thumb|Écu de Montpellier.
L'histoire de Montpellier, aujourd'hui chef-lieu du département français de l'Hérault en région Occitanie, commence à la fin du haut Moyen Âge, alors que nombre des villes de cette région datent de l'Antiquité romaine (Narbonne) voire pré-romaine (Toulouse).
Les premiers établissement humains notables datent du (construction des premières chapelles), mais c'est vers la fin du qu'apparait vraiment Montpellier, lors d'une donation faite le 25 novembre 985 par le comte de Melgueil (Mauguio) à un chevalier nommé Guilhem in terminio montepestelario. C'est l'origine de la dynastie des Guilhem, seigneurs de Montpellier. La ville obtient son autonomie communale en 1204 par la « Grande Charte de Montpellier ».
Née au début d'une période de grande croissance économique, démographique et culturelle, Montpellier est durant ses premiers siècles d’existence le modèle même de la . Cosmopolite dès ses origines, elle devient très vite un grand centre de savoir, dotée en 1289 d'une université réputée notamment pour l'enseignement de la médecine, la troisième plus ancienne en France, après celles de Paris (vers 1150) et de Toulouse (1229).
Touchée plus profondément que les autres villes par la crise des , elle cesse d’être un grand centre économique, mais son importance intellectuelle et religieuse ne diminue pas. Touchée de plein fouet par les conflits religieux entre catholiques et protestants (1562-1629) durant lesquelles elle est assiégée à deux reprises (1577 et 1622), elle demeure par la suite .
Depuis une trentaine d’années, elle connaît un développement important,
Avant la naissance de la ville Le site
Le site de la ville se trouve dans la plaine du Languedoc, à environ 40 km au sud du Massif central, plus précisément du massif des Cévennes, et à 10 km de la mer Méditerranée (actuelle commune de Palavas-les-Flots).
Caractéristiques du site : Relief de basse altitude : de 8 mètres à 119 mètres : plaine du Bas-Languedoc ; collines de Montpellier et Montpelliéret ; mont Verrou. proximité d'un littoral sablonneux : cordons dunaires et étangs littoraux (site de Mauguio) Hydrographie : le site est arrosé par la Mosson à l'ouest, le Lez à l'est et le Verdanson, affluent de rive gauche du Lez.
Durant la Préhistoire Des vestiges préhistoriques montrent que site de Montpellier a été occupé à la fin de l'époque paléolithique. Lors de la construction de la ligne 2 du tramway de Montpellier, une fouille d'archéologie préventive réalisée dans la rue de la Fontaine-du-Pila a révélé que cet endroit situé au bord du Verdanson a été occupé il y a par des chasseurs qui y avaient installé leur campementrapport d'activité 2006 de l’Inrap page 97..
Durant l'Antiquité gauloise et romaine Un important oppidum gaulois est connu sur le site actuel de Montpellier : Substantion (commune de Castelnau-le-Lez, dans la banlieue Nord-Est de Montpellier), dont le nom latin était Sextantio.
Cette partie de la Gaule, au sud et à l'est du Massif central, est conquise dès 120 par les Romains, qui créent la colonie romaine de Narbonne (Narbo Martius), capitale de la province de Gaule transalpine (puis Gaule narbonnaise) qui s'étend de Toulouse (Tolosa) à l'ouest à Vienne (Vienna) au nord-est.
Dès 118 , ils commencent la construction d'une voie romaine reliant l'Italie (par le col de Montgenèvre) à l'Hispanie, où ils sont déjà installés (province de Tarraconaise), la voie Domitienne (Via Domitia). Cette route, qui relie notamment Tarascon, Nîmes (Colonia Nemausa) et Narbonne, passe sur le site de Montpellier dans le quartier Hôpitaux-Facultés et constitue encore une artère importante des quartiers Nord de la ville.
Haut Moyen Âge (476-987)
L'Empire romain d'Occident disparait en 476. Le site fait alors partie du royaume wisigoth de Toulouse, conquis par les Francs de Clovis en 507. Le site fait ensuite partie des royaumes, puis de l'Empire franc (800), puis à partir de 843, du royaume de Francie occidentale, première forme du royaume de France.
