L’Église réformée néerlandaise, en néerlandais (NHK), avant 1816 Nederduitse Gereformeerde Kerk (NGK), est une Église protestante d'orientation calviniste qui a existé de 1571 (synode d'Emden) à 2004, année de la fusion avec deux autres Églises au sein de l'Église protestante aux Pays-Bas (Protestantse Kerk in Nederland, PKN). Au moment de cette fusion, elle comptait de membres actifs organisés en congrégations.
Apparue au début de l'insurrection des Pays-Bas contre Philippe II, cette Église est touchée par la division (1581) des Dix-Sept ProvincesLes dix-sept provinces des Pays-Bas des Habsbourg ont été rassemblées par les ducs de Bourgogne et par leur héritier, le Habsbourg Charles Quint. Celui-ci, qui est aussi roi d'Espagne, transmet les Pays-Bas à son fils Philippe en octobre 1555, puis lui cède la couronne d'Espagne en janvier 1556. Le règne de Philippe aux Pays-Bas est marqué par des tensions, qui aboutissent à la révolte des Gueux (1566), puis à l'insurrection (1568). En 1579, les provinces se séparent entre l'union d'Arras loyaliste et l'union d'Utrecht, qui proclame en 1581 la déchéance de Philippe de ses droits aux Pays-Bas (acte de La Haye, origine des Provinces-Unies). Mais par la suite, l'armée espagnole réussit à reconquérir les territoires insurgés de Flandre et du Brabant. Les Provinces-Unies sont reconnues par le roi d'Espagne en 1648 lors du traité de Münster (d'où le nom de « guerre de Quatre-Vingts Ans » : 1568-1648). entre les Provinces-Unies, dont le territoire se trouve rapidement réduit aux sept provinces du nord après la prise d'Anvers par l'armée espagnole (), et les Pays-Bas espagnols, les dix provinces du sud, loyalistes ou soumises militairement (Flandre et Brabant), qui deviennent totalement catholiques.
À partir du , elle profite de l'expansion coloniale des Provinces-Unies, notamment grâce à la Compagnie des Indes orientales fondée en 1602, et, ultérieurement de l'émigration néerlandaise dans différents pays. Elle s'implante en particulier aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Indonésie, au Sri Lanka, au Brésil, au Suriname et dans les Antilles néerlandaises. Dans ces pays, elle est le plus souvent devenue indépendante de l’Église-mère, tout en en conservant le nom. L’allégeance à l’Église réformée locale, caractéristique de toutes les communautés néerlandaises émigrées, est devenue un élément fédérateur essentiel de la communauté afrikaner d'Afrique du Sud après la conquête britannique.
Après 1795, elle poursuit son existence dans le cadre des États qui succèdent aux Provinces-Unies, et particulièrement l'actuel royaume des Pays-Bas, qui a pris sa configuration actuelle dans les années 1830 après la séparation du royaume de Belgique.
Au cours de son histoire, l'Église réformée néerlandaise a connu plusieurs controverses théologiques, notamment l'arminianisme, le Nadere Reformatie, et un certain nombre de scissions au qui ont grandement diversifié le calvinisme néerlandais.
Des Provinces-Unies aux actuels Pays-Bas : un statut particulier dans l'État Dans la république des Provinces-Unies, bien qu'elle n'ait jamais officiellement été une religion d'État, l'Église réformée néerlandaise jouissait du statut d'Église « publique » ou « privilégiée » et la loi exigeait que tout agent public soit un membre communiant de cette église.
En , avec la fin des Provinces-Unies, l’Église réformée hollandaise perd définitivement son statut d' « église publique ».
Elle est aujourd'hui la religion de la famille royale néerlandaise, issue de la maison d'Orange-Nassau, qui jouait un rôle de premier plan dans la république des Provinces-Unies, en raison en particulier du rôle de deux de ses membres : Guillaume d'Orange, dit le Taciturne (1533-1584), chef de l'insurrection contre Philippe II, mort assassiné par un agent espagnol ; son fils Maurice de Nassau (1567-1625), commandant en chef de l'armée des Provinces-Unies de 1587 à sa mort. La famille d'Orange-Nassau est devenue la famille régnante aux Pays-Bas à partir de l'établissement de la royauté en 1815 (Royaume uni des Pays-Bas, puis royaume des Pays-Bas).
