Le ban des vendanges est l'autorisation administrative de commencer la récolte du raisin. Le terme exact est lever le ban des vendanges, c'est-à-dire lever l'interdiction de cueillir le raisin.. Des historiens, avec à leur tête Emmanuel Le Roy Ladurie, se sont penchés sur les variations de date des bans pour l'étude de l'histoire du climat. Ces marqueurs ont permis d'analyser les conditions climatiques dans lesquelles ont vécu nos ancêtres et de mieux comprendre leur peur de la disette et les émeutes dues à des crises frumentaires provoquées par des accidents climatiques.

Histoire Déjà à Rome, la date des vendanges n'est pas laissée au libre arbitre du vigneron et repose sur une délibération publique dans le sens de l'intérêt général. Et Olivier de Serres d'affirmer « ce sont des reliques de l'antique censure de Rome que la police fut le fait des vendanges »Théâtre d'agriculture, Troisième lieu De la culture de la vigne, . Actes Sud, 1997.

Le droit de ban, d'origine germanique, est mentionné quand apparaissent les Royaumes francs ; romanisé en bannus, il se développe tout au cours du Moyen Âge, devenant partie intégrante du système féodal. Il permettait à tout seigneur (noble ou ecclésiastique) de faire des proclamations publiques établissant des règlements, sur l’étendue de son domaine, instituant des obligations, comme celle d'utiliser son pressoir (le pressoir banal), ou des interdictions. Le ban des vendanges était une de ces règles, interdisant la vendange sans l'accord du seigneur. De plus, avec le droit de banvin, il se réservait de vendre son vin en premier. vignette|334x334px|Droit de ban des vendanges cédé à Beaune par Eudes III de Bourgogne en septembre 1210, (Carton 6 cote 16, Archives municipales de Beaune) Dans son ouvrage Les vieilles vignes de notre France, Pierre Vital a analysé le contexte historique du ban des vendanges .

thumb|Les vendanges, Heures à l'usage de Rome, atelier de Bruges vers 1515-1525Bibliothèque municipale de Rouen, ms. 3028 f. 10v.

Cette pratique avait l'avantage d'empêcher les dégâts dans les vignes et de réprimer tout maraudage. Au cours du mois d'octobre, le processus en usage était le même dans tous les vignobles. Les seigneurs ou baillis, consuls, syndics ou échevins, désignaient des prud'hommes. Ils étaient chargés de contrôler la maturité du raisin et dès que celle-ci était reconnue, le ban des vendanges était levé et les vendanges commençaient.

Sous la Révolution française, la Constituante vota une loi en 1794 abrogeant tout ban (tout interdit). Il y était expliqué : ..

thumb|Ban des vendanges de Beaune, 1840 Le droit de réglementation du conseil communal s'exerçait pour . Il fut abrogé en 1885 mais la grande majorité des conseils municipaux des communes vigneronnes continuèrent à fixer la date de début des vendanges.. De plus, il était spécifié que L'Agronome : journal mensuel d'agriculture, 1835.

À la fin du , la facilité des transports permit des fraudes sur l'origine des vins. Jean-Robert Pitte rappelle dans son ouvrage Le désir du vin. À la conquête du monde que le négoce bordelais et bourguignon n'hésitait pas à venir s'approvisionner à Tain-l'Hermitage et à Châteauneuf-du-Pape. Les vins de ces deux communes leur servaient à donner du corps et de la couleur à quelques petits millésimes. Un Bourguignon, croyant faire plaisir à la propriétaire du , l'aurait complimentée en ces termes ; il se vit répliquer Jean-Robert Pitte, Le désir du vin. À la conquête du monde, Éd. Fayard, 2009.

Pour faire face à ces fraudes, la loi du , instaura un début de protection des appellations d'origine. Insuffisante, elle ne put empêcher la révolte des vignerons, celle du Languedoc en 1907 puis celle de l'Aube en 1911. Elle fut remplacée par le décret-loi du qui créa les AOC et en définit les critères de production sous le contrôle de l'INAO.. Le ban des vendanges fut rétabli par la loi de 1940 puis du . Cette remise à l'honneur fut plus folklorique que technique. La décision appartint dès lors au pouvoir administratif.

Arrêté préfectoral Aujourd'hui, en France, les privilèges ont été abolis ou modifiés lorsqu'il a été jugé qu'ils étaient pertinents. Le ban des vendanges est de ceux-là. À l'approche des vendanges, les responsables de l'organisme de défense et de gestion (ODG, le syndicat des producteurs) d'une appellation se réunissent avec des agents de l'INAO et un représentant de la préfecture. Ils décident, en fonction des critères du millésime, d'une date de début. Dès lors un arrêté préfectoral fixe la date officielle du premier jour des vendanges. Si un viticulteur estime avoir un raisin mûr avant cette date, il peut demander une autorisation de dérogation au ban de vendange (ce peut être le cas pour des parcelles très bien exposée, de parcelles partiellement gelées ou grêlées dans lesquelles la petite quantité de raisin mûrit plus vite…). Un agent vient constater la véracité de la demande et permet de récolter avant la levée du ban. Les premiers jours de vendanges ont lieu entre 100 et 110 jours après la floraison. Cette estimation connue permet à chaque viticulteur de programmer ses vendanges et de préparer sa cave.

Les différentes dates du ban des vendanges diffèrent en fonction de l'année et de latitude entre août et début octobre.. Fin et tout début , les moyennes étaient : fin août, Corse, Languedoc-Roussillon et Provence ; début septembre, Beaujolais et vallée du Rhône méridionale ; mi-septembre, vallée du Rhône septentrionale, Bordelais, Bourgogne, Bugey, Savoie, Jura, Sud-Ouest, vallée de la Loire et Champagne ; fin septembre, Alsace ; début octobre, Charentes – Cognac et Lorraine.

