Les Iflissen Umellil ou Iflissen Udrar (en kabyle : Iflisen Umelil, Iflissen n Udrar) est une confédération (taqbilt) qui occupe la partie occidentale de la Kabylie du Djurdjura. C'est la confédération établie dans la partie la plus occidentale de la Kabylie, c’est une confédération Berbères Sanhadja.
Territoire enclavé entre les monts de Timezrit / Sidi Ali Bunab () et les monts de Tigremount/Ameddah (), la montagne des Iflissen Umellil domine les basses plaines et collines entre les fleuves Sebaou et Isser.
La position géographique de cette confédération et la résistance de ses habitants face aux envahisseurs, valurent aux Iflissen Umellil le surnom de « gardiens des portes de la Kabylie »Géographie culturelle et géopolitique en Kabylie, revue Hérodote, , Grande Kabylie : du danger des traditions montagnardes, Camille Lacoste-Dujardin, éd. Découverte, 2001, ..
Joseph Vilbort sur les Iflissen UmelilJoseph Vilbort, En Kabylie: Voyage d'une Parisienne au Djurjura, 1875, 194 p. , . : « Sur notre droite, s'étend jusqu'au pied du Djurjura le pays montagneux des Aïth-Flisset-oum-el-lil (Iflissen Umelil) ou Fils de la nuit, qui comprend 14 tribus, 136 villages, 5856 fusils. Cette race belliqueuse, l'une des quinquegentiennes, se signala à toutes les époques par son ardeur à combattre l'étranger. Elle prit part aux guerres contre Rome, notamment aux révoltes de Firmus et de Gildon. Soutenir quiconque se soulevait dans la plaine contre la domination existante, ce fut la politique traditionnelle des montagnards kabyles ; mais si celui qui avait obtenu l'appui de leurs armes devenait maître et tyran à son tour, ils se tournaient aussitôt contre lui. »
Étymologie La légende des Quinquégentiens, à partir de laquelle les historiens ont retrouvé trois noms sur cinq : Faraxen, Iflensès et Azus. Les Iflissen aujourd'hui sont identifiés comme les descendants de celui qui s'appelait Isaflensès ou IflensèsLe Djurdjura à travers l'histoire depuis l'Antiquité jusqu'en 1830 : organisation et indépendance des Zouaoua (Grande Kabylie), Si Amar U Said Boulifa..
Il existe deux thèses quant à l'origine du qualificatif rattaché au nom dIflissen. La première traduction vient de la langue berbère où Umellil viendrait de Amellal (Akkal Amellal, versant sud du mont Timezrit), ce qui nous donnerait la traduction suivante : Iflissen de la Montagne Blanche Umellil signifie aussi « blanc » en Tachelhite du Maroc.
« ⴼ ⵍ ⵙ » eflis, avoir confiance, dont le substantif ou la forme d'habitude est régulièrement « ⴼ ⵍ ⵙ » efilis, avec prononciation plus ou moins faible de la voyelle inchoative e qui ne tient pas au radical. C'est le nom de plusieurs tribus berbères bien connues dans le Djurdjura : les Iflissen, Ifflenses de Ammien Marcellin, Flissa des Arabes. Les Ifflissen sont « les gens de confiance », « les fidèles. »
Histoire
Le territoire assez étendu, arrosé par quatre rivières, et peu élevé par rapport au reste du Djurdjura, a permis à ses habitants d'y cultiver un peu de blé, de l'orge, des olives, des figues et des raisins tout en complétant ces ressources agricoles par l’artisanat (armurerie, orfèvrerie et tissage de la laine).
Antiquité Les Iflissen Umellil sont très probablement les Isaflenses dont parlent quelques auteurs romains. Ils faisaient partie des Quinquegentiens (ou confédération des cinq tribus insurgées, qui se forma sous le règne de l'empereur romain Valérien et qu'on retrouve par la suite à la tête de tous les mouvements insurrectionnels contre cette domination. Ils prirent part notamment aux révoltes de Tacfarinas et de Firmus. On sait, en effet, que ce dernier, en 373 ap. J.-C., fuyant devant Théodose, chercha refuge chez ces Isaflenses et que, sur le point d'être livré à ce général romain par leur roi ou chef Ighmazen, il réussit à s'étrangler avec une corde.
