Jeannette Colombel (née Prenant), née le à Paris et morte à Caluire le Robert Maggiori, « Jeannette Colombel, une philosophe pasionaria », Libération, 13 avril 2016., est une philosophe française.
Biographie Les années 1940 et 1950 La guerre et l'après-guerre Fille de Lucy Prenant (née Soto), qui fut directrice de l'École normale supérieure de jeunes filles, et du biologiste, militant et résistant Marcel Prenant, qui siège au comité central du PCF Nécrologie dans Le Monde du 21 avril 2016 , elle est l'amie dans sa jeunesse du poète communiste Paul Éluard et plus tard de Max Schoendorff"MORT DE LA PHILOSOPHE JEANNETTE COLOMBEL" le 14 avril, 2016 dans L'Humanité [ https://www.humanite.fr/mort-de-la-philosophe-jeannette-colombel-604684]. Membre du Parti communiste à partir de 1943, elle a fondé avec Jeannette Vermeersch, l'Union des femmes françaises. Jeannette Vermeersch lui demande ensuite d'assister Marie-Claude Vaillant-Couturier au secrétariat de la Fédération démocratique internationale des Femmes.
Le ministre du Ravitaillement Yves Farge l'intégre en à son cabinet mais elle doit partir avec lui en , quand les communistes retournent dans l’oppositionDictionnaire Maitron . Maurice Thorez l'incite alors à préparer l’agrégation de philosophie, qu'elle réussit en 1947.
Les rapports avec le PCF Peu après, pour le compte du CNRS, elle étudie les conditions de travail des ouvrières du textile du Nord, mais n'est pas intégrée au CNRS, sur fond de discrimination envers les communistes. Son père Marcel Prenant n'est pas réélu en 1950 au comité central du PCF, lors d'un congrès de purges sur fond d'Affaire Lyssenko, après les interventions de Jeannette Vermeersch et d'Annie Kriegellors du congrès du Parti communiste français, en 1950, selon "Michel Foucault" par Jeannette Colombel, Editions Odile Jacob, 1994.
Jeannette Colombel a alors sa période « stalinienne », défendant des positions « pures et dures » en ce sens " Jeannette Colombel, une philosophe pasionaria", par Robert Maggiori, Libération du 13 avril 2016 . Son compagnon Jean Colombel est alors le dirigeant et l'éditorialiste de l'Union française de l'information, agence de presse du PCF, qui pratique la censure de plusieurs grands événements, aussi bien dans les actualités de l'Europe de l'Est que pour les grands événements sportifs internationaux.
La polémique contre le Deuxième sexe En 1951, quand Simone de Beauvoir publie son Deuxième Sexe"Une génération d’intellectuelles dans le sillage de Simone de Beauvoir" par Sylvie Chaperon dans la revue féministe Clio , Colette Audry, Dominique Aury, Françoise d'Eaubonne et Jeannette Colombel font partie des rares intellectuelles à se lancer dans la polémique qui fait rage : les trois premières pour le défendre, la dernière pour le critiquer. Le compte rendu de lecture, dans la presse communiste, est confié à Jeannette Colombel, qui portait encore le nom de son père Marcel Prenant. Elle dénonce le livre dans les règles, citations de Lénine et de Jeannette Vermeersch à l'appui, dans la revue du PCF La Nouvelle Critique en en estimant qu'analyser « les réactions de la petite-bourgeoisie à travers les miroirs déformants d'une philosophie de la nausée », c'est, en réalité, mépriser le deuxième sexe.
Elle dénonce aussi chez Beauvoir le refus de la maternité, destin inéluctable, qui « manifeste à quel point l'existentialiste, recroquevillée dans un individualisme monstrueux, est incapable de connaître le sentiment le plus naturel à toutes les femmes ».
Son texte est alors considéré comme « le répertoire de nos étroitesses d'alors » par l'ex-journaliste et historienne communiste Dominique Desanti qui avait fait partie du groupe "socialisme et liberté" fondé par Sartre en 1941"Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir" par Ingrid Galster, aux Presses Paris Sorbonne, 2004 . Jeannette Colombel témoignera plus tard du fait qu'il était « interdit » de lire Sartre au Parti communiste car c'était l'ennemi public , même s'il en est resté "compagnon de route" jusqu'à l'intervention soviétique en Hongrie en 1956.
