interruption de quelques années (1805-1809) après la mort de son père.. La charnière entre le est une période troublée où son pays est pratiquement constamment en guerre avec la France. C'est aussi une période de profondes mutations économiques qui voit diminuer l'influence de l'aristocratie terrienne traditionnelle au profit de nouvelles classes sociales, enrichies par la révolution industrielle, le grand commerce ou les guerres napoléoniennes. Ce contexte socio-économique apparaît en filigrane dans son œuvre : Orgueil et Préjugés (dont la première version date de 1796-1797) met en scène des personnages issus de la grande bourgeoisie textile du nord de l'Angleterre (les Bingley) et du grand commerce londonien (les Gardiner) ; Mansfield Park (écrit en 1812-1813) et Persuasion (achevé en 1816) montrent l'ascension sociale d'officiers de la Royal Navy, le lieutenant William Price et surtout le captain Frederick Wentworth.
En outre, sa famille atteste qu'elle a l'habitude de revenir régulièrement sur ses manuscrits et de les amender, de commencer un nouveau roman alors qu'elle corrige les épreuves du précédent, voire de « recycler » ses textes restés manuscrits.. Cela explique l'impression que ses romans reprennent constamment les mêmes thèmesKathlyn Sutherland, ., essentiellement le mariage et l'argent, les affinant ou les étudiant sous un autre angle : on trouve des éléments du roman abandonné The Watsons dans Mansfield Park, dans Emma et peut-être dans Pride and Prejudice. Les dates de publication créent entre eux des liens inattendus : son dernier roman achevé, Persuasion, paraît en même temps que l'un de ses plus anciens (écrit en 1797-1798), et Sanditon apparaît comme une suite de Northanger Abbey bien que vingt ans les séparent.
Aspects historiques thumb|alt=Peinture à l'huile du roi debout, en jaquette noire et culotte blanche, sur une terrasse du château de Windsor|Le « roi-fermier » George III peint par Peter Edward Stroehling en 1807, à l'apogée de sa popularité avant de sombrer dans la folie.
Toute la vie de Jane Austen (1775-1817) se déroule pendant le règne de George III (1760-1820) et son œuvre est tout entière située pendant la deuxième moitié de ce règne, et en particulier à l'époque de la régence de son fils (1811-1820), le « Prince Régent »..
Les intrigues de ses grands romans sont ancrées dans la vie quotidienne de la gentry, la petite noblesse campagnarde à laquelle elle appartient et qu'elle observe d'un regard acéré, ce qui fait de son œuvre une source foisonnante d'informations pour comprendre le quotidien de ce microcosme alors que le pays, après avoir perdu ses colonies américaines est empêtré dans les guerres napoléoniennes. Dans ce contexte particulièrement tourmenté sur le plan historique et en pleine révolution industrielle., ses romans donnent un éclairage sur la hiérarchie sociale, la place du clergé, la condition féminine, le mariage, ou encore les loisirs de la classe aisée. Sans que le lecteur en soit toujours pleinement conscient, sont évoqués de nombreux détails de la vie courante, des aspects juridiques oubliés ou des coutumes tombées depuis en désuétude, qui donnent vie à cette période de l'histoire de la société anglaise qu'on appelle la société georgienne, et plus précisément l'époque de la Régence.
Cependant, la vision de l'Angleterre que présente Jane Austen est exclusivement décrite du point de vue d'une femme de la petite gentry vivant dans une société patriarcale rigide aux alentours des années 1800. Appartenant à une famille plutôt aisée et très cultivée, bénéficiant de belles relations (), elle a des clartés sur de nombreux domaines, mais les bonnes manières lui interdisent d'aborder certains sujets. Aussi certains aspects historiques essentiels de l'époque, comme la perte des colonies américaines, la Révolution française, la révolution industrielle en marche, la naissance de l'Empire britannique, sont-ils pratiquement absents de son œuvre : c'est l'immersion dans le quotidien de l'Angleterre rurale de son temps qu'on rencontre dans ses romans. Pour Karl Kroeber, professeur à l'université Columbia, Jane Austen possède une véritable vision historiqueEn 1990, dans , il utilise la métaphore du microscope électronique () pour faire comprendre comment sa finesse d'observation peut (). : en s'attachant à décrire les menus événements de la vie banale de demoiselles très ordinaires en instance de mariage dans , en se concentrant sur des événements minuscules apparemment sans importance, elle met en lumière les changements significatifs qui se produisent entre 1795 et 1816 au niveau le plus profond de la société de son temps.
Aspects géographiques
thumb|center|upright=3|alt=L'Angleterre selon Jane Austen, délimitée au nord par Pemberley dans le Derbyshire|Carte de l'Angleterre regroupant les lieux réels fréquentés par l'un ou l'autre des personnages des six romans de Jane Austen (en noir) et les lieux imaginairesLeur localisation sur la carte est incertaine, Jane Austen n'ayant pas vraiment précisé leur emplacement exact. où ils résident (en rouge et en italique). Les endroits où vivent les personnages, et ceux qu'ils fréquentent à l'occasion de leurs nombreux déplacements, permettent de donner une vision précise du monde de Jane Austen, bien qu'elle ne décrive pratiquement jamais les paysages et les décors, laissant aux lecteurs le soin de les imaginer.. Il s'agit d'un espace assez restreint., essentiellement la moitié sud de l'Angleterre, et, à l'exception du Northamptonshire où elle situe le domaine de Sir Bertram, des régions qu'elle connaissait personnellement. ; mais d'autres lieux sont également évoqués par les protagonistes, comme Antigua dans Mansfield Park, les Indes dans Sense and Sensibility, l'Écosse (avec Gretna Green) et le Northumberland (avec Newcastle) dans Pride and Prejudice, L'Irlande dans Emma, les Açores, le Cap ou Gibraltar dans Persuasion. L'utilisation de noms de régions et de villes bien réelles renforce ainsi l'impression de vraisemblance.
Les comtés d'Angleterre