Les Romains ne paraissent avoir occupé cette région qu'au point de vue militaire ; on ne trouve, en effet, dans les Iflissen Umellil aucune trace d'établissements permanents.
Invasion Arabe À l'époque de l'invasion arabe et pendant la période berbère, les Iflissen Umellil n'ont joué qu’un rôle secondaire. Les seules données qu'on ait de leur histoire à cette époque nous les montre en lutte constante avec les Zouaoua, tributaires des Sultans de Koukou.
Résistance face aux Ottomans Au moment de l'arrivée des Turcs, la Grande Kabylie fut divisée en trois grandes entités indépendantes : Le royaume de Koukou, la principauté des Beni Abd-el-Djebbar et la confédération des Iflissen Oumellil. La confédération des Iflissen Oumellil occupait donc une partie du littoral allant de la région de l'actuelle Boumerdès à l'oued Sebaou, incluant donc 5 autres tribus qui se sont depuis détachées : Isser el Widan, Isser Ouled Smir, Isser el Djediane, Isser Draoua et Zemoul. Thomas Shaw rapporte dans son ouvrage Voyage dans la régence d’Alger que les Iflissen Oumellil s'étendaient, au siècle, des bords de l'Oued Isser jusqu'à ceux de la Bagdoura.
Les Iflissen Umellil ont combattu avec les Turcs, contre les Espagnols, pour la libération de Bougie (Bejaïa) et d'Oran avec les , ainsi ils ont gardé leur indépendance jusqu'aux environs de 1767 où la Bataille de Draa el Mizan a eu lieu. Elle oppose la Régence d'Alger a la tribu des Iflissen Umllil du pays Kabylie. En effet afin d’obliger les Kabyles à se soumettre à leur pouvoir, les Turcs implantèrent aux environs de 1594 des garnisons dans des bordjs (forteresses) à la périphérie des montagnes de Kabylie. Elles étaient situées à Bouira, Boghni, Draâ El Mizan, les Issers, Bordj Menaiel, Bordj Sebaou et Tizi Ouzou. Ces bordjs n’abritent qu’un effectif réduit de soldats. À la suite de plusieurs affrontements le succès obtenus par les Iflissen Umellil propagèrent la révolte à toute la Kabylie.
Selon Joseph Nil Robin, après la mort du bey Mohamed (1754), il se produisit en Kabylie une réaction violente contre le système de compression à outrance qui avait pesé si longtemps sur le pays; elle se traduisit par une insurrection de tout le caidat de Boghni et de la confédération des Flissat ou Mellil. Dans la nuit du 18 chawwal 1169 (), les Kabyles attaquent par surprise le bordj Boghni, tuent le caid Ahmed el chassent la garnison turque. Puis ils se mettent à démolir complètement la forteresse. Encouragés par ce succès, ils attaquent le bordj Bouira le 25 doul qada (), mais cette fois ils sont repoussés. Il fallut trois colonnes turques, celle de Chérif Agha, celle du bey Softa, de Titteri, et celle du bey de Constantine, pour vaincre cette insurrection.
En 1767, les Flissa, qui avaient toujours supporté avec impatience le joug des Turcs, se mettent en insurrection et refusent de payer l'impôt ; l'arrestation d'un des leurs, par un cavalier du caïd du Sebaou, avait, parait-il, servi de pretexte à la révolte.Les principaux chefs des Flissa étaient alors : Khelif ben Bouzid, amin des Beni Mekla, Hassen ben Rafaï, amin des Rouafa, El Haoussin ben Zamoum, amin des Beni Amran; ces chefs reconnaissaient l'autorité de Chikh ben Bouzid des Beni Mekla, père de Khelif. Ce Bouzid avait d'abord été spahis de l'Agha d'Alger, puis il avait été reconnu comme chef des Flissa, par les Turcs, antérieurement à ces événements.
