Nicolaus Craen ou Nicolaes, né en Hollande vers 1440-1450 ( ? ) et mort à Bois-le-Duc peu après le , est un compositeur de l'école des polyphonistes néerlandais.

Biographie Seules les dernières années de la vie de ce compositeur sont documentées : il servit comme maître de chant () de la Confrérie de Notre-Dame à Bois-le-Duc du jusqu'à sa mort en 1507.

En 1504, le chapitre de l'église Saint-Donatien de Bruges, où il est qualifié de « digne et très apprécié », essaya sans succès de l'engager comme maître de chapelle, un poste laissé vacant par Antonius Divitis.

Vander Straeten a suggéré que Craen serait la même personne que Nicolò d'Olanda, un chanteur soprano très estimé de la chapelle d'Hercule d'Este à Ferrare à l'époque suivant de peu l'avènement du duc en 1471 jusqu'à la dissolution de la chapelle en 1482.

Œuvre Trois œuvres de ce compositeur sont conservées en tablature de luth : , et .

Le motet a été retrouvé dans l'un des livres de chœur de la chapelle royale de Madrid.

Bien que cela ne prouve pas que le compositeur aurait visité l'Italie, il est peut-être significatif que les premières sources de quatre des six œuvres connues de Craen étaient des ouvrages publiés par Petrucci à Venise, la transmission de ses œuvres en Italie étant de ce fait antérieure à leur apparition dans des sources nordiques.

Malgré le manque de sources avant le début des années 1500, le style des deux pièces sacrées à trois voix de Craen correspond à celui des autres œuvres des années 1470. Leur texture est généralement pleine, le rythme est vif, et il y a beaucoup de variété dans la longueur des phrases. L'imitation est fréquente entre deux parties, mais beaucoup plus rare entre toutes les trois ; la répétition de motifs et la séquence sont souvent appliquées. Ces deux compositions peuvent avoir été dépourvues de texte dès leur conception : d'aucune d'entre elles, des textes n'ont été notés, à l'exception d'un incipit ; pourtant, Smijers a montré dans son édition comment la gamme ascendante (en imitation entre le déchant et le ténor) au commencement de est suivie d'une saisissante gamme descendante (en imitation entre le déchant et le contre-ténor) à l'endroit où les mots « » auraient été placés si le texte du psaume CXXXIX, 8-9 avait été mis en musique.

Dans , Craen n'utilise pas la mélodie de l'antienne commençant par les mêmes mots, mais la composition est si étroitement liée à la de de Pierre de La Rue que l'une doit être un remaniement de l'autre. Meylan et Meconi ont soutenu que l’œuvre de La Rue est antérieure à celle de Craen ; toutefois, la preuve n'est pas concluante.

L’ est sans doute à dater vers la même époque que les compositions à trois parties de Craen, car il partage avec celles-ci les traits stylistiques mentionnés ci-dessus. Il est construit sur une mélodie dans l’alto, sans rapport aux chants sur les mêmes mots, seulement imitée dans les autres parties au début et aux mots « ». Le semble un peu plus tardif, comme il manifeste beaucoup plus de retenue dans l'utilisation de la répétition et la séquence. Le plain-chant est paraphrasé avec une simplicité et une proéminence croissante à mesure que le travail progresse. est de loin la composition la plus accomplie. La mélodie d’antienne est paraphrasée dans une structure imitative qui implique l’égalité de toutes les voix ; de plus, il y a un contrôle magistral du rythme et de la texture, aboutissant à une conclusion impressionnante. Dans , de 1536, Othmar Luscinius vante les « qualités exceptionnelles » de Craen et désigne comme une œuvre bien en avance sur son temps.

Un chansonnier suisse manuscrit (MS 530 ), conservé dans la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Gall, compilé dans la période 1505–1531, contient une mise en musique à quatre voix de la chanson néerlandaise (Les Yeux bruns de mon amour), sans paroles, seulement pourvue d'un incipit à l'orthographe légèrement allemandisée. Il s'agit de la seule composition profane de Craen dont l’attribution est certaine ; elle ne fut transmise que sous la forme d'une tablature de clavier de Fridolin Sicher, qui l’a arrangée si légèrement que la version vocale originale peut facilement en être déduite.

(ternaire) comme les deux premières sections du , la chanson manifeste avec ce dernier une indifférence pour la succession régulière de carrées parfaites, pour permettre des imitations au commencement de toute ronde, ainsi que des cadences tombant sur chacune d’elles, dans la mesure. Les première, troisième et quatrième phrases identiques de la chanson homophonique de six lignes sont clairement déterminées dans le ténor ou la basse avec imitation anticipée dans les autres voix ; les autres phrases sont traitées plus librement.

