Harold Godwinson ou est le dernier roi anglo-saxon d'Angleterre du au , date de sa mort à la bataille d'Hastings.

Fils du puissant earl Godwin de Wessex, Harold est nommé earl d'Est-Anglie en 1044, alors qu'il est âgé d'une vingtaine d'années. Comme son père, il est exilé du royaume d'Angleterre et déchu de ses titres en 1051, mais le roi Édouard le Confesseur est contraint de rétablir Godwin et ses fils dans leurs domaines dès l'année suivante. À la mort de Godwin, en 1053, Harold hérite de l'earldom du Wessex. Sa fortune et son pouvoir ne sont alors dépassés que par ceux du roi.

Choisi par les grands du royaume pour succéder à Édouard, mort sans laisser d'enfants, Harold est sacré le . Deux prétendants au trône se dressent contre lui : le roi de Norvège Harald Hardrada et le duc de Normandie Guillaume. Après avoir vaincu le premier à Stamford Bridge le , il est à son tour vaincu par le second, le lors de la bataille d'Hastings, au cours de laquelle il est tué. Guillaume lui succède : c'est le début de la période anglo-normande de l'histoire de l'Angleterre. La réputation posthume d'Harold découle étroitement du point de vue adopté sur la conquête normande de l'Angleterre.

Biographie

Origines

Harold, né vers 1022 ou 1023, est le deuxième fils de Godwin et de son épouse Gytha Thorkelsdóttir. Son père, d'ascendance obscure, s'élève rapidement sous le règne de Knut le Grand, recevant le titre de earl de Wessex vers 1018. Sa mère est quant à elle d'origine danoise et apparentée par alliance au roi : la sœur de Knut, Estrid Svendsdatter, est la femme de son frère Ulf. Ils ont au moins huit enfants, dont six fils : Harold, son frère aîné Sven, et ses frères cadets Tostig, Gyrth, Leofwine et Wulfnoth. La fratrie compte également trois filles : Édith, Gunhild et Ælfgifu.

En 1042, Godwin soutient l'arrivée au pouvoir d'Édouard le Confesseur, après avoir apporté successivement son appui aux deux fils de Knut. Il donne la main de sa fille Édith au roi en 1045. La même année, Harold est titré earl d'Est-Anglie. Il accompagne son père en exil en 1051, puis l'aide à restaurer sa position un an plus tard.

Earl de Wessex À la mort de Godwin en 1053, Harold lui succède comme earl de Wessex (qui à l'époque représente un tiers de l'Angleterre), devenant ainsi l'homme le plus puissant d'Angleterre après le roi. Il devient également earl de Hereford en 1057, et prend la place de son père dans l'opposition à l'influence normande grandissante à la cour d'Édouard le Confesseur. Ce dernier, fils d'Emma de Normandie, a passé près d'un quart de sa vie en Normandie et s'est entouré de conseillers normands afin de contrebalancer la puissance des Godwin.

À l'ouest, Harold défend l'Angleterre contre Gruffydd ap Llywelyn. Ce roi de Gwynedd a conquis tout le pays de Galles et réalise de fréquentes incursions sur le sol anglais, mettant en déroute l'earl de Hereford Ralph le Timide en 1055 et tuant l'évêque de Hereford Léofgar l'année suivante. Harold entreprend une vaste campagne pour mettre un terme à ces incursions en 1062. Son frère Tostig envahit le Nord du pays, tandis que Harold conduit la flotte par le sud avant de mener ses troupes vers le nord, afin d'encercler Gruffydd. Réfugié en Snowdonia, celui-ci est tué par ses propres soldats le . Vainqueur incontesté, Harold accepte la soumission des Gallois et place deux roitelets à leur tête, les frères Bleddyn et Rhiwallon ap Cynfyn.

vignette|gauche|Le serment d'Harold sur la Tapisserie de Bayeux.

