L’ . est la plus célèbre des éruptions du Vésuve, un volcan de Campanie (Italie).

Les historiens en ont connaissance grâce au récit d'un témoin oculaire, Pline le Jeune, administrateur romain.. Elle se produisit probablement en octobre et non en août comme le pensa longtemps la tradition historiographique. Cette éruption avait été précédée par un tremblement de terre en 62Les fouilles sur le site de Pompéi ont révélé que des travaux de reconstruction commencés à la suite du séisme de 62 étaient inachevés en 79., séisme considéré comme banal, car les Romains tenaient le Vésuve pour un volcan éteint, sa dernière éruption datant probablement de 217 av. J.-C...

Très destructrice, l'éruption ensevelit sous les éjectas volcaniques un certain nombre de localités de la Campanie antique situées autour du volcan dans la baie de Naples, parmi lesquelles Pompéi et Herculanum. En outre, elle occasionna la mort de Pline l'Ancien, auteur de l'Histoire naturelle, témoin du début de l'éruption.

Date de l'éruption vignette|L'éruption du Vésuve vue depuis Misène par Pline le Jeune.

(Angelica Kauffmann, Pline le Jeune et sa mère à Misène, 1785)|gauche L'éruption eut lieu en l'an 79, selon des écrivains romains contemporains de la catastrophe, dont Pline le Jeune. Cette date n'a jamais été sérieusement mise en doute. Elle a été établie grâce au compte rendu d'événements notoires du règne de Titus. Vespasien mourut cette année-là. Titus était le seul dirigeant quand il alla donner des ordres à Pompéi pour qu'on prête secours aux personnes déplacées. L'année suivante, en 80, il devait lutter contre un autre désastre, un grand incendie à Rome.

La date exacte n'est mentionnée qu'une fois dans un seul document historique, la première lettre que Pline le Jeune adressa à Tacite, document perdu mais dont subsistent de nombreuses copies. Dans la plus fiable de ces dernières, on lit la date de nonum kal. septembres, c'est-à-dire neuf jours avant les calendes de septembre, soit le 24 août, le 1er septembre entrant chez les Romains dans le calcul des neuf jours. Malheureusement, la partie des Histoires où Tacite utilisa fort probablement la lettre demandée à cette fin à son ami Pline le Jeune et mentionna la date fournie par ce dernier ne nous est pas parvenue pour confirmer la date de Pline que nous connaissons.

La remise en question de la date du 24 août, à la suite des fouilles archéologiques, débuta avec les travaux de Carlo Maria Rosini en 1797. Une série d'archéologues a, depuis, avancé des preuves défavorables à cette date, mais l'opinion d'experts la plus répandue est favorable à cette dernière depuis longtemps. Certaines des découvertes archéologiques faites à Pompéi portent à croire que la ville fut ensevelie deux ou trois mois plus tard. Par exemple, les corps ensevelis sous les cendres paraissent porter des vêtements plus chauds que les vêtements d'été légers portés en août, et des restes de feu de foyer ont été retrouvés. Les fruits frais, tels que figues, mûres et grenades, les olives et les légumes trouvés dans les boutiques sont typiques du mois d'octobre, et inversement, les fruits d'été qui auraient été typiques d'août se trouvaient déjà séchés ou en conserve. Les vases de fermentation du vin (dolia) étaient scellés, ce qui se faisait vers la fin d'octobre. L'une des pièces de monnaie trouvées dans la bourse d'une femme ensevelie sous les cendres fut sans doute frappée à la fin de septembre, car elle commémorait la quinzième acclamation (le 8 septembre) de Titus au titre d'imperator.

