Joseph-Paul Eydoux, né le à Carpentras (Vaucluse) et mort le à Loriol-du-Comtat (même département), est un officier général français.
Biographie
Jeunesse
D'une famille de notaires et de consuls de Carpentras, il choisit la carrière militaire. Souscrivant un engagement volontaire dans l'infanterie le pour la durée de la guerre franco-allemande, il est promu sous-lieutenant à titre provisoire le , comme candidat admissible à Saint-Cyr. Participant ensuite aux combats contre la commune de Paris, il est blessé de deux éclats d’obus à la poitrine et au bras, et cité lors des combats de Neuilly ().
Il entre à Saint-Cyr en et choisit l'infanterie à sa sortie d'école (classé sur ).
Début de carrière Au grade de capitaine, il est stagiaire à l'état-major de la Division à Nancy puis est affecté au de l'état-major de l'armée. Élève à l'École supérieure de guerre (1881-1883), il s'y classe sur à la sortie. Chef de bataillon en 1891, il est affecté à l’état-major du Corps. Lieutenant-colonel, il est chef de la section technique de l'infanterie au ministère de la guerre puis commande le Régiment d'Infanterie.
Mission militaire en Grèce Général de brigade en 1908 puis de division en 1911, il est appelé au commandement de la mission militaire française en Grèce.
Le pays est alors toujours fragile, mal rétabli d’une défaite humiliante contre la Turquie en 1897 à propos de la Crète, marqué par un coup d’État militaire en 1909 et traversé par des courants rivaux, germanophiles et francophiles. La nomination au poste de premier ministre par le roi Georges du grand homme d’État grec, Venizelos, est à l’origine d’un rétablissement spectaculaire de la Grèce sur les plans intérieur et international. Francophile et attaché au renforcement de l'armée dans le cadre des rapports de force très aigus dans les Balkans à l'époque, il fait appel à une mission militaire française. Le commandement en est confié au général Eydoux, à la place du général Foch, auquel il avait été envisagé de confier la mission initialement.
Se voyant confier des attributions très larges par le nouveau premier ministre, alors que la précédente mission, en 1884-1887, avait été réduite à un rôle confiné, la mission militaire provoque une profonde restructuration de l’armée grecque. L’équipement est entièrement renouvelé (fusils, mitrailleuses, artillerie), le service de santé et l’intendance sont réorganisés, l’organisation tactique est modifiée (trois régiments par division afin de faciliter l’emploi et le commandement des grandes unités dans les régions difficiles). Surtout, les principes d’instruction et de tactique de l’armée française de l’époque sont enseignés intensivement, au cours d’exercices et de manœuvres et au sein d’écoles de formation créées à cette occasion.
Le positionnement diplomatique de la mission militaire doit compter avec le courant germanophile actif en Grèce à cette époque, et porté en particulier par le fils du roi Georges, le prince Constantin. Le général Eydoux crée la Ligue franco-hellénique en 1912, qui existe toujours, afin de renforcer l’influence culturelle française et faciliter l’action de la mission.
Pendant les guerres balkaniques de 1911-1913, conformément aux directives reçues du gouvernement français, le rôle de la mission est limité au conseil au commandement et au gouvernement. L’assassinat du roi Georges en 1913 et l’arrivée sur le trône de son fils Constantin ont pour effet de réduire les attributions de la mission. Néanmoins, les succès militaires remportés par l’armée grecque et les gains territoriaux considérables obtenus à la suite du traité de Londres, renforcent alors le prestige de la France en Grèce. Parmi les causes des succès remportés, les responsables politiques et l'armée reconnaissent en effet l'importance du rôle de la mission militaire française, dans la préparation de l'armée grecque et les conseils prodigués au cours des opérations.
Appelé au commandement du d'armée de Nantes en , il est remplacé par le général de Villaret à la tête de la mission militaire. Celle-ci prend fin en , date à laquelle ses membres rembarquent pour la France.
