La convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet () est un des traités inégaux imposés par la Grande-Bretagne au Tibet, concernant la délimitation de la frontière entre le Sikkim et le Tibet Byron N. Tzou, China and International law: the Boundary Disputes, Greenwood Publishing Group, 1990, , : .. Il est conclu le , au palais du Potala, entre le colonel Younghusband, chef de la mission britannique, et le régent du Tibet, en présence de l'amban chinois, lequel refuse de le parapher (la Chine étant « reléguée parmi les pouvoirs étrangers »), et en l'absence du dalaï-lama réfugié en Mongolie et déposé par le pouvoir impérial Melvyn Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, ..

L'accord prévoit que trois villes du Tibet – Gyantsé, Gartok et Yatung – seront ouvertes au commerce britannique et hébergeront des agents britanniques. Jusqu'à la fin du règlement par le Tibet d'une indemnité financière, la Grande-Bretagne pourra occuper la vallée de Chumbi et aucune autre puissance ne pourra résider, intervenir ou avoir de concessions pour le chemin de fer ou des gisements miniers au Tibet. Ce traité annule les accords de 1890 et 1893 entre la Chine et les Britanniques et transforme le Tibet quasiment en protectorat de l'Inde britannique selon Melvyn Goldstein Melvyn Golstein, The Snow Lion and the Dragon, 1997, : . ou de la Grande-Bretagne selon Joseph DenikerJoseph Deniker, Les récentes publications sur Lhassa et le Tibet, La Géographie, volume 13, 1906.. Comme le traité implique que le Tibet est un État souverain habilité à signer des traités de son propre chef, il est rejeté par le pouvoir impérial et ne peut entrer en vigueurLung Chang (docteur ès lettres de l'Université de Fribourg (Suisse)), La Chine à l'aube du , Nouvelles éditions latines, Paris, 1962, .Origine de la soi-disant « indépendance du Tibet », Centre d'informations Internet de Chine : .. Il sera amendé par le traité de Pékin (1906), lui-même renégocié en 1914, après la signature de la convention de Simla Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, 1913-1951 : The Demise of the Lamaist State, University of California Press, Berkeley, 1989, 75, non ratifiée par la Chine.

Dénomination La convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet (en anglais Convention between Great Britain and Tibet)En anglais "Convention between Great Britain and Tibet".Tsepon Wangchuck Deden Shakabpa, One Hundred Thousand Moons: An Advanced Political History of Tibet réédition 2010), page 1096... est également connue sous les noms de convention entre les gouvernements de la Grande-Bretagne et du Tibethttp://treaties.fco.gov.uk/docs/pdf/1906/TS0009.pdf, convention entre le Royaume-Uni et le Tibet, Convention anglo-tibétaine de 1904 ou encore de traité de Lhassa.

Contexte Négociations des Britanniques avec la Chine (1876-1893) À la fin du , les Britanniques négocient directement avec la Chine des accords afin de leur permettre l'accès aux territoires du Tibet.

En 1876, ils obtiennent, à la convention de Tchéfou, un droit de passage sur le territoire tibétain Wang, Shên-tsu, The Margary Affair and the Chefoo Agreement, London, New York: Oxford University Press, 1940.Christian Deweirdt, Monique Masse, Marc Monniez, Le Tibet, Les guides Peuples du monde, , avril 2008, en part. (« Chronologie des relations tibéto-chinoises »), ..

Le , ils signent la convention de Calcutta, qui fixe la frontière entre le Sikkim anglais et le Tibet et implique la reconnaissance de la suzeraineté chinoise sur le Tibet James Stuart Olson, Robert Shadle, Historical Dictionary of the British Empire, Volume 2, Greenwood Publishing Group, 1996, 1254 pages, (article « Tibet ») : ..

