La politique étrangère de la Turquie recouvre les relations de la république de Turquie avec les membres de la communauté internationale. Historiquement, sur la base des réformes d'inspiration occidentale de Mustafa Kemal Atatürk, cette politique a mis fortement l'accent sur les relations de la Turquie avec le monde occidental, en particulier avec les États-Unis, l'OTAN et l'Union européenne. L'après-guerre froide a vu une diversification des relations, de la Turquie, qui cherche à renforcer sa présence régionale dans les Balkans, au Moyen-Orient et dans le Caucase, ainsi que son objectif historique de l'adhésion à l'Union européenne.

La politique étrangère de la Turquie connaît une réelle inflexion avec Recep Tayyip Erdoğan, Premier ministre puis président du pays, accentuée encore avec la nomination d'Ahmet Davutoğlu au ministère des Affaires étrangères. De plus en plus ouverte vers le monde musulman, elle fait cavalier seul dans le jeu des équilibres géostratégiques. Le gouvernement cherche à projeter ses succès économiques sur le terrain politique dans les anciens territoires de l'Empire ottoman en multipliant les partenariats avec les pays arabes, en prônant la politique du zéro problème avec les voisins et se posant en « champion du sunnisme ». On appelle cette nouvelle politique le néo-ottomanisme.

Face aux multiples échecs que rencontre cette politique, la Turquie semble revenir en 2016 à une politique étrangère plus pragmatique en renouant des liens diplomatiques avec la Russie et l'Iran.

Afrique Bien que l'Afrique du Nord - Maroc mis-à-part - ait fait partie de l'Empire ottoman, la Turquie n'a que très peu développé ses relations avec ce continent tout au long de l'histoire de la république. Pendant la guerre d'Algérie, la Turquie est le seul pays musulman à avoir continuellement soutenu le gouvernement français à l'ONU contre les indépendantistes du FLN.

Cette absence de relations est aujourd'hui comblée par un intérêt particulier croissant pour le Maghreb depuis 2006, essentiellement économique où les produits turcs aux normes européennes sont de plus en plus visibles dans les rayons à Casablanca ou Alger. En 2008, la Turquie organise son premier sommet Turquie-Afrique. L'Afrique noire fait l'objet d'un intérêt particulier de la diplomatie turque depuis 2008, dix ans auparavant il n'existait que quatre ambassades turques sur le continent, aujourd'hui on en compte 26 réparties du Kenya vers l'Afrique du Sud en passant par la République democratique du Congo (RDC). De nombreuses institutions scolaires et humanitaires turques teintées parfois de religiosité s'installent dans toute l'Afrique et créent de nouvelles relations et liens qui sont des têtes de pont pour des relations économiques futures. La visite en 2011 du premier ministre Erdoğan en Somalie, largement médiatisée montre que ce continent va prendre de plus en plus d'importance dans la politique extérieure future de la Turquie.

L'atonie de la croissance européenne pousse les Turcs à rechercher de nouveaux débouchés en Afrique. Les industriels turcs sont également intéressés par les ressources naturelles et énergétiques du continent. Les coopérations bilatérales se développent et des accords de libre-échange sont signés avec le Maroc et l'Égypte. D'autres accords sont en cours de négociation avec les ACP (Pays d'Afrique, Caraïbes et Pacifique), l'Algérie, la Libye et l'Afrique du Sud. La politique active de la Turquie en Afrique se solde par le soutien des pays africains dans les institutions internationales, notamment lors de la candidature de la Turquie au Conseil de Sécurité de l'ONU en 2008.

La diplomatie turque propose d'intervenir pour résoudre divers conflits sur le continent africain. En , un accord est trouvé entre l'Éthiopie et la Somalie avec l'aide de la Turquie.. Le même mois, la Turquie propose sa médiation dans le conflit qui oppose au Soudan les milices paramilitaires des Forces de soutien rapide, soutenues par les Émirats arabes unis, et l'armée régulière soudanaise. La médiation, visant les relations entre les Émirats arabes unis et le Soudan, reçoit le soutien d'Abdel Fattah al-Burhan, chef d'État et chef de l'armée soudanaise..