Première Guerre mondiale Au moment de la déclaration de guerre, le d’armée est intégré à la armée (général Ruffey) puis à la Armée du général de Langle de Cary.
Bataille de Maissin
Comme les autres commandants de corps d’armées des et Armées, le général Eydoux reçoit l’ordre d’attaquer pour le , après plusieurs jours d’attente. L’objectif assigné est le village de Maissin, dans le Luxembourg belge. Les premières reconnaissances, effectuées au matin du par des escadrons du de chasseurs rapportent que le village est inoccupé, ce qui amène à faire forcer la marche de l’avant-garde du corps d’armée. Mais entre-temps, le village est investi progressivement par une division allemande ( hessoise). Vers midi, le d'infanterie, arrivé sur place en premier, fait face aux troupes allemandes. Son chef de corps prend la décision d’attaquer le village, en situation de forte infériorité numérique (non reconnue), et malgré les consignes données par le général commandant la d’attendre l’appui de l’artillerie divisionnaire. La , vers le nord et le nord-est du village, puis la vers l’ouest sont engagées successivement, à mesure de leur arrivée sur place. La supériorité tactique des allemands leur permet de mettre progressivement en difficulté la jusqu’à la menacer d'enveloppement par le sud-est en fin d’après-midi. Mais c'est surtout l'absence de liaison à l'est avec le d'armée constatée par les envois répétés d'officiers de liaison en cours d'engagement qui provoque l’ordre de retraite du d'armée en fin d’après-midi. Alors que l’ordre de retraite est donné, l’effondrement de l’aile droite allemande (117 et d'infanterie) pendant la bataille, à la suite d'une coïncidence d'attaques de bataillons de la , permet à celle-ci d’investir le village vers 19 heures. Compte tenu de cette situation nouvelle, la brigade allemande en pointe, à l'est du village, se replie immédiatement, mais en bon ordre. L'ordre de retraite du , s'appliquant essentiellement à la , pouvait apparaître, avec le recul, prématuré, car celle-ci pouvait alors se retourner contre l'aile gauche allemande avancée. La décision de faire faire retraite à l'ensemble du corps d'armée semblait en définitive la plus appropriée, car le repli précipité du à Bertrix, à l’est du , effectué sans en informer les corps voisins, rendait toute manœuvre supplémentaire aléatoire et dangereuse, en raison de la perte de temps qu'elle eût occasionnée.
En cette fin d'après-midi du , le remporte l'une des rares victoires tactiques françaises de la Bataille des frontières, en raison principalement : de sa supériorité numérique (un corps d’armée contre une division) ; de l’incapacité des allemands à être renforcés à temps au cours de la bataille, et notamment leur aile droite qui est mise en déroute ; de la combativité remarquable des troupes du , composé de régiments bretons et vendéens.
La réalité du commandement stratégique fut limitée. À cela sont dus : les mauvaises conditions de l’engagement initial et sa rapidité, ce qui en a fait un combat de rencontre, rendant difficile toute manœuvre, l’absence de liaison tactique entre régiments et divisions engagés successivement et sur un terrain très vallonné, la méconnaissance du rapport de force global, avant et pendant la bataille, la difficulté d’obtenir des informations fiables pendant l’engagement, en raison de la confusion des combats.
La retraite Le s’illustre lors des batailles de défense de la Meuse, dans le bois de la Marfée au sud de Sedan, retardant la progression allemande. Le , un drapeau allemand tombe entre les mains de soldats du d'infanterie.
