Les remparts de Vannes sont les fortifications érigées entre les pour protéger la ville de Vannes dans le département du Morbihan en France. Fondée par les Romains à la fin du sous le règne d’Auguste, la civitas Venetorum se voit contrainte de se protéger derrière un castrum à la fin du , alors même qu'une crise majeure secoue l’empire romain. Cette première enceinte demeure la seule protection de la cité pendant plus d’un millénaire. C’est à l’époque du duc Jean IV, à la fin du , que l’enceinte de la ville est réédifiée et étendue vers le sud pour protéger les nouveaux quartiers. Le duc veut faire de Vannes non seulement un lieu de résidence mais également une place forte sur laquelle il peut s’appuyer en cas de conflit. La superficie de la ville intra-muros est doublée et le duc adjoint à la nouvelle enceinte sa forteresse de l’Hermine.

Les guerres de la Ligue de la fin du obligent la ville à se doter de plusieurs bastions polygonaux (Gréguennic, Haute-Folie, Brozilay, Notre-Dame). L’éperon de la Garenne est le dernier ouvrage défensif construit à Vannes vers 1630. À partir de 1670, le roi Louis XIV vend morceau par morceau les éléments des remparts afin de financer ses guerres. L'événement le plus significatif est, en 1697, le don à la ville de Vannes des ruines du château de l'Hermine, qui servent alors au réaménagement du port et à l'entretien des bâtiments municipaux.

Les aménagements urbains du ont pour conséquence la démolition de plusieurs segments de la muraille nord et ouest. Il faut attendre la destruction partielle en 1886 de la porte Prison, un des plus vieux accès à la vieille ville, pour voir des Vannetais attachés à leur patrimoine se réunir pour former une association de défense du patrimoine en 1911. S’ensuit la mise en place progressive de la protection des remparts au titre des monuments historiques entre 1912 et 1958. Depuis plusieurs décennies, la ville entreprend la remise en état et la mise en valeur des parties des remparts dont elle est propriétaire. Clé de voûte du patrimoine vannetais et élément touristique par excellence, les remparts de Vannes comptent parmi les rares fortifications urbaines qui subsistent encore en Bretagne.

Histoire La première enceinte

À la fin du , sous la menace des peuples germaniques, l'empereur Probus autorise Darioritum, comme toutes les cités du litus Saxonicum, à élever des fortifications. La bourgade antique de Vannes s'entoure dès lors de remparts sur la colline du Mené et abandonne la colline de Boismoreau qui formait le cœur de la cité.. L'élection de cet emplacement tenait à sa configuration : la colline du Mené est à cette époque un promontoire rocheux entouré de marécages.. Cette première enceinte est grossièrement triangulaire et s'étend de l'actuelle rue du Méné, au nord, jusqu'à la place des Lices, au sud. Il s'agit plus précisément d'un « hexagone irrégulier comprenant trois grands côtés, de longueurs inégales, reliés l'un à l'autre par trois petits côtés, aussi de longueurs inégales ».. Cette première enceinte, d'un périmètre inférieur à , englobe environ Selon les calculs de Jules de la Martinière (L'enceinte romaine de Vannes), cette enceinte mesurait pour une superficie englobée de . L'ouvrage de Claudie Herbaut, Gérard Danet et Christophe Le Pennec (Les remparts de Vannes, Découverte d'une ville fortifiée des origines à nos jours) fait mention d'un périmètre de pour une superficie avoisinant les ..