Notoriété En 1536, Othmar Luscinius écrivit sur Craen qu’il était le modèle de ce qu’il y avait de mieux dans le style de composition moderne de son époque. Ceci serait démontré d’une façon particulière dans son motet :

« Nicolaes Craen, (en fait un homme aux dons naturels exceptionnels) semble avoir évité de façon heureuse les pratiques de la génération plus ancienne de musiciens dans son motet : nous serons en mesure de découvrir le mérite avec lequel il a su laisser derrière lui les anciennes loisTraduit d'après la traduction anglaise de Kirkman.. »

Luscinius appréciait l'aptitude de Craen à composer à partir de sa méthode et de sa science « harmonieuse » ; un modèle qui méritait, à son avis, l'émulation d’autres compositeurs ambitieux de son époque.

Œuvre Musique sacrée , à quatre voix, 1502/1 (anonyme), éd. dans SCMot, i (1991) ; tablature de clavier (attribué à Craen), CH-SGs 530 (éd. dans SMd, viii, 1992). , à trois voix, 1502/1, vers 1535/14, 1538/9, 1547/1, CH-SGs 463, CZ-HKm II A 20, D-HB X/2, Kl 8° Mus.53/2, Mu 8° 322-5, Z LXXVIII,3, éd. dans MSD, vi (1965) ; sur le texte , F-CA 125-8 ; tablatures de clavier, CH-SGs 530 (éd. dans SMd, viii, 1992), PL-Wn 564 (attribué à Josquin) ; tablatures de luth, comme deux parties de de La Rue, Hans Gerle: (1533 ; éd. Paris, 1977, voir Meylan) ; comme trois parties de , 1536/13. , à quatre voix, D-Mbs Mus.ms.34, aussi dans un inventaire de manuscrits perdus, ayant appartenu à la (Chapelle royale), Madrid ; mise en musique selon le principe de l’, commençant par . , à trois voix, 1504/3, D-Mbs Mus.ms. 1516, éd. Albert Smijers, (Amsterdam, 1939-1956) ; avec incipit , vers 1535/14 ; tablature de luth, 1536/13. , à quatre voix, 1504/1, éd. in SCMot, ii (1991) ; tablature de luth dans US-Cn Case VM C.25 (éd. O. Gombosi, : (vers 1517), Neuilly-sur-Seine, 1955).

Musique profane , à quatre voix, tablature de clavier dans CH-SGs 530 (éd. dans SMd, viii, 1992).

Attributions douteuses ou erronées , à quatre voix, attribué à Craen dans des livres de parties perdus de Königsberg, , MS 1740 (anonyme dans le livre conservé de la partie de basse, D-Bga XX.HA StUB Königsberg 7) ; d’Antoine de Févin, aussi attribué à Costanzo Festa, Cristobal de Morales, Jean Mouton, éd. Edward H. Clinkscale, , iii (Ottawa, 1994) ; version à six voix avec deux voix ajoutées d'Arnold von Bruck, aussi attribué à Josquin. , à trois voix, attribué à Nicolaus dans la tablature CH-Bu F.IX.22, éd. dans SMd, iv (1967), avec attribution hypothétique à Craen (alto seul dans D-Mbs Mus.ms. 4483, anonyme, provient d’une mise en musique différente bien que semblable) ; style mélodique exceptionnellement ordinaire et manque de variation.

Ressources Note

Bibliographie Bonda, Jan Willem. De meerstemmige Nederlandse liederen van de vijftiende en zestiende eeuw, Hilversum, Verloren, 1996 , . Dean, Jeffrey. « Craen, Nicolaus [Claes, Nicolaes] », (réd. Sir George Grove et John Tyrrell), vol. 6, Londres, Grove, 2001. Doorslaer (van), Georges. « Antonius Divitis: maître de chapelle-compositeur, 1475?-1526? », , xiii/1, 1929, . Kirkman, Andrew. [notices du CD], , dirigé par Andrew Kirkman, Hyperion, 2001. Lockwood, Lewis. , Oxford et Cambridge, MA. , 1984, . Meconi, Honey. « », , iv, 1991, . Meylan, R. : Tablature pour les luths: Nuremberg, Formschneider, 1533, iv, Paris, 1977, . Smijers, Albertus Antonius. « », , xiv/2, 1934, . Smijers, Albertus Antonius. « », , xvi/1, 1940, . Liens externes

Ecce video celos apertos, œuvre de Craen, interprétée par Corina Marti (flûte) et Michal Gondko (viola da mano) de l’ensemble La Morra (fichier vidéo sur YouTube).

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