Batouala est le titre d'un roman publié en qui a reçu le prix Goncourt la même année. Son auteur, René Maran, est le premier écrivain noir à avoir reçu, en France, un prix littéraire important.

Batouala, premier roman de son auteur, écrit dans un style naturaliste, expose les mœurs et traditions d'une tribu d'Oubangui-Chari (Afrique-Équatoriale française), dirigée par le chef nommé Batouala.

L'ouvrage contient une critique du colonialisme français, notamment dans sa préface qui fait date par son réquisitoire contre les excès du colonialisme français. Mais Maran, lui-même fonctionnaire de l'administration coloniale (de 1910 à 1923), ne dénonce pas le colonialisme en tant que tel.

Batouala a également été perçu, a posteriori, comme un roman précurseur de la négritude..

Le roman Cadre Le roman, nourri de références détaillées, se déroule en Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine), dans le pays banda, précisément dans la subdivision de Grimari, entre les hauteurs (Kagas) que sont le Kaga Kosségamba, le kaga Gobo et le kaga Biga. Les personnages évoluent dans des villages mais aussi dans la brousse, omniprésente.

Batouala, grand chef du pays banda, excellent guerrier et chef religieux, est devenu vieux. Le roman s'attache au début à ses pensées ordinaires (comme celle de savoir si se lever vaut désormais la peine), mais aussi à son point de vue sur la colonisation, les coutumes et la vie en général. Chargé d'une importante cérémonie, la fête des « Ga'nzas », il se méfie d'un concurrent en amour, le jeune et fougueux Bissibi'ngui, qui cherche à séduire sa favorite, Yassigui'ndja. La mort du père de Batouala lors de la fête engendre des tensions au terme desquelles Yassigui'ndja se voit attribuer la responsabilité de cette mort, hâtant le projet d'assassinat que Bissibi'ngui nourrit à l'encontre de Batouala. Au cours d'une chasse, Batouala est gravement griffé par une panthère. Il agonise alors longuement, témoin de la dilapidation de ses biens et du départ de ses femmes, dont sa favorite qui part avec Bissibi'ngui.

Résumé Le résumé ci-dessous se fonde sur l'édition définitive de Batouala, publiée en 1938, qui comporte 13 chapitres : l'édition originale ne comporte que 12 chapitres.

La préface, qui évoque les conditions de l'élaboration du roman et son contexte, critique de façon acerbe les excès du colonialisme et appelle les Français de métropole, notamment les intellectuels, à mettre fin aux abus .

Le chapitre 1 introduit le personnage de Batouala le , à travers une scène de réveil matinal au côté de sa favorite Yassigui'ndja ; il décrit longuement, de façon comique, le chien Djouma.

Le chapitre 2 présente la scène de la matinée où le partage des tâches se fait entre Batouala et Yassigui'ndja. S'ensuit alors un passage de réflexion sur les Blancs, exploiteurs étranges et inquiétants. Le déroulement de la journée continue avec un dialogue entre d'autres villages par tam-tams interposés au sujet de l'organisation de la fête des « Ga'nzas ». Le chapitre se clôt sur un panoramique nocturne après l'introduction du rival de Batouala, Bissini'ngui.

Le chapitre 3 présente plus en avant le personnage de Yassigui'ndja et expose la situation amoureuse de Batouala qui vit en également avec huit autres compagnes. On apprend par la suite que Yassigui'ndja s'éprend de Bissini'ngui et doit le rencontrer mais elle le surprend avec une autre femme ; décidant de repartir, elle est surprise par une panthère et ne doit son salut qu'à l'arrivée de Batouala et de son rival. Batouala commence dès lors à avoir des soupçons.

Le chapitre 4 prend place trois jours avant la fête ; au cours d'une joute verbale, Yassigui'ndja s'attaque à sa rivale I'ndouvoura au sujet de Bissini'ngui. Il se clôt sur une scène de tempête richement détaillée qui laisse place à la nuit et au calme sur un nouveau panorama.

Le chapitre 5 voit se réunir tous les villages de la région pour la fête des « Ga'nzas », s'ensuivent de longues palabres sur l'exploitation coloniale et le mépris des Blancs à leur encontre.

Le chapitre 6 décrit la fête rituelle des « Ga'nzas » qui marque le passage à l'âge adulte des garçons et des filles. L’apogée de la cérémonie est la circoncision et l'excision des jeunes aux rythmes des incantations, danses, chants et instruments traditionnels. À la suite de cette scène décrite dans les moindres détails, les participants sont dispersés par des agents coloniaux revenus tout juste en poste et le père de Batouala est retrouvé mort, sans doute en raison d'une trop forte ingestion d'alcool rituel.

Le chapitre 7 présente la cérémonie funèbre du père de Batouala et développe une longue réflexion sur l'importance de la coutume, fruit de la sagesse des anciens. Batouala y assiste en compagnie de son rival, tous deux mûrissent des plans de vengeance et sont conscients de la réciprocité de leurs desseins.

Le chapitre 8 développe le personnage de Bissini'ngui à travers l'épisode d'une rencontre avec Yassigui'ndja. S'ensuit une longue discussion où l'on apprend que cette dernière est jugée responsable de la mort du père de Batouala et se sent donc en danger de mort. Elle promet alors fidélité à Bissini'ngui, lui demandant de fuir avec elle mais celui-ci lui propose d'attendre la fin des chasses, Bissini'ngui nourrissant le projet de rejoindre la milice à Bangui.

