Camp-Perrin ()La première version de cet article a été rédigée par Max Alain Louis & Jude Perrin et mise en ligne en juin 2019. est une commune de l'arrondissement des Cayes, chef-lieu du département du Sud de la République d'Haïti. Elle s'étend sur une superficieErnst Pédro Casséus, Dictionnaire géographique et toponymique de la République d'Haïti, Imprimerie Henri Deschamps, 2004. de , soit environ ou encore ou vingt-cinqÀ Camp-Perrin, l'unité de mesure de la surface des terrains est le « carreau », lequel équivaut à . Le seizième ou le vingt-cinq équivaut à 1/16 de carreau, soit . En 2009, sa population était estimée à plus de Population totale, population de 18 ans : Ménages et densités estimés en 2009 - IHSI, mars 2009, ..

L'orthographe de Camp-Perrin ne sera pas fixée avant le milieu du . Camp est écrit avec un « c » minuscule, quelquefois avec un « C » majuscule ; on écrit « Perrin » ou « Périn ».

Histoire Camp-Perrin aurait été fondé par Perrin de Saint-Aubin qui arriva de France à Saint-DomingueChristophe Colomb arriva sur l'île d'Haïti le . L'île était alors peuplée d'Arawaks et de Caraïbes qu'il prit pour des Indiens. Il nomma l'île Hispaniola, en l'honneur du royaume d'Espagne pour le compte duquel il avait entrepris l'expédition maritime. Les premiers habitants furent vite décimés par les colonisateurs et remplacés par des esclaves nègres amenés d'Afrique. Il est vraisemblable que le camp Perrin a été fondé pendant la guerre de sept ans (1756-1763) comme camp de repli et de réserve au cas où les Anglais, établis à la Jamaïque, attaqueraient le Sud.

En 1697, les Français et les Espagnols se partagèrent l'île. La partie occidentale revint à la France qui l'appela « Saint-Domingue ». Ce nom perdura jusqu'à l'indépendance en 1804 lorsque le nouvel État fut renommé « Haïti », comme l'appelaient les premiers habitants. « Haïti » signifiait en leur langage « terre montagneuse ». à la fin du . Perrin de Saint-Aubin aurait établi un camp militaire à l'emplacement de l'actuelle église catholique Sainte-AnneLorsque vers 1830 la France réclamera à Haïti d’indemniser les anciens colons, sont cités un certain Perrin de Saint-Aubain comme allié à Louis-Marie Perrin de Richemont et une certaine Louise-Marie Claire Perrin, veuve d’Étienne-Louis Moreau de Champlois. .

Pierre Perrin du Fief, né vers 1721 à Cognac (Charente, France) Serait-il frère ou cousin de Louis Nicolas Perrin de Coinche et de Jean-Louis Marcel Julien Perrin de Coinche, maire de Cognac, qu’on retrouve parmi les colons sans propriété foncière à indemniser après l’indépendance d’Haïti, conformément à la légende qui veut que trois frères Perrin auraient débarqué à Saint-Domingue au milieu du , deux restant aux Cayes, l’autre allant à Jacmel?, écuyer, ancien seigneur de Saint-Aubin, était écrivain principal de la marine faisant fonction de commissaire général, subdélégué de l’intendant aux Cayes. Pierre Perrin du Fief de Saint-Aubin épousa Marie Louise Fanet ou Fairet (1721-1774) dont il eut un fils, Timothée Perrin du Fief né en 1745 et décédé en 1773, et une fille, Louise Marie Claire née en 1748. Il mourut en 1770 aux Cayes.

Timothée aurait lui-même eu deux fils: Louis Pierre et Timothée Pierre André. Louis Pierre Perrin du Fief de Saint-Aubin (né en 1768 et décédé en France en 1841) possédait en 1803 au moins deux caféières et une sucrerie dans la région dépendante des Cayes Affiches américaines de Saint-Domingue, numéro 14, lundi 7 février 1803 Son épouse Marie Anne de Fontaine sera reconnue par la France comme ayant droit de l’indemnité due à son mari.

Timothée Pierre André devint capitaine de la Garde nationale et mourut en 1793 aux Cayes. Dans une note en bas de page de son article « Colons et esclaves du Sud de Saint-Domingue au début de la Révolution » publié dans la Revue française d’histoire d’outre-mer (1974), Bernard Foubert lui attribue cet extrait d’une lettre envoyée depuis les Cayes au Smith à Paris le : « Le peu d’entre nos nègres qui avaient levé l’étendard de la rébellion est actuellement rendu sur la caféière de mon frère et sollicitent de là leur pardon ».