En le « » autorise la libre circulation des ressortissants anglais et l'instauration d'un comptoir britannique à YatungStéphane Guillaume, La question du Tibet en droit international.James Stuart Olson, Robert Shadle, , : .. Cependant, les lamas, qui se méfient des Anglais, construisent un mur à du marché pour les bloquer. En , ce traité est amendé par le traité de Calcutta, conclu entre la Chine, le Tibet et le Royaume-Uniseries No. 35 1908 - Regulations respecting Trade in Tibet (amending those of december 5, 1893), concluded between The United Kingdom, China, and Tibet, Signed at Calcutta, April 20, 1908 [Ratifications exchanged at Peking, October 14, 1908]..

Négociations des Britanniques avec le Tibet Cependant, les Britanniques prennent conscience que les Chinois sont dans l'incapacité de faire appliquer ces accords aux TibétainsBienvenue au Sénat - Tibet : un peuple en danger.. Changeant de stratégie, ils décident de négocier directement avec le gouvernement tibétain du Ganden Phodrang.

Obsédé par la menace russe et ayant décidé de faire du Tibet un protectoratJames Stuart Olson, Robert Shadle, , : ., Lord Curzon, vice-roi des Indes de 1899 à 1905, déclare dans un rapport adressé le à Londres au secrétaire d’État aux affaires indiennes : « Nous considérons la soi-disant suzeraineté de la Chine sur le Tibet comme une fiction constitutionnelle, une simulation politique maintenue parce que convenant aux deux parties. », p. 99...

Expédition militaire britannique au Tibet (1903-1904) vignette|Le dalaï-lama fuyant l'invasion britannique, Le Petit Journal du .

vignette|200px|Le marquis Curzon de Kedleston Assuré de l'inertie des Russes aux prises avec l'empire japonais en Extrême-Orient où se déroule guerre russo-japonaise ( - ), George Curzon tente de prendre contact avec le gouvernement du Tibet, mais ce dernier ne répond pasL’irruption du Tibet dans le jeu colonial.. Aussi, en 1903, les Britanniques réagissent-ils en envoyant une mission diplomatique appuyée par une force militaire de plusieurs milliers d'hommes sous le commandement du colonel Francis Younghusband. Le dalaï-lama envoie plusieurs lettres à Younghusband pour l'adjurer de ne pas rentrer dans la capitale. La force britannique se fraye un chemin jusqu'à Lhassa pour constater que le dalaï-lama, Thubten Gyatso, a déjà fuiAuguste Desgodins, La fin de l'expédition anglaise à Lhassa : . à Urga, la capitale de la Mongolie-Extérieure, accompagné du Russe Agvan Dorjiev DorjieffPerceval Landon, À Lhassa, la ville interdite, Préface de Michel Jan, Le Serpent de mer, 2002, 406 p., (traduction en français de l'édition originale de 1906).. Il y est reçu par le Bogdo Gegen et les représentants de la Russie, laquelle, étant en guerre contre le Japon, ne peut intervenir au Tibet. Entretemps, il se retrouve « déposé » par Pékin en raison de son refus de négocier en position d'infériorité avec les forces expéditionnaires britanniques.

Le , le Tibet tombe dans les mains des Britanniques.

Dès l'arrivée à Lhassa du colonel Francis Younghusband le , les Britanniques entament des négociations avec le régent tibétain Lobsang Gyaltsen, le Kashag (cabinet des ministres du gouvernement tibétain dont Yuthok Phuntsok Palden) et l'amban mongol You Tai, représentant le gouvernement impérial de la dynastie Qing. Elles se déroulent dans le palais du Potala.

Le traité Signature et ratification Le colonel Francis Younghusband pour le gouvernement britannique, signe un traité avec Lobsang Gyaltsen, le Ganden Tripa, les représentants du Kashag, des trois monastères de Sera, Drepung, et Ganden et les délégués laïques et religieux de l'Assemblée nationale pour le Gouvernement du Tibet.. Selon Tsepon W. D. Shakabpa, l'amban chinois, le représentant du Bhoutan et le résident népalais assistèrent à la signature de la Convention mais sans parafer celle-ciClaude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, (Tsepon W. D. Shakabpa, Tibet: A Political History, ).AmbanEncyclopædia Britannica, .