En , alors que la république démocratique du Congo lutte dans l'est de son territoire contre le Mouvement du 23 mars, soutenu par le Rwanda, la Turquie propose de servir de médiatrice au conflit..

En , le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko se rend en Turquie pour un Forum économique turco-sénégalais. Il rencontre le président turc Recep Tayyip Erdoğan. Les échanges commerciaux entre les deux pays sont estimés à 450 millions de dollars et les deux pays souhaitent les monter jusqu'à 1 milliard de dollars, sans toutefois fixer de date pour cet objectif. Plusieurs accords sont signés dans les domaines de l'enseignement supérieur, de l'audiovisuel et de la coopération financière et militaire. Sonko met en avant l'industrie militaire turque et l'importance qu'une collaboration pourrait avoir pour le Sénégal..

Amérique États-Unis d'Amérique

La Turquie et les États-Unis ont des relations diplomatiques depuis le , un accord a été signé en 1830 à l'époque de l'Empire ottoman. Les relations étroites entre les deux pays ont véritablement commencé juste après la Seconde Guerre mondiale, la Turquie a ainsi bénéficié du plan Marshall, la jeune république a fait partie intégrante de la doctrine Truman. C'est essentiellement par son entrée dans l'OTAN et sa prise de position dans le parapluie militaire américain pendant la guerre froide que la Turquie est définitivement entrée dans le camp occidental. Après la participation avec succès de l'armée turque à la guerre de Corée les relations se sont renforcées encore, notamment sur le plan économique. La Turquie abrite plusieurs bases américaines sur son sol. Les relations se sont toutefois dégradées lors des deux guerres du golfe en raison des pertes économiques de la Turquie dans cette région et de la politique kurde américaine. Ces évènements ont ternis l'image des Américains en Turquie, le gouvernement turc reste cependant fidèle à la politique pro-américaine traditionnelle de la république.

La tentative de coup d'État de 2016 en Turquie est loin d'améliorer les relations entre les deux paysDétérioration des relations entre Washington et Ankara suite au coup d’État manqué en Turquie, middleeasteye.netTurquie : les clés pour comprendre le putsch avorté, lefigaro.fr, 18 juillet 2016 les autorités turques n'excluant pas que les États-Unis aient pu jouer un rôle, au minimum en étant informé de la conjurationTancrède Josseran, « Turquie : Mars contre Allah », Conflits : histoire, géopolitique, relations internationales, , oct.-déc. 2016, p. 9. Lors de la purge qui suit, les officiers limogés, notamment ceux proches du mouvement Gülen sont connus pour leur inclination atlantique. Ceux qui les ont remplacés penchent en revanche pour un axe continental Ankara - Moscou - Pékin.

Asie Asie centrale

Japon

Moyen-Orient Arabie saoudite

Iran

Aujourd'hui, l'Iran et la Turquie coopèrent dans de nombreux domaines, tels que la lutte contre le terrorisme et le narcotrafic afin de promouvoir la stabilité en Irak et en Asie centrale.

Les deux pays sont membres de l'Organisation de coopération économique (ECO). Chaque année, de nombreux touristes iraniens viennent visiter la Turquie, bénéficiant ainsi à l'économie turque Turkey, Iran ready to bolster tourism, Turkish daily news, 19 juin 2006.

Le commerce bilatéral a fortement augmenté depuis ces dernières années, passant de 1 milliard de dollars USD en 2000 à 4 milliards de dollars en 2005 Caught in the fray: Turkey enters debate on Iran's nuclear program, The Christian Science Monitor, 2 février 2006. La Turquie importe notamment du gaz naturel depuis l'Iran (10 milliards de mètres cubes par an, couvrant 30 % de ses besoins).

En 2001, un gazoduc reliant Tabriz (Iran) à Ankara (Turquie) a été ouvert.