Outre l'importance du climat en fonction de l'année pour une appellation, les vendanges, au sein d'une même appellation, ont des dates qui varient en fonction des cépages (précoces ou tardifs), des expositions concernées et de l'âge des vignes.

Festivités autour du ban des vendanges thumb|left|Commanderie du Clos de Montmartre à la fête des vendanges le thumb|Premiers raisins mis en presse, lors du Ban des Vendanges d'Avignon 2010 Certaines communes ou régions organisent des festivités autour du ban des vendanges. C'est notamment le cas en Avignon, au dernier week-end d'Aout, ou à Saint-Émilion, à la mi-septembre. Des fêtes identiques mais de moindre importance ont lieu à La Caunette (Hérault), à Champvallon (Yonne), à Chenôve (Côte d’Or), à Duras (Lot-et-Garonne) ou à Die (Drôme)Organisation des festivités autour du ban des vendanges.

Dans les vignes du Clos Montmartre, chaque année la République de Montmartre inaugure le ban des vendanges à l'occasion de sa fête du vin lors des vendanges.. Depuis 1934, la Fête des vendanges de Montmartre célèbre les vendanges du Clos. Elle est organisée par la mairie du . Cette fête unique à Paris est devenue au fil des ans un des rendez-vous incontournables de la Capitale. C'est en effet après Nuit Blanche et Paris Plage, le troisième événement parisien en termes de fréquentation. Elle allie gastronomie, culture et a également une vocation sociale. L’intégralité des bénéfices réalisés durant les Vendanges ainsi que ceux résultant de la vente de la production du Clos Montmartre, est destinée aux œuvres sociales de l'arrondissement. Durant toute une semaine, l’esprit d’entraide souffle ainsi sur les pentes de Montmartre aux bénévoles ..

Paléoclimat et ban des vendanges Afin de replacer le réchauffement du dans une perspective millénaire, les historiens se sont efforcés de reconstituer le climat et ses variations de températures en utilisant les dates de vendange des vignobles connues grâce aux notifications de la levée des bans, certaines ayant été enregistrées depuis le et dans la continuité. Elles permettent donc de reconstituer les variations des derniers siècles dans de nombreuses régions d'Europe et du Moyen-Orient. Ce complément important s'ajoute ou complète les bases de données climatiques existantes et permettent d'obtenir des informations sur les variations du climat au cours du dernier millénaire. À titre d'exemple, l'année 2003 apparaît comme l'année la plus chaude connue, avec une anomalie de , la suivante étant l'année 1523 ().. Emmanuel Le Roy Ladurie, professeur au Collège de France, se basant sur les travaux précurseurs de Hyacinthe Chobaud dans le Comtat Venaissin, a étudié les variations climatiques à partir des dates des différents bans des vendanges..

thumb|800px|center|Activité solaire depuis l'an 900, mesurée par la variation de quantité de carbone 14 dans le bois, par rapport à l'actuelle. Plus l'activité solaire est importante, moins il y a de carbone 14 produit dans l'atmosphère et le bois, car les vents solaires dévient les rayons cosmiques à l'origine du carbone 14

Période prévendémiologique Cette période correspond aux études du climat avant 1370. Elle suit, dans une zone qui s'étend pour l'Europe occidentale et centrale, de la Scandinavie aux Alpes, à une période de réchauffement de longue durée puisqu'elle débute vers l'an 900 pour s'achever entre 1250 et 1300. La superficie des glaciers alpins s'est rétrécie. Tout au cours du , les étés ont été chauds et secs, les températures sont alors comparables à celles du . Cette sécheresse estivale est défavorable aux céréales et provoque l'échaudage. Ce type de catastrophe reste pourtant ponctuel, il y eut plus d'étés supportables et pas trop secs, donc favorables au blé. Ce qui explique que le fut une période de croissance économique (règne de Louis IX), croissance qui a été la résultante d'autres déterminants, non climatiques.

Le changement fut brutal à partir de 1300-1303. Emmanuel Le Roy Ladurie parle d'un petit âge glaciaire pour l'Europe occidentale, les glaciers alpins vont au cours du retrouver une extension maximale. À partir de 1303, se succèdent des hivers froids suivis d'étés frais comme l'a démontré Christian Pfister. Cette succession provoque une grande famine, due à l'excès des précipitations de 1314-1315. C'est la fin du beau Moyen Âge, avant même la peste noire de 1348.

Louis X le Hutin ne juge pas utile, pour sa part, d'intervenir lors de la famine de 1315. Dans une seconde partie fort contrastée du , il faut attendre sa fin lors des années 1380 et 1390 pour que des étés chauds provoquent des vendanges précoces.

Période vendémiologique thumb|Bans des vendanges en 1499, archives de l'abbaye de Beaumont Le reste le plus difficile à appréhender au point de vue climatique. Il ne possède pas de données assez précises comme les , ni des séries bien élaborées à l'exemple du . La documentation à la disposition des historiens, de 1415 à 1435, montre pourtant un adoucissement du climat en particulier dans les Alpes et en Bourgogne. Un recul modeste affecte les glaciers alpins, et les dates de vendanges (qui sont bien répertoriées) montrent leur précocité, due à des étés chauds. Très chaud même en 1420, où l'échaudage provoque une famine autour de Paris où l'on sait que les vendanges ont débuté le . Changement complet de climat après 1435, avec un net rafraîchissement qui provoque une avancée des glaciers alpins et des vendanges plus tardives. Nouvelle famine, en 1481 qui cette fois est due aux pluies et au froid. Pour la première fois, la royauté s'y intéresse et Louis XI, fait prendre en charge par ses intendants les problèmes de subsistance et la disette ne débouche pas sur des émeutes.