Jorge Enrique Isaacs Ferrer, né le à Cali et mort le à Ibagué, est un écrivain et poète colombien. Surtout connu pour son roman , il a également été soldat, politicien et explorateur scientifique. Il est considéré comme un des auteurs les plus significatifs du en Amérique latine.

Alors qu'il est soldat dans un conflit opposant les conservateurs aux libéraux, Jorge Isaacs fait la connaissance du poète Gregorio Gutiérrez González et commence alors à écrire des poésies. Par la suite, il fait découvrir ses manuscrits au groupe littéraire qui édite 30 de ses compositions poétiques. En 1864, il commence à écrire son roman María qui est publié trois ans après et devient une des œuvres les plus notables du romantisme de la littérature espagnole.

En plus de son activité littéraire, Jorge Isaacs s'engage en politique. Il est d'abord représentant à la Chambre pendant quelques années avant d'occuper le poste de consul au Chili entre 1871 et 1872. Alors qu'il est membre de l'aile radicale du parti libéral, il élabore les stratégies à développer au sein de l'enseignement. En effet, pour les libéraux, l'analphabétisme et l'ignorance empêchent la formation du citoyen, la réalisation d'une démocratie, le progrès et la paix. Cependant, ses activités politiques et au sein de l'Éducation sont sources de désillusions et d'échecs.

En 1881, après avoir intégré une mission scientifique qui doit étudier les territoires inconnus du littoral atlantique puis continué à explorer seul plusieurs régions de la Colombie, il entame une recherche documentaire pour écrire une trilogie sur l'histoire du Grand Cauca à travers trois romans , (ou ) et . Ce projet reste cependant inachevé, l'écrivain mourant le des suites d'une rechute de la malaria qu'il avait contractée quelques années plus tôt.

Biographie Jeunesse vignette|alt=Hacienda El Paraíso|L'hacienda El Paraíso en 2010.

Jorge Isaacs, né le à Cali en Colombie au sein d'une famille de huit enfants, a pour parents George Henry Isaacs Adolfus et Manuela Ferrer Scarpetta. Le prénom d'Isaacs est sujet à caution : certains auteurs tels que Fabio Martínez prétendant que son véritable prénom est Jorge Ricardo tandis que María Teresa Cristina Z. affirme qu'il s'agit bel et bien de Jorge Enrique22.. En 1926, une polémique qui va durer dix-sept ans éclate quant au lieu de naissance de l'écrivain colombien. Alors que l'essayiste Baldomero Sanín Cano a écrit en 1920 dans le prologue du livre de Jorge Isaacs que ce dernier est né à Quibdó, chef-lieu du département de Chocó en Colombie, le poète Mario Carvajal déclare en 1926 que le véritable lieu de naissance est Cali et exige de Sanín Cano qu'il modifie ce qu'il avait écrit. Carvajal va même jusqu'à faire placer le une plaque commémorative sur la maison où le poète est supposé être né337.. L'acte de baptême d'Isaacs n'a été trouvé ni à Cali ni à Quibdó où un incendie a détruit en 1839 les archives paroissiales. En réponse à Carvajal, le poète Reinaldo Valencia publie en le pamphlet (Jorge Isaacs n'est pas né à Cali mais à Quibdó). Finalement, en 1943, un groupe d'intellectuels de Cali composé de Luis Carlos Velasco Madriñán, Leonardo Tafur Garcés, Alfonso Zawadzky, José Ignacio Vernaza et Mario Carvajal publie le livre (Jorge Isaacs, fils de Cali) dans lequel sont recueillies plusieurs conférences émises sur démontrant qu'Isaacs est bien né à Cali.

Le père de Jorge Isaacs, qui est un citoyen anglais juif, arrive en Colombie en 1822 en provenance de la Jamaïque. En 1827, il s'établit en tant que commerçant à Quibdó et se convertit au christianisme afin de pouvoir se fiancer. George Henry Isaacs Adolfus, qui est le fils de Henri Isaacs et de Sara Adolphus, se marie le dans la municipalité de Quibdó avec