Clauses thumb|La cérémonie de signature du Traité à Lhassa

Le projet de traité se décline en . Les frontières entre le Sikkim - protectorat britannique depuis 1890 - et le Tibet sont confirmées. Le Tibet reconnaît la suzeraineté des Britanniques sur le Sikkim et Gilles van Grasdorff, La Nouvelle Histoire du Tibet, 2006.. Outre Yatoung, les villes de Gyantsé et de Gartok sont ouvertes au commerce britannique. À titre de compensation, le gouvernement tibétain s'engage à verser une indemnité de guerre de Note : 75 lacks de roupies (un lack correspondant à ), soit environ ou de francs français en 1904. de roupies payables par annuités sur . Jusqu'à la fin du règlement de cette indemnité, d'une part la Grande-Bretagne occupera la vallée de Chumbi et d'autre part aucune autre puissance ne pourra résider, intervenir ni avoir de concessions pour le chemin de fer ou les mines au Tibet.

À l'issue de la signature de cette convention par les seuls Britanniques et Tibétains le , l'amban ayant refusé d'apposer son paraphe aux clauses d'un traité ne reconnaissant pas suffisamment le pouvoir suprême de la Chine, Francis Younghusband et les militaires britanniques quittent Lhassa le , sans laisser ni résident anglais, ni soldats dans la capitale. Mais sans la signature du gouvernement des Qing, le traité n'a aucune valeur juridique et ne peut entrer en vigueur Chen Qingying, Tibetan History, 2003, 181 p., p. 96 : .

Analyses Cette convention est parfois qualifiée de traité inégalWang Jiawei et Nyima Gyaincain, Le statut du Tibet de Chine dans l'histoire, China intercontinental press, 2003, 367 p., : . Priya Chacko, India Foreign Policy: the Politics of Postcolonial identity from 1947 to 2004, Routledge, 2013, : . N. Subramanya, Human Rights and Refugees, : .

Le missionnaire français Auguste Desgodins de la Société des missions étrangères de Paris, indique qu'..

Pour Ram Prakash Anand, un diplomate, érudit et historien du droit indien Martti Koskenniemi, Histories of International Law: Significance and Problems for a Critical View, Temple Journal of International and Comparative Law (2013), ., il y a peu de doute que même le dernier vestige du contrôle chinois au Tibet avait disparu R. P. Anand, Studies in International Law and History: An Asian Perspective, : .

Pour Laurent Deshayes, ce traité place le Tibet dans la « zone d'influence britannique », reconnaît « l'État tibétain comme politiquement séparé et libre de toute tutelle chinoise », et annule les accords sino-britannique de 1890 et 1893 entre la Chine et les Britanniques tout en demandant au gouvernement du Tibet de respecter la frontière avec le Sikkim signée dans cette conventionLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, , .Claude Arpi, Le triangle Inde-Tibet-Chine, La Revue de l'Inde, , juillet-septembre 2006 : .

Conséquences

Réactions chinoises et traité de Pékin (1906)

Le traité de Pékin, conclu le entre l'Empire britannique et l'empire Qing, rappelle la souveraineté de la Chine sur la région du Tibet et les frontières entre la Chine et l'Inde de l'empire colonial britannique Melvyn C. Goldstein, Tibet and China in the Twentieth Century, in Morris Rossabi (Ed.), Governing China's Multiethnic Frontiers, University of Washington Press, 2014, 304 p., : ... Britanniques et Chinois s'engagent à ne permettre à aucune autre puissance étrangère de s’infiltrer sur le territoire ou dans l'administration interne du Tibet (Article II).

Réactions russes et convention anglo-russe de 1907

Les Russes protestent rapidement contre le traité de Lhassa. La Grande-Bretagne fait alors marche arrière et rejette la responsabilité des clauses du traité sur Francis Younghusband soutenu par Curzon. Le traité est qualifié de simple arrangement et ses clauses sont modifiées. L'indemnité est réduite à , la Grande-Bretagne s'engage à évacuer la vallée du Choumbi à la troisième annuité et les agents britanniques ne pourront désormais plus pénétrer à Lhassa. Les Russes sont ainsi rassurés. La convention est ratifiée à Simla le Laurent Deshayes, , : .