Joaquín Maria Albarrán Y Dominguez, , est un chirurgien français d'origine cubaine, professeur à la faculté de médecine de Paris ; il est l’un des pionniers de la chirurgie urologique.

Biographie Joaquin Albarran est né à Sagua La Grande, dans la Province de Villa Clara à Cuba alors sous domination espagnole, le . Son père, d’origine espagnole, était venu exercer la médecine dans cette ville où il avait épousé une jeune fille du pays. Il mène sa scolarité jusqu’à l’âge de neuf ans à La Havane et son père le dirige de bonne heure vers la médecine, comme son frère ainé. Orphelin très tôt, il est envoyé en Espagne chez le (son parrain et tuteur) afin de poursuivre ses études médicales à Barcelone. Très précoce, il est bachelier à l'âge de quatorze ans. Il est inscrit à l'ordre des médecins de la ville l'âge de dix-sept ans et présente une première thèse en 1878, à Madrid. Trop jeune pour exercer, il se rend à Paris pour compléter sa formation.

Il se laisse tout d’abord emporter par le tumulte de la vie parisienne, comme le rapporte son condisciple Maurice Heitz-BoyerM. Heitz-Boyer (1876-1950) fut professeur agrégé, chirurgien des hôpitaux de Paris, urologue, membre de l’Académie de médecine, président de l’Académie de chirurgie. dans le discours qu’il lui consacra au congrès d’urologie de 1934. Après quelques mois de "vie intense de plaisir" en compagnie du poète Jean Moréas, Albarran se remet au travail. Un hasard heureux lui fait rencontrer Paul LatteuxPaul Latteux est un élève de Paul Broca auteur d'un Manuel de technique microscopique (plusieurs éditions entre 1877 et 1887) - voir : L'Union médicale : journal des intérêts scientifiques et pratiques, moraux et professionnels du corps médical,N°45, 1888, Extrait, qui enseignait l’histologie : il se passionne alors rapidement pour cette discipline. Il poursuit sa formation avec MalassezLouis-Charles Malassez (1842-1909) est histologiste au Collège de France dans le laboratoire Ranvier L., Malassez, Darier J., Vignal W., Suchard : «Laboratoire d'histologie du Collège de France». In: Rapport sur l'École pratique des hautes études, 1886-1887. 1886. pp. 98-101.Texte intégral d'histologie du Collège de France dirigé par Louis-Antoine RanvierL. Ranvier (1835-1922) Élève de Claude Bernard, Professeur au Collège de France, Directeur du laboratoire d’histologie au Collège de France, membre de l’Académie de médecine et des sciences. C’est ce dernier qui le persuade de faire carrière en France. Alors qu’il passe tous ses après-midis au-dessus de son microscope, il se rend le matin chez le docteur Édouard Brissaud à l’Hôtel-Dieu. Sur les conseils de ce maître, il soutient une thèse ayant pour sujet « Les tumeurs des testicules ».

Externe des hôpitaux à vingt trois ans, il est reçu major de l’Internat des hôpitaux de Paris en 1884L'internat en médecine et en chirurgie des hôpitaux et hospices civils de Paris : centenaire de l'internat, 1802-1902, publié au nom du comité du centenaire par Raymond Durand-Farde, G. Steinheil (Paris), 1904, ., dans une brillante promotion qui comprenait entre autres Pierre Delbet, Fernand WidalF. Widal (1862-1929) devint médecin des hôpitaux, bactériologiste, professeur de pathologie et de clinique médicale, membre de l'Académie de médecine., Louis Henri VaquezL-H. Vaquez, 1860-1936) a été professeur de clinique thérapeutique à la faculté de médecine de Paris, il est l’un des fondateurs de la cardiologie française. Il est l'inventeur d'un tensiomètre., Pierre SebileauPierre Sebileau (1860-1953) était agrégé d’anatomie et chirurgien des hôpitaux, il se spécialisa en oto-rhino-laryngologie et devint titulaire de la chaire d’ORL de la faculté de Paris à l'hôpital Lariboisière. Membre de l'Académie de médecine.…