Le chapitre 9 présente Bissini'ngui en pleine réflexion nocturne sur le moyen d'assassiner son rival Batouala. Alors qu'il suit un sentier, il use de sa capacité à lire la brousse pour trouver son chemin et tombe nez à nez avec Batouala, sa mère et son chien.

Le chapitre 10 voit Batouala, complètement ivre, livrer ses secrets sur les mythes bandas à son rival, non sans quelques menaces. L'entrevue est interrompue par l'arrivée d'habitants perdus d'un village voisin, le projet de meurtre est remis à plus tard.

Le chapitre 11 décrit le processus de la chasse, détaille les méthodes de traque et de capture, les différents animaux, évoque une histoire singulière sur un Blanc chasseur de M'balas (éléphants) et s'achève sur le signal du début de chasse : un grand feu pour précipiter les animaux à la merci des chasseurs.

Le chapitre 12 décrit la scène de chasse, les bienfaits du feu et les différents rôles des chasseurs. En plein massacre, une panthère surgit ; se jetant de côté pour éviter la bête, Bissini'ngui évite de justesse la sagaie que Batouala lui avait lancée. En réaction à ce jet, la panthère blesse au ventre Batouala d'un coup de patte et s'enfuit.

Le chapitre 13 suit enfin la longue agonie de Batouala, implacable malgré tous les soins plus ou moins magiques apportés et au terme desquels est évoqué le partage de ses biens et de ses femmes. Le grand chef s'éteint sur des dernières paroles blâmant les Blancs et leur travail forcé pendant que Bissini'ngui et Yassigui'ndja s'unissent dans des étreintes amoureuses avant de s'enfuir dans la nuit.

Personnages Batouala, le personnage principal, est chef (mokoundji) de plusieurs villages, grand chasseur, guerrier aux nombreuses conquêtes. Il défend la coutume ainsi que la tradition et critique les colons.

Yassigui'ndja, son épouse favorite, intelligente, belle et fidèle, joue un rôle central dans le récit. Malgré l'affection qu'elle porte à son mari (tout en tolérant sa pratique polygamique), elle finit par s'éprendre de Bissibi'ngui plus jeune et plus dynamique.

Bissibi’ngui, guerrier réputé, chasseur accompli et homme d’une grande beauté, tombe amoureux de Yassigui’ndja. Il envisage alors de tuer son rival afin de pouvoir s’enfuir avec elle à Bangui.

Les Bandas sont l'ethnie des villages sous l'autorité de Batouala. Ils interviennent notamment à travers le son omniprésent des tam-tams et d'autres instruments qui rythment le récit, dans la scène de la fête des « Ga'nzas » et lors des chasses. Le roman présente de nombreuses scènes de palabres avec Batouala.

Djouma, chien de Batouala est présent dans le récit. De nombreux passages adoptent en effet le point de vue de Djouma, témoin clandestin de nombreuses scènes. Il bénéficie entre autres d'un traitement relativement comique.

Les administrateurs coloniaux incarnent les maux et la brutalité que dénonce René Maran. Absents physiquement de la plus grande partie du récit, ils n'interviennent que pour disperser les Bandas, refusant en revanche leur aide lorsqu'ils sont sollicités. Ils sont surtout présents par les réflexions de Batouala et les palabres des Bandas. Ils sont généralement dépeints comme absurdes et cruels.

Contexte L'Oubangui-Chari Batouala, nourri de l'expérience personnelle de l'auteur, se déroule en Oubangui-Chari, l'une des quatre colonies relevant du Gouvernement Général de l'Afrique-Équatoriale française et dans laquelle René Maran a œuvré en tant que fonctionnaire de l'administration coloniale. Il décrit, dans la préface, le lieu exact de l'action au moment de l'écriture (avant les changements administratifs successifs dans les années suivantes) : la circonscription (équivalent d'un département) de la Kémo (dont le chef-lieu, Fort-Sibut ou Krébédjé est situé à environ au nord de Bangui) et plus précisément, dans la subdivision (équivalent à une sous-préfecture) de Grimari (située à environ à l'est de Fort-Sibut). La colonisation de la zone se fait à la suite de la découverte du fleuve Oubangui par des explorateurs belges. Le territoire ainsi découvert est alors partagé entre la France et la Belgique de part et d'autre du fleuve, celui-ci marquant la frontière entre les deux puissances coloniales. L'Oubangui-Chari devient une colonie en 1906 et est intégrée à l'Afrique-Équatoriale française en 1910. La zone est peuplée de l'ethnie Banda, victime de travaux forcés dans le cadre du régime des compagnies concessionnaires ( disposent de 50 % de l'Oubangui-Chari, qui reste possédé par l'État), pour l'exploitation de l'hévéa par exemple. Basé sur des sociétés sans réelle envergure financière et purement spéculatives, le système périclite après la Première Guerre mondiale et l'État prend le relais, tout en conservant les mêmes pratiques brutales dénoncées notamment dans la préface de Batouala. La colonisation du territoire s'appuie à l'origine sur le thème de la mission civilisatrice avec une volonté affichée par la France de lutter contre l'esclavage puisque la zone est intégrée au circuit de la traite atlantique depuis le .

L'écriture de Batouala vignette|René Maran en 1930.