En 1064, Harold fait naufrage sur les côtes du Ponthieu. Capturé par le comte , il est retenu prisonnier au château de Beaurainville (Belrem sur la Tapisserie de Bayeux), puis est livré au duc Guillaume de Normandie qui exigeait sa libération. Guillaume se considère comme le successeur légitime d'Édouard le Confesseur, qui n'a pas d'enfants. Il obtient d'Harold le serment de lui fournir son appui à la succession d'Angleterre. Guillaume aurait forcé Harold à lui jurer vassalité, mais ne lui aurait révélé qu'après coup que la boîte sur laquelle ce serment avait été fait contenait des reliques sacrées. Harold s'estime alors dégagé de ce serment, obtenu par ruse, mais Guillaume obtient du pape son excommunication. Après la mort d'Harold, les Normands n'hésitent pas à insister sur le fait que Harold s'est parjuré en acceptant la couronne d'Angleterre. Le chroniqueur Orderic Vital écrit : . Pendant ce séjour en Normandie, Harold accompagne Guillaume dans sa campagne de Bretagne pour y soutenir la révolte du châtelain de Dol contre Jean Favier, Les Plantagenêts, Fayard 2004 ..

En 1065, les Northumbriens se soulèvent contre leur earl Tostig, le frère d'Harold. Ce dernier apporte son soutien aux rebelles et à leur candidat Morcar, et Tostig est chassé du pays. Ce faisant, Harold s'est présenté comme le probable successeur d'Édouard, mais il a également divisé sa propre famille : Tostig s'est réfugié auprès du roi de Norvège Harald Hardrada.

Roi d'Angleterre

vignette|Le couronnement d'Harold sur la Tapisserie de Bayeux.

Édouard le Confesseur meurt le . Harold déclare que le roi lui a promis la couronne sur son lit de mort, et le Witenagemot approuve son couronnement, qui a lieu le lendemain. Guillaume de Normandie et Harald de Norvège entreprennent chacun des préparatifs pour une invasion : le premier affirme que le royaume lui a été promis par le roi défunt, ainsi que par Harold, tandis que le second s'appuie sur un accord conclu entre Harthacnut, le prédécesseur d'Édouard, et son neveu Magnus selon lequel les possessions du premier à mourir devaient revenir à l'autre.

Harald et Tostig débarquent en Angleterre le et défont les earls Edwin de Mercie et Morcar de Northumbrie à la bataille de Fulford, près d'York. Harold est pris par surprise par l'arrivée d'une armée hostile dans le nord du royaume : il se trouve alors dans le sud, attendant l'arrivée de la flotte de Guillaume. Il réunit rapidement autant d'hommes qu'il peut et les conduit à marche forcée vers le nord. L'armée d'Harold couvre la distance en quatre jours, prenant les Norvégiens par surprise : le , ces derniers sont vaincus à Stamford Bridge, et Harald et Tostig trouvent la mort au combat. Selon Henri de Huntingdon, avant l'affrontement, Harold aurait offert à son frère de lui rendre son comté s'il le rejoignait. Tostig lui aurait demandé ce que recevrait le roi de Norvège pour ses peines, et Harold aurait répondu :

vignette|gauche|La mort d'Harold sur la Tapisserie de Bayeux.

Guillaume débarque à son tour à Pevensey le , avec environ . L'armée anglaise doit parcourir en l'espace de quelques jours à peine pour l'intercepter. Harold fait édifier des fortifications sommaires en terre près d'Hastings et s'y retranche. Les deux armées s'affrontent à la bataille d'Hastings, près du village de Battle, le . Harold est tué, et son armée mise en déroute. Ses frères Gyrth et Léofwine sont également tués dans la bataille.

Selon la tradition et tel que le décrit la Tapisserie de Bayeux, c'est d'une flèche dans l'œil que Harold perd la vie. Que Harold ait effectivement été tué de cette façon reste incertain, car cette mort est traditionnellement associée au parjure au Moyen Âge. Toujours d'après la tradition, on fait venir la maîtresse de Harold, Édith au Col de cygne, pour identifier le corps du roi, ce qu'elle fait à l'aide d'une marque de naissance connue d'elle seule, son visage étant défiguré au point d'être méconnaissable.

Selon le chroniqueur normand Guillaume de Poitiers, la bannière de Harold, livrée par Guillaume le Conquérant au pape , représente un homme en armes brodé en or. Cependant, la Tapisserie de Bayeux montre Harold combattant sous une bannière représentant une vouivre, peut-être le dragon du Wessex.

Postérité

Arbre généalogique

thumb|upright|Armoiries imaginaires attribuées à Harold au par Matthieu Paris.

Unions et descendance

vignette|Édith retrouvant le corps d'Harold après la bataille d'Hastings, par Horace Vernet (1828).

