Le parc national du Diawling (PND) est un parc national de Mauritanie. Créé en 1991, le PND est situé dans le bas-delta du fleuve Sénégal en rive droite et couvre une superficie centrale de plus de et une zone périphérique de plus de . Le parc fait partie de la wilaya (région) du Trarza et de la moughataa (département) de Keur Macène. Il se déploie sur le territoire de la commune de N’Diago.
Le PND voit le jour en 1991 dans un contexte de pressions environnementales fortes, compte tenu des conséquences des aménagements hydrauliques (barrages de Diama en 1985, Manantali en 1986 et annexes) sur le fleuve Sénégal, conjugués aux effets pervers des sécheresses des années 1970 et 1980. La destruction des habitats, la disparition de la biodiversité et l’exode rural étaient les conséquences directes de perturbation de cet écosystème deltaïque.
Le PND a été classé site Ramsar en 1994 pour l'importance de ses zones humides.
Historique et raison d'être vignette|Vue aérienne du fleuve Sénégal.
Un territoire riche Jusque dans les années 1960, les zones humides du bas-delta du fleuve Sénégal étaient reconnues parmi les plus étendues et les plus riches de l’Afrique de l'Ouest. Ces zones, sièges d’une alternance entre eau douce de la crue du fleuve et eaux marines, favorisaient le développement d’une diversité biologique riche. À cette époque, les systèmes traditionnels d’exploitation contribuaient fortement à la subsistance de milliers de personnes qui dépendaient alors étroitement et presque exclusivement de l’utilisation des ressources naturelles de ces écosystèmes.
Sécheresses des années 1970 et 1980 Néanmoins, à partir des années 1970, le delta a traversé une série de crises. Dans tout le Sahel, la sécheresse des années 1970 et 1980 a décimé le bétail et contraint les anciennes populations nomades à devenir sédentaires. Dans le même temps, les bonnes inondations sont devenues de plus en plus rares, le débit annuel moyen du fleuve diminuant presque de moitié, entraînant une raréfaction de ces ressources naturelles si précieuses pour l’activité économique locale. Pour subvenir à ses besoins, une partie importante de la population autochtone, le plus souvent des hommes, réalisait alors un exode rural massif, pour se diriger vers la capitale Nouakchott ou des villes en plein essor au Sénégal, dans lesquelles ils tenaient de petits magasins ou cherchait des opportunités de travail dans les travaux de construction ou la pêche maritime.
Construction des barrages de Diama et de Manantali En , la construction du barrage de Diama dans la basse vallée du fleuve, à en amont de Saint-Louis, n’a rien arrangé à la situation déjà dégradée du bas-delta. Ce barrage a été mis en service dans le double but de prévenir l'intrusion d'eau salée qui pénétrait jusqu'à en amont dans la vallée du bas Sénégal et de réguler le débit de la saison des pluies du fleuve, le tout afin de favoriser l’agriculture sur les hautes rives du fleuve par des conditions plus clémentes (eau douce, et niveau d’eau constant au fil de l’année). Trois ans plus tard, en 1988, le barrage de Manantali au Mali finira de déstabiliser le fonctionnement hydrologique du delta, jusqu’à le rendre quasiment désertique et non-vi(v)able pour toute espèce, qu’elle soit végétale, animale ou humaine. Par exemple, les surfaces inondées du PND propices à la production de nénuphars ont été asséchées par la construction du barrage de Diama, et le Sporobolus robustus utilisé comme matière première dans la confection de nattes avait quasi-disparu, là où il pouvait couvrir avant des milliers d’hectares de plaine inondable.
Création de l'aire protégée en 1991 C’est dans ce contexte que l’UICN recommande en 1989 la constitution d’une aire protégée, qui se concrétise par la création du PND en 1991. Il s’agit alors pour le parc de s’affirmer comme le cœur de gouvernance du système socio-écologique formé par le bas-delta du fleuve Sénégal, avec des objectifs qui s’inscrivent pleinement dans la reconnaissance de ce rôle clé pour la gestion durable de la zone : la gestion hydrologique du bas-delta du fleuve Sénégal ; la restauration et conservation des valeurs écologiques, des écosystèmes et de la biodiversité ; le développement des activités socio-économiques génératrices de revenus compatibles avec la conservation des ressources naturelles, dans une optique de développement durable. Après une première phase de tâtonnement et de méfiance au sein des populations locales dans le début des années 1990, la direction du PND s’est vite approprié la complexité socio-écologique de cette zone sensible, et par une démarche de concertation et de dialogue, a conçu un système exemplaire de gestion du bas-delta, en accord avec les besoins en eau des différentes activités traditionnelles, tout en prenant en compte les contraintes propres à la sauvegarde de ce joyau de biodiversité.
Après 30 ans d’existence, des résultats probants en matière de restauration et de conservation Après plus de trente ans d’efforts de restauration et conservation à la fois sur les plans écologiques et socio-économiques, le parc a su réhabiliter avec succès les écosystèmes et les activités humaines, tous deux intimement liés, pour redevenir un site majeur en termes de biodiversité.
D’après une étude publiée en 2020, le Diawling est le seul parc du Réseau des Aires Marines Protégées d’Afrique de l’Ouest (RAMPAO) à montrer une évolution globalement positive de tous ses habitats, alors même que c’est l’un des parcs le plus sous pression du réseau. Les écosystèmes de ce milieu estuarien ont ainsi pu être restaurés, redessinant un paysage riche et varié : en plus d’une jonction entre désert, océan et fleuve, on y trouve des estuaires, des îled, des écosystèmes de mangroved, des dunes intérieures, une dune côtière, des plaines inondables et le fleuve Sénégal.
