L'ordre d'Orange () est une société fraternelle protestante, créée en 1795, à Loughgall (Irlande), dans le but de favoriser les objectifs du protestantisme. Bien qu'il soit principalement présent en Irlande du Nord, l’ordre possède également des loges en république d'Irlande, en Écosse, au Canada, aux États-Unis et dans différents pays du Commonwealth. Les activités de l'ordre d'Orange ont plusieurs dimensions, religieuse, politique, culturelle et sociale. Il organise notamment des marches liées à divers événements.
Histoire Formation et premières années vignette|upright=0.9|Bataille de la Boyne (16 juillet 1690) Dès les années 1690, la victoire du roi Guillaume III d'Orange lors de la bataille de la Boyne, est commémorée chaque année, selon la tradition déjà établie dans l'Angleterre élisabéthaine d'intégrer les événements importants dans le calendrier protestant.
Durant les années 1780, des tensions religieuses deviennent préoccupantes dans le comté d'Armagh : le nombre de protestants et de catholiques était équivalent, et ils se trouvaient en concurrence. Des bandes rivales identitaires s’affrontaient lors de batailles et certaines d'entre elles s'organisèrent, créant les « Peep o' Day Boys » protestants et les « Defenders » catholiques. Dès 1790, des conflits à caractère « sectaire » se développèrent dans le comté, gagnant les comtés voisins. Le , une bataille rangée entre les Defenders et les Peep o' Day Boys, qui avaient reçu le soutien des « Bleary Boys », un groupe venant du comté de Tyrone, se tint près de Loughgall, à un carrefour connu sous le nom de « The Diamond », et une trentaine de Defenders catholiques furent tués. Pour fêter leur victoire, les Peep o' Day organisèrent une marche jusqu'à Loughgall (comté d'Armagh), où ils fondèrent l'ordre d'Orange au domicile de James Sloan. Cette association de défense protestante fut organisée en loges, avec comme objet principal de défendre le roi britannique et de ses successeurs, aussi longtemps qu'ils défendraient l'« ascendance protestante en Irlande ». Les membres de cette organisation parallèle prêtaient serment, usaient de mots de passe et de signes de reconnaissance.
Durant les mois qui suivirent la bataille du Diamond, un grand nombre de catholiques du comté d'Armagh, environ, s'exilèrent, du fait des menaces qui pesaient sur euxJames Bardon, A History of Ulster, Blackstaff Press, 2e éd. 2005.. Lord Gosford, alors gouverneur du comté d'Armagh, exprime son sentiment que les persécutions visent des personnes dont le seul tort est d'être catholiques, que leurs biens sont confisqués et qu'ils sont eux-mêmes bannis : .
Le lien entre cet événement, les bandes armées qui pourchassent les catholiques et la naissance de l'orangisme fait l'objet de controverses selon d'autres sources, qui soulignent que les loges orangistes n'existaient pas encore lorsque Lord Gosford s'est expriméWilliam Blacker, Robert Hugh Wallace, The Formation of the Orange Order, 1795-1798, Education Committee of the Grand Orange Lodge of Ireland, 1994.. L'historien Jim Smyth constate pour sa part que si certains ont nié l'existence de liens entre les Peep o' Day Boys et les premiers orangistes, ou en tout cas entre les orangistes et les attaques contre les foyers catholiques d'Armagh durant les mois qui suivirent la bataille du Diamond, ils reconnaissent toutefois les origines populaires du mouvementJim Smyth, « The Men of No Popery. The Origins of The Orange Order », History of Ireland, vol. 3, , Autumn 1995..
Les trois principaux fondateurs de l'ordre furent James Wilson (également fondateur des Orange Boys), Daniel Winter et James Sloan. La première loge orangiste fut établie près de Dyan (comté de Tyrone) et James Sloan devint le premier grand maître de l'ordre. Les premières marches de l'ordre commémorèrent la bataille de la Boyne, à Portadown, Lurgan et Waringstown, le .
La rébellion des Irlandais unis Le , un groupe de protestants libéraux, anglicans et presbytériens, crée, à Belfast, la Société des Irlandais unis, dans l'objectif d'obtenir une réforme du parlement irlandais, l'émancipation des catholiques et la révocation des lois pénales irlandaises. Cette société s'était ensuite rapprochée du Comité catholique, et avait obtenu quelque succès, notamment l'émancipation des catholiques. Lors de la création de l'ordre en 1795, les Irlandais unis étaient déjà devenus un groupe prônant des idées radicales, demandant notamment l'établissement d'une république irlandaise réunissant catholiques, protestants et non-conformistes (Dissenters).
Leur mobilisation croissante incita les autorités à soutenir l'ordre d'Orange, à partir de 1796, dans l'espoir de contrecarrer l'influence des Irlandais unis. Thomas A. Jackson et John Mitchel, deux historiens nationalistes irlandais estiment que le gouvernement tentait ainsi d'entraver le mouvement des Irlandais Unis tout en affirmant qu'il s'agissait seulement d'affirmer l'ascendance protestante. J.Mitchel estime que le gouvernement participa ainsi à la diffusion de rumeurs sur des projets de massacre des protestants, tandis que Richard R. Madden affirme que des efforts étaient faits pour insuffler dans l'esprit des protestants des sentiments de défiance à l'égard de leurs compatriotes catholiquesJohn Mitchel, History of Ireland, from the Treaty of Limerick to the Present Time, Vol. 1, 1869, .. Thomas Knox, commandant militaire britannique en Ulster écrivit en : « As for the Orangemen, we have rather a difficult card to play... We must to a certain degree uphold them […] should critical times occur ».
