thumb|250px|La région de l'Amazone, théâtre de la fièvre du caoutchouc.
À la fin du XIXᵉ siècle, la demande mondiale du caoutchouc provoque un progrès économique en Amazonie, dont l’apogée se situe en 1890. La fièvre du caoutchouc (Ciclo da borracha en portugais) est un épisode important de l’histoire économique et sociale des pays ayant des territoires amazoniens, comme le Brésil, la Bolivie, le Pérou, la Colombie et l’Équateur. Cette fièvre, liée à l’extraction et la commercialisation du caoutchouc, eut comme épicentre la région amazonienne, perturbant le processus colonisateur, attirant les richesses et provoquant des transformations culturelles et sociales, en plus de donner une grande impulsion à des villes amazoniennes telles Iquitos au Pérou, Belém do Pará au Brésil et en particulier à la ville brésilienne de Manaus, qui est encore de nos jours la principale ville amazonienne et la capitale de l’État d’Amazonas. La fièvre du caoutchouc connut son apogée entre 1879 et 1912, suivie longtemps après d’une résurrection dans les années 1942-1945.
La découverte de la vulcanisation et de la chambre à air dans les années 1850 donna lieu à une « fièvre extractive du caoutchouc ».
thumb|Extraction du latex d’un arbre à caoutchouc ou Seringueira (en portugais).
On appelle caoutchouc le lait ou latex de plusieurs plantes. Il existe toute une variété de gommes, parmi lesquelles l'hévéa, la gutta-percha, la balata et le jebe. Les arbres qui produisent ces substances sont, entre autres, les hévéas, le Palaquium gutta, le guayule, le Ficus elastica et le Castilloa ulei.
La première usine de production de caoutchouc (bandes élastiques et suspensoirs) fut construite à Paris en 1803. Cependant, le caoutchouc présentait encore certains inconvénients : avec l’augmentation de la température ambiante, la gomme base devenait plus molle et collante, et redevenait plus dure et cassante lorsque la température diminuait.Les Indiens d’Amérique centrale furent les premiers à découvrir et à mettre à profit les propriétés particulières du caoutchouc naturel. Entre-temps, c’est dans la forêt amazonienne que se développa l’activité d’extraction du caoutchouc à partir de l'arbre à caoutchouc ou seringueira (en portugais), un arbre de la famille des Euphorbiaceae, connu aussi sous le nom d’arbre de la fortune.
Du tronc de cet arbre, il est extrait un liquide blanc, ou latex, composé de 35% d’hydrocarbures, parmi lesquels se détache le 2-méthylbuta-1,3-diène (C5H8), plus connu sous le nom d’isoprène ou monomère du caoutchouc naturel.
Le latex est une substance pratiquement neutre, au pH compris entre 7,0 et 7,2. Cependant, après une exposition à l’air de 12 à 24 heures, le pH descend à 5,0 et il se produit une coagulation spontanée, formant un polymère qui est le caoutchouc, dont la formule chimique est , dans laquelle n est de l’ordre de et dont la masse moléculaire moyenne est de à .
Le caoutchouc obtenu de cette manière présente une série d’inconvénients : l’exposition à l’air entraîne une contamination du liquide extrait par d’autres matières (détritus), ce qui le transforme en une substance périssable et poisseuse sous l’effet de la température. Un processus industriel permet d’éliminer les impuretés, avant l’application du processus de vulcanisation, qui donne comme résultat la disparition des propriétés indésirables du caoutchouc. De cette manière, le caoutchouc devient plus résistant aux solvants et aux variations de température, acquiert d’excellentes propriétés mécaniques et perd son caractère gluant.
Fièvre du caoutchouc au Brésil La première fièvre du caoutchouc au Brésil : 1879-1912 Pendant les quatre premiers siècles et demi après la découverte de l’Amérique, comme personne ne découvrit d’importants gisements d’or ou de minéraux précieux dans l’Amazonie brésilienne, elle resta en état d’isolement, du fait que ni la couronne portugaise ni, ultérieurement, l’empire brésilien n’eurent d’intérêt à développer des actions gouvernementales dans la région. Dépendante de l’exploitation forestière, l’économie régionale se développa sous forme de cycles ou « fièvres » en fonction de l’intérêt du marché pour les diverses ressources naturelles de la région.
