La harpie féroce (Harpia harpyja), seule espèce du genre Harpia, aussi connue au Brésil sous le nom de faucon-royal (en portugais : ), est un aigle forestier d'Amérique latine.
Elle est le plus grand et le plus puissant rapace de la forêt tropicale et figure parmi les plus grandes espèces d'aigles au monde. La harpie vit habituellement dans les forêts tropicales humides des basses terres, dans la strate supérieure de la canopée. La destruction de son habitat naturel réduit fortement son aire de répartition : elle a presque disparu d'Amérique centrale.
Description Morphologie gauche|vignette|Une harpie féroce, huppe relevée, au Zoo du Belize, au Belize. La harpie féroce peut mesurer jusqu'à un mètre, avec une envergure pouvant dépasser les deux mètres, et un poids compris entre .. Son espérance de vie est d'environ .. Le dessus du poitrail est noirâtre et contraste avec la couleur blanche située juste en dessous. Sa tête blanche est surmontée d'une huppe érectile noirâtre sur l'occiput. Son bec bleu-noir est extrêmement puissant, tout comme ses pattes jaunes, dont le dessus est strié de bandes noires et dont la griffe du doigt postérieur peut atteindre six centimètres. Ses ailes sont longues et arrondies.. La harpie féroce est considérée comme le plus grand aigle d'Amérique du Sud. Les harpies féroces mesurent de et possèdent une envergure de . Parmi les mensurations standard de cet oiseau, la corde de l’aile mesure 54-, la queue mesure 37-, le tarse a une longueur de 11,4- et la taille du culmen est de 4,2 à .
La harpie féroce fait partie des plus grands aigles. aux côtés de la harpie de Nouvelle-Guinée, qui est un peu plus longue, et du pygargue empereur, qui est légèrement plus lourd. L'envergure de la harpie féroce est relativement petite, ce qui augmente sa manœuvrabilité dans les habitats forestiers. Cette manœuvrabilité est partagée par d'autres rapaces vivant dans des habitats similaires. L'envergure de la harpie féroce est surpassée par celle de plusieurs grands aigles qui vivent dans des habitats plus ouverts, tels que ceux des genres Haliaeetus et Aquila. L'aigle géant de Haast (espèce de Nouvelle-Zélande disparue au ) était significativement plus grand que tous les aigles existants, y compris la harpie féroce..
Chant et cris Cette espèce est en grande partie silencieuse loin du nid mais dans ce dernier, les adultes poussent un cri pénétrant, faible, mélancolique ressemblant à un « wheeeeeee » . L'appel des mâles en incubation est décrit comme . Les appels des femelles pendant l'incubation sont semblables, mais plus graves. En s'approchant du nid avec de la nourriture, le mâle pousse « des gazouillis rapides, des appels semblables à ceux de l'oie et parfois des cris aigus ». La vocalise des deux parents diminue au fur et à mesure que les oisillons grandissent, tandis que celle des oisillons devient de plus en plus forte. Les oisillons en alerte produisent un son qui se rapproche fortement d’un « chi-chi-chi-chi-chi-chi-chi ».. Quand les humains s'approchent du nid, les oisillons ont été décrits comme émettant des croassements et des sifflements.
Dimorphisme sexuel La femelle est généralement plus grande que le mâle et peut peser jusqu'à deux fois le poids de ce dernier.. Une femelle en captivité exceptionnellement grande, baptisée « Jezebel », pesait .. En raison des différences de disponibilité de la nourriture en captivité, cette grande femelle peut ne pas être représentative du poids possible chez les harpies féroces à l’état sauvage.. Le mâle, en comparaison, est beaucoup plus petit avec un poids de .
Apparence du juvénile Les individus juvéniles ont un plumage gris, marbré de noirâtre sur le dessus du corps, tandis que la tête et les parties inférieures sont blanches. La huppe est plus touffue et déjà foncée. La queue est striée de plusieurs fines barres caudales.. Ce n'est qu'au terme de trois à quatre ans que le juvénile acquiert son plumage adulte et sa maturité sexuelle.
Comportement Reproduction et nidification vignette|redresse|Le Ceiba pentandra, arbre préféré de la harpie féroce pour sa nidification. Les harpies, comme les aigles en général, sont monogames et forment des couples unis pour toute la vie, mais hormis en période de reproduction, les partenaires ont chacun leur territoire de chasse et ne se rejoignent que pour la pariade.. Elles font leur nid dans de très hauts arbres ayant des branches bien séparées pour en faciliter l'accès ou la sortie en vol, en passant toujours par les mêmes couloirs aériens. La harpie féroce apprécie particulièrement le kapokier pour édifier son nid qui se trouve souvent entre de hauteur. Fait de branches, le nid est garni de feuilles et de mousse. La période de reproduction s'étend de juin à novembre. La durée d'incubation est de . Une ponte a lieu tous les deux ou trois ans. La femelle pond un ou deux œufs d'un blanc jaunâtre, mais un seul jeune voit le jour car la femelle stoppe la couvaison dès la première éclosion. Le jeune teste ses ailes et son vol six mois après sa naissance. Il restera sous la surveillance de ses parents, qui continueront de l'alimenter, durant six mois supplémentaires. Les harpies féroces peuvent se montrer très agressives envers des dangers potentiels, y compris envers les humains.. Un cas d'attaque sur un être humain s'est produit en Guyane française au mois d' sur la commune de Kourou. Exceptionnel, il laisse les spécialistes locaux dans l'expectative quant à sa cause. L'oiseau qui suivait un groupe de randonneurs en forêt et semblait être excité s'est jeté sur une femme qui se trouvait isolée. Les blessures sont portées à la tête de la victime, par les serres et le bec. Le compagnon de la femme est venu à sa rescousse pour la dégager de cette situation. La victime a dû passer aux urgences pour être soignéeGaëtan Tringham, « Info France-Guyane : Une Harpie féroce a attaqué une femme à Kourou », France-Guyane, , consulté le ..
