Jacopo Robusti, dit Tintoretto, en français le Tintoret, né probablement en septembre-octobre 1518 à Venise (République de Venise) où il est mort le , est un peintre vénitien de la Renaissance italienne, que l'on associe au mouvement artistique du maniérisme de l'école vénitienne, qu'il a également influencée de manière significative.

Ses contemporains admiraient et critiquaient à la fois la rapidité avec laquelle il peignait et l'audace sans précédent de son coup de pinceau. Pour son énergie phénoménale dans la peinture, il a été appelé il Furioso (« le Furieux ») ou, comme le faisait Vasari, il Terribile (« le Terrible »). Il avait en effet un fort caractère et faisait une utilisation dramatique de la perspective et de la lumière dans le style maniériste, qui l'ont fait considérer comme le précurseur de l'art baroque. Son travail se caractérise aussi par ses figures musclées et leurs gestes dramatiques.

Biographie Jeunesse et formation vignette|Maison du Tintoret Fondamenta dei mori, Cannaregio, Venise. Le Tintoret, de son vrai nom Jacopo CominL'identité du Tintoret a été révélée lors de l'exposition « Tintoretto » en 2007 au Prado 2007. Voir le catalogue de l'exposition sous la direction de Michel Falomir : Tintoretto, Madrid, Museo nacional del Prado, 472 p., 2007, Madrid.. est né en septembre-. à Venise et doit son surnom (« le petit teinturier », tintore signifiant « teinturier » adjoint du suffixe -etto, « petit ») à son père, Battista Robusti, qui travaillait dans une teinturerie et qui fut probablement le premier contact du jeune peintre avec le monde de la peinture par le truchement des pigments. Comme découvert en 2007, le nom de famille de son père est CominSpanish curator uncovers true name of Tintoretto. in: CBC, News |Arts & Entertainment, 2 janvier 2007, consulté le 10 décembre 2019.. En 1509, lui et son frère reçoivent dans le cadre de leur appartenance à la Ligue de Cambrai le nom honorifique de Robusti pour leur défense héroïque d'une porte de la ville de PadoueMarsel Grosso: Robusti, Jacopo, detto Tintoretto, Dizionario Biografico degli Italiani. Band 88, 2017, librement accessible en ligne sur treccani.it, (italien, consulté le 22 mars 2020)..

Sa date de naissance est incertaine. L'acte de baptême a été perdu dans l'incendie des archives de San Polo, on peut donc déduire de l'acte de décès : « : Messer Jacopo Robusti est mort, dit Tintoret, âgé de 75 ans et 8 mois »., la date de septembre / . Selon Roland Krischel, Tintoret serait né en 1519, probablement en avril ou en mai, comme il le déduit de l'étude des registres de la paroisse et des offices de santé. Il naît dans le quartier populaire de la Madonna dell'Orto, église qu'il a décorée et où il est enterréJean-Michel Brèque, ..

Jacopo est le fils aîné de la famille, on ne sait rien de sa mère. Il est resté tout au long de sa vie en contact avec son frère Domenico, qui, selon Anton Francesco Doni, vit probablement à Mantoue à partir de 1552 en tant que musicien à la cour des Gonzague. Selon les déclarations contemporaines, Jacopo lui-même joue de plusieurs instruments.

Son père Giovanni Battista travaille dans le domaine de la teinture de la soie, on ne sait si c'est sur le plan artisanal ou commercial. Il est probablement originaire de Lucques : cet art a été importé à Venise au par les Lucquois. Cette ascendance expliquerait l'intérêt de l'artiste pour ses « confrères » de l'école toscane et romaine, comme Michel-Ange, Raphaël et Jules RomainLes Lucquois étaient définis par les Vénitiens comme « toscans » . : Le Tintoret connait leurs œuvres par la diffusion d'estampes, alors qu'il est certain qu'il a vu in situ les fresques de Giulio Romano au palais du Te à Mantoue. Il semble que Battista fait partie des « citoyens », c'est-à-dire de ces Vénitiens non nobles qui jouissaient également de certains privilèges : grâce à cette position, Jacopo est en bons termes avec lélite vénitienne et obtient le soutien des patriciens. D'autres études plus récentes donnent sa famille comme originaire de Brescia, en Lombardie, alors partie de la république de Venise.