Ces succès probants se sont aussi concrétisés par un retour de la biodiversité (restauration et conservation biologique et écologique). En 1993, on répertoriait dix individus sur trois espèces d’oiseaux d’eau seulement ; aujourd’hui, en cumulant oiseaux d’eau et terrestres, et/ou migrateurs et résidents, ce sont plus de d’oiseaux qui trouvent aujourd’hui refuge au PND, dont 18 ayant des statuts de protection (en voie de disparition, menacé, critique de la Red List de l’UICN). Cette extraordinaire reconquête de la biodiversité a fait du Parc et de sa zone périphérique un site d’importance internationale pour les oiseaux d’eau, reconnu comme zone humide Ramsar. Enfin, plus de de poissons, 39 de mammifères, 17 de lézards, 15 de serpents, 5 d’amphibiens, et même 3 de tortues et 1 de crocodile résident au sein du PND (dénombrement non exhaustif). Toutes ces espèces animales et végétales ont pu trouver au Diawling un espace propice à leur reproduction et à leur développement, expliquant ce retour massif de la biodiversité.
Par ailleurs, l’amélioration de la disponibilité des ressources naturelles dans les sites favorisés par les aménagements du parc a permis aux autochtones de reprendre leurs activités passées et, par la suite, de faire revenir les populations autrefois résidentes. Les activités traditionnelles, qui avaient été sévèrement menacées par la disparition d’espèces à forte valeur économique et fourragère, génèrent aujourd’hui une valeur ajoutée totale d’environ de MRU par an pour la population locale. Les ressources naturelles contribuent donc indéniablement à fournir des moyens de subsistance à des ménages fortement dépendants de leur productivité, en améliorant leur niveau de revenu, leur sécurité alimentaire ou encore leur résilience face aux effets du changement climatique.
De nouveaux défis Malgré son rôle reconnu et indéniable sur les plans écologique et socio-économique, le PND fait actuellement face à des défis majeurs qui risqueraient d’impacter fortement l’équilibre et l’intégrité de ses écosystèmes et de ses activités traditionnelles. L’hydrologie de la zone est en constante modification, avec les pratiques et aménagements agricoles au Nord du parc (chenal d’irrigation, utilisation de pesticides…), le changement climatique qui assèche les bassins du parc et fait remonter la salinité, ou encore l’ouverture de la brèche de Saint-Louis en 2003 par le gouvernement sénégalais, qui cause aujourd’hui des intrusions marines dans toute la région. Or, la salinité est l’ennemie du retour des espèces végétales et animales, dont dépendent les communautés pour mener à bien leurs activités socio-économiques ; comme le Sporobolus, le nénuphar a besoin d’eau douce pour s’épanouir.
Dans le même temps, le développement économique de la région change de visage : en 2023, seront mis en service le projet de gaz offshore Grand-Tortue – Ahmeyim (GTA) situé au large du bas-delta, dans lequel BP a investi dès 2018, et le port multifonction de N’Diago, commandité en 2016 par l’État mauritanien et situé dans la zone périphérique du parc. Bientôt, « N’Diago ne sera plus N’Diago ». Toutes ces infrastructures vont accroître de fait la pollution (de l’eau, du sol, de l’air, déchets…), l’érosion, ou encore la prolifération des espèces envahissantes (Typha et Tamarix en particulier), qui vont affecter les zones productives d’espèces à forte valeur économique.
Ensuite, malgré ce contexte et la dépendance des populations à la richesse de la biodiversité, l’utilité de la biodiversité n’est, jusqu’à présent, pas suffisamment prise en compte dans les décisions économiques et politiques de la région, constituant une menace pour leur continuité. Si des initiatives sont progressivement mises en place pour alimenter le plaidoyer, comme l’étude « Initiative Valeur Verte » visant à quantifier la valeur des services écosystémiques rendus par le parc, elles sont encore insuffisantes.
Finalement, depuis la création du parc dans les années 1990, de nombreux changements écologiques radicaux n’ont pas fini de modifier les systèmes socio-écologiques, dont la gestion doit continuellement s’adapter pour parvenir à de nouveaux équilibres et faire face aux changements. Ces défis légitiment donc encore aujourd’hui le rôle du PND dans la région du bas-delta, et rendent toujours nécessaires ses actions de conservation et de protection de son capital naturel. En 2022, le PAG fera d’ailleurs l’objet d’une évaluation et une actualisation pour la période 2023-2027, qui tiendra compte de ces nouveaux défis pour continuer à préserver l’aire protégée aux niveaux écologiques et socio-économiques.
Activités socio-économiques traditionnelles Cueillette et artisanat Nattes traditionnelles à partir de Sporobolus robustus Au Diawling, les nattes sont traditionnellement confectionnées à partir de tiges de Sporobolus robustus cueillies dans le parc. Autorisée dès janvier, la cueillette du Sporobolus n’a réellement lieu que de fin avril à début mai, car les bassins doivent être complètement asséchés pour accéder facilement à l’ensemble des zones de cueillette. Les coopératives procèdent ainsi, à la main, à la cueillette du Sporobolus nécessaire pour l’ensemble de l’année (une seule période de cueillette dans l’année) ; après la cueillette, les tiges de la plante sont séchées pendant (sur les toits des habitations pour les protéger des animaux), et stockées jusqu’à la confection de nattes.