Kurt Waldheim (Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API. ), né le à St. Andrä-Wördern (Autriche) et mort le à Vienne, est un diplomate et homme d'État autrichien. Il est secrétaire général des Nations unies de 1972 à 1981 et président fédéral de la république d'Autriche de 1986 à 1992.
Son rôle comme officier de renseignement de la Wehrmacht dans la réussite de l'opération Kozara menée contre les partisans et la population au Monténégro et en Macédoine fait l'objet en 1985-1986 d'une controverse, l'« affaire Waldheim ». Un comité international d'historiens militaires conclut qu'il n'y et qu'.
À la suite des révélations sur son passé nazi, Waldheim est déclaré persona non grata en 1987 aux États-Unis ainsi que dans d'autres pays. Au terme de son mandat présidentiel en 1992, il ne cherche pas à se représenter.
Biographie Jeunes années Kurt Josef Waldheim est né le au village de St. Andrä-Wörden près de Vienne en Basse-Autriche« Kurt Waldheim est mort », lefigaro.fr, 14 octobre 2007.. Son père, instituteur puis inspecteur d'école de confession catholique et d'origine tchèque, du nom de Watzlawick (en tchèque Václavík), avait germanisé son nom en Waldheim cette année-là« WALDHEIM KURT (1918-2007) », Encyclopaedia Universalis., alors que s'effondrait la monarchie de la maison de Habsbourg-Lorraine.
Le jeune Kurt entre au lycée de l'abbaye de Klosterneuburg, où il rejoint la Fraternité catholique de Comagène. Puis, en 1936-1937, il fait son service militaire dans l'unité de cavalerie du des Dragons de l'armée autrichienne. Il fréquente ensuite l'Académie consulaire de Vienne qui forme les diplomates autrichiens et obtient son diplôme de droit en 1939.
Alors que son père milite au Parti social chrétien, le jeune homme rejoint les rangs de la Ligue des étudiants allemands national-socialistes, une section du parti nazi, puis devient, selon le magazine Profil, membre du corps à cheval de la SA, les Reiter-SAJérôme Segal, « Kurt Waldheim : un « éclaireur » ? », dans L'Arche, , juillet 2007, : . Selon Simon Wiesenthal, Waldheim objecta qu'il avait simplement appartenu à un club équestre et ne savait pas que celui-ci avait été incorporé dans la SA. Il n'avait jamais signé de formulaire d'adhésion à la SA et ne s'était donc pas considéré comme membre. De fait, aucun document de la SA avec la signature de Waldheim n'a été trouvé Simon Wiesenthal, « The Waldheim Case », dans Contemporary Jewish Writing in Austria, edited by Dagmar Lorenz, University of Nebraska Press, .
Au printemps 1940, il est mobilisé. Il devient rapidement sous-lieutenant.
En , il soutient sa thèse de doctorat « L'idée du Reich chez Konstantin Frantz » à l'université de Vienne. Le , à Vienne, il épouse Elisabeth Ritschel, fille d'un nazi autrichien bien en vue et elle-même militante nationale-socialiste et nazie convaincue Dan van der Vat, Obituary. Kurt Waldheim, The Guardian, 15 juin 2007: .Encyclopædia Universalis, : . Ils auront trois enfants, une fille née en 1945, Lieselotte Waldheim-Natural, qui travaille aux Nations unies, une autre fille, Christa Waldheim-Karas, qui est devenue artiste et a épousé Othmar Karas, député européen de nationalité autrichienne, et un fils Gerhard Waldheim, qui est un banquier d'investissement.
États de service militaires pendant la Seconde Guerre mondiale Vue d'ensemble Début 1941, Waldheim est incorporé dans la Wehrmacht et envoyé sur le front de l'Est en tant que chef d'escouade. En décembre de la même année, il est blessé et envoyé à l'hôpital à Francfort-sur-l'Oder puis à Vienne. Une fois rétabli, il est envoyé en Bosnie occidentale puis à Salonique dans le nord de la Grèce Dietmar Henning, « Kurt Waldheim (1918-2007). Ex-UN chief's Nazi past covered up », World Socialist Web Site, Published by the International Committee of the Fourth International (ICFI), 21 juin 2007 : .. Ce sont ces états de service de 1942 à 1945 (soit de 24 à 27 ans) qui font l'objet d'une controverse en 1985 et 1986.