Caoutchouc : des gains assurés Le développement technologique et la révolution industrielle en Europe furent l’élément déclencheur qui fit du caoutchouc naturel, jusqu’alors produit exclusivement amazonien, un produit très demandé qui se valorisa sur le marché mondial engendrant des profits et des dividendes pour quiconque s’aventurait dans ce commerce.
À partir du début de la seconde moitié du , le caoutchouc commença d'exercer une forte attraction sur les entrepreneurs visionnaires. L’activité extractive du latex en Amazonie devint immédiatement une activité très lucrative. Le caoutchouc naturel conquit une position importante dans les industries d’Europe et d’Amérique du Nord, atteignant des prix élevés. Cela déclencha l’arrivée de personnes étrangères au Brésil, qui venaient dans l’intention de connaître le fameux arbre à caoutchouc et les méthodes d’extraction, dans le but de faire du profit par ce nouveau commerce.
L’extraction du caoutchouc est à l'origine de la création des villes de Manaus et de Belém et d’autres agglomérations brésiliennes, qui devinrent rapidement des villes grâce à la richesse apportée par le caoutchouc.
Le projet de ligne ferroviaire thumb|300px|La fièvre du caoutchouc justifia la construction du chemin de fer Madeira-Mamoré.
L’idée de construire un chemin de fer sur les rives des ríos Madeira et Mamoré apparut en Bolivie en 1846. Comme ce pays ne pouvait pas sortir la production de caoutchouc à travers son territoire, il était nécessaire de créer une alternative qui permette d’exporter le caoutchouc par l’océan Atlantique.
L’idée initiale optait pour la voie fluviale, empruntant le río Mamoré en territoire bolivien puis le río Madeira au Brésil. Mais le tracé présentait de grands obstacles naturels : vingt séries de rapides empêchant la navigation. La construction d’une voie ferrée remplaçant par voie de terre le tronçon fluvial problématique fut envisagée.
En 1867, les ingénieurs José et Francisco Keller organisèrent une grande expédition dans la région des rapides du río Madeira, pour trouver une forme plus adaptée de transport du caoutchouc et simultanément le meilleur tracé d’une éventuelle voie ferrée.
Bien que l’idée de la navigation fluviale fût compliquée, en 1869, l’ingénieur américain George Earl Church obtint du gouvernement bolivien la concession pour créer une entreprise afin d’explorer des alternatives pour assurer la navigation entre les rios Mamoré et Madeira. Mais peu de temps après et voyant les difficultés de cette entreprise, Church changea son projet et se focalisa sur la possibilité de construire un chemin de fer.
Les négociations continuèrent et, en 1870, Church reçut du gouvernement brésilien le permis de construire une ligne ferroviaire pour contourner les rapides du río Madeira.
La question de l’Acre thumb|300px|Territoire de l’État actuel de l’Acre au Brésil.
Mais, vers la fin du , l’extraction démesurée et incontrôlée du caoutchouc finit par provoquer un conflit international. Les travailleurs brésiliens pénétraient toujours plus avant dans les forêts du territoire bolivien, à la recherche de nouveaux arbres à caoutchouc pour en extraire le précieux latex, engendrant des conflits et des accrochages avec les Boliviens, ce qui entraîna les deux pays dans la guerre de l'Acre.
La République brésilienne actuellement appelée « vieille république », récemment proclamée, tirait un profit maximum des richesses venant de la vente du caoutchouc, mais la Questão do Acre (Question de l’Acre, comme étaient désignés les conflits frontaliers pour cause d’extraction du caoutchouc) préoccupait beaucoup.
L’intervention du Baron du Rio Branco et de l’ambassadeur , en partie financée par les « magnats du caoutchouc », culmina avec la signature du traité de Petrópolis, menée à terme le sous le gouvernement du président Rodrigues Alves. Ce traité mit fin au contentieux avec la Bolivie, garantissant le contrôle et la possession par le Brésil des terres et des forêts de l’Acre.
Le Brésil obtint la souveraineté définitive sur la région, donnant en échange de terres dans l’État du Mato Grosso, le paiement de deux millions de livres sterling et de l’engagement de construire une ligne ferroviaire reliant le Mamoré et le Madeira et permettant le libre accès des marchandises boliviennes (tout d'abord le caoutchouc) aux ports brésiliens de l’Atlantique (à l’origine « Belém do Pará », à l’embouchure de l’Amazone).
En raison de cet épisode historique, la capitale de l’Acre reçut le nom de « Rio Branco » et deux municipalités le nom des deux plus importantes personnalités : « Assis Brasil » et « Plácido de Castro ».
La question de l’Acre du point de vue péruvien Le territoire péruvien s’étendait jusqu’au rio Madeira au Brésil. Cependant, de 1867 à 1909, tout le territoire de l’Acre passa au Brésil sans livrer bataille. Les droits présumés du Brésil sur cette zone étendue remontaient au fait qu’en 1867, le président bolivien Mariano Melgarejo avait cédé des territoires péruviens au Brésil - comme s'ils lui appartenaient - et qu’il le fit à nouveau en 1889 par le traité de Petrópolis, après une longue guerre frontalière de près de 30 ans. Depuis lors, le Brésil voulut s’approprier par la force les terres en question, en voulant s’étendre jusqu’au rio Purus et au rio Juruá.
Le , la garnison péruvienne d’Amuheya repoussa un détachement brésilien qui lui demandait d’abandonner sa position. En 1903, une barque avec à bord des Péruviens du commissariat de Chandles subit des coups de feu dans la région de l’Acre. En 1904, le colonel brésilien José Ferreira arriva au rio Santa Rosa, affluent du Purús, et confisqua du caoutchouc à des extracteurs péruviens. En novembre de la même année, la garnison d’Amuheya se rendit à des forces brésiliennes supérieures après deux jours de combats. La défense militaire de la région étant considérée comme impossible, la perte péruvienne devint effective par le traité Velarde-Rio Branco de 1909 et un découpage territorial complémentaire eut lieu par le traité Polo-Sánchez Bustamante, également en 1909.
Construction, apogée et déclin du chemin de fer Madeira-Mamoré La ligne ferroviaire Madeira-Mamoré, connue également comme le « chemin de fer du diable » (en ), car sa construction coûta la vie de près de six mille travailleurs, fut construite sous la direction de l’entrepreneur américain Percival Farquhar. La construction de la ligne commença en 1907 sous le gouvernement d’Afonso Pena et fut un des épisodes les plus significatifs de l’histoire de la colonisation de l’Amazonie, montrant la claire intention d’intégrer la région dans le marché mondial par le biais de la commercialisation du caoutchouc.
Le , fut inauguré le dernier tronçon de la ligne ferroviaire. Cependant, le destin de ce chemin de fer qui fut construit dans l’objectif de transporter le caoutchouc et d’autres produits de la région amazonienne, tant de la Bolivie que du Brésil, jusqu’aux ports de l’océan Atlantique, se termina mal, à cause de la chute vertigineuse du prix du latex sur le marché mondial qui ruina le commerce du caoutchouc, de la mise en service de deux autres lignes ferroviaires (l’une construite au Chili et l’autre en Argentine) qui supplantèrent le transport de produits par le chemin de fer Madeira-Mamoré, et de la mise en service du canal de Panama le .
À ces faits, s’ajoutèrent les facteurs environnementaux : la forêt amazonienne elle-même, avec sa pluviosité élevée, se chargea de détruire des tronçons entiers de la voie, des plates-formes et des ponts, rendant la maintenance de la ligne très difficile.