Histoire La Réforme aux Pays-Bas et les débuts de l'insurrection contre Philippe II thumb |upright=0.9| L’église neuve Nieuwe Kerk à Amsterdam (appartenant maintenant à l'Église protestante aux Pays-Bas ) est toujours utilisé pour les cérémonies d’investiture royale néerlandaises.
Les provinces du sud des Pays-Bas, particulièrement autour des villes de Tournai et de Valenciennes, sont les premières à être atteintes par la Réforme, créée en Allemagne en 1517 par Martin Luther.
Comme ailleurs, le développement de la Réforme protestante aux Pays-Bas, alors possessions de Charles Quint (1500-1558, souverain des Pays-Bas de 1516 à 1555), entraîne des persécutions. L'Église catholique et les gouvernements pensent arrêter le développement des idées nouvelles par la répression, déjà présente sous le règne de Charles Quint, et encore plus sous celui de son fils Philippe, qui veut appliquer aux Pays-Bas les pratiques usuelles en Espagne, notamment l'Inquisition.
Malgré la répression, la nouvelle religion est rejointe par de nombreux nobles néerlandais. Mais surtout, nombre de nobles catholiques sont opposés à la politique de Philippe, qu'ils estiment en contradiction avec les coutumes et privilèges des dix-sept provinces. À la tête de ces catholiques d'opposition, se trouve le conseiller d'État Guillaume d'Orange, stathouder de Hollande et de Zélande.
Cette situation aboutit en 1565 au mouvement du compromis des Nobles, qui se développe en dans la révolte des Gueux, et qui a pour suite en août la furie iconoclaste des calvinistes les plus radicaux.
Avec la furie iconoclaste, les Pays-Bas entrent dans une première guerre civile, dont le sommet est le siège de Valenciennes. Le gouvernement, alors dirigé par Marguerite de Parme, réussit à rétablir l'ordre, mais Philippe II envoie tout de même aux Pays-Bas une armée commandée par le duc d'Albe, qui arrive à Bruxelles en et qui impose à la gouvernante une politique de répression, dont l'instrument est le Conseil des troubles et le symbole la condamnation à mort des conseillers d'État catholiques Lamoral d'Egmont et Philippe de Montmorency, comte de Horn.
C'est alors que Guillaume d'Orange, parti en exil comme de nombreux autres Néerlandais, décide de prendre les armes, lançant sa première offensive en 1568, qui est d'ailleurs un échec (bataille de Jodoigne).
Des premiers synodes aux synode fondateur d'Emden (1566-1571) La première tentative de fonder une Église protestante a lieu dans la clandestinité, , lors d'une réunion des dirigeants protestants à Anvers.
En 1568, un synode protestant néerlandais a lieu en exil, dans la ville allemande de Wesel : ce synode décide d'adopter le catéchisme de Heidelberg et établit les premières dispositions d’une Église presbytéro-synodale instituant les fonctions de pasteur, d’ancien, de professeur et de diacre.
En , un nouveau synode réunissant vingt-trois dirigeants protestants néerlandais a eu lieu dans une autre ville allemande, Emden. Le synode d'Emden est généralement considéré comme fondateur de l'Église réformée, la plus ancienne des Églises réformées aux Pays-Bas. Ce synode confirme les décisions du synode de Wesel. Le nom adopté est Nederduitse Gereformeerde Kerk, littéralement « Église réformée basse-allemande » (« bas-allemand » est le terme alors utilisé pour désigner la langue néerlandaise), par opposition aux Églises réformées wallonne, écossaise, anglaise, haut-allemande, etc.
Les Provinces-Unies à l'époque de Guillaume d'Orange (1568-1584) De la prise de Brielle (1572) au couronnement de François d'Anjou (1582) L'insurrection reprend en 1572, lorsque les marins au service de Guillaume d'Orange, les Gueux de mer, prennent Brielle et quelques autres ports. Peu après, Guillaume rentre aux Pays-Bas et installe son quartier général à Delft, dans le comté de Hollande, désormais relativement à l'abri des opérations de l'armée espagnole. Au début de 1573, Guillaume d'Orange rend publique sa conversion au calvinisme.