Louise Marie Claire Perrin du Fief (1748-1776) épousa en 1766 Étienne-Louis Moreau, seigneur de Champlois (1729-1790) et engendra trois enfants: Marie Madeleine Augustine Moreau de Champlois (1770), Louis Moreau de Champlois qui s’engagea comme officier dans les chasseurs d’Alsace (France) et Charles Moreau de Champlois qui devint religieux à l’abbaye de Port-Salut.

Dans l’État détaillé des liquidations opérées par la commission chargée de répartir l’indemnité attribuée aux anciens colons de Saint-Domingue, on trouve parmi les propriétaires fonciers Catherine-Thérèse Perrin de Coinche, veuve Perreau de Fontermant, Louis-Marie Perrin de RichemontLes Perrin de Richemont ne seraient pas de la famille des Perrin du Fief de Saint-Aubin. Ils proviendraient de la souche de Claude Perrin, « baron de Richemont, imposteur qui se faisait passer pour fils de Louis XVI, d’après une note de Oliver Gliech, affilié à Perrin de Saint-Aubin, Louis Perrin de Richemont, Mathurin-Élisabeth Perrin, veuve en secondes noces du sieur Guillotin.

L’instabilité orthographique du français de l’époque font que parfois on écrit Perrain, au lieu du patronyme Perrin. C’est ainsi que dans l’État détaillé des liquidations, on trouve des Perrain de Richemont au lieu de Perrin de Richemont et Du Fief est parfois écrit en un seul mot Dufief. Au plus fort de la guerre indépendantiste, certains colons français ont embarqué pour quitter Saint-Domingue si précipitamment sans emporter aucun document officiel. On eut recours à des témoins pour établir leur identité et leur patrimoine.

Poste militaire L'histoire fait référence en maintes occasions au camp Perrin. Ce camp a joué un rôle très important dans toutes les actions militaires qui émaillèrent le département du Sud aux . Du fait de sa position stratégique au pied des montagnes de Plymouth qui séparent le nord et le sud du département, le camp jouait le rôle de verrou.

Carolyn E. Fick dans The Making of Haiti Carolyn E. Fick, The Making of Haiti : The Saint Domingue Revolution from Below, University of Tennessee Press, 1990. parle du Camp Périn dont le commandant, en 1793, un certain Petit, entretient une correspondance régulière avec le commissaire civil Polverel.

Dans Quelques éclaircissements sur les troubles survenus dans le département du Sud de Saint-Domingue en , Mandar-Argeaut (pseudonyme de Moreau de Saint-Méry) relate l'insurrection contre le général Desfourneaux et les délégués envoyés par Sonthonax dans le Sud pour contraindre les affranchis mulâtres à exécuter la Proclamation de la liberté générale. Dans cet ouvrage, il fait plusieurs fois mention du camp Perrin, situé aux limites de la dépendance de JérémieMandar-Argeault, Quelques éclaircissements sur les troubles survenus dans le département du Sud de Saint-Domingue : En Fructidor, an (août 1796, vieux style), 1797, Imprimerie P.F. Fauche, .. À cette occasion, Nicolas Geffrard, mulâtre né à Périgny, non loin de là, capitaine des chasseurs du bataillon, père de Fabre Nicolas Geffrard qui allait devenir président d’Haïti (1859-1867), se distingua. Il reçut pour prix de sa valeur le commandement du camp Céligny Ardouin, Essais sur l’histoire d’Haïti, 1865, T. Bouchereau, Port-au-Prince, .

Au sujet de la guerre du Sud entre Toussaint Louverture et André Rigaud en 1801, Beaubrun Ardouin relate les actions de Demuzaine Lagrenonnière, de Codère et de Jean-Charles Tibi, partisans de Rigaud au camp PerrinBeaubrun Ardouin, Études sur l'histoire d'Haïti, tome quatrième, 1853, Dezobry et E. Magdeleine, Paris, ..

