vignette|Estes Park, Colorado, Whyte's Lake, Albert Bierstadt, 1877. . Buffalo Bill Center of the West, Cody (Wyoming).
La peinture de paysage est un genre pictural figuratif qui représente le paysage.
Associé à des éléments narratifs, allégoriques ou autres, le paysage s'illustre dans le monde romain antique, les miniatures du Moyen Âge occidental, ainsi que dans la miniature persane et la peinture indienne. Dans les cultures de l'Extrême-Orient, le paysage, dit « shanshui », joue un rôle central dans la peinture de lettré en Chine, en Corée, et au Japon, où on le désigne par sa technique d'exécution, « sumi-e ».
En Occident, le paysage peint prend de l'importance à la Renaissance pour situer l'action d'un sujet religieux ou mythologique ; le goût pour le paysage en lui-même se constitue au dans le Nord de l'Europe. La théorie distingue les paysages composés, qui visent à produire l'impression que donne une contrée par la composition picturale d'éléments qui s'y trouvent, et les « vues » qui présentent ce qu'on voit dans un site particulier.
La sensibilité paysagère et l'« invention du paysage » vignette|Peinture de paysage sur le motif, réserve naturelle de Hourtin. Le mot paysage n'apparaît dans la langue française qu'à la fin du , étroitement lié à la représentation du pays. Il en va de même dans les autres langues européennes..
Le regard esthétique sur le paysage s’est formé dans le monde occidental au contact de l’art pictural et de ses évolutions au début de l’époque moderne.. Le paysan, chasseur, le soldat, le bâtisseur, le voyageur repèrent dans une étendue de terre les caractéristiques qui intéressent leur activité ; celle de l'artiste consiste à le transformer en « motif » et La naissance du paysage est ainsi liée à une médiation par l'art, in situ – l’attention du paysagiste – et in visu – le regard du peintreAlain Roger emprunte cette notion à qui la lit dans Montaigne, Essais, III, 5 « Sur des vers de Virgile » ; également .. Cette médiation par l’art permet de passer du « degré zéro du paysage », le « pays », au paysage lui-même ; . Ainsi, si un espace n’est ni contemplé, ni apprécié, sa présence matérielle ne suffit pas à en faire un paysage. Voir aussi .. À l'époque moderne, le sentiment esthétique devant un paysage naturel n'est pas universellement partagé ; il dépend de la distance, du par rapport à cet espace, et est donc proprement citadin avec de nombreuses références ; (1949) chap. I..
Histoire du paysage en peinture en Occident
Dans l'Antiquité
Dans l'Antiquité grecque et romaine, le paysage n'est peint que comme fond ou environnement destiné à mettre en contexte une scène principale.
La peinture de la Grèce antique semble n'avoir qu'évoqué discrètement le contexte naturel d'une scène centrée sur l'action des dieux, des héros ou des hommes. Cependant, la façade de la tombe de Philippe II de Macédoine (mort en 336 AEC), découverte en 1977, a surpris tout le monde avec une scène de chasse qui se passe dans un paysage, nettement dessiné par des lignes de montagnes à l'horizon, des arbres variés et un bouquet d'arbres dans les premiers plans, ainsi qu'un amoncellement de rochers. Bonne image de la restitution de la peinture sur : wordpress.com. Questions posées par la scène.. Avant cette découverte, la peinture de paysage semblait avoir été « inventée » par les Romains, plus tardivement.
L’art étrusque, par exemple, ne le fait que rarement apparaitre, comme dans la Tombe des Chasseurs de la nécropole de Monterozzi où l’on voit la perspective du paysage au-delà des tombants d’un dais.