Bataille de la Marne Intégré à la nouvellement constituée sous les ordres du général Foch, le en constitue la droite. Il arrête sa retraite vers le , stationnant entre Châlons-en-Champagne et Fère-Champenoise, défendant un front de , dans un relief de plaine peu propice à la défense et en extrémité de dispositif. Maillon faible du dispositif de la , celle-ci constituant par ailleurs le centre de l’armée française, le est attaqué les journées des 6 et par les allemands, mais sans résultat. Dans une tentative de contrer les effets de la contre-attaque française sur la allemande, qui commence à se replier, le général allemand von Hausen () tente de forcer la décision et décide une attaque massive de toute son armée, le au matin, sur la ligne du . Bien que renforcé tardivement par deux divisions d’infanterie ( - ) celui-ci est mis en déroute. L’effet de surprise et l’utilisation systématique de l’arme blanche créent une panique dans les premières lignes. Le corps d’armée recule d’une dizaine de kilomètres en quelques heures, évacuant Fère-Champenoise, malgré les ordres du général Foch. En situation de forte infériorité numérique, le , jusqu’au au soir est plusieurs fois menacé de dislocation. Il s’arrête dans la plaine au nord de Gourgançon au soir du .
Malgré la situation, la continuité du commandement est maintenue : des ordres sont donnés de regroupement des unités et d’organisation du terrain (creusement de tranchée), les ordres du général Foch de s’accrocher au terrain sont exécutés malgré une situation très défavorable.
Suite de la guerre Le participe à la course à la mer. Il est engagé dans des combats à l’est d’Amiens. À compter du , le général Eydoux est remplacé à la tête du par le général Baumgarten. Comme le rapportent des notes internes, il apparaît éprouvé par la campagne, depuis l'engagement de son corps d'armée. Le a, alors, subi des pertes considérables et des signes de découragement, avérés, ou perçus comme tels par le commandement supérieur se sont manifestés ("manque d'énergie" lors des attaques). En outre, le général Eydoux perd son unique fils, Louis Eydoux, capitaine au d'infanterie, en . Ce dernier était avocat et adjoint au maire de Toulouse.
Le général Eydoux est nommé commandant supérieur de la défense des places du groupe de Dunkerque et gouverneur militaire de la ville. Enfin, le , il est appelé au commandement de la région du nord. Il quitte son commandement et est placé dans la de réserve le .
Au moment de la création des fronts secondaires, dans les Dardanelles en 1915, puis en Grèce en 1916, pour des raisons mal connues, il n'est pas appelé au commandement des corps expéditionnaires, malgré son rayonnement en Grèce.
Il meurt accidentellement le d’une fracture du crâne, après avoir chuté dans un escalier de sa propriété à Loriol-du-Comtat.
Famille Le général Eydoux est le père de Louis Eydoux, avocat et adjoint au maire à Toulouse, mort pour la France à Nancy, le « Portraits d’étudiants toulousains dans la guerre », exposition en ligne Les facultés de droit dans la Grande Guerre, sur le site de l'université Paris-I, 21 juin 2018.. Il est également l'oncle paternel de Denis Eydoux, directeur des études de l'École polytechnique de 1925 à 1941 et un grand-oncle de Henri-Paul Eydoux, haut fonctionnaire et écrivain.
Distinctions 106px106px106px106px
Décorations
sans_cadre|50x50px Grand-croix de l'ordre du Sauveur (Grèce) sans_cadre|50x50px Chevalier-commandeur de l'ordre de Saint-Michel et Saint-Georges (Royaume-Uni) (Belgique) ; avec palme ; sans_cadre|50x50px Croix de guerre belge.
Références
Annexes
Bibliographie Le Général Eydoux, colonel Bujac, Nantes, 1924 Dictionnaire de biographie française, Roman d’Amat Dossier personnel (SHD, cote n° 9Yd/531) "Le général Eydoux en Épire," L’Illustration, , , Jean Leune Trois missions françaises en Grèce : Fabvier, Vosseur, Eydoux (article, origine inconnue) La Grande Guerre, Pierre Miquel La Moisson rouge, Roger Laouenan Étude sur la bataille de Maissin, commandant Pugens A critical analysis of the operations of the (fourth French army) in the battle of Maissin, august 22 1914, mjr Schmann, 1933 (The command and general staff scholl)