C'est vraisemblablement dans les que Harold prend pour concubine Édith au Col de cygne. Cette union donne naissance à cinq enfants connus : Godwin, Edmond, Magnus, Gunhild et Gytha. Harold se marie par la suite avec Ealdgyth, la sœur des earls Edwin de Mercie et Morcar de Northumbrie. Ce mariage prend place entre la mort de son premier époux, le roi gallois Gruffydd ap Llywelyn, en 1063, et l'avènement de Harold, en . Elle donne naissance à un fils posthume du roi, également nommé Harold, après Hastings. Un dernier fils, Ulf, pourrait aussi bien être le fils d'Édith que d'Ealdgyth, auquel cas cette dernière aurait donné naissance à des jumeaux.

En 1068, trois des fils de Harold, Godwin, Edmond et Magnus, réfugiés à la cour du roi de Leinster Diarmait mac Mail na mBo, tentent d'envahir l'Angleterre. Ils ravagent le Devon et les Cornouailles, mais sont vaincus et chassés par .

En 1087, Ulf est libéré par le Conquérant sur son lit de mort. Il se met au service du duc de Normandie Robert Courteheuse, qui l'adoube.

En 1098, Harold Haroldson accompagne le roi de Norvège en voyage dans les îles Britanniques. Le monarque visite ainsi les Orcades, les Hébrides et l'île de Man, qui font partie de son royaume, puis poursuit vers le sud et Anglesey, où il se heurte à une flotte anglo-normande. Les Norvégiens sortent vainqueurs de l'échauffourée et rentrent chez eux.

Des filles de Harold Godwinson, Gytha épouse , grand-prince de Kiev, devenant l'ancêtre des dynasties de Galicie, Smolensk et Yaroslavl. La famille royale britannique moderne (la maison de Windsor) est une descendante cognatique de la maison d'Harold GodwinsonGytha de Wessex (vers 1053/1061 – vers 1098/1107) épousa vers 1074-1075 Vladimir II Monomaque, grand-prince de Kiev. Mstislav I Vladimirovich (1076 – 15 avril 1132), Grand-prince de Kiev (1125-1132) fils de Gytha et Vladimir II Monomaque, eut pour fille la princesse Euphrosyne de la Rus’ de Kiev de son second mariage avec Liubava Dmitrievna). Elle épousa en 1146 Géza II, roi de Hongrie ; d'où Béla III de Hongrie (1148 – 23 avril 1196) qui eut pour fils André II de Hongrie (vers 1177 – 21 septembre 1235), roi de Hongrie (1205-1235), roi de Croatie, Dalmatie et Rama. Participant à la Cinquième Croisade (1217-1218). Sa fille Violant (ou Yolande) de Hongrie (vers 1215/1219 – 1251) épousa en 1235 Jacques I le Conquérant, roi d’Aragon. Ils eurent pour fille Isabelle d’Aragon (1247/1248 – 28 janvier 1271) qui épousa à son tour en 1262 Philippe III le Hardi, roi de France. Philippe IV de France (dit Philippe le Bel) (avril-juin 1268 – 29 novembre 1314), roi de France (1285-1314) eut pour fille Isabelle de France qui transmit le sang d'Harold II à son fils Edouard III puis après lui à tous ses successeurs sur le trône d'Angleterre. La lignée est la suivante. Son autre fille Gunhild, retirée à l'abbaye de Wilton, entretient une relation amoureuse avec le baron breton Alain le Roux, puis avec son frère Alain le Noir.

Culte héroïque

thumb|La tombe d' à Waltham.

Selon le chroniqueur normand Guillaume de Poitiers, le corps de Harold est enterré sur une falaise surplombant les plages saxonnes par Guillaume Malet. Néanmoins, il est plus probable qu'il ait été inhumé à l'église de Waltham Abbey, dans l'Essex, dont il avait financé la restauration en 1060.

Un culte de l'héroïsme d'Harold commence vers le , avec une légende de l'époque racontant que Harold, ayant survécu à la bataille, aurait passé deux ans à Winchester pour se remettre de ses blessures, puis voyagé en Allemagne où il aurait passé de longues années à vagabonder comme pèlerin. Devenu vieillard, il serait revenu en Angleterre pour y vivre comme ermite dans une cave près de Douvres. Sur son lit de mort, il confesse que s’il a effectivement le nom de Chrétien, il est en fait né Harold Godwinson. Il existe de nombreuses versions de cette légende, notamment la Vita Haroldi rédigée vers le début du , mais elles ont peu de rapport avec la réalité.