En 1985, dans son autobiographie Dans l'œil de la tempête, il affirme qu'il n'eut plus à retourner au front et qu'il passa le reste de la guerre à achever ses études de droit à l'université de Vienne. Des documents et des témoins apparus depuis lors révèlent qu'il continua de servir dans les Balkans en 1942-1945, contrairement à ce qu'il prétendaitDan van der Vat, op. cit. : ..
Affectations en Italie, Yougoslavie et Grèce (1942-1945) Les états de service de Waldheim dans le groupe d'armées E de 1942 à 1945 tels qu'établis par la Commission internationale des historiens International Commission of Historians Designated to Establish the Military Service of Lt. Kurt Waldheim, The Waldheim Report. Submitted 8 February 1988 to Federal Chancellor Franz Vranitzky, Museum Tusculanum Press, 1993 . : interprète et officier de liaison auprès de la alpine (Italie) en avril- ; officier 02 (communications) dans le groupe de combat de Bosnie occidentale en juin- ; interprète auprès du personnel de liaison affecté à la italienne à Tirana début été 1942 ; officier 01 dans le groupe de liaison allemand auprès de la italienne et dans le groupe d'armées du Sud en Grèce de juillet à ; officier 03 dans le groupe d'armée E à Arsali, Kosovska, Mitrovica et Sarajevo d' à janvier-. Dans ce groupe d'armées E, il est sous les ordres du général Alexander Löhr, surnommé le Walther-Peer Fellgiebel, Die Träger des Ritterkreuzes des Eisernen Kreuzes, 1939-1945, Podzun-Pallas, 2000 .Dan van der Vat, op. cit. : ..
En 1986, il déclara qu'il était simplement interprète et secrétaire, et qu'il n'avait eu connaissance ni de représailles contre des civils là où il était ni de massacres dans les provinces yougoslaves voisines, alors que ses initiales figurent sur des rapports concernant la déportation en masse de juifs de Grèce dans les camps de la mort, la répression sanglante de partisans et l'exécution sommaire de commandos britanniques capturésDan van der Vat, op. cit. : ..
Le rôle de Waldheim, en tant qu'officier d'état-major, dans la réussite militaire de l'opération Kozara menée contre les partisans et qui vit des représailles sanglantes contre les populations civiles au Monténégro et en Macédoine orientale, a été mis en lumière par divers documents. Selon une enquête menée après-guerre, des détenus étaient régulièrement abattus à quelques centaines de mètres de son bureau ainsi qu'au camp de concentration de Jasenovac « Kurt Waldheim », The New York Times, 15 juin 2007 : Dennis Casey, « Kurt Waldheim: man of mystery », Spokesman Magazine, : . Le nom de Waldheim figure sur la liste d’honneur de la Wehrmacht parmi les personnes ayant assuré la réussite de l'opération. L’État de Croatie lui remit pour son rôle la médaille d'argent de l’Dietmar Henning, op. cit. : ..
Selon , directeur de l’ (, « bureau des recherches spéciales ») du ministère de la Justice américain en 1944, Waldheim relut et approuva des tracts de propagande antisémite devant être largués derrière les lignes soviétiques, un de ces tracts se terminant par
En 1945, l'officier Waldheim se rendit aux forces britanniques en Carinthie.
Carrière diplomatique et ministérielle (1945-1981) Rapidement « blanchi », Kurt Waldheim devient, en 1945, secrétaire de Karl Gruber, le ministre des Affaires étrangères conservateur chrétien. Dès 1945, il entame une carrière diplomatique. Bien que les Yougoslaves désirent le faire inscrire sur le fichier de l'ONU des criminels de guerre supposés, de 1948 à 1951 il est premier secrétaire à l'ambassade d'Autriche à Paris, puis chef du personnel au ministère des Affaires étrangères de l'Autriche jusqu'en 1955Dietmar Henning, op. cit. : ..
