thumb|upright=1.3|Les Moulins à Eau sur la Pegnitz, 1498, Cabinet des estampes, Paris

L'œuvre gouaché et aquarellé d'Albrecht Dürer comporte une petite centaine d'aquarelles qui nous sont parvenues. Albrecht Dürer nous offre .. Lors de son voyage à Venise il produit un premier corpus consacré à la nature et à quelques châteaux ; à son retour il représente les faubourgs de Nüremberg. Les spécialistes ne s'accordent toutefois pas toujours sur la chronologie de ces œuvres.. Dürer doit sa gloire à son œuvre peint, ses peintures traduisent un effort réel d'intégrer lignes et couleurs, mais il ne pourra du fait des exigences de ses commanditaires laisser libre champ à sa créativité. Au contraire, ses aquarelles lui permettront de s'exprimer librement., et de révéler les bases techniques et personnelles de son art. Comme il le suggèrera lui-mêmeTraduction du livre de Dürer dans . : Résultats d'un travail de longue haleine sur la nature sauvage autant que sur la nature façonnée par l'homme, ces paysages n'ont jamais pu exercer la moindre influence immédiate sur l'art de l'époque puisqu'ils sont restés en possession de leur auteur.

Historique thumb|

L'Œuvre aquarellé et son influence ? Dürer n'a intégré directement ses travaux aquarellés à ses œuvres destinées au public que dans quelques cas :

En ce qui concerne ses études exécutées en Suisse, une vue de Col du Klausen dans le Canton de Glaris], aujourd'hui perdue, a été utilisée pour le burin intitulé Némésis ou La grande FortuneSur Nemesis ou Le grand Bonheur, gravure sur cuivre, voir : ..Catalogues raisonnés : , et ., gravée en 1502 au retour de son premier voyage. On peut y voir le Col du Klausen dans le Canton de Glaris en Suisse. L'aquarelle originale a disparu. La Maison du pêcheur au bord d'un étang relié à la Pegnitz, figure à l'arrière-plan de la Madone au Singe. Un dessin à la pointe métallique, autrefois conservé à Rotterdam, réalisé probablement en 1517 lors d'un voyage de Dürer à Bamberg, représente le village de Kirchehrenbach en Franconie à au nord de Nuremberg, au pied du mont et du château Ehrenburg. Il a été repris (eau-forte) ; catalogues raisonnés : , , . dans Le grand canon, une eau-forte de 1518Dürer apparaît au premier plan sous les traits d'un des orientaux.. Enfin, le Manteau du pape sera utilisé pour la Fête du RosairePour la Peinture, vide ; catalogues raisonnés : , , .Pour l'étude du manteau, dans les catalogues raisonnés : , , , ..

Histoire de la collection thumb|upright=1.2|L'Ouest de Nürembergvendue par l'épouse de Dürervolée à l'Albertinaréapparue au Kunsthalle de Brêmedisparue en 1945

Les aquarelles, devenues tout d'abord la propriété de la veuve de l'artiste, Agnes Frey (1475 - 1539), ont été dispersées par la suite et se trouvent actuellement réparties entre une dizaine de collections différentes.

Beaucoup furent achetées auprès d'Agnès Frey par l'archiduc Albert d'Autriche qui étoffait les collections du palais de l'Albertina où il résidait s'entourant de nombreux chefs-d'œuvre. Il semble ensuite que plusieurs vols ou ventes illégales aient eu lieu entre 1809 et 1814, l'Albertina étant alors sous la direction d'un certain François Lefèvre. Ce sont toutefois des faits incertains, ceux-ci ayant été découverts après son décès, quand les inventaires démontrèrent une réduction drastique du nombre d'œuvres de l'Albertina dont le corpus au départ, était composé de 371 dessins.

Joseph von Grünling, marchand d'art viennois, vendit 41 œuvres à la Cité de Brème vers 1809.

La collection du comte Antoine François Andréossy (1761-1828) que Napoléon avait nommé commandant de la place de Vienne lors de la défaite autrichienne de 1809, s'enrichit d'une centaine d'œuvres, elles aussi probablement achetées à François Lefèvre, le français nommé conservateur de l'Albertina in : .. Même si Vienne en conserve le plus grand corpus actuel - près de 150 - la collection fut largement pillée ou dispersée et près de 220 dessins et aquarelles disparurent, parfois pour réapparaitre dans d'autres collections, et notamment celles de Brême, du Louvre de Lviv, autrefois Lemberg, ou encore du Musée de l'Ermitage.

Le vol du Kunsthalle de Brême en 1945

Cet ensemble, comprenant quelques-unes des feuilles les plus importantes enlevées à l'Albertina de Vienne au début du , est racheté par la Kunsthalle de Brême en 1851. Disparues à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ces feuilles ont peut-être été détruites. Il est désormais impossible d'avoir un contact direct avec les originaux, d'établir des comparaisons entre eux et avec les reproductions en couleurs contenues dans quelques ouvrages. Il s'agit incontestablement de la plus grande perte que l'art allemand ait subie du fait de la guerre.

Corpus

Les aquarelles sont ici classées provisoirement par genre puis par ordre chronologique, car de nombreuses dates ont été ajoutées par des mains différentes et de nouvelles œuvres sont apparues depuis les premiers catalogues raisonnésLes aquarelles sont principalement classées d'après ., quoique certains auteurs n'aient pas la même interprétationCommentaires principaux d'après : ..

Dürer va composer des aquarelles pendant deux périodes créatrices. La première est en lien étroit avec son premier voyage en Italie et donc jusqu'en 1496 : c'est l'époque de l'aquarelle des paysages. Pionnier dans l'art d'utiliser la transparence et les glacis, Dürer va réussir à rendre les phénomènes de lumière et de reflets lors de sa confrontation avec la nature alpestre : dans Insbruck vue du Nord, La ville et le château d'Arco, Montagne Welche ou encore dans le Dosso di Trento Friederich Piel, Dürer, 1994, ibidem..

