Le parc national Abisko (en suédois ) est un parc national du nord de la Suède, dans la commune de Kiruna, du comté de Norrbotten en Laponie et non loin de la frontière entre la Norvège et la Suède. Il est situé à l'ouest du village d'Abisko.

Il s'étend sur dans la vallée d'Abisko au sein des Alpes scandinaves et compte quelques sommets comme le mont Njullá. Au fond de la vallée coule la rivière Abiskojåkka qui, dans la partie inférieure de son cours, a creusé un canyon de de profondeur dans les schistes et dolomites de la vallée. La rivière se jette dans le lac Torneträsk au nord, formant à cet endroit un delta particulièrement important pour l'avifaune. Sa flore est l'une des plus riches des montagnes suédoises, principalement en raison de la teneur en calcaire du sol mais aussi de la présence de landes subalpines. En effet, si l'étage subalpin qui constitue la majeure partie du parc est avant tout recouvert d'une forêt de bouleaux, certaines zones sont dénuées de forêt et abritent alors une grande diversité de plantes alpines, avec des espèces rares telles que le rhododendron lapon ou la platanthère à grandes feuilles.

Cette zone est occupée par le peuple Sami depuis des siècles et aujourd'hui encore des membres de ce dernier y pratiquent l'élevage des rennes rythmée par leur transhumance. Le tournant de son histoire se situe à la construction de la ligne de chemin de fer Malmbanan en 1902 pour exploiter les mines de fer de la région, notamment celle de Kiruna. Outre l'utilisation de l'Abiskojåkka pour alimenter en électricité le chantier, cette ligne affecta surtout la zone en permettant le développement du tourisme. L'association touristique suédoise y construit sa première grande station de montagne dès 1902, station qui devint le point de départ du célèbre sentier de randonnée Kungsleden longeant tout le nord des montagnes suédoises. L'association fut aussi responsable de la création du parc national en 1909, qui devint ainsi, aux côtés de huit autres, les premiers parcs nationaux de Suède et d'Europe. Depuis, la station s'est agrandie à de nombreuses reprises avec l'augmentation du nombre de touristes et plusieurs infrastructures touristiques ont été créées. Ces infrastructures, combinées à la beauté naturelle de la vallée, en particulier du canyon et de,la vue de la vallée Lapporten, font d'Abisko le parc national le plus visité du nord de la Suède et l’un des plus hauts lieux du tourisme dans les montagnes lapones.

Toponymie Comme dans la majeure partie des montagnes lapones, les toponymes du parc national d'Abisko sont d'origine sames . Ils ont souvent deux graphies distinctes, une graphie same, et une graphie suédoise qui en dérive et qui dominait initialement, mais est petit à petit remplacée par la graphie same dans les cartes. Le nom Abisko est lui-même la transcription suédoise du nom du site, qui s'écrit en same du Nord . Comme beaucoup de noms de lieux sames, est composé de deux parties : la deuxième partie décrit le type de lieu, ici emprunté au suédois signifiant forêt, tandis que la première partie caractérise l'emplacement, ici désignant une vaste étendue d'eau (un lac, une mer ou un océan) . Le nom se comprend ainsi comme la forêt près du grand lac, le lac en question étant celui de Torneträsk. Les toponymes les plus courants sont (lac), (rivière), (vallée) et (montagne) .

Géographie Localisation et frontières vignette|alt=Carte topographique du parc|Carte topographique du parc. Le parc national d'Abisko est situé dans la commune de Kiruna, à environ trente kilomètres de la frontière norvégienne , dans le comté de Norrbotten, à l'extrême Nord de la Suède. Il est ainsi entièrement situé à plus de au nord du cercle arctique. De par cette position, le parc est très éloigné des principales villes du pays, les plus proches étant Kiruna à environ et Narvik en Norvège à tandis que Stockholm est à plus de .

Il couvre une superficie de , formant une bande d'environ quinze km de long selon un axe Nord-Sud pour cinq km de large. La frontière nord est le lac Torneträsk, partiellement inclus, tandis que la frontière sud coïncide approximativement au ruisseau Šiellajohka. À une vingtaine de kilomètres au nord-est d'Abisko se trouve le parc national de Vadvetjåkka.