Il est ensuite nommé observateur permanent autrichien à l'ONU en mai 1955, avant de représenter l'Autriche comme ambassadeur auprès du Canada (1956-1960)Dietmar Henning, op. cit. : .. Il retourne ensuite en Autriche où il utilise ses anciennes relations pour accélérer sa carrière diplomatique. Il occupe plusieurs postes de direction au ministère des Affaires étrangères, dont celui de directeur général des affaires politiques de 1962 à 1964Dietmar Henning, op. cit. : ..
De 1964 à 1968, il retourne à l'ONU comme représentant de l'AutricheDietmar Henning, op. cit. : . et participe à des travaux sur l'utilisation de l'espace extra-atmosphérique. Bien que n'appartenant à aucun parti politique, il est ministre des Affaires étrangères de 1968 à 1970 au sein du gouvernement du Parti populaire autrichienDietmar Henning, op. cit. : .. Il retourne à l'ONU à son départ du gouvernement, d'abord à l'Agence internationale de l'énergie atomique, puis comme représentant de l'Autriche (1970-1972). En 1971, il est le candidat du parti conservateur ÖVP aux élections présidentielles, mais échoueDietmar Henning, op. cit. : ..
vignette|Kurt Waldheim en 1971. vignette|droite|Discours du secrétaire général de l'ONU, Kurt Waldheim, lors du lever du drapeau de la RDA, nouvellement admise, le 18 septembre 1973.
Il accède au poste de secrétaire général de l'ONU en janvier 1972, et à ce titre prononce le message de paix envoyé dans l'espace au nom de l'humanité dans les sondes Voyager « Voyager. The Interstellar Mission - Golden Record », site du Jet Propulsion Laboratory.. Il s’implique fortement dans les interventions de l'ONU pour résoudre les crises, notamment le conflit israélo-arabe, et est réélu pour un second mandat par acclamation en 1976. Il met également l'accent sur la nécessité d'un développement économique des pays les plus pauvres.
Il réagit également aux massacres de Hutus au Burundi, dans un rapport de juin 1972, les qualifiant de génocide.
Il échoue à obtenir un troisième mandat, la Chine ayant mis son veto The Times, « Kurt Waldheim. Obituary », The Times, 15 juin 2007 : ..
Enseignement de la diplomatie à l'université de Georgetown (1982-1984) Waldheim passa les deux années suivantes à enseigner la diplomatie comme visiting professor, selon David Childs, à l'université de Georgetown« Kurt Waldheim (1918-2007) », Österreichische Präsidentschaftskanzlei. David Childs, « KURT WALDHEIM; : à Washington, aux États-Unis.
Présidence fédérale d'Autriche (1986-1992) Waldheim s’était présenté sans succès aux élections présidentielles autrichiennes en 1971. De retour dans son pays, il se lança comme candidat à l'élection présidentielle de 1986. Dans le cadre de sa campagne, il publia en 1985 une autobiographie, Im Glaspalast der Weltpolitik (en français « Dans l'œil de la tempête »). Il y rapporte qu'après l'Anschluss son père fut arrêté par la Gestapo et que lui-même, alors membre de la Jungvolk autrichienne, avait distribué des tracts appelant à la résistance et s'était fait copieusement rosser. Enrôlé de force dans la Wehrmacht, écrit-il, il se retrouva au front russe dans une unité pleine de contestataires où, la nuit, sous les draps, il lisait des tracts anti-nazis. Après avoir été blessé, il revint, soulagé, à Vienne pour y poursuivre ses études de droit « Kurt Waldheim, a diplomat with a selective memory, died on June , aged 88 », The Economist, : . Pris de soupçons devant ces états de service, ses adversaires se mirent à fouiller son passéThe Times, op. cit. : ..
Il est cependant élu président de la république d'Autriche le , sous les couleurs de l'ÖVP.
« L'affaire Waldheim »
C'est pendant la campagne présidentielle de 1985 que resurgit son passé d'officier dans la Wehrmacht, déclenchant ce qui est connu internationalement sous le nom d'« affaire Waldheim ».