L'appellation Alsace-Moselle désigne, en France, la collectivité européenne d'Alsace et le département de la Moselle (Eurodépartement), territoires géographiques et administratifs historiquement en grande partie bilingues, situés le long de la frontière franco-allemande, et qui ont la particularité de disposer d’un droit local spécifique. Cette entité correspond à l'ancien territoire impérial d'Alsace-Lorraine (Reichsland Elsaß-Lothringen), cédé par la France à l'Empire allemand en 1871, en application du traité de Francfort, puis redevenu juridiquement français après la Première Guerre mondiale en vertu du Traité de Versailles en 1919. L'Alsace et la Moselle furent annexées par l'Allemagne nazie en 1940 après la Bataille de France, lors de la Seconde Guerre mondiale, mais amalgamées à des entités territoriales différentes, avant d'être réintégrées à la France à la Libération.

Les collectivités départementales du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont fusionné au sein de la collectivité européenne d'Alsace le . En revanche, il n'existe aucune collectivité ni circonscription administrative française regroupant l'Alsace et le département de la Moselle. Même si les deux entités font partie de la région Grand Est, l'Alsace-Moselle n'a pas d'existence institutionnelle propre. L'expression est principalement utilisée dans un contexte historique, culturel, géographique ou juridique, notamment pour faire référence au droit local qui s'applique dans ces territoires.

Contexte historique L'Alsace et la Lorraine sont deux provinces d'Europe, aux limites ayant évolué au fil de l'histoire, qui ont fait partie du Saint-Empire romain germanique du . Le Saint-Empire, fortement ébranlé par les guerres de religion des , est alors entré dans un long processus de démembrement. Les divers territoires, villes libres, comtés, principautés, évêchés ou duchés, qui composaient jadis l'Alsace et l'espace lorrain, ont été peu à peu rattachés au royaume de France, entre le , notamment après la guerre de Trente Ans et les annexions des enclaves étrangères décrétées par la Convention en 1793.

Les campagnes destructrices menées en Rhénanie par les armées de Louis XIV et les ravages des guerres napoléoniennes dans les pays et provinces germanophones d'Europe y ont laissé des plaies. La fin du Saint Empire romain germanique en 1806 y est vécue comme une ultime humiliation. Le pangermanisme, en tant que volonté de reconstituer l'ancienne unité impériale perdue, s'est progressivement constitué. Cet esprit de revanche participe, entre autres motifs, à la guerre franco-allemande de 1870. À la suite de la défaite française, le deuxième Empire allemand est proclamé le dans la galerie des glaces du palais de Versailles. La revendication territoriale des Allemands se fonde alors sur les particularités linguistiques et culturelles germanophones d'une partie des populations lorraines et alsaciennes, ainsi qu'à leur ancienne appartenance au Saint-Empire.

L'Alsace et le quart nord-est de la Lorraine sont revendiqués par le nouvel empire. La cession est validée par un vote du parlement français (546 voix pour la cession, 107 contre), puis ratifiée lors du traité de Francfort de 1871. Le terme employé couramment en France dès 1871, pour garder en mémoire ces « territoires perdus », était « Alsace-Lorraine », correspondant à l'appellation allemande « Elsaß-Lothringen » désignant le Reichsland Elsaß-LothringenReichsland Elsass-Lothringen en nouvelle orthographe allemande..

vignette|Redécoupage des frontières départementales consécutives à la cession à l'Allemagne de 1871.

Le Reichsland Elsaß-Lothringen correspondait aux départements actuels du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la MoselleComme le montre la carte des départements illustrant cet article, le « Reichsland Elsass-Lothringen » n'a jamais inclus les départements actuels de Meurthe-et-Moselle, de la Meuse et des Vosges.. Des anciens départements français créés en 1790, le nouveau Reichsland intégrait les éléments suivants : la totalité du Bas-Rhin, plus les cantons de Schirmeck et de Saales appartenant encore en 1870 au département des Vosges ; le Haut-Rhin moins l'arrondissement de Belfort ; la Moselle, moins l'arrondissement de Briey qui inclut Longwy ; les arrondissements de Château-Salins et de Sarrebourg, dépendant jusqu'alors du département de la Meurthe.

La cession concernait donc seulement un quart de la Lorraine Mais elle comprend la plus grande partie de l'Alsace ; seul l'arrondissement de Belfort n'est pas concerné.

Du côté français, l'arrondissement de Belfort fut séparé du Haut-Rhin et demeura français. Ce n'est qu'en 1922 qu'il devient un véritable département sous le nom de Territoire de Belfort. Le département de Meurthe-et-Moselle fut formé par la fusion des parties restées françaises des anciens départements de la Meurthe et de la Moselle, lui donnant la forme atypique qu’il a encore au . Les physionomies et organisations actuelles des départements du Territoire de Belfort, des Vosges et de Meurthe-et-Moselle, ont été fortement influencées par les restructurations territoriales de l'époque. La limite entre les trois départements d'Alsace-Moselle et les départements environnants correspond encore actuellement à la frontière franco-allemande telle que délimitée en 1871.

Pour éviter la confusion avec le reste de la Lorraine (Meurthe-et-Moselle, Meuse et Vosges) les textes administratifs français contemporains, surtout quand il s'agit du droit spécifique hérité de la période allemande, parlent d'« Alsace-Moselle ». Jusqu'après de la Première Guerre mondiale, on parlait d'« Alsace-Lorraine », mais en 1920, une directiveDirective du 14 août 1920 du sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil, adressée au commissaire général de la République à Strasbourg. interdit l'usage de ce terme dans la terminologie juridique concernant les trois départements : le terme « Alsace-Moselle » s'impose alors plus largement.

