Le sarcophage d'Aghia Triada est un sarcophage minoen découvert en 1903 sur le site archéologique d'Aghia Triada. Datant du avant notre ère, période de la présence mycénienne en Crète, il fut découvert dans une chambre funéraire, ou plutôt un petit bâtiment ayant servi de tombe. Unique par les matériaux, l'iconographie, les éléments narratifs, la technique et le style utilisés, le sarcophage d'Aghia Triada fournit un témoignage précieux sur les cérémonies religieuses et les rites funéraires minoens. Considéré comme un des exemples les plus connus de l'art égéen, il est conservé au Musée archéologique d'Héraklion.

Découverte et datation vignette|upright=1.4|Le sarcophage d'Aghia Triada, exposé au Musée archéologique d'Héraklion. Le sarcophage d'Aghia Triada a été découvert le 23 juin 1903 par Roberto Paribeni sur une colline abritant un cimetière de la fin de l'âge du bronze, près du site d'Aghia Triada. Cet édifice funéraire, dénommé tombe 4, est situé près de deux tombes à tholos (A et B) datant de la période prépalatiale, proche d'une zone d'enfouissement de larnakes, et à proximité d'une autre tombe de la période néopalatiale ou postpalatiale.

Le sarcophage fut découvert dans une chambre funéraire, ou plutôt un petit édifice ayant servi de tombe, mesurant . Les murs de l'édifice, qui ont été préservés sur une hauteur de à , s'arrêtent à la surface du sol et n'ont pas de fondations proprement dites. Ce bâtiment, aux murs épais et faits de petites pierres irrégulières, est le seul exemple de ce type dans tout le monde minoen et mycénien. Les murs ne comportent pas de traces de fresques. Les premières fouilles ne révélèrent pas de traces de toit, mais les pierres de la structure suggèrent qu'elles auraient pu servir de base à une structure en bois, peut-être similaire au bâtiment représenté sur le sarcophage lui-même. Contemporain de la présence mycénienne en Crète, le bâtiment allie éléments traditionnels de l'architecture minoenne et des formes mycéniennes. La tombe 4 est similaire à deux tombes mycéniennes, retrouvées à Pharsale, dans le nord de la Grèce. Une tombe similaire, plus proche et datant de la même période, fut découverte à Archánes. Comme les tombes A et B de Mycènes, les tombes d'Aghia Triada et d'Archánes étaient réservées à un groupe social limité.

Lors de la découverte du sarcophage, celui-ci fut retrouvé couché sur le côté. À l'origine, les côtés Nord et Est furent certainement ceux qui s'offraient en premier à la vue des visiteursPour des raisons pratiques nous appellerons les longs côtés du sarcophage Nord et Sud, ses largeurs Est et Ouest, en référence à l'orientation du sarcophage lors de sa découverte. du sarcophage faisaient front à la porte du tombeau. Le sarcophage était accompagné d'un larnax en terracotta sans décoration. Les deux cercueils possédaient vraisemblablement des couvercles, bien qu'aucun n'ait été retrouvé.

Ce larnax est l'unique exemplaire en calcaire trouvé à ce jour, et le seul à offrir une série de scènes décrivant le rituel funéraire minoen. La tombe et le sarcophage n'ont pu être datés à partir des objets retrouvés dans la tombe, mais le style du sarcophage permet de l'attribuer à la période transitoire entre le Minoen récent et . Longtemps considéré comme datant de -1400 à -1350 de nouvelles fouilles effectuées en 1997 par l'École italienne d'archéologie ont permis aux archéologues de donner une nouvelle datation au sarcophageLes fouilles italiennes établissent la datation du sarcophage comme étant du Minoen récent A2 avec les dates relativement précises de 1370-1360. Mais il existe des désaccords entre les experts à propos des limites chronologiques du MR A2. Alors que Warren et Hankey estiment qu'il s'étend de 1360 à 1330, d'autres, dont Rehak et Younger, l'établissent de 1370 à 1320. Par consensus, c'est plutôt cette dernière datation, la plus large, qui prédomine pour le sarcophage.. Il est désormais considéré comme datant de -1370 à -1320, qui correspond à la égyptienne, une période d'intenses relations entre la Crète et l'Égypte. Cette période correspond également à un changement culturel et économique en Crète, avec l'apparition de nouvelles coutumes funéraires dérivées des Mycéniens. La tombe 4 servit pendant une courte période, peut-être une génération, étant donné qu'aucune trace de culte n'y a été retrouvée par la suite.

Description Description générale vignette|upright=1.5|400px|Les 13 scènes du sarcophage. Le sarcophage d'Aghia Triada mesure de haut, de long sur de large, ce qui en fait un des plus grands cercueils jamais trouvé en Crète. C'est un cercueil de calcaire recouvert de plâtre, un plâtre que l'on retrouve habituellement sur les fresques murales minoennes. Chacun de ses côtés est peint de scènes religieuses, toutes différentes. Chacune de ces scènes est elle-même entourée de bandes et de décors d'ornementation. Les pieds sont eux-mêmes décorés. Les six faces du sarcophage offrent une série de treize mouvements. Le spectateur devait faire le tour complet du sarcophage pour avoir une vue complète de l'ensemble.

Deux squelettes reposaient dans le fond du cercueilUn autre squelette fut retrouvé dans l'autre larnax de la tombe 4. .. En plus d'os humain, un rasoir en bronze, un bol en serpentine, un coquillage de triton, et des fragments d'une figurine féminine ont été retrouvés.