À l'époque impériale romaine, il s'agit de , c'est-à-dire de schémas paysagistes et non de représentation de paysages réels. Alain Roger parle de « proto-paysage » pour l'Antiquité qui voit la représentation de la nature prendre de plus en plus d'importance au détriment des personnages.. Karl Schefold a essayé de préciser ce phénomène : « Maintenant la nature entoure ce qui est purement humain, en tant que séjour de quelque chose de plus élevé, de divin, qui englobe tout ce qui est humain ; la figure plastique ne l'emporte plus sur l'espace »Karl Schefold, cité dans : . Tiré de La peinture pompéienne. Essai sur l'évolution de sa signification, traduction, Collection Latomus ; 108, Bruxelles, 1972.. Cela semble correspondre à la tradition du paganisme, où chaque lieu naturel, ici un fragment de paysage « mythologique », est hanté par des dieux spécifiques. Ceci pourrait aussi s'appliquer à la représentation de jardins, mais on manque, ici, d'indice probant. L'absence de sentiment de piété pourrait être plus manifeste, si l'on peut dire, au cours du , dans les petits paysages à villa d'époque claudienne ou néronienne. Une évolution du goût s'y manifesterait. Certaines formes typiques de paysages naturels étant utilisés plus tard dans les aménagements des parcs privés ; paysages idéaux d'un âge d'or ancien, évoqués par Lucrèce et Tibulle, âge d'or que l'époque d'Auguste a permis, un temps, d'espérer.
Nils Büttner va dans ce sens en précisant que les paysages peints sont considérés dès l'antiquité comme un genre particulier, . Il cite l'écrivain Philostrate qui décrit des tableaux se présentant sous la forme de dialogue entre une contrée marécageuse et des îles lointaines.
Au Moyen Âge, pendant la pré-Renaissance et la Première Renaissance vignette|upright|Travaux des champs : mois de mars, château de Lusignan à l'arrière-plan. Les Très Riches Heures du duc de Berry 1411-1416.
Durant tout le Moyen Âge chrétien, le paysage est conçu comme œuvre divine et sa représentation fait référence à son créateur. Le « paysage commentaire », expression du byzantinologue , suggère l'accompagnement lyrique de la figure religieuse par le relief (ainsi Dieu est souvent représenté par une montagne).
Pendant la pré-Renaissance italienne des et s italiens, les primitifs italiens. inventent et introduisent le paysage dans le fond des tableaux pour humaniser la représentation religieuse et la rendre accessible car reconnaissable par leurs spectateurs. Ils remplacent ainsi les fonds dorés (d'un paradis inaccessible) par le bleu du ciel et les paysages bibliques sont calqués sur ceux de l'Italie pour être acceptés facilement. Néanmoins ils servent encore de faire-valoir à une scène religieuse ou allégorique, voire à un portrait.
À la Pinacothèque nationale de Sienne, deux petites peintures sur bois, qu’on date généralement de 1338 ou 1339, sont considérées comme les premiers « paysages purs » de l’histoire de la peinture occidentale, à une époque où le paysage est déjà un genre noble à part entière et depuis longtemps en Chine. Ces tableaux sont des morceaux de retables ou des panneaux de coffres., ils ont la simple fonction d'ornements.
Dès avant la Renaissance, le paysage sert parfois à exprimer les doctrines politiques. C'est le cas dans l'Allégorie et effets du Bon et du Mauvais Gouvernement d'Ambrogio Lorenzetti en 1338-1339. La fresque du mur oriental montre la ville et sa campagne, pleines d'activité, effets du bon gouvernement dans un pays en paix ; tandis que le mur occidental les montre désolés, incendiés, parcourus de soldats, dans un pays en guerre.. Mais cette représentation restera sans lendemain ; ..
Le paysage, à l'arrière-plan d'un sujet principal, occupe, dans la Première Renaissance, un rôle croissant, que ce soit dans les Flandres (comme La Vierge du chancelier Rolin, avec deux personnages qui regardent le paysage, au centre du tableau) ou en Italie (La Joconde de Léonard de Vinci).
Débuts du paysage comme sujet principal vignette|Saint François au désert, Giovanni Bellini, v. 1485. tempera et huile sur bois, H. . Frick Collection. La critique d'art a longtemps désigné le peintre anversois Joachim Patinier (1483-1524) comme l'inventeur du paysage comme genre ; .. Son contemporain Dürer le désigne comme . Dürer est lui-même le premier dont on conserve des aquarelles et gouaches qui ne montrent que le paysage, à l'exclusion de toute anecdote politique ou religieuse, produites pendant son voyage vers l'Italie dans les dernières années du ; mais à la différence de Patinier, il n'a pas vendu ces œuvres, d'ailleurs de petit format.