Jacopo ne cache pas ses origines, au contraire, dans ses peintures, il signe comme « Jacobus Tentorettus » (Portrait de Jacopo Sansovino, vers 1566) ou « Jacomo Tentor » (Miracle de l'esclave, 1547-1548).

Il est connu pour avoir eu au moins un frère nommé Domenico ; un récit peu fiable du indique que ses frères et sœurs étaient au nombre de 22. Il est une petite personne qui est aussi appelée granelo de pevere (grain de poivre) par ses amis en raison de son caractère vraisemblablement fougueux, moqueur ou quelque peu mordant.

L'enfance du peintre est mal connue car aucun document n'atteste de sa formation. Les principales sources sont les paiements des commandes et la biographie rédigée par Carlo Ridolfi (1594-1658) - qui le fait naître en 1512 -, bien qu'il n'ait jamais rencontré le Tintoret, mais tire ses informations de son fils Domenico. Ridolfi raconte que le Tintoret, encore enfant, utilise les couleurs de l'atelier de son père pour peindre les murs de l'atelier : pour suivre l'inclination de son fils, Battista lui trouve, en 1530, un emploi d'apprenti dans l'atelier du Titien, le plus célèbre peintre vénitien de l'époque. Cet apprentissage ne dure que quelques jours. Le jeune garçon est-il trop impatient d'affirmer sa personnalité ? Ou bien Titien a-t-il surpris quelques dessins de lui et l'a-t-il renvoyé de crainte que de pareils débuts ne révèlent un concurrent potentiel ? Toujours est-il que Le Titien le renvoie avec colère, soit par jalousie d'un élève si prometteur (selon Ridolfi) ou à cause d'un conflit de personnalité (dans la version de Marco Boschini).. La réalité de cet élément biographique est aujourd'hui remise en cause et les historiens pensent que Le Tintoret fut plutôt un élève du peintre Bonifacio Veronese. À partir de ce moment, la relation entre les deux artistes est restée basée sur la rancune, malgré l'admiration continue du Tintoret pour Le Titien. Pour sa part, Le Titien a activement dénigré le Tintoret, tout comme ses partisans.

Titien aurait tenté toute sa vie d'entraver le développement du TintoretAlexander Linke (Historien de l’art) cite Kirsten Serup-Bilfeldt : Zum 500. Geburtstag des Malers Jacopo Tintoretto., Deutschlandfunk, 25 avril 2018.. Bonifazio Veronese, Pâris Bordone et Andrea Meldola, dit Andrea Schiavone, sont mentionnés comme d'autres professeurs possibles du TintoretTintoretto, Lexikon der Kunst. Band 11. Karl Müller Verlag, Erlangen 1994, .. Le Tintoret aurait admiré ce dernier pour sa « belle façon de colorier »David Rosand, Die venezianische Malerei im 16. Jahrhundert, Venedig – Kunst und Architektur. Band 1. Könemann, Köln 1997, .. Le maniériste Pordenone a probablement aussi une influence importante sur le jeune peintre.

Un premier document de sa vie remonte à 1537, lorsque le Tintoret loue un « appartement et atelier » à Venise dans le quartier de l'église San Cassiano pour 20 ducats. À partir de cette époque, il travaille comme contremaître indépendant et ouvre le son propre atelier à Venise à Campo San Cassiano dans le sestiere de San Polo. Dans un document daté de 1539, Le Tintoret signe « mistro Giacomo depentor nel champo di san Cahssan », revendiquant le titre de maître.