En 2007, Rolandi, De Lascio et Stefani ont produit une étude des données sur la direction des vents enregistrées sur 20 ans aux stations météorologiques de Rome et de Brindisi. Ils ont déterminé avec plus de précision que jamais la configuration des vents qui soufflent à plus de d'altitude dans la région du Vésuve. De juin à août inclusivement, les vents soufflent de l'ouest avec force, et le reste de l'année, de l'est. Ce fait était connu, mais les vents d'est qui soufflèrent lors de l'éruption étaient considérés comme une anomalie du mois d'août causée, supposait-on, par les faibles vents changeants de la période de transition. Les auteurs de l'étude font valoir que les vents de 79 produisirent de longs dépôts et ne furent donc pas si faibles et que la transition se produit en septembre, et non en août. Les auteurs rejettent donc la date d'août en raison de son incompatibilité avec les régimes climatiques. Le rejet ne porte pas sur le témoignage ni la date donnés par Pline ; il repose plutôt sur la possibilité que des copistes du manuscrit aient pu modifier cette date. En effet, le mois était omis dans certains manuscrits médiévaux ou anciens d'autres auteurs. Les copistes se sont peut-être sentis obligés d'indiquer un mois, mais ont fait un mauvais choix. Rolandi et ses collaborateurs avancent que la date originale devait être a.d. IX kal dec (le 23 novembre) ou a.d. IX kal nov (le 24 octobre), plus conforme aux observations météorologiques et la configuration des vents.

Un graffiti réalisé au charbon de bois est retrouvé lors de fouilles menées par Massimo Osanna dans la région V de la ville, dans la maison dite « maison au jardin », et présenté au public le 16 octobre 2018, vient renforcer l'hypothèse d'une éruption durant l'automne. Cette inscription attribuée à l'an 79 contient la date XVI K NOV, le seizième jour avant les calendes de novembre, soit le 17 octobre. Elle n'aurait pas pu être faite si la ville avait été détruite fin aoûtPierre Barthélémy, « Une inscription remet en question la date de la destruction de Pompéi », Le Monde, 16 octobre 2018, page consultée le 16 octobre 2018 ...

Fin 2020, deux corps sont retrouvés intacts : sous le cou de l'un d'entre eux, les marques d'une cape en laine pourraient corroborer l'hypothèse d'une éruption en automne.

Signes précurseurs Cette éruption est précédée le 5 février 62 par un puissant séisme qui provoque des dégâts considérables autour de la baie de Naples, et notamment à Pompéi.. Certains des dommages n'ont pas encore été réparés lors de l'éruption du volcan. La mort de 600 moutons causée par l'« air vicié » dans les environs de Pompéi et rapportée par Sénèque amène Haraldur Sigurðsson à la comparer à la mort semblable de moutons causée en Islande par des bassins de dioxyde de carbone volcanique et à émettre l'hypothèse que le séisme de 62 était lié à une nouvelle activité du Vésuve..

Un autre séisme, de moindre ampleur, eut lieu en 64 ; Suétone le mentionne dans sa biographie de Néron parce que ce séisme survint pendant que l'empereur se produit pour la première fois dans un théâtre public à Naples, et Tacite y fait allusion dans ses Annales. Suétone raconte :

Les Romains s'étaient habitués aux petits séismes de la région ; Pline le Jeune écrit qu'« on avait ressenti des signes avant-coureurs d'un tremblement de terre, mais sans en être effrayé car c'est chose courante en Campanie ».. De petits séismes se produisent quatre jours plus tôt. et se multiplient pendant les quatre jours suivants, mais la population ne reconnut pas les signes précurseurs.

D'autres signes précurseurs se manifestent les jours précédents : puits se tarissant, les eaux de la nappe phréatique étant « pompées » par le volcanLa vaporisation de l'eau contenue dans le magma favorise ce pompage. ; fontaines vides, thermes fermés en raison probablement des éboulements typiques de la phase précédant l'entrée en activité du volcan entraînant des brèches ou l'effondrement d'une partie de l'aqueduc..

Nature de l'éruption Les reconstitutions de l'éruption et de ses effets varient considérablement dans les détails, mais comprennent les mêmes éléments généraux. L'éruption dura deux jours. Elle commença dans la matinée du 24 octobre 79, car c'est en début d'après-midi qu'un appel de détresse parvint à Misène, à environ du Vésuve, de l'autre côté de la baie de Naples. Ce message était adressé à Pline l'Ancien, oncle de Pline le Jeune et commandant de la flotte romaine. À ce moment, vers 13 heures, le panache éruptif en forme de pin-parasol atteignait une hauteur de , Pline l'Ancien partit avec plusieurs navires pour tenter de secourir les habitants menacés, mais il dut renoncer et aborda à Stabies, au-delà de Pompéi.