Relief vignette|Reliefs neigeux dans le parc national d'Abisko. Avril 2018. Le parc protège la partie basse de la vallée d'Abisko, l'une des principales de la zone de montagne des Alpes scandinaves parfois appelée Abisko-Kebnekaise , nommée d'après le massif du Kebnekaise, point culminant de la Suède avec . La vallée d'Abisko est orientée selon un axe nord-sud et rejoint au nord celle du grand lac Torneträsk, qui constitue le point le plus bas du parc avec au-dessus du niveau de la mer. Une des caractéristiques les plus notables est le canyon de la rivière Abiskojåkka, qui atteint une profondeur de . La vallée est entourée des deux côtés par plusieurs montagnes dépassant les d'altitude. Celles à l'ouest ont leur sommet au niveau de la frontière du parc : Njullá (), / (), atteignant au niveau du parc, en constituant ainsi le point culminant, et . À l'est, le paysage est plus doux, la vallée d'Abisko rencontrant celle de ; les sommets sont plus hauts, mais situés en dehors du parc, le plus proche étant Giron () au sud dont les flancs s'étendent jusque dans les frontières du parc.

Climat thumb|alt=Aurore boréale dans le ciel d'Abisko|Aurore boréale dans le ciel d'Abisko Du fait de la proximité avec l'océan Atlantique, Abisko a un climat plus océanique que les régions à l'est de la chaîne, telles qu'à Kiruna par exemple. Cela implique des écarts de température entre le jour et la nuit plus faibles, de même qu'entre les saisons, avec des hivers plus doux et des étés moins chauds. En revanche, le parc ne profite pas de l'humidité qu'apporte l'océan, étant situé dans une très nette ombre pluviométrique. Le climat est ainsi l'un des plus secs du pays, avec à peine plus de de précipitations annuelles. Ceci est particulièrement notable si l'on compare à Riksgränsen, à de là, qui reçoit annuellement plus de de précipitations, soit le triple d'Abisko. L'effet de foehn marqué provoque une fonte des neiges relativement tôt au printemps, les vallées étant libres de neige dès le mois de mai.

Étant situé au nord du cercle polaire, le parc connaît le soleil de minuit en été, visible entre le 12- et le 3- dans la vallée, mais dont la durée augmente en altitude, étant visible par exemple entre le et le du sommet de Njullá. À l'opposé, il est plongé dans la nuit polaire en hiver s'étalant officiellement du au , mais du fait de l'ombre des montagnes, le soleil ne se montre pas du au . En contrepartie, dans les nuits d'hiver, le ciel s'embrase fréquemment d'aurores boréales. Du fait de la clarté du temps, Abisko se vante d'être l'un des meilleurs endroits au monde pour les admirer .

vignette|upright=2.0|center|Njullá en hiver

Hydrographie thumb|alt=La rivière dans la forêt de bouleaux en automne|La rivière dans la forêt de bouleaux Le parc est traversé dans toute sa longueur par la rivière /. Dans sa partie supérieure, cette rivière s'appelle /, mais change de nom à la sortie du lac / . Elle mesure au total environ de long pour un bassin versant de . Le débit moyen à son embouchure dans le lac Torneträsk est de /s durant les mois estivaux (de mai à septembre), correspondant à la période de débit maximal . Cette rivière est ainsi la principale source du fleuve Torne . Elle reçoit au sein du parc l'apport de plusieurs affluents, notablement de , et depuis l'est et depuis l'ouest.

Étant donné que peu de glaciers se situent dans le bassin versant de l'Abiskojåkka, relativement peu de sédiments sont charriés, comparé aux rivières du Kebnekaise et de Sarek. Malgré cela, quatre deltas sont situés sur son bassin versant, dont deux dans le parc : à l'arrivée dans le lac et à l'arrivée dans le Torneträsk.

Plusieurs lacs importants sont situés dans le parc, les principaux hormis le Torneträsk étant l' ( d'altitude, de profondeur), le ( d'altitude) et le ( d'altitude et de profondeur).