Les années 1576-1579 sont cruciales : après le sac d'Anvers (), l'ensemble des provinces se rassemblent dans le cadre de la pacification de Gand dont l'objectif est l'évacuation des troupes étrangères, notamment espagnoles, au service de Philippe. En 1577, les insurgés semblent en bonne voie pour l'emporter avec le soutien des États généraux.
Mais le gouverneur général nommé en , Alexandre Farnèse, fils de Marguerite de Parme et neveu de PhilippeMarguerite de Parme est une fille née hors mariage de Charles Quint., rétablit la situation militaire (bataille de Gembloux, ) et réussit ensuite à susciter une scission des provinces les plus catholiques (Artois, Hainaut, Cambrésis), en désaccord avec le rôle excessif selon elles des protestants aux côtés de Guillaume d'Orange. En , elles forment l'union d'Arras, loyaliste et catholique. En réponse, les insurgés forment l'union d'Utrecht, qui en principe soutient la liberté de culte, mais qui, de fait, est d'orientation calviniste.
À cette date, les insurgés considèrent encore Philippe comme leur souverainC'est-à-dire comme duc de Brabant, comte de Flandre, comte de Hollande, etc., selon le titre féodal attaché à chaque province. À cette date, les dix-sept provinces font toutes partie du Saint-Empire (cercle de Bourgogne) et Philippe est en principe vassal de l'empereur., leur « seigneur naturel » selon les règles de l'hérédité. Ce n'est que deux ans plus tard qu'il se résolvent à proclamer sa déchéance par l'acte de La Haye, choisissant peu après un nouveau souverain, nommément le duc François d'Anjou, frère du roi de France Henri III. Le duc d'Anjou est catholique, mais du parti des « politiques » (catholiques modérés), et c'est un ami de Henri de Navarre, chef des protestants français. Il est couronné duc de Brabant en dans la cathédrale d'Anvers.
Le premier synode de Dordrecht (1578)
Le premier synode tenu sur le territoire des Pays-Bas a lieu à Dordrecht, dans la province de Hollande, en 1578.
En 1579, l'union d'Utrecht donne à l'Église réformée un statut prééminent.
La période de Johan van Oldenbarnevelt et Maurice de Nassau (1584-1625)
Les débuts de la puissance des Provinces-Unies
Guillaume d'Orange est assassiné en , au début du siège d'Anvers, qui tombe en . François d'Anjou meurt aussi en 1584 : après lui, aucun souverain n'est choisi, les Provinces-Unies deviennent une république (la « république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas »).
Un proche de Guillaume, Johan van Oldenbarnevelt, devient grand-pensionnaireC'est-à-dire « pensionnaire » (secrétaire et porte-parole, de fait président) des États de Hollande ; vu l'importance de cette province, les diplomates étrangers appellent son pensionnaire « le grand-pensionnaire », dénomination qui n'est pas utilisée par les autorités des Provinces-Unies. en 1584 et le fils de Guillaume d'Orange est malgré son jeune âge nommé commandant en chef en 1587, après l'intermède Robert Dudley (1585-1587).
Maurice réussit à prendre plusieurs villes (Bréda, Deventer, Groningue) durant les années 1590. En 1600, il subit un relatif échec lors de l'offensive demandée par les États généraux contre son gré. Les années 1601-1604 sont occupées par la défense d'Ostende, qui finit par tomber () après trois ans de siège. Mais la perte de cette place isolée dans le comté de Flandre ne menace pas la survie de la république. En 1602, est fondée la Compagnie des Indes orientales (VOC), à l'origine de l'Empire colonial néerlandais, de la « Hollande », comme on le dit couramment dès cette époque.
En 1609, des négociations menées sous l'égide de l'Angleterre et de la France aboutissent à la conclusion d'une suspension des hostilités pour une période de douze ans.
Cette période de paix relative va susciter une grave crise politico-religieuse aux Provinces-Unies : la crise arminienne.