De 1871 à 1919 vignette|droite|redresse=1|Répartition des dialectes parlés en Alsace-Moselle au . Le nouveau pouvoir impérial allemand répartit les territoires annexés en trois districts administratifs appelés "Bezirke" : Bezirk Unterelsass (district de Basse Alsace), Bezirk Oberelsass (district de Haute-Alsace), Bezirk Lothringen (district de Lorraine).

Pour la première annexion, « de droit », à l'Empire allemand, on peut relever schématiquement les périodes suivantes : Une première période, des vingt premières années, voit une adaptation progressive, parfois laborieuse des populations, dans une coexistence juridique complexe entre lois françaises et allemandes et un contexte d'opposition politique forte à l'intégration dans l'Empire, par la voix des députés protestataires. À partir des années 1890, deux phénomènes importants permettent un certain apaisement : d'une part la montée en puissance des nouvelles lois de protection sociale, en avance sur le monde entier à la suite de la politique de «Socialisme d'État » du chancelier Otto von Bismarck, d'autre part une campagne sans précédent de construction de bâtiments publics et d'infrastructures, qui marque encore au les villes, les communes rurales et les paysages d'Alsace-Moselle. À partir des années 1910, la venue aux responsabilités des jeunes générations nées dans le Reichsland, ainsi que d'une nouvelle constitution sur mesure en 1911, apporte une plus grande autonomie ainsi qu'une culture populaire de la décentralisation politique et du fédéralisme. En 1912, après les travaux sur la nouvelle constitution, les élus du Reichsland adoptent un drapeau qui le représente, à l'instar des autres provinces de l'Empire allemand. Après de longues discussions, un vote à l'unanimité du Landtag intronise le drapeau alsacien Rot un Wiss frappé d'une croix de Lorraine. Ce vote crispe l'Empereur Guillaume II qui ne ratifiera pas cette décision. vignette|droite|redresse=1|Drapeau adopté par le Landtag d'Alsace-Lorraine en 1912. À la veille de la Première Guerre mondiale, le Reichsland d'Alsace-Lorraine, sans qu'on puisse l'estimer intégré au même titre que les anciens länder allemands, participe de manière importante à la vie économique, politique, sociale et culturelle de l'Empire. Lorsque la guerre éclate en 1914, les terres du Reichsland font partie de l'Empire allemand depuis quarante-quatre années. La grande majorité des jeunes hommes sert dans l'armée impériale, sur les fronts Est et Ouest. Face à cette province allemande frontalière, qui a connu une longue période française, où existe un mécontentement populaire concernant la guerre, l'empereur décide de suspendre les libertés et instaure un contrôle militaire qui durera tout le conflit. Ce n'est que quelque temps avant la défaite allemande que Guillaume II reconnaîtra son erreur, et devant le sang versé pour l'Empire par les soldats du Reichsland, proposera sa pleine et entière intégration dans l'Empire.

De 1919 à 1939 L'Alsace-Moselle a été réintégrée à la France à la suite de la défaite allemande de la Première Guerre mondiale. D'abord lors d'une période d'« occupation » militaire, selon les termes de l'armistice (), puis juridiquement le 28 , lors du traité de Versailles. Le retour officiel à la France en 1919 correspond au début de la période de l'entre-deux guerres.

Après le refus du référendum d'autodétermination promis pour le Reichsland par le président Wilson, débute une campagne d'expulsion des personnes originaires d'autres parties de l'Allemagne, ainsi que des Alsaciens-Lorrains s'étant, du point de vue français, « compromis » avec les autorités allemandes. Les commissions d'épuration organisées par le nouvel État voient le jour. Elles répartissent la population en quatre catégories, des personnes pouvant prouver leur ascendante alsacienne ou lorraine jusqu'aux Allemands venus s'installer dans le Reichsland, en passant par les situations intermédiaires, notamment les époux ou enfants de mariage « mixtes ». Les chiffres des expulsions de ces populations sont encore controversés, la fourchette oscille entre un minimum de 30 000 personnes et un maximum de 120 000. Il s'agit là d'une exception notable dans le droit français, puisque au droit du sol est substitué le droit du sang..

Les limites de l'Alsace-Moselle n'ont pas été modifiées par le traité de Versailles, car le territoire fonctionnait sous l'égide d'un droit sensiblement différent au reste de la France et bénéficiait d'une législation sociale perçue comme avantageuse par la population. Mais aussi du fait que certaines lois fondamentales de la République française (loi de séparation des Églises et de l'État., etc.), qui ont été votées dans la « France de l'intérieur » pendant la période allemande, n'y ont pas cours.

La France conserve telles quelles les délimitations géographiques des trois anciens Bezirke du Reichsland, et les transforme en nouveaux départements français. À l'ex Bezirk Unterelsass est attribué l'ancien terme de département du Bas-Rhin, à l'ex Bezirk Oberelsass est attribué l'ancien terme de département du Haut-Rhin, à l'ex Bezirk Lothringen est attribué l'ancien terme de département de la Moselle. Les trois nouveaux départements, s'ils ne sont pas unis dans une collectivité territoriale ad hoc, constituent cependant un territoire spécifique de fait ; ils sont notamment réunis dans la première grande tentative de régionalisation en France, les groupements d'intérêts régionaux Étienne Clémentel, qui figurent les ancêtres des régions françaises.