Il fréquente le service d'Ulysse TrélatUlysse Trélat (1828-1890) était chirurgien des hôpitaux de Paris, professeur agrégé de chirurgie de la faculté de médecine de Paris, vice-président de la Société de chirurgie, membre de l'Académie de médecine pour y apprendre la chirurgie, celui de Jacques-Joseph Grancher pour se perfectionner en médecine, en troisième année. Il est l’interne d’Auguste Le DentuJean-François, Auguste Le Dentu (1841-1926) était professeur à la faculté de médecine de Paris et membre de l'Académie de médecine. et termine son internat dans le service de Félix Guyon, dont l’influence sera déterminante dans l’orientation médicale d’Albarran. Outre ses activités hospitalières, il trouve le temps d’étudier la bactériologie et assiste Louis Pasteur dans ses travaux. À la fin de son internat, il obtient la médaille d’orListe des anciens internes des Hôpitaux de Paris ayant obtenu la médaille d’or et, c’est dans le service de son maître Félix Guyon qu’il passe son année supplémentaire. Il décide alors de s'orienter vers la pratique de l’urologie ; il vouera toute sa vie une admiration sans bornes pour son maître.

Alors qu’une épidémie de choléra frappe le sud de l’Espagne, la faculté de médecine de Paris décide d’envoyer une mission d’assistance et c’est Joaquim Albarran qui est choisi comme adjoint à Paul Brouardel et à Albert Charrin, sans doute parce qu’il maîtrisait la langue, mais aussi en raison de ses connaissances approfondies en bactériologieRapport sur les essais de la vaccination cholérique entrepris en Espagne ..

Poursuivant sa carrière, il devient chef de clinique dans le service des maladies urinaires en 1890, professeur agrégé en 1892, deux ans plus tard chirurgien des hôpitaux. Il reste médecin attaché à l’hôpital Necker mais se voit dans l’obligation de s’occuper de chirurgie générale. En 1906, il succède à son maître, Félix Guyon, pour diriger la clinique d'urologie à l'hôpital Necker. Sa clinique conquiert une réputation mondiale et attire de nombreux étudiants de tous pays. Lorsque, le , il prit possession de sa chaire à Necker et inaugura son enseignement, il posait les grandes lignes de ses objectifs, à savoir s’affranchir de la tradition tout en suivant l’exemple de ses prédécesseurs :

Alors qu’il est au sommet de la hiérarchie et que ses rêves sont devenus réalités, il doit, en 1908, quitter sa clinique et se reposer quand on découvrit qu’il était atteint de tuberculose. Il ne réapparaît jamais à Necker et il se réfugie tout d’abord en Espagne, au soleil de Malaga. Mais réaliste sur l’évolution de sa maladie et désireux de finir sa vie en France, il se retire définitivement à Arcachon avec sa famille. Il meurt à Paris, le , à l'âge de cinquante-deux ans. Il est enterré au cimetière de Neuilly-sur-Seine.

Sa première épouse, décédée de façon dramatique en quelques heures, d’une hémorragie interne, l’avait laissé veuf avec la charge de deux enfants en bas âge. Il se remarie plus tard et de cette union naissent deux autres enfants. Il est le père du joueur de tennis et de bridge Pierre Albarran et le grand-père du prospectiviste Thierry Gaudin.

Travaux scientifiques

Il est l'auteur de très nombreuses publications scientifiques et plusieurs monographies d'importance dont Les tumeurs de la vessie (deuxième édition en 1892) et Les tumeurs du rein en 1903, Exploration des fonctions rénales en 1905. Le Traité de Médecine opératoire des voies urinaires publié à Paris en 1909 est particulièrement remarqué. L'urologue allemand (1859-1949) le considérait comme un « trésor », et disait qu'il avait lui-même renoncé à écrire un manuel de chirurgie urinaire, car personne n'aurait pu faire mieux que ce texte d'Albarran.

Albarran est le premier en France à effectuer le cathétérisme de l’uretère qu'il a simplifié en modifiant les instruments de Léopold Casper et de (1848-1906). Il développe une méthode expérimentale de l’exploration de la fonction rénale nommée plus tard « épreuve ou test d'Albarran ». Il améliore la cystoscopie en inventant le levier [dit d'Albarran]Le cystoscope de Nitze permettait de voir les orifices urétéraux mais aucun dispositif n’avait permis d’introduire aisément une sonde dans l’uretère : en 1897, Albarran réussit à ajouter à l’extrémité du cystoscope un onglet mobile permettant de diriger la sonde sous le contrôle de la vue., qui permet une plus grande précision des mouvements du cystoscope pendant le cathétérisme de l’uretère : il est le créateur de l'exploration fonctionnelle rénaleL’exploration des fonctions rénales, Paris, Lib. Masson, 1905.