Technique de chasse vignette|280x280px|Arrivée au nid avec un capucin brun. La harpie féroce est un carnivore, un chasseur actif, superprédateur dont la vitesse maximale en vol peut atteindre ... Les harpies féroces sont des prédateurs dit « » (fréquents chez les rapaces forestiers). Chez les harpies, cela consiste à se percher et à regarder pendant longtemps depuis un haut perchoir (arbre assez élevé en général) près d'une rivière (où de nombreux mammifères vont pour se nourrir et se désaltérer). La technique de chasse la plus commune de l'espèce est la chasse à la perche, qui consiste à balayer les alentours du regard pour vérifier l'activité des proies jusqu'à en repérer une qui leur semble intéressante. Quand la proie est repérée, la harpie féroce plonge rapidement et l'attrape. À l'occasion, elles peuvent aussi chasser en volant à l'intérieur ou au-dessus de la canopée. Elles ont également été observées chassant « à la queue », un style de prédation commun aux faucons et aux aigles du genre Accipiter qui sont les espèces d'aigles chassant généralement d'autres espèces d'oiseaux.
Alimentation vignette|gauche|Le paresseux, proie de choix de la harpie. La harpie féroce est un prédateur émérite : ses serres peuvent exercer une pression supérieure à celle de la mâchoire d'un loup. et être, dans le cas de la femelle, plus grosses que les griffes d'un grizzli mâle.. C'est un aigle adapté au vol acrobatique en milieu forestier et en espaces réduits. Son appellation « féroce » provient de l'extrême agressivité dont elle fait preuve lorsqu'il s'agit de défendre son territoire ou son nid, ce qui en fait un rapace difficile à étudier sans protections adéquates. Ses principales proies sont les mammifères arboricoles : les paresseux (notamment les paresseux à trois doigts). et les singes (tels que le Singe-araignée commun ou le Hurleur roux) constituent l'essentiel de son régime alimentaire. Les recherches menées par Aguiar-Silva entre 2003 et 2005 dans un site de nidification à Parintins dans l'Amazonas au Brésil, ont permis de recueillir des restes de proies apportées à un poussin par ses parents. Après les avoir triés, les chercheurs ont conclu qu'en termes de proies, la base de l'alimentation de la harpie féroce dans l'Amazonas est composée à 79 % par des paresseux de deux espèces : Bradypus variegatus représentant 39 % des proies, et Choloepus didactylus représentant jusqu'à 40 % de l'alimentation de la harpie féroce dans cette région ; divers singes représentaient 11,6 % de la consommation du même nid. Dans un projet de recherche similaire au Panama, où deux sous-adultes élevés en captivité ont été relâchés, 52 % des proies des mâles et 54 % de celles des femelles appartenaient à deux espèces de paresseux (Bradypus variegatus et Choloepus hoffmanni). Dans un nid vénézuélien, les restes comprenaient des paresseux. Les singes régulièrement consommés sont notamment des singes de la famille des Cebus (capucins), des singes de la famille des sakis, des singes hurleurs (Alouates), des singes titi (Callicebus), des singes-écureuils (Saïmiris) et des singes-araignées (Atèles). Les petits singes, tels que les tamarins, sont apparemment dédaignés par la harpie féroce.. Dans plusieurs nids en Guyane, les singes constituaient environ 37 % des restes.. De même, les Cebidae constituaient 35 % des restes trouvés dans dix nids en Amazonie équatorienne. D'autres mammifères partiellement arboricoles et même terrestres sont également des proies pour cet oiseau. Ces proies comprennent des porcs-épics de la famille des Erethizontidae, des écureuils, des opossums (et notamment le pian), des fourmiliers, des tatous et même des carnivores relativement grands tels que le kinkajou, les coatis et la tayra. Dans le Pantanal, un couple de harpie féroce basait son alimentation en grande partie sur le porc-épic (Coendou prehensilis) et l'agouti (Dasyprocta azarae). La harpie féroce peut également attaquer des espèces d'oiseaux telles que les aras : sur le site de recherche de Parintins, l'ara rouge et l'ara vert constituaient 0,4 % du total des proies, les autres oiseaux représentant 4,6 %.. D'autres perroquets ont également été retrouvés comme étant des proies. Les proies additionnelles signalées incluent des reptiles tels que des iguanes (et notamment Iguana iguana), des tégus et certains serpents. Des observations ont montré que les serpents mesurant jusqu'à cinq centimètres de diamètre étaient coupés en deux, puis les morceaux étaient avalés entiers. À l'occasion, des proies plus grandes comme les capybaras, les pécaris et les daguets sont capturées. Ces proies sont généralement trop lourdes pour être transportées jusqu'au nid et sont donc mangées sur place. La harpie féroce a également été aperçue chassant du bétail domestique comme de la volaille, des agneaux, des chèvres et des porcelets, voire des chiens, mais cela est extrêmement rare dans des circonstances normales. Les harpies féroces régulent les populations telles que les singes capucins qui mangent abondamment les œufs d'oiseaux et qui (s'ils ne sont pas naturellement régulés) peuvent provoquer des extinctions locales d'espèces sensibles. vignette|redresse=1.5|Harpie féroce en vol.