Durant cette période, le siège épiscopal de Maguelone est détruit par l'armée de Charles Martel en 737, entraînant le déplacement de l'évêché à Substantion. Quelques-uns des habitants de Maguelone s'établissent dans le voisinage. Cette population s'accroit de Wisigoths venant d'Espagne auxquels les Carolingiens ont accordé la liberté d'établissement. La vallée sauvage (vallis fera) qui a laissé son nom à un quartier de Montpellier (Valfère), est défrichée au cours du .
L'évêque de Maguelone consacre une chapelle à la Vierge bâtie sur le mont du Verrou. Elle est située entre deux mentionnés par Ricuin : Montpellier et Montpelliéret. Le successeur de Ricuin, Argemire, construit une chapelle dans chacun de ces deux bourgs (Saint-Firmin à Montpellier, Saint-Denis à Montpelliéret). En 819, il donne à la chapelle de la Vierge le nom de Notre-Dame-des-Vœux..
Après la division de l'Empire carolingien en 843, le pouvoir central s'affaiblit au profit des pouvoirs locaux (ducs et comtes) qui sont de plus en plus héréditaires (système de la féodalité), avec l'apparition, entre autres, du comté de Toulouse et du comté de Melgueil.
Naissance et affirmation de la ville sous les premiers Guilhem (985 - 1141)
La colline de Montpellier est située entre deux voies de circulation importantes au Moyen Âge : la Voie Domitienne au nord, et , au sud.
Montpellier est une ville neuve, sans substrat antique. Elle est la seule ville du Languedoc qui n'est pas le siège d'un évêché. Elle dépend de l'évêché de Maguelone et des comtes de Melgueil. Les textes les plus anciens montrent plusieurs lieux sur le site de Montpellier : sur la colline de Montpellier proprement dite, le village Saint-Firmin près du site castral, à l'est, la villa de l'évêque de Maguelone sur la colline de Montpelliéret où se développe un habitat autour de l'église Saint-Denis, à l'ouest, le Puy Arquinel..
Ce sont en fait deux collines très proches qui forment le site originel de la ville ; elles dominent la plaine d’une trentaine de mètres ; un bourg se développa sur chacune de ces collines : Montpellier (entre l’actuel Palais de Justice et la place Jean Jaurès) et Montpelliéret (à l’emplacement de l’actuel lycée Joffre et ancienne citadelle).
Ainsi Montpellier, à la différence de la plupart des grandes villes françaises, et tout comme Lille ou Perpignan, n’est pas née dans l'Antiquité mais seulement au Moyen Âge.
Le premier document en notre possession qui la mentionne est un acte de donation accordé par le principal seigneur laïc de la région, le comte de Melgueil (l’actuelle Mauguio) à un chevalier du nom de Gui ou Guilhem, d’un manse situé « in terminio montepestelario », en échange de services rendus. Cet acte est daté du , jour que l’on considère comme étant celui de fondation de la ville.
Extrait de la charte de donation "Au nom du Seigneur, moi Bernard, comte, et mon épouse Sénégonde, nous ensemble également, donnons à Guilhem pour son service et sa bonne volonté, quelque chose de notre propre alleu qui se trouve dans le territoire de la cité de Maguelone, aux abords du castrum de Substancion; [...] dans les limites de la villa Montepestelario, nous te donnons un manse où demeure Amalbert.".
La plaine du bas-Languedoc est un axe majeur de communications depuis l’Antiquité, mais Montpellier n’est située sur aucune voie routière d’importance. C’est un simple chemin qui passe au cœur de la ville : le Cami Roumieu, un des chemins de pèlerinage pour Saint-Jacques-de-Compostelle, aujourd’hui mis en évidence par les coquilles Saint-Jacques qui traversent l’Écusson. Montpellier est en effet une étape pour les pèlerins, grâce à l’existence d’une petite chapelle dédiée à Marie (place Jean Jaurès). Cette ancienne chapelle est le cœur de Montpellier, par son emplacement et aussi en tant qu’élément à l’origine de son développementLouis J. Thomas, « Réunion de Montpellier à la France », extrait de Conférences sur l'histoire de Montpellier, Montpellier, 1912.. Cette importance se retrouve aujourd’hui dans les armes de Montpellier qui représentent la Vierge Marie devant une église dorée.