Le Tintoret ne cherche pas à se former davantage, mais étudie par lui-même avec un zèle laborieux. Selon Ridolfi, il acquiert une certaine expérience en travaillant aux côtés d'artisans qui décorent des meubles avec des peintures de scènes mythologiques, et étudie l'anatomie en dessinant des modèles vivants et en disséquant des cadavres. Il vit pauvrement, collectionnant moulages, bas-reliefs et estampes, et s'entraînant avec eux. À un certain moment, peut-être dans les années 1540, le Tintoret acquiert des modèles de lAube, du Jour, du Crépuscule et de la Nuit de Michel-Ange (situées dans les Chapelles des Médicis à Florence), qu'il étudie dans de nombreux dessins réalisés sous tous les angles. Il travaille de nuit comme de jour. Sa noble conception de l'art et son ambition personnelle sont toutes deux mises en évidence dans l'inscription qu'il place sur son atelier : « Il disegno di Michelangelo ed il colorito di Tiziano » (« Le dessin de Michel-Ange et la couleur de Titien »).

Premières œuvres vignette|Présentation de Jésus au Temple, église Santa Maria dei Carmini, (vers 1542).

Le jeune peintre Andrea Schiavone, de quatre ans le cadet du Tintoret, est beaucoup en sa compagnie. Le Tintoret aide Schiavone gratuitement avec des peintures murales ; il travaille souvent pour rien, et réussit ainsi à obtenir des commandes. Les deux premières peintures murales du Tintoret - réalisées, comme d'autres, presque sans rémunération - auraient été Le Festin de Belshazzar et un Combat de cavalerie. Elles ont toutes deux disparu depuis longtemps, comme toutes ses fresques, anciennes ou ultérieures. Le premier de ses travaux à attirer une attention considérable est un groupe de portraits de lui-même et de son frère - ce dernier jouant de la guitare - avec un effet nocturne, également perdu. Il est suivi d'un sujet historique, dont Titien est assez franc pour faire l'élogeWilliam Michael Rossetti, .. Dans sa jeunesse, il peint diverses décorations de fresques qui n'ont été conservées que par fragments, y compris celles de la Ca' Soranzo et probablement aussi de la villa du juriste Marco Mantova Benavides à Padoue (selon une lettre d').

Dès ses premières œuvres (à la fin des années 1530 et durant les années 1540), Le Tintoret s’intéresse aux courants maniéristes toscan, romain et émilien, diffusés à Venise par des artistes comme Jacopo Sansovino, Giuseppe Porta et Schiavone. Il a une grande admiration pour Michel-Ange qui l’a influencé dans sa technique du dessin et dans sa manière de dépeindre le canon humain dans sa peinture, souvent décrit comme sculptural. Le Tintoret a également une passion pour les effets de lumière : il réalise des statues de cire de ses modèles et expérimente l’orientation des sources de lumière avant de les peindre. En conséquence, certains visages réapparaissent dans différents travaux, sous différents angles et différents éclairages. Le clair-obscur joue un rôle important dans ses œuvres et participe aux effets dramatiques qu'il affectionne pour ses mises en scène.

La première commande émane de Vettor Pisani, noble parent d'Andrea Gritti et propriétaire d'une banque, vers 1541 : à l'occasion d'un mariage, il fait restaurer sa résidence de San Paterniàn et confie au jeune Tintoret, vingt-trois ans, la création de seize planches illustrant les Métamorphoses. Les peintures, aujourd'hui en grande partie conservées à la Galleria Estense de Modène, seraient placées au plafond et Pisani demande qu'elles aient la perspective puissante des peintures de Giulio Romano à Mantoue : Tintoret se rend personnellement au Palais du Te, probablement à ses frais. Ces tableaux témoignent de sa connaissance des dernières évolutions du maniérisme. Tintoret est au cœur de la querelle du paragone entre la peinture et la sculpture, Venise privilégiant la première et Florence la seconde..

Les six panneaux conservés au musée d'Histoire de l'art de Vienne, qui auraient été réalisés comme décoration de cassoni, également en raison de leurs dimensions presque identiques, sont contemporains avec les peintures de Pisani : Ridolfi rapporte que Le Tintoret collabore avec les artisans du meuble qui commercent à proximité du palais des Doges. Rien cependant ne confirme que ces tableaux proviennent de cassoni. La particularité de ces œuvres est la gestion du format allongé (le plus grand, en effet, mesure ) : Le Tintoret exploite l'architecture pour marquer la séquence temporelle des événements racontés.