La guerre du Saada, ou guerre du Sa'dah, débute en 2004 dans le gouvernorat de Sa'dah, au nord-ouest du Yémen, pour se conclure en 2014 par la prise d'Amran et le début de la guerre civile yéménite. Elle est la conséquence du sentiment de marginalisation ressenti par la communauté chiite houthie, dirigée par Abdul-Malik al-Houthi. Cette insurrection, soutenue par l'Iran, est à l'origine du coup d'État de 2015 ayant visé le président Abdrabbo Mansour Hadi, élu à la place du président Ali Abdallah Saleh. Ce dernier avait été également renversé à la suite de la révolution yéménite en 2011.

Contexte thumb|left|250px|La ville de Sa'dah

Les houthistes se plaignent d’avoir été marginalisés par le gouvernement sur le plan politique, économique et religieux, et demandent le rétablissement du statut d’autonomie dont ils bénéficiaient avant 1962.

Issus du courant religieux chiite zayditePierre Bernin, « Les Guerres cachées du Yémen », Le Monde diplomatique, septembre 2009., les houthistes sont présents sur les hauts plateaux yéménites et notamment la province de Saada, et présentent de nombreuses différences au niveau du dogme par rapport aux chiites duodécimains iraniens. De plus, ils partagent de nombreuses interprétations religieuses avec la majorité sunnite chaféite.

Au cours de la guerre civile des années 1960, la province a largement soutenu les royalistes. Après la défaite de ceux-ci, elle a donc très peu profité des différentes politiques de développement économique. La région a ensuite vu l'irruption de nouveaux courants religieux sunnites très rigoristes comme le salafisme et le wahhabisme. Cela va entraîner un regain du zaydisme à partir des années 1980 dans son berceau traditionnel de la province de Saada.

Ainsi, les zaïdites se retrouvent à rebours du reste de la population qui voit ses rites unifiés sous l'impulsion du gouvernement central. Malgré l'implication des zaïdites au niveau du pouvoir central yéménite, le président Ali Abdallah Saleh étant lui-même de cette confession, ils sont progressivement stigmatisés, notamment par les salafistes. Pour faire face à ce qui est ressenti comme un ensemble de discriminations, les houthistes demandent donc une autonomie accrue .. Ils représentent, en 2007, 30 % environ des de Yéménites qui sont en majorité sunnites.

Selon Samy Dorlian, enseignant à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, l'origine du soulèvement remonte au lorsque dans la province de Saada, Hussein Badreddine al-Houthi, député de 1993 à 1997 du Hizb el-Haq, la principale expression organisationnelle du renouveau zaïdite, donne une conférence dans laquelle il incite ses compatriotes à combattre l'hégémonie américaine sur le monde arabe et musulman. Les autorités yéménites, engagées depuis le 11 septembre 2001 dans le partenariat de lutte anti-terroriste avec les États-Unis, ont récusé cette démarche et en conséquence, procédé à des centaines d'arrestations..

Les rebelles affirment être victimes de discrimination religieuse de la part d'intégristes sunnites qui ont gagné en influence en raison des liens entretenus par le président Ali Abdallah Saleh avec l'Arabie saoudite. tandis que le gouvernement déclare que ceux-ci veulent établir un État religieux chiite.

Selon le département d'État des États-Unis, le gouvernement du Yémen, dans un effort pour freiner l'extrémisme et à accroître la tolérance, surveille les prêches incendiaires des mosquées et les déclarations menaçantes politiques et utilise la police et les agences de renseignement pour surveiller les activités des organisations islamiques liées à des organisations internationales..

Ce pays est confronté régulièrement à des vagues de violence politique depuis l'indépendance de la République démocratique populaire du Yémen et de la République arabe du Yémen dans les années 1960, ces États étant unis depuis le dans le Yémen actuel. Des mouvements séparatistes demeurent présents (une guerre civile ayant éclaté en 1994), tandis que l'organisation terroriste Al-Qaïda est active dans l'est du pays visant entre autres les touristes étrangers. La révolte yéménite de 2011 pousse le président Ali Abdallah Saleh à signer un accord le le contraignant à quitter son poste..

Point de vue des gouvernements yéménite et saoudien Le gouvernement central de Sanaa et l'Arabie saoudite tiennent à présenter la rébellion comme un groupe soutenu par l'Iran, au même titre que le Hezbollah libanais. Il les accuse aussi de vouloir restaurer l'imamat zaydite disparu en 1962 via un trafic d'armes par l'Érythrée soutenu par l'Iran. L'Iran chercherait ainsi à affaiblir ces pays producteurs de pétrole pour sécuriser ses propres exportations, face à la menace d'embargo américaine. Cela a pour but de chercher à obtenir le soutien de l'Arabie saoudite. De plus, d'un point de vue historique, les Houthistes (tout comme les Yéménites sunnites) revendiquent les régions saoudiennes de Najran et de l'Asir, où une grande partie de la population chiite ou sunnite se dit plus proche du Yémen que de l'Arabie saoudite. En effet, avant 1934, ces provinces étaient des parties intégrantes du Yémen.

Point de vue de l'Iran L'Iran voit dans ce conflit une « attaque des Arabes sunnites contre les Arabes chiites » et son chef d'état-major parle de terrorisme d'État.

Autres intérêts mis en jeu De nombreux intérêts économiques ou politiques se superposent désormais au conflit.

Tout d'abord, le commerce des armes et du carburant est devenu particulièrement lucratif dans une région voisine à la corne de l'Afrique. Les armes destinées à l'armée sont ainsi régulièrement détournées par les officiers et illégalement exportées. Une partie termine même entre les mains de la rébellion.