Non seulement Dürer va faire de ce type de tableau un genre autonome, mais il a aussi fait évoluer la conception de l'aquarelle, ce qui est encore plus étonnant.

Compagnon en Allemagne Dérivant de la même tradition « conservatrice » de son premier maître Michael Wolgemut, ce sont des études de paysages à l'aquarelle et à la gouache, telles que les Tilleuls, les paysages avec la Tréfilerie et la Johanneskirchhof que Dürer va d'abord achever. Elles nous remettent en mémoire les charmants détails qui animent les arrière-plans des tableaux de Hans Pleydenwurff — professeur de Michael Wolgemut — du Maître de Landau et du Maître du Pseudo-retable de Maître de Piringsdorf, comme son effet de la maison reflétée dans l'eau dans son panneau de Saint-Bernard ; ce genre de détail dut faire l'objet d'études préliminaires d'après nature, d'un style et d'une technique très similaires à ceux de DürerLa tradition de Nuremberg, in ..

Les deux premiers paysages thumb| thumb| Les premiers paysages à l'aquarelle d'Albrecht Dürer représentant avec exactitude les localités de la région de Nuremberg remontent à la fin du printemps ou à l'été 1494 au plus tard. C'est-à-dire à une époque postérieure à son Tour de compagnonnage. Les historiens d'art estime que cette aquarelle est contemporaine de la Maison sur un étang, et de lÉtang dans la forêt, et daterait de 1496/7, tout de suite après le premier voyage à Venise de Dürer. Mais va démontrer de manière convaincante que ce paysage date de 1506. ont également avancé l'hypothèse selon laquelle les premiers travaux de ce genre n'apparaissant pas sous forme de série, auraient été réalisés dès la période d'apprentissage chez Michael Wolgemut. Si l'on ajoute à cela qu'ils se composent, entre autres choses, d'arbres au feuillage nettement estival, ils ne peuvent dater que de l'été 1489. Leur titre — trotzich müll (tréfilerie) et Sankt Johan Kirche (église Saint-Jean) — inscrit dans le ciel contre le bord supérieur de la feuille, s'intègre bien à l'ensemble ; il y a également un monogramme apocryphe, ajouté ultérieurement par une main étrangère. De cette époque datent également deux études d'arbres, un sapin et un tilleul sur un bastion. Mais il est étonnant de constater qu'à cette époque où il s'était montré déjà habile à exécuter de plaisantes gravures à personnages et à peindre de solides portraits comme celui de son père, il était tout à fait incapable de dessiner correctement une maison. Il était évident que Michael Wolgemut ne lui avait pas enseigné la perspective.

L'un des effets les plus déterminants que ce voyage en Italie va avoir sur l'art de Dürer est un changement total dans la conception du paysage. Ses premières études, datant de son apprentissage chez Wolgemut, se classent en deux grandes catégories : ou bien elles représentent des motifs isolés, comme un ensemble de constructions, une masse de rochers ou un groupe d'arbres ; ou bien elles vont représenter un lieu bien défini comme La Tréfilerie ou la Chapelle Saint-Jean qui est la plus ancienne œuvre connue de Dürer. Dans ce cas, du manque d'expérience du jeune artiste quant à la perspective, il en résulte que le paysage est de guingois et semble basculer vers le côté inférieur gauche ; en outre, l'importance accordée à l'étude topographique s'accompagne de sécheresse et d'uniformité dans le traitement. Les données objectives sont enregistrées, plutôt qu'interprétées dans un souci de véritable composition ; et tous les détails, proches ou lointains, ressortent avec une égale précision, l'air et la lumière paraissant à peine affecter les couleurs réelles des bâtiments, des arbres et des prés. Dürer peindra souvent sa ville, mais curieusement et uniquement les faubourgs.. L'église Saint-Jean, 1489-1490, aquarelle et gouache sur parchemin, , inscription autographe :Sant Johan Kirche, monogramme non autographe, autrefois à Brême, Kunsthalle (dérobée pendant la guerre). C'est la représentation précise du cimetière et l'église Saint-Jean à Nürenberg à l'ouest de la vieille ville, avec l'église et le cimetière vus du nord., il y sera enterré à son décès en 1528. ; La Tréfilerie sur la Pegnitz, 1489-1490, aquarelle et gouache sur parchemin, , inscription manuscrite : Trotszch Mull, « moulin de tréfilage », Kupferstichkabinett Berlin. Certains auteurs la situent au retour de Dürer en 1494Catalogues raisonnés : , , , et contesté par et .. Il existe un dessin au Musée Bonnat à Bayonne qui reprend le même paysage, légèrement déporté vers la droite, ce qui accentue l'unité de l'espace. La date du dessin est incertaine, mais probablement postérieure1510, selon mais pas par , vers 1517-1518..

Il s'agit de la première aquarelle de l'histoire de l'art représentant un paysage autonome. Cette tréfilerie fut le premier complexe industriel de la cité médiévale de Nuremberg. Les métaux étaient travaillés aux abords de la ville, dans des moulins qui activaient les tréfileries sur les rives de la Pegnitz, mais surtout du côté de Lauf. Invention récente en Allemagne, les barres de fer étaient tirées au travers des trous de la filière grâce à des roues à arbre coudé mues par l'énergie hydraulique. Ce système avait été mis au point à Nuremberg. Dürer a peint une de ces manufactures près des Prés Haller, qui étaient alors à l'Ouest de la ville..

Tour de compagnonnage thumb|