En 1803, pendant la période coloniale, les cultivateurs du camp Perrin s'insurgent et prennent part aux luttes indépendantistes d'un noir, Guillaume Lafleur, et d'un blanc, Lafredinière, ex-commandant du camp qui s'est rangé du côté des indigènes Carolyn E. Fick, The Making of Haiti, ..

Pendant la révolution de 1843, le camp Perrin, commandé par Jean-Baptiste Riché, qui deviendra président d'HaïtiSemexan Rouzier, Dictionnaire géographique et administratif universel d'Haïti, 1891, Imprimerie Charles Blot, Paris, .en 1846, est le centre nerveux de l'insurrection des Piquets, paysans armés de piques, de machettes et de fusils, sous le commandement de Jean-Jacques Acaau, ancien lieutenant de gendarmerie, Dugué Zamor, ancien tambour-major du régiment et de Jean Claude, ancien adjudant-major de la garde nationale du camp PerrinThomas Madiou, Histoire d'Haïti, 1843-1846, Tome 8, Éditions Henri Deschamps.. C'est pendant cette période que le nom « Camp-Perrin », avec un trait d'union, apparaît pour la première fois dans une convention en date du passée entre la Constituante et les commissaires du Camp-Perrin à la suite de différends qui ont amené des troubles dans l'arrondissement militaire des Cayes dont dépendait le poste de Camp-Perrin. Les commissaires de Camp-Perrin étaient Jourdain Barbot, Cazeau aîné, Cazeau jeune et Jérôme ZéléConvention passée entre la constituante et les délégués du Camp-Perrin - République haïtienne, 4 avril 1844 (sur Gallica) ..

Le , le journal officiel Le Moniteur Haïtien publie l'ordonnance qui attribue le titre de baron au commandant du poste militaire de Camp-Perrin Lazarre LamongeLe Moniteur haïtien, décembre 1849 - Gallica..

Le , les insurgés de Cholette qui occupaient Camp-Perrin sont mis en déroute par le général Fabre Geffrard qui commandait l'arrondissement des Cayes.

Section rurale Sous la présidence de Michel Domingue (1874-1876), les communes sont subdivisées officiellement en sections rurales. Camp-Périn devient la cinquième des douze sections rurales des Cayes. Entre-temps, la population civile se multiplie, composée essentiellement d'agriculteurs qui exploitent la fertile plaine des Cayes favorable aux cultures céréalières, ainsi que les hauteurs propices à la culture du café et du cacao.

En 1905, l'église catholique érige sur les ruines de l'ancien camp Perrin l'église dédiée à Sainte-AnneCamp-Perrin : Église Sainte-Anne - Youri Thomas, Le monde en images, 2015..

Quartier Le , les érigent les postes militaires de l'Ile-à-Vache et de Camp-Périn [sic] en quartiers, dépendant de l'arrondissement des Cayes (département du Sud)Loi érigeant en quartier les postes militaires de l'Île-à-Vaches et de Camp-Périn - Moniteur, 27 octobre 1909 ..

Commune et paroisse Le , un an avant la fin de l'occupation américaine, le corps législatif considère que . Le suivant, le président Sténio Vincent approuve ladite proposition et élève Camp-Perrin, qui jusque-là relevait de la commune des Cayes, au rang de commune de classeSelon la loi de 1821 sur la perception des droits de patentes, les communes, paroisses de l'un quartiers de la République sont classées en six classes., avec pour limites celles de l'ancien « quartier de Camp-Perrin »Loi érigeant en commune de classe le quartier de Camp-Perrin : 9 mai 1933 - Bibliothèque numérique du CIAT .. Ipso facto, Camp-Perrin devient une paroisse selon la Loi sur les divisions religieuses de 1861 qui stipule que les diocèses, établis dans les départements, comprendront « autant de paroisses distinctes que les départements correspondants comprennent de communes »Arrêté portant division religieuse de la République : 12 mars 1861 - Bibliothèque numérique du CIAT . Mais en réalité, depuis le l’église catholique avait élevé Camp-Perrin, chapelle depuis 1893, au rang de paroisse de Sainte-Anne.

Un arrêté présidentiel de Sténio Vincent, en date du , attribue à la nouvelle commune de Camp-Perrin les , et sections rurales de la commune des Cayes à savoir les sections de Lévy, de Camp-Perrin et du poste militaire de Camp-PerrinArrêté sur les limites de la commune de Camp-Perrin : 19 juillet 1937 - Bibliothèque numérique du CIAT .