En 1767, la révolte générale, commencée par la tribu des Flissa, se propagea à toute la Kabilie. L'agha, ayant marché contre les rebelles, fut mis en déroute et se réfugia à Alger, après avoir perdu ; mais il n'échappa à la mort du guerrier que pour périr de la main du bourreau comme coupable de lâcheté. Le dey le remplaça par Si Ouali, Khodjet-el-Kheil. Les révoltés avaient élu comme chef un marabout, Si Ahmed-ou-Saadi; toute la région comprise entre Dellis, Djidjeli et Sétif le reconnut et lui envoya ses guerriers. Il fallait frapper un grand coup; le dey donna au bey de Constantine l'ordre d'envahir le pays insurgé, par l'est, et à celui de Titeri, d'y arriver, par le sud; enfin il chargea l'agha Ouali d'y pénétrer par l'ouest avec les troupes d'Alger (1768). Une grande bataille fut livrée, dans laquelle les Turcs perdirent avec l'agha. La victoire restait donc aux Kabyles, qui l'achetérent au prix de pertes considérables. Le dey essaya alors de traiter, mais inutilement, et bientôt les Kabyles se répandirent, comme un torrent, dans la plaine de la Mitidja, mettant tout au pillage, jusqu'aux portes d'Alger. Dans cette ville l'esfervescence était grande; plusieurs fois, le dey Mohammed faillit être assassiné.
Un autre témoignage de la bataille de 1768 rapporte qu'arrivé aux Issers, le Pacha laissa le commandement de toutes ces troupes à l'Agha des janissaires Hadj-Mohammed, et rentra à Alger.
De leur côté, les Kabyles appelérent les tribus voisines à leur secours. Toute la rive gauche du Sebaou leur envoya des contingents : c'étaient des Nezlioua, des Guechtoula, des Maatka, Ouled-el-Aziz, Beni-Iraten, Gaouaoua, Beni-Hidjer, et des Beni-Khalfoun. Ils prirent pour chef l'Amghar des Flissas, Mohamed U Hassan, fils de Hassan U Rafa3 de la tribu des Iraf'an. Hadj-Mohammed assaillit la montagne par Bordj-Menaïel ; malgré une résistance énergique, il emporta et brùla tour à tour, en 4 ou 5 jours, Atrochdin, Ir'amracen, Atdabet, Mezdoni et Ighil Nsedda, villages de la fraction des Iraf'an. Le cinquième jour, il alla camper au marché d'El-Hâd, sur le sommet du mont Timezrit, où se trouve le marabout le plus vénéré des Flissas. Les Kabyles y tentèrent un dernier et vigoureux effort. Les Turcs furent complètement écrasés; peu d'entre eux purent s'en échapper isolément. Sept jours après, on en trouvait encore cachés dans les brousailles, allendant qu'il se préparat une occasion de fuir ou que la première colère des Kabyles fût passée. On les renvoya.
Le champ de bataille et les cantons environnants étaient couverts d'armes de toute espèce, de cartouches, de gibernes, etc, abandonnés pour fuir plus vite. Les Kabyles firent un immense butin. Bel-Canoun, le chef des Zemoul, put s'échapper de ce désastre ; mais Hadj-Mohammed, l'agha turc, y périt. Les Kabyles lui coupèrent la tête, et s'en servirent pour jouer à la boule sur le marché de Timezrit. Quelques mois après, Mohamed U Hassan, le chef de la Confédération, mourut.
En 1769, l'armée turque, conduite avec prudence, parvint enfin à repousser les Kabyles vers la montagne; puis, des querelles s'élevèrent entre les Flissa et les Maatka: ils en vinrent aux mains et employèrent les uns contre les autres toutes leurs forces, selon la tradition berbère, au lieu de profiter de leur victoire antérieure.
Une guerre éclata entre les Iflissen Oumellil, ainsi que leurs alliés les Ait Zmenzer contre les Maatka et leurs alliés les Ait Aissi entre 1774 et 1781. Les Maatka, dont le territoire s'étend parallèlement a celui des Ait Zmenzer (du sof des Flissa), voyaient leurs communications coupées avec les Ait Aissi, à cause de la possession du village de Tighilt Mahmoud par les Ait Mahmoud (Ait Zmenzer) par lequel on pouvait rejoindre les fractions des Abd el-Moumen et Ait Amar ou Faid affiliés aux Ait Aissi. La coalition des Maatka avaient un avantage sur leurs ennemis, mais n'ont pas pu en sortir victorieux et saisir le village de Tighilt Mahmoud.