Politiquement, le conflit attise aussi les luttes de succession entre le fils du président et différents militaires de premier plan. Différents clans cherchent donc à s'emparer des ressources économiques du nord du pays ou à montrer leur force.

Enfin, le conflit se superpose aux conflits tribaux du nord du pays depuis que le gouvernement a cherché à recruter des alliés parmi les tribus locales. Ces solidarités tribales contribuent à entretenir le conflit via des cycles de violences et de vengeances. Ainsi, les deux principales confédérations tribales ont plus ou moins choisi un camp et soutiennent soit le gouvernement (plutôt le cas des Hached) soit les rebelles (plutôt le cas des Bakil). Ces luttes tribales tendent à se développer dans tout le Nord du pays.

Forces en présences Gouvernement vignette|L'amiral , commandant le U.S. Central Command visitant une installation d'entraînement de l'armée yéménite à Sana'a le 17 juillet 2007. vignette|gauche|Garde d'honneur de la police rendant les honneurs militaires à l'amiral Fallon le 18 juillet 2007. Le budget de la défense est en augmentation depuis le début du pour faire face aux multiples problèmes sécuritaires et représente en 2006 environ 6 % du produit national brut soit entre 846 millions et 1,1 milliard de dollars américains (soit 40 % du budget de l'État) contre 540 millions en 2001. En , le gouvernement a annoncé le rétablissement du service militaire obligatoire qui avait été aboli en 2001.

Les effectifs des forces armées yéménites gouvernementales en 2007 sont estimés à pour l'armée de terre, pour la force aérienne et pour la marine de guerre. Leur matériel, d'origine principalement russe, est relativement ancien et peu entretenu.

La principale force de sécurité intérieure est l'organisation de sécurité politique comprenant dépendant du ministère de l'Intérieur et relevant directement de la présidence.

de cette organisation sont organisés en forces paramilitaires qui concerne également des tribus.

Entre 2002 et 2008, le Yémen a reçu 69 millions de dollars d'aide militaires des États-Unis qui ont également formé 496 militaires yéménites dans le cadre du programme (IMET). Il a été allégué en qu'une aide de 70 millions de dollars soit versée en 18 mois.

Houthis

Chronologie Début de la rébellion en 2004 La guerre commence en 2004 après que les forces gouvernementales ont tué ou arrêté les principaux chefs houthistes. Les premiers combats ont lieu de juin à et causent de 80 à 600 tués.. En septembre, le chef rebelle, Hussein Badreddine al-Houthi, est tué. Il est remplacé par son frère Abdul-Malik al-Houthi. Près de 600 hommes sont cependant arrêtés ou faits prisonniers à la suite de ces combats. À ce moment-là, le gouvernement pense que la mort de Hussein Badreddine mettrait fin au conflit, en vain..

2005 Un calme précaire règne alors jusqu'en mars- où les combats reprennent et font près de 200 tués. Cependant, en mai intervient la première tentative pour mettre fin au conflit. Le président yéménite propose de pardonner les rebelles en échange de la fin du conflit.

En , les rebelles ont rejeté une offre d'une grâce présidentielle par le président Ali Abdallah Saleh après leurs conditions ont été refusées par le gouvernement et les affrontements mineurs ont continué. Au , le gouvernement a publié des estimations de l'impact de la rébellion, en annonçant qu'elle était responsable de 552 décès, , et plus de 270 millions de dollars de dommages et intérêts économiques.

Malgré quelques petits accrochages, les progrès semblent réels et les 600 prisonniers faits en 2004 sont libérés au cours du mois de ..

2006 En , le gouvernement yéménite a libéré plus de 600 combattants chiites. Il n'y a pas de données en ce qui concerne les pertes en 2006, mais il a été écrit qu'elles sont sensiblement inférieures à celles de l'année précédente.

La situation se dégrade de nouveau à partir de l'élection présidentielle de .

2007 De nouveaux combats ont lieu en janvier- avant de déboucher sur un troisième cessez-le-feu en juin. Celui-ci est rompu en alors que le pays est parcouru par de nombreuses manifestations

Le , le Parlement donne son accord au gouvernement pour qu'il réprime l'insurrection. Au , les autorités yéménites annoncent la mort de 290 rebelles et de 132 militaires, au moins 2 européens sont morts dans des combats.

Tentatives de médiation du Qatar (2007-2008) Diverses tentatives de médiation ont été menées pour apaiser le conflit. La plus notable est celle du Qatar entre 2007 et 2008. Un cessez-le-feu fut signé en mais rompu, peut-être à cause de l'Arabie saoudite qui souhaite conserver son influence sur son petit voisin.

Des combats sporadiques perdurent cependant pendant la période, notamment les 5 et Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, La Gestion de la crise houthiste au Yémen, CERMAM | Point de vue | La Gestion de la crise houthiste au Yémen.

2009 Les 11 et , les combats reprennent entre l'armée qui déclenche l'opération Terre brûlée et la rébellion. Quant aux déplacés, l'ONU estime début à le nombre de réfugiés depuis 2004 ; en , il était estimé à dont depuis .

L'armée de l'air a perdu trois avions lors des opérations..

Abdul-Malik al-Houthi, dirigeant de la rébellion, est annoncé par les autorités yéménites tué dans un raid aérien en puis gravement blessé mais cela est démenti par le mouvement Saadiste , AFP, 22 janvier 2010.

Après l'attentat manqué sur un avion à destination de Detroit en , les soupçons américains s'orientent vers le Yémen et relancent l'intérêt pour le pays. En effet, les autorités américaines soupçonnent des cellules d'Al Qaïda de s'y cacher.. Cela pourrait influer sur le conflit en cours dans le nord du pays.

Intervention de l'Arabie saoudite et de l'Iran