Utilisant les recherches d’Antonin GossetAntonin Gosset (1872-1944) était chirurgien des hôpitaux (1903), chirurgien de l’hôpital Necker (1913), professeur de clinique chirurgicale à la Salpêtrière, membre de l‘Académie de médecine (1928) et de l’Académie des sciences (1934) et de Robert ProustRobert Proust (1873-1935) était chirurgien des hôpitaux de Paris, professeur d’anatomie chirurgicale et de clinique gynécologique à la faculté de médecine de Paris ; il était le fils d’Adrien Proust – professeur d’hygiène et médecin de l’hôpital Lariboisière – et le frère de Marcel Proust sur l’accès à la prostate par le périnée, Albarran est le premier chirurgien en France, à pratiquer la prostatectomie par voie périnéale. En 1908, il publia une série statistique de plus de cent cas avec une mortalité inférieure à deux pour cent ; les résultats éloignés étaient favorables et la guérison complète dans la totalité des cas. Cette technique a été abandonnée au profit des abords antérieurs ou des voies endoscopiques.

Alors qu'il était encore interne, il décrit en 1888, avec Noël HalléNoël Hallé (1859-1927), chirurgien urologue, chef de laboratoire de la faculté de médecine de Paris (clinique de Necker) de 1890 à 1905. Il a notamment exercé à l'hôpital Saint-Joseph (Paris) entre 1905 et 1910. Il est l'auteur de : Les formes de la tuberculose rénale, G. Steinheil (Paris), 1914, ., le Bacillus pyogenesLes Anaérobies, par les docteurs M. Jungano et A. Distaso, de l'Institut Pasteur, Masson (Paris), 1910, ., dénommé ultérieurement Bacterium Coli puis ColibacilleLe genre Escherichia et l'espèce Escherichia coli ont été proposés en 1919 pour reclasser une espèce préalablement connue sous les noms de “Bacterium coli commune”, de “Bacillus coli” ou de “Bacterium coli”Nouveau traité de chirurgie clinique et opératoire sous la direction d'A. Le Dentu [et] Pierre Delbet, Baillière (Paris), 1907, , Extrait.

En dehors de ces grandes acquisitions, Albarran apporte un éclairage nouveau sur de nombreux sujets ; c’est ainsi qu’il étudie les tumeurs de la vessie, en 1892, au sortir de son internat. Il en établit une nouvelle classification, fondée sur une analyse embryologique. Il publie avec Léon Imbert chez Masson en 1903, un volumineux ouvrage sur les tumeurs du rein..

Il fut critiqué et parfois jalousé pour sa carrière fulguranteVoir par exemple Édouard Drumont, La France juive : essai d'histoire contemporaine tome 2, C. Marpon et E. Flammarion (Paris), 1886, / mais la postérité lui a rendu justice. Une statue est érigée de son vivant sur la place principale de sa ville natale Sagua La Grande ; cette même place et un hôpital de La Havane portent son nom.

Œuvres et publications « Clinique des maladies des voies urinaires - Leçon d'ouverture » La Presse médicale, 1906, 92, , Texte intégral “Trois dossiers de malades” [texte manuscrit], Document en ligne “Cystoscopie - Travaux personnels - 1897” [texte manuscrit], Document en ligne Étude sur le rein des urinaires, G. Steinheil (Paris), 1889, Exposé des travaux de J. Albarran, G. Steinheil (Paris), 1892, Texte intégral Prostatectomie périnéale dans l'hypertrophie de la prostate, communication faite à la cinquième session de l'Association française d'urologie, Paris, 1901, Clermont(Oise) (Paris), 1902, Exploration des fonctions rénales. Etude médico-chirurgicale, Masson (Paris), 1905. Médecine opératoire des voies urinaires : anatomie normale et anatomie pathologique chirurgicale, Masson (Paris), 1909,

En collaboration Les Tumeurs du rein, avec , Masson (Paris), 1903,