Montpellier est en effet dès l'origine une ville marchande, et cette chapelle, en attirant les pèlerins, a permis l’établissement progressif sur le lieu de marchands, puis de commerçants, accueillis et encouragés par l’habileté des seigneurs de la ville, les GuilhemJean Segondy, Histoire de Montpellier, partie : Montpellier, ville seigneuriale. Les Guilhem et les rois d’Aragon, , Montpellier, 1968.. Le bourg se développe par conséquent aux abords du premier château des Guilhem (entre la place Jean Jaurès et la Préfecture) et de la chapelle. Les Guilhem favorisent le développement économique en offrant aux marchands itinérants des conditions d’implantation avantageuses.
Dans les années 1090, un nouveau document nous indique qu’un conflit a éclaté entre l’évêque de Maguelone, le principal seigneur de la région, et le seigneur Guilhem V de Montpellier. Ce dernier, jeune encore, a manifestement fait preuve de bravade et a offensé l’évêque, refusant de reconnaître sa souveraineté sur la ville. Guilhem se rendit à l’évidence et se reconnut vassal de l’évêque.
Rapidement, la ville des Guilhem se distingua par son dynamisme et sa prospérité. Guilhem V, premier seigneur à accueillir le pape Urbain II en 1095 à son arrivée dans le royaume de France, participa à la première croisade aux côtés du comte Raymond IV de Toulouse : il s'illustra lors de la prise d'Antioche en 1098, mais surtout à la tête de ses hommes lors de la prise de la petite ville syrienne de Maarat an-NumanRunciman S., A History of the Crusades, , Penguin Books, 1978, . la même année. Il choisit ensuite de rester auprès de Godefroy de Bouillon pour l'aider à organiser les États de Terre Sainte ; ce n'est qu'en 1105 qu'il fut de retour à Montpellier. Il participa également à la Reconquista par la suite, notamment à la prise de Majorque sur les Maures en 1114 aux côtés du comte Raimond-Bérenger III de Barcelone.
Pour le représenter en son absence, il institue un nouvel officier seigneurial : le bayle, chargé de l'exercice de la justice courante. La richesse de sa ville lui permet d'étendre son territoire par les acquisitions successives des fiefs d’Aumelas, Montarnaud, Cournonsec, Montferrier, Frontignan, Montbazin, Popian. En récompense de sa vaillance lors de la Reconquista, il reçut également le fief de Tortosa en Espagne. Il fonda un château à Lattes et, ayant compris grâce aux Croisades l'importance du commerce maritime, favorisa l’utilisation de ce port pour le commerce. Guilhem V créa également les consuls de mer, magistrats chargés de défendre les intérêts commerciaux montpelliérains.
Montpellier était alors devenue une agglomération d’importance moyenne ; on l’estime peuplée de vers 1100É. Crubezy, S. Duchesne, C. Arlaud, dir., La mort, les morts et la ville : Montpellier , Paris, 2006., ce qui est respectable à cette époque. Nîmes ou Narbonne n’étaient guère plus peuplées à ce moment-là.
Montpellier fut dès son origine une cité cosmopolite, et très vite une communauté juive vint s'y installer. Témoignage de cette installation précoce, Guilhem V prit la peine de préciser dans son testament (1121) qu'aucun juif ne pourrait être bayle de la ville.
L'émancipation de la ville et la fin de la seigneurie des Guilhem (1141 - 1204) vignette|right|170px|La Tour des Pins, un des derniers vestiges (avec la tour de la Babote) de la « Commune Clôture », enceinte fortifiée qui enserrait la ville au Moyen Âge, construite dès 1196.