La rencontre avec Sartre pendant les guerres coloniales Nommée professeur de philosophie à Lyon, en hypokhâgne et khâgne au lycée Édouard-HerriotJeannette Colombel le 18/07/2011 sur France-Culture , elle organise avec son mari Jean Colombel, directeur général de l'agence de presse fédérant en majorité des journaux proches ou appartenant au PCF, l'Union française de l'information, des mouvements de résistance à la guerre d'Indochine puis à la guerre d'AlgérieClaude Liscia, notice "Jeannette Colombel", in Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, 2007. Au moment des guerres coloniales, elle est chargée de défendre des positions marxistes, dans un débat de «la semaine de la pensée marxiste», face à un catholique, le théologien Jean Cardonnel et à un existentialiste, rédacteur aux Temps modernes, André Gorz, dont elle devient ensuite l'amie et qui lui dit : . Elle va donc le visiter rue Bonaparte, chez sa mère.
Elle participe également aux mobilisations françaises, et plus spécifiquement lyonnaises, dans la guerre d’algérie. Membre du comité de défense pour les droits et les libertés individuelles, organisation anti-coloniale où elle occupe des responsabilités importantes et proche du FLN , elle est ainsi arrêtée le 20 novembre 1961 avec un certain nombre d’autres militantes pour avoir organisé une manifestation devant la maison d'arrêt de Lyon pour protester contre les méthodes policières et réclamer l'obtention du statut de prisonnier politique pour les membres du FLNDossier 259II/11 des archives municipales de Lyon .
Les années 1960 Un lien fort avec les jeunes générations Puis elle enseigne Sartre, Foucault ou Deleuze aux étudiants des années 1960, qui se passionnent pour ces auteurs même si elle estimera plus tard que cela « constituait déjà une transgression au regard des choix plus classiques » de certains collègues de l’époque. La philosophe Odile Nguyen-Schoendorff, amie de la famille, a le « souvenir des réunions organisées durant cette période à la Brasserie de l’Étoile par des comités étudiants et par des lycéens antifascistes, ainsi que des conférences, dont Jeannette était souvent la vedette – ce qui lui valut d’être la cible de l’OAS. Des textes de Sartre sont affichés dans sa salle de classe en 1961, à l'époque où leur interdiction touche presque à sa fin, tandis que s'achève la Guerre d'Algérie que Sartre combat depuis 1956 . L'un de ses élèves sera soutenu financièrement par SartreLa nostalgie de l'espérance" par Jeannette Colombel paru en 1997 aux éditions Stock. Une autre de ses élèves, la future chanteuse Dominique Grange, distribue alors des tracts communistes contre le racisme et pour la paix en AlgérieBiographie Maitron et la rejoindra en 1969 au Centre universitaire de Vincennes, comme militante de la Gauche Prolétarienne.
Sa fille, Françoise Renberg-Villette, fait partie des étudiants de l'IDHEC qui ont filmé la Grève des mineurs français de 1963Interview de Jacques Kebadian puis confié les rushes à la CGT locale sans jamais les revoir, avec Michel Andrieu, Renan Pollès, Patrick Meunier et Jacques Kébadian. Devenu "Atelier de Recherche Cinématographique" ce groupe a tourné quatre films avant et pendant Mai 68.
Mai 68, Foucault et l'Université de Vincennes En , peu avant le printemps de Prague, comme nombre d’intellectuels et de militants, Jeannette Colombel quitte le Parti communiste et se dit «gauchiste», pas «maoïste», sa fille étant par ailleurs à la JCR.