Les peintres de la lagune de Venise, au premier rang desquels Giovanni Bellini, découvrent, avec la peinture à l'huile, la possibilité d'unifier le tableau moins par la géométrie perspective, que par la lumière colorée, avec les couches de glacis superficielles. En conséquence, la place de l'architecture peut être réduite et le paysage prendre toute la place, comme dans Saint François au désert, que peint Giovanni Bellini et 1485. François étant saisi dans un geste explicite de relation avec le divin, ce geste qualifie le paysage en tant que Création divine. Mais le motif du paysage-Création est bien antérieur à ce tableau. Le motif du « jardin clos », fragment de nature humanisée, dans les Annonciations, séparé du paysage « naturel » par une clôture, est une forme symbolique de représenter, en partie, le mystère de l'Incarnation dans les petites fleurs blanches et rouges qui en tapissent la verdure, comme l'a rappelé Georges Didi-HubermanGeorges Didi-Huberman. Fra Angelico. Dissemblance et figuration, Flammarion, 1990. à propos de l'Annonciation peinte par Fra Angelico au couvent San Marco.
vignette|upright|La Tempête. Giorgione. Huile sur toile, ., vers 1505. Gallerie dell'Accademia de VeniseUne meilleure reproduction est consultable sur .. À la Renaissance, le paysage sert encore à exprimer des utopies urbaines, c'est le cas pour un projet d'aménagement de Florence, montrant un paysage urbain idéal. Le paysage de nature est souvent perceptible dans les représentations de scènes intérieures à travers le cadre des fenêtres, dans la peinture flamande, en particulier. Il va prendre une place de plus en plus importante, jusqu'à occuper toute la surface de la toile, dans La Tempête de Giorgione. Selon Jaynie Anderson (1996). l'interprétation la plus convaincante reconnait dans la scène une illustration du Songe de Poliphile, lorsque le héros découvre, dans sa quête de l'Antiquité, Vénus allaitant Cupidon avec ses larmes. Au fond du paysage, le mélange de tours classiques et de bâtisses campagnardes semble être une illustration du Jardin du destin dans cet ouvrage, dont les gravures sont remplies de monuments à l'antique. L'atmosphère colorée harmonieuse de cet instant traversé par un éclair a fait le succès universel du tableau.
À l'époque classique et baroque thumb|Nicolas Poussin, 1637-1638. Et in Arcadia ego. (deuxième version). Louvre. La peinture de paysage se développe considérablement au dans les Pays-Bas où la Réforme protestante interdit les images dans les églises. Le paysage, les scènes pastorales, sont alors achetés sur les marchés, et collectionnés. À côté de Ruisdael (1628-1682) et Vermeer, que l'histoire a retenu, une foule de petits maîtres prolifère. Beaucoup se font une spécialité du paysage de petit format.
En France, Roger de Piles distingue deux types de paysages, en 1667, dans son Cours de peinture par principes. : Le paysage héroïque, Le paysage pastoral ou champêtre . Ces styles de paysage diffèrent par l'aspect général des sites ainsi que par la nature des figures et des constructions humaines qui s'y trouvent, les fabriques. Les peintres s'orientent vers l'un ou l'autre style selon leur tempérament. La peinture de paysage présente pour l'artiste, écrit-il, beaucoup d'attraits, à cause de la diversité des formes et de la complexité de la perception de l'espace.
Claude Gellée, dit « le Lorrain », peint ainsi des paysages composés qui idéalisent la nature, répondant plus aux sentiments du peintre qu'à la réalité.. S'intéressant plus à la lumière qu'à la topographie., il ouvre une longue tradition qui culminera au ..
Presque un siècle plus tard, Watelet préfère classer les styles de paysage selon la proportion de beauté idéale que l'artiste y a placé :