Les sources se tarissent ensuite sur les siècles qui suivent. Ce qui est certain, c'est qu'une forteresse est attestée au sur la muraille nord. Certaines sources mentionnent les ou s comme période possible pour sa construction, puisqu'il semblerait qu'Eusèbe, roi semi-légendaire de Vannes, utilisait déjà ce château comme demeure au début du Chapitre V : Château de la Motte. Cette forteresse a été baptisée château de la Motte. Son étymologie n'est pas tranchée : peut-être à cause de sa position dominante sur la ville ou à cause d'importants exhaussements lors des travaux de terrassements. Le château de la Motte est par la suite la demeure des comtes de Vannes, puis celle de certains des rois et ducs de Bretagne, entre autres : Macliau, Waroch, Nominoë ou encore Jean et Pierre Mauclerc. thumb|upright=0.8|left|Prise de Vannes par Guillaume Fillastre (). thumb|Le litus Saxonicum. thumb|La partie romaine des remparts, au nord de la tour Joliette. Les guerres incessantes du duc avec ses voisins au cours du fragilisent les remparts. Ainsi, la cité est assiégée cinq fois entre 1156 et 1175, à deux reprises par Henri Plantagenêt (en 1168 et 1175).. C'est ainsi que le duc Jean décide d'engager à partir de 1237 la réfection des remparts. Le séisme de 1287 incite son successeur, Jean II, à continuer les travaux, qui se terminent en 1305. Le château de la Motte, trop endommagé par ce séisme, est alors cédé à l'évêque Henri Tore. Celui-ci décide sa reconstruction à partir de 1288 pour en faire le manoir épiscopal de la Motte, la demeure des évêques de la ville..

En 1342, en pleine guerre de Succession de Bretagne, la ville subit quatre autres sièges en changeant de mains plusieurs fois entre le parti de Charles de Blois, soutenu par les Français, et celui de Jean de Montfort. Les Vannetais, qui se déclarent favorables à Jean de Montfort en 1341, se rendent à l'armée de Charles de Blois au début de l'année 1342, mais une armée anglaise, commandée par Robert III d'Artois, reprend la ville au mois d'août. Quelques jours plus tard, Olivier de Clisson reprend la ville pour le compte des Français au bout d'un nouveau siège où Robert d'Artois est mortellement blessé. La ville résiste victorieusement à un dernier siège mené par Édouard III d'Angleterre en novembreChapitre I : Première enceinte.

L'accès à la ville close pendant le Haut Moyen Âge se fait par cinq portes : Saint-Patern, Saint-Salomon, Bali, Saint-Jean et Mariolle..

La seconde enceinte thumb|Sceau du duc Jean IV de Bretagne.

Après la guerre, Jean IV, fils de Jean de Montfort, désigné duc de Bretagne par le traité de Guérande, fait réparer et agrandir les remparts vers le sud pour englober les faubourgs de la ville. La superficie de la ville close passe alors de .. Deux portes et leurs barbacanes, Calmont et Gréguennic, sont ajoutées à l'enceinte ; la ville se dote également de trois tours vers le milieu du : la tour du Bourreau, la tour Poudrière et la tour Joliette. Les travaux ne seront réellement achevés que sous les règnes de Jean V et de François II..

Jean IV ajoute à ce renforcement des défenses de la ville l'édification de sa nouvelle demeure, le château de l'Hermine, dont la construction va s'étendre de 1380 à 1385. Pour ce faire, il échange le moulin qu'il possède à Pencastel (Arzon) contre celui de la Garenne, appartenant à l'abbaye Saint-Gildas de RhuysChapitre VI : Château de l'Hermine. Preuve de l'importance naissante de cette nouvelle résidence, les naissances et les mariages s'y succèdent à la fin du siècle et au début du suivant : Jean V y naît en 1389. et Jeanne de Navarre y épouse Henri IV d'Angleterre par procuration en 1402.. Elle devient le lieu de résidence quasi permanent des ducs suivants jusque François II, qui préfère le séjour nantais, où il se fait bâtir un nouveau château. Le château de l'Hermine devient alors lieu de refuge ou de détention, au gré de la volonté du duc et de la qualité de ses « invités » : lieu de séjour de Charles de France en lutte contre son frère Louis XI entre 1466 et 1467 ou de Henri Tudor en 1483-1484 et prison de Guillaume Chauvin, ex-chancelier de Bretagne, entre 1481 et 1484.. thumb|redresse|Seconde prise de Vannes par Jean de Wavrin (milieu du ). La guerre se ravivant quelques années plus tard, la ville est assiégée et prise à cinq reprises entre 1487 et 1490.. La défaite bretonne lors de cette guerre sonne le glas de l'indépendance bretonne, concrétisée près de quarante ans plus tard, le , avec la requête des États de Bretagne, au château de la Motte, auprès du roi de France François pour l'union de la Bretagne à la France..