À l'automne 1968, parmi les étudiants qui avaient érigé en juin une barricade devant l'usine Renault de FlinsArchives Ina du7 juin 1968: de violents affrontements ont opposé la police aux manifestants (ouvriers et étudiants) à l'usine Renault de Flins. "1968-1986: dix-huit ans d'ex-gauchisme» dénoncés par Guy Hocquenghem" par Antoine Bourguilleau, Slate le 9 mai 2018 un groupe mené par Guy Hocquenghem rompt avec le courant majoritaire de la Ligue communiste révolutionnaire d'Henri Weber et de Daniel Bensaïd, les deux auteurs de Mai 68, une répétition générale, pour former plutôt une " tendance""Les vies de Guy Hocquenghem (1946-1988)", par Antoine Idier, 2017: ils sont aussi contre celle des « esthètes de la révolution », visant en particulier les frères Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, et pour « la rigueur organisationnelle fondée sur l’autodiscipline et l’exigence militante ». Cette tendance groupe « spontanéiste et mouvementiste »Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, 494-498 inclut aussi Marc Hatzfeld, Michel Besmond, André Glucksman et surtout sa compagne Françoise Renberg, qui s'oppose très vigoureusementHenri Weber, Rebelle jeunesse, Paris, Robert Laffont, 2018, page 153. au projet d'adhérer à la Quatrième Internationale trotskyste . André Glucksmann suit les discussions de loin"Les vies de Guy Hocquenghem" par Antoine Idier, Editions Fayard, 2017 et rejoint la Gauche prolétarienne dès l'année suivante Cahiers de la Gauche Prolétarienne, Numéro 2, septembre-octobre 1969, cité dans "Michel Foucault : le G.I.P., l’histoire et l’action"par Audrey Kiéfer .
Puis elle fait la connaissance de Michel Foucault en lors d'un jury de thèse où le candidat est Gilles Deleuze"Michel Foucault" par Jeannette Colombel, Editions Odile Jacob, 1 avril 1994 . Foucault lui demande alors de venir enseigner au tout nouveau Centre universitaire de Vincennes (Paris-VIII), à partir duquel elle va entretenir des liens d’amitié avec Sartre, Deleuze et Foucault. Elle y professe sur "Nihilisme et contestation", tandis que son gendre André Glucksmann, de la Gauche Prolétarienne, se penche sur "l'Écriture politique" et qu'Alain Badiou s'intéresse à "La science dans la lutte des classes""Le destin d'une institution d'avant-garde: histoire du département de philosophie de Paris VIII" par Charles Soulié, dans la revue Histoire de l'éducation, , de janvier 1998 . Lors des actions maoïstes à Vincennes, elle reste parquée dans sa salle de classe.
Les années 1970 La fondation du Secours rouge avec Sartre et Chaintron Au début de l'année 1970, germa l'idée d'un Secours rouge français, sur le modèle du Secours rouge international de l'entre-deux-guerres"Sartre l'engagé", tribune libre de Jeannette Colombel dans Libération le 11 mars 2005 . Avec Serge July et Michel Fontaine, elle recherche un parrainage célèbre et propose d'anciens résistants comme Charles Tillon, Eugénie Camphin, mère de deux mineurs fusillés, Roger Pannequin, ou encore Bernard Lambert, responsable paysan.
July et Fontaine demandent la présence de Sartre. Jeannette Colombel va le solliciter car elle est alors la seule à le connaître ; il accepte. C'est à partir de là que leur amitié s'affermit, même s'il la vouvoiera toute sa vieInterview dans Libération en 2000 . Selon Michel Rotman, la Ligue communiste avait le projet de constituer une organisation type "Secours rouge" mais l’idée s'est transformée par la suite. De son côté, Claude Angeli, journaliste à L'Aurore assure en avoir parlé à Alain Geismar, Serge July et des dirigeants de la LC mais trouvé peu d’écho. Jeannette Colombel rend aussi visite à l'ex-grand résistant Jean Chaintron"Le vent soufflait devant ma porte" par Jean Chaintron, ancien leader de la Guerre civile espagnole, qui l'appelle « la fille de Prenant ".
La défense des prisonniers et la fondation de "J'Accuse" Début , sa fille Françoise Renberg lui demande de se joindre à un groupe constitué de Maurice Clavel et de son gendre André Glucksmann et des avocats de la GP, qui veulent constituer une délégation au Ministère de la Justice, en faveur des militants maoïstes emprisonnés et d'aller chercher Jean-Paul Sartre, dont elle est la seule à connaitre l'adresse à laquelle elle emmène Michel Foucault. Peu après, le , Sartre donne une longue interview à J'accuse, nouveau journal que dirige la fille de Jeannette et son gendre André Glucksmann, avec Robert Linhart.