Israël

Erdoğan n’a pas changé radicalement la politique de la Turquie vis-à-vis de l'État d'Israël qui reste un allié majeur pour la Turquie. Cela n'a pas empêché Erdoğan de dénoncer la politique jugée trop musclée du gouvernement d'Ariel Sharon.

Au lendemain de l'assassinat du Cheikh Ahmed Yassine (chef spirituel du Hamas), Tayyip Erdoğan n'hésitait pas à qualifier cette opération d'« acte terroriste » puis il dénonça le « terrorisme d'État » pratiqué par Israël dans la Bande de Gaza, avant de rappeler temporairement son ambassadeur à Tel-Aviv et son consul à Jérusalem « pour consultations ».

Lors de l'opération Arc-en-ciel qui avait eu lieu dans la ville de Rafah, Erdoğan a dénoncé la « terreur d’État » de l'État israélien. Il déclare d'ailleurs que « les Israéliens traitent les Palestiniens comme ils ont été traités eux-mêmes, il y a cinquante ans ». Mais le partenariat stratégique et notamment militaire entre les deux pays n'est pas menacé.

Les relations israélo-turques se sont toutefois nettement réchauffées depuis. Erdoğan a proposé le lors d'un voyage officiel en Israël et dans les territoires palestiniens de servir de médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Même si Israël s'est aussitôt opposé à la proposition du Premier ministre turc par la voix de son ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom, les tensions ont nettement baissé.

Le , Erdoğan a quitté un débat au Forum économique mondial à Davos (Suisse) après avoir été interrompu lors de son argumentation par le modérateur, à la suite d'un plaidoyer du président israélien, Shimon Peres, en faveur de la récente offensive menée par son pays dans la bande de Gaza et qui avait fait plus de morts palestiniens. Erdoğan a notamment déclaré « Je pense que vous devez vous sentir un peu coupable. (…) Vous avez tué des gens. Je me souviens des enfants qui sont morts sur des plages. »LeMonde.fr. Le lendemain, le DTP, parti kurde d'opposition, a dénoncé les propos d'Erdoğan. Ainsi Emine Ayna, une députée du parlement turc, a affirmé dans un communiqué de presse que « le Premier ministre Erdoğan essaye de reconquérir l'opinion publique en Turquie », puis, s'adressant à Erdoğan : « votre gouvernement aussi sait bien tuer », en faisant référence à un épisode durant lequel des enfants kurdes ont été tués à Diyarbakır en 2006 Emina Ayna, communiqué du 31 janvier 2009. Selahattin Demirtaş, député de Diyarbakır, a rappelé au Premier ministre turc, sa responsabilité dans la mort de six personnes au Norouz 2008 (nouvel an perse) en Turquie. Demirtaş a affirmé qu'à ce jour, le gouvernement turc n'avait fait aucune déclaration officielle sur la situation au Proche-Orient et qu'Erdoğan avait signé il y a quelques jours un accord avec Israël sur l'achat de huit Heron (drone de fabrication israélienne) destinés à la récolte d'informations dans le Sud-est anatolien. et que les pilotes de l'aviation israélienne s'entraîneraient à Konya (province du centre anatolien).

Le , le Premier ministre turc déclare que « considérer Jérusalem comme la capitale indivisible de l'État hébreu, comme le font les Israéliens, est une folie. Jérusalem est la prunelle des yeux du monde musulman (…) et on ne peut accepter aucune atteinte israélienne à Jérusalem et aux lieux musulmans », lors du Sommet annuel de la Ligue arabe..

Après les attaques de Tsahal contre le Liban en 2006 et, plus récemment, l'attaque, le , contre des bateaux battant pavillon turc, transportant des vivres pour la bande de Gaza et des membres d'ONG pro-palestinienne, les relations entre ces deux pays sont au plus bas. Cette attaque ayant fait neuf morts – huit citoyens turcs et un Américain d'origine turque –, a été qualifiée par le gouvernement turc de « terrorisme d'État »; ce dernier annule des opérations militaires communes prévues et limite les échanges commerciaux entre les deux pays.

Syrie