Bien que les scènes ne représentent pas de processions de deuil comme on peut le voir sur les cercueils mycéniens, la présence d'os dans ce qui ressemble à une tombe permet de penser que le sarcophage d'Aghia Triada était un objet associé aux funérailles. Les scènes représentent des actes naturels et surnaturels associés aux croyances religieuses minoennes. Les fresques relativement sophistiquées permettent d'avancer que le sarcophage servait à recueillir la dépouille d'une personne haut placée dans la société minoenne.

Les sarcophages minoens étaient percés de trous dans leurs fonds, sans doute pour permettre aux liquides de s'évacuer. La culture minoenne semble avoir minimisé l'importance du corps physique. Après la décomposition du corps, les os étaient sans doute déplacés soit, dans un coin du sarcophage, soit sur le sol de la tombe elle-même, ou simplement déplacés dans un autre larnax qui servait alors d'ossuaire. Le sarcophage d'Aghia Triada n'échappe pas à la règle, puisque cinq trous sont visibles au fond de l'objet.

Les scènes ou mouvements peints sur le sarcophage, peuvent être décrits en treize épisodes : Un homme observant la procession Procession de trois hommes portant deux veaux et un bateau Une femme versant des libations, une femme transportant des paniers, un homme jouant de la lyre Deux oiseaux posés sur une double hache, prêts à s'envoler Procession de cinq femmes Un bœuf tué, deux chèvres et un joueur de lyre Un bœuf mourant, regardant le spectateur Femme faisant une offrande Oiseau venant de se poser sur une double hache, ou s'apprêtant à s'envoler Deux femmes dans un chariot tiré par deux griffons Oiseau en vol Trois personnages marchant Deux hommes dans un chariot tiré par une chèvre

Face Nord vignette Les décors peints de la face Nord du sarcophage sont les plus connus, les plus fréquemment représentés, mais aussi les mieux conservés. Ces décors se divisent en registres horizontaux superposés, encadrés latéralement par des ornements verticaux se développant le long des pieds du sarcophage.

Après une succession de registres présentant des motifs géométriques, lignes et rosettes, le registre principal, au centre, déploie une large et complexe composition figurée. À gauche sont visibles deux haches bipennes dorées aux manches gainés de feuillage. On observe dans la représentation de ces haches montées sur un manche, la volonté de transcrire une impression de profondeur : si les socles ornés sont représentés dans des proportions similaires, la hauteur des manches n'est pas la même et fait d'ailleurs dépasser la hache de droite sur la bande blanche, en haut du registre. Les lames sont à double tranchant (peut-être pour signifier l'existence de deux doubles haches disposées en angle droit) et sont surmontées d'oiseaux (réels ou factices) tournant le dos à la scène. De petites doubles haches ont été retrouvées à Aghia Triada, ce qui porte à croire que la scène représentée évoque une cérémonie réelle ayant pu se dérouler sur l'actuel site archéologique. Ces doubles haches ne représenteraient pas forcément le simple rituel sacrificiel, mais pourraient également représenter le thème du renouveau ou de la renaissance. D'ailleurs, la couleur verte des manches des haches est parfois considérée comme une volonté de donner aux haches un aspect végétatif, symbole de la nature qui renaît chaque année. Les oiseaux surmontant les haches sont de couleurs noire et jaune, et semblent s'apprêter à s'envoler. Les oiseaux sont un élément récurrent de l'art minoen, y compris sur le sommet de colonnes, d'autels, cornes ou de personnages féminins. Les oiseaux pourraient avoir servi de médiateur entre le monde des humains et celui des dieux.

Entre les socles ornés des haches est disposé un large récipient à anses, sur un haut piédestal. Une jeune fille y verse le contenu d'un autre vase, de forme similaire, mais de décor différent et de dimensions moindres. Le liquide pourrait être le sang d'un animal sacrifié. Elle est suivie d'une autre jeune fille, portant sur son épaule droite une perche sur laquelle sont accrochés deux autres récipients. Derrière elles, un troisième personnage, masculin cette fois, les accompagne en jouant de la lyre. Cette scène, prenant place dans un fond blanc, occupe moins de la moitié de l'espace du registre.

vignette|gauche Une deuxième scène, lui faisant pendant mais abordant elle aussi le thème de l'offrande, se développe sur la partie droite du registre, et prend quant à elle une grande partie de celui-ci. À droite est placée une étrange figure masculine composée d'une tête surmontant un tronc grossier, dont la taille est marquée, mais qui prive le personnage de bras et de jambes (il est à noter que la partie inférieure de la robe est une reconstitution moderne). Il semble drapé dans un vêtement l'empêchant de mouvoir ses membres. Ce personnage semble regarder la scène dans toute sa longueur. Il pourrait être une représentation du mort lui-même, ou comme une représentation de son corps ou de son âme. Il pourrait également s'agir d'une divinité ou de sa représentation symbolique. Le positionnement de ce personnage, sa posture, la façon dont il semble contempler l'ensemble de la scène font qu'il peut être considéré comme un point de départ dans la lecture du sarcophage.

Derrière lui se trouve un petit élément architectural, orné (par des bas-reliefs ou des peintures) de motifs torsadés. Ces motifs sont similaires à ceux que l'on retrouve tout autour du sarcophage. Face au personnage sont disposés un petit arbre et un escalier à trois degrés. Cet élément à degré semble être exceptionnel dans l'art égéen. De fait, cet élément serait davantage à rapprocher de l'art égyptien dans lequel les escaliers marquent clairement une transition d'un endroit à un autre, d'un état à l'autre, et par extension, de la vie à la mort. Charlotte Long et Roberto Paribeni font un parallèle avec les coutumes funéraires égyptiennes. Ils comparent ce personnage à la momie tenue debout par Anubis dans la cérémonie égyptienne de louverture de la bouche.

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