Géologie Formation thumb|left|alt=Le canyon de l'Abiskojåkka avec ses strates sédimentaires|Le canyon de l'Abiskojåkka montre clairement les strates sédimentaires de la vallée d'Abisko Le parc national d'Abisko fait partie des Alpes scandinaves et sa géologie est donc fortement marquée par l'orogenèse calédonienne . Cette orogenèse, datée d'entre 450 et , correspond à la fermeture du paléo-océan Iapetus et à la collision des plaques Laurentia (actuelle Amérique du Nord) et Baltica (actuelle Scandinavie) . La vaste chaîne ainsi formée est appelée chaîne calédonienne et correspond, outre les Alpes scandinaves, aux actuelles montagnes de l'Écosse, de l'Irlande, du Groenland et du Svalbard . Au cours de cette orogenèse, des nappes de charriage chevauchèrent le socle cristallin. Au niveau du parc national, on retrouve deux nappes importantes : celle d'Abisko et celle de Seve-Köli. La nappe d'Abisko est située sous celle de Seve-Köli, mais elle affleure au fond de la vallée du fait de l'érosion de la couche supérieure. Elle est constituée majoritairement de schistes résistants avec des niveaux de dolomites. Dans le passé, cette dolomite fut exploitée au niveau de marmorbrottet, près du canyon d'Abiskojåkka. Les montagnes à l'est de la vallée sont composées des roches de la nappe de Seve, des amphibolites et gneiss, tandis que les montagnes à l'ouest sont de la nappe de Köli, avec des micaschistes et des marbres de calcite. Dans les roches des montagnes de l'ouest, il n'est pas rare de trouver des grenats, parfois relativement gros.

Au cours des millions d'années qui suivirent la formation de la chaîne, les montagnes calédoniennes furent érodées jusqu'à former une pénéplaine. Mais à partir d'environ (Cénozoïque), la partie scandinave aussi bien que la partie nord-américaine subirent un important soulèvement tectonique . Les causes de celui-ci ne sont pas claires et plusieurs hypothèses ont été proposées. Une de ces hypothèses est l'influence du panache islandais, qui aurait soulevé la croûte. Une autre hypothèse est l'isostasie liée aux glaciations. Dans tous les cas, ce soulèvement permit de rehausser l'ancienne chaîne jusqu'à plus de en certains points.

Morphologie glaciaire thumb|left|alt=La vallée en U de Lapporten vue depuis Björkliden, avec Abisko au second plan|La célèbre vallée en U de Lapporten vue depuis Björkliden, avec Abisko au second plan.

Un des principaux responsables du relief actuel du parc est l'érosion glaciaire, en particulier durant les glaciations du quaternaire. Les glaciers étaient initialement des glaciers de cirque, principalement à l'ouest où les précipitations étaient plus importantes, mais se sont ensuite développés jusqu'à couvrir toute la Scandinavie de plusieurs kilomètres de glace. La vallée d'Abisko était alors une des principales vallées où s'écoulait la glace des glaciers du massif du Kebnekaise . Ce glacier rejoignait ensuite le glacier de la vallée du Torneträsk. Les glaciers ont progressivement approfondi les vallées et leur ont donné le profil caractéristique de vallée en U, dont l'une des plus célèbres de Suède est Lapporten, juste à l'est du parc. Les plus grands glaciers sont ceux qui ont le plus fort pouvoir érosif, ce qui explique que les vallées secondaires sont souvent plus hautes que les principales, créant ce que l'on appelle des vallées suspendues . De même, la confluence des glaciers d'Abisko et du Torneträsk explique la grande profondeur du lac Torneträsk précisément à ce niveau (). Un autre facteur important pour comprendre l'importance relative de l'érosion en divers endroits est la nature des roches. Ainsi, dans le cas de la vallée d'Abisko, les montagnes à l'ouest sont constituées de roches beaucoup plus tendres (micaschistes) qu'à l'est (amphibolites), ce qui explique que les sommets à l'est sont plus hauts.