Au cours de la nuit et au début du jour suivant, le 25 octobre 79, la colonne éruptive s'effondra à six reprises en coulées pyroclastiques (ou nuées ardentes) qui déferlèrent sur Herculanum. Les lueurs de ces coulées passèrent pour des incendies. La population environnante, même celle de Misène, prit la fuite. Les coulées pyroclastiques, rapides, denses et très chaudes, abattirent en tout ou en partie l'ensemble des constructions sur leur passage, brûlèrent ou asphyxièrent la population restante et modifièrent le paysage, y compris le trait de côte. Elles s'accompagnèrent de nouveaux tremblements de terre légers et d'un petit tsunami dans la baie de Naples. L'éruption était finie dans la soirée du second jour et avait laissé une brumasse à travers laquelle le soleil brillait faiblement.

Pline le Jeune rend compte de l'éruption en ces termes :

Curieusement, il ne mentionne pas Pompéi ni Herculanum.

Études stratigraphiques Cette éruption du Vésuve, dont l'indice d'explosivité volcanique (VEI) est estimé à 5, ne fut pas la plus violente ayant affecté une population humaine, celle de 1700 qui détruisit le village de Croce del Papa ayant un VEI de 6 J.S. Vogel, W. Cornell, D. E. Nelson, J. R. Southon, Vesuvius/Avellino, one possible source of seventeenth century BC climatic disturbances, Nature, ..

Selon une étude stratigraphique des cendres publiée en 1982 par Sigurdsson, Cashdollar et Sparks, l'éruption du Vésuve, appelée aujourd'hui une éruption plinienne, dura de dix-huit à vingt heures. Dans une première phase, elle fit pleuvoir, au sud du cône, des ponces qui s'accumulèrent pour atteindre une épaisseur de à Pompéi. Au cours de la deuxième phase, au moins six coulées pyroclastiques déferlèrent vers l'ouest et le sud. Le panache volcanique surmontant ces coulées s'étendit vers le nord-ouest pour atteindre Misène. Deux coulées pyroclastiques enveloppèrent Pompéi et brûlèrent et asphyxièrent les traînards. Elles touchèrent Oplontis et Herculanum et les enterrèrent sous de fines cendres, de la lave et des dépôts pyroclastiques.

Dans un article publié en 2002, Sigurdsson et Casey donnent des précisions sur les données stratigraphiques d'après les fouilles et les levés entrepris jusque-là. Selon leur nouvelle interprétation, l'explosion quasi initiale produisit une colonne de 15 à de haut qui, à cause des vents du nord-ouest, fit pleuvoir des cendres et des ponces sur Pompéi, au sud-est, mais non sur Herculanum, en amont. D'après ces auteurs la dynamique de la colonne plinienne est à attribuer à l'exsolution de la phase gazeuse du magma, mais la fin de l'éruption fut probablement phréato-magmatique (réaction avec l'eau d'infiltration dans l'édifice volcanique).

La colonne verticale qui projeta de fragments de magma par seconde à la vitesse de 300 m/s en moyenne (libérant une énergie qui équivaut à celle de )., s'effondra après que les gaz se densifièrent et, n'étant plus capables de soutenir les solides, les libérèrent en une déferlante pyroclastique qui atteignit Herculanum, mais non Pompéi. D'autres explosions reconstituèrent la colonne. Selon l'article précité, les déferlantes 4 et 5 sont celles qui auraient détruit Pompéi. Les déferlantes se reconnaissent à la formation de dunes et à une stratification oblique non produites par des retombées volcaniques.

Selon les auteurs de l'article, les premières pluies de cendres furent le résultat d'explosions matinales de faible volume non visibles à Misène, ce qui éclaire le paradoxe que, malgré les heures de cheval à faire autour de la baie de Naples pour se rendre à la villa de Pline, le messager de Rectina y arriva peu après une éruption lointaine qui l'aurait par ailleurs empêché d'y parvenir.