Les Irlandais unis considéraient les Defenders catholiques comme des alliés potentiels dans leurs revendications, tout en estimant qu'ils étaient des protestataires et « Houghers » ignorants et déshérités, et ils formèrent une coalition avec eux entre 1794 et 1796. Les Irlandais unis lancèrent une rébellion en 1798, et pour la réprimer, le gouvernement enrôla des orangistes, en appui des forces gouvernementales. Durant ces combats, une attaque sectaire lancée par les Defenders catholiques à Scullabogh (comté de Wexford), durant laquelle une centaine de protestants, hommes, femmes et enfants, furent enfermés dans une grange et brûlés vifs, et les sentiments anti-orangistes des responsables du massacre furent mis en évidence, durant les procès qui s'ensuivirent. En partie à cause de ce crime, l'ordre d'Orange connut une croissance rapide, et de nombreux officiers protestants rejoignirent le mouvement.
Les Defenders originaires du centre de l'Ulster, intimidés par l'environnement protestant armé par le gouvernement, n'avaient pas pris part à la rébellion de 1798. Ils furent victimes d'attaques sectaires suffisamment importantes pour que les grands-maîtres de l'ordre d'Orange interviennent pour en réduire l'ampleur et pour indemniser les victimes catholiquesRuth Dudley Edwards, The Faithful Tribe, London, Harper Collins, 2000, .. Un des effets de la rébellion des Irlandais unis fut la promulgation de l'Acte d'union de 1800 qui créa le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, en réunissant le parlement irlandais au parlement de Westminster. Alors que de nombreux catholiques soutenaient cet Acte, l'ordre d'Orange y vit une menace contre la constitution protestante et 36 loges du comté d'Armagh et de Monaghan firent des déclarations pour s'y opposer.
L'interdiction de l'ordre d'Orange Au début du , les orangistes furent très impliqués dans un violent conflit qui les opposa à une société secrète catholique, les . Le , des orangistes armés menèrent une attaque dans une église catholique de Dumreilly dans comté de Cavan, et, tirèrent sur l'assemblée, causant la mort d'un prêtre et de plusieurs paroissiens. Le gouvernement interdit les sociétés assermentées en Irlande (), notamment l'ordre d'Orange, qui dut se dissoudre et se reconstituer. En 1825, une loi interdisait à nouveau certaines associations. Cette mesure concernait principalement l'Association catholique (Catholic Association) de Daniel O'Connell, mais elle obligea une fois encore l'ordre à s'autodissoudre. Le , le parlement britannique vota l'acte d'émancipation des catholiques, autorisant notamment les catholiques à siéger comme parlementaires ou à occuper des fonctions administratives dont ils étaient jusque-là exclus. Ils purent ainsi participer à l'élaboration des lois. La perspective que les catholiques irlandais soient en mesure de peser sur les votes au parlement de Westminster augmenta l'inquiétude des orangistes. Le mouvement catholique de O'Connell s'efforçait quant à lui d'obtenir la restauration du parlement irlandais à Dublin, qui aurait été à majorité catholique et aurait mis un terme à l'« ascendance protestante ». À partir de cette période, le mouvement orangiste réapparut sous une forme militante renforcéeTony Gray, The Orange Order, London, Rodley Head, 1972, ..
L'ordre fut impliqué en 1836 dans un complot d'Ernest August, duc de Cumberland, très engagé contre l'émancipation des catholiques et grand maître de l'ordre en 1807, qui visait à évincer Victoria de la succession. La Chambre des communes demanda alors au roi George IV la dissolution de l'ordre. L'interdiction fut effective jusqu'en 1845, puis fut réitérée en 1849, après la bataille de Dolly's Brae (comté de Down), entre orangistes et ribbonistes. Les marches et les meetings orangistes furent interdits en Irlande durant plusieurs dizaines d'années, par le , l'interdiction fut levée à la suite d'une campagne de désobéissance menée par William Johnston, de Ballykilbeg.
Le renouveau dans les années 1880 vignette|La gendarmerie royale irlandaise chargeant les manifestants anti-autonomie à Belfast lors des . Le mouvement orangiste était sur le déclin à la fin du , mais il connut un renouveau à la fin des années 1880, du fait de l'adhésion des propriétaires terriens à la Ligue agraire nationale irlandaise, mouvement politique qui soutenait les droits des tenanciers irlandais à disposer des terres qu'ils cultivaient, puis contre le Irish Home Rule movement qui demandait notamment le rétablissement d'un parlement irlandais. L'ordre s'opposa avec virulence à la première proposition de loi déposée dans cette perspective par William Gladstone en 1886, et il soutint, en 1891, la formation de l'Irish Unionist Alliance qui prit par la suite le nom de Parti unioniste d'Ulster (UUP). La crainte qu'un parlement irlandais soit sous influence catholique était particulièrement vive dans les comtés à majorité protestante d'Ulster. La crispation sur ces questions provoqua la création d'un ordre d'Orange dissident, l' en 1903. L'origine de ce mouvement dissident remonte à 1901, lorsque défia le grand maître de l'ordre de Belfast durant une réunion orangiste à Castlereagh, estimant que celui-ci défendait une position pro-gouvernementale sur un point qui concernait l'interdiction d'une marche orangiste à Rostrevor. Thomas Sloan, qui prit la tête de l'ordre dissident, fut exclu de l'ordre d'Orange historique, après s'être porté avec succès candidat à une élection contre le candidat unioniste officiel de Belfast Sud.
Rôle dans la partition de l'Irlande en 1921 vignette|upright=0.9|Débat sur le Home Rule au Parlement de Westminster (1886)