Cette miniature de Jean de Wavrin représente la seconde prise de Vannes en 1342 par Jean de Montfort et le camp anglais. Le combat a lieu dans les fossés de la cité entre la tour Poudrière et la porte Prison. Anachronique puisque ces éléments ont été construits après 1430 et que la tour romane de la cathédrale située en arrière-plan ne fut reconstruite qu'après 1450, cette représentation est cependant fidèle aux remparts du milieu du . Les armes (épées et arcs) des soldats sont typiques du milieu du alors que les archères sont adaptées à l'artillerie à feu (milieu )..

Des derniers renforcements au démantèlement partiel thumb|left|170px|Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur. L'intégration de la Bretagne au royaume de France apporte une certaine accalmie, tant économique que militaire. L'utilité des remparts est moins certaine, mais la ville continue à les entretenir dans une certaine mesure au , bien que la démolition du château de l'Hermine ait été décidée à cette époque.

À la fin du , quand sévissent les guerres de religion, plusieurs villes stratégiques en Bretagne adoptent le principe des fortifications bastionnées, une obligation liée à l'amélioration de l'artillerie. Sous la Ligue, Vannes se rallie au duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et ligueur. Lors de son séjour à Vannes en 1592, il emploie ses ingénieurs et ses architectes à l'amélioration des fortifications de la cité.. La ville entreprend alors le renforcement des remparts au moyen des bastions de Gréguennic, Brozillay et Haute-Folie au sud-est de l'enceinte. Au sud, une ouverture est percée pour la communication avec le port. C'est la porte de Kaër-Calmont, qui deviendra porte Saint-Vincent quelques décennies plus tard. Entre 1594 et 1598, des troupes espagnoles sont postées dans la ville conformément aux vœux du duc de Mercœur et du gouverneur de Vannes, René d'Arradon. Les caisses de la ville sont vides et les travaux ne sont toujours pas achevés en cette fin de ..

Après l'échec de la Ligue, Vannes subit les contrecoups de l'instabilité politique et des évènements qui se passent sur les côtes de l'Atlantique. Bien que la cité n'ait plus de rôle stratégique, son enceinte reçoit d'ultimes aménagements défensifs dans les premières décennies du . Les bastions élevés en grande hâte sous la Ligue sont améliorés entre 1611 et 1619. Jean Bugeau reconstruit en pierre le bastion de Notre-Dame. Celui de Haute-Folie est reconstruit suivant le principe de pilotis par André Bugeau. La porte Saint-Salomon devait également accueillir un bastion, mais le projet est resté sans suite. thumb|left|Plan de la prison criminelle en 1811 (Tour Prison)

Entre 1622 et 1624, Jean Bugeau est à la charge du chantier du pont et de la porte de Kaër-Calmont (Ker-Calmont). Les travaux s'achèvent en 1624, la porte est alors renommée porte Saint-Vincent en hommage au prédicateur saint Vincent Ferrier, mort à Vannes en 1419. L'éperon de la Garenne, destiné à protéger le passage de la porte Poterne est construit par l'architecte vannetais Antoine Angueneau entre 1626 et 1628 après le désistement du nantais Jacques Corbineau.

Vannes va connaître une extension urbaine dans la seconde moitié du et ceci grâce à une forte croissance économique et religieuse ainsi qu'à l'installation dans la cité du Parlement de Bretagne entre 1675 et 1689. À la suite de l'augmentation régulière de la population et pour faciliter la circulation dans l'intra-muros, la ville se consacre à divers aménagements. Avec la construction, entre 1678 et 1688, des portes Poterne et Saint-Jean par l'architecte François Cosnier, la ville compte désormais six portes.

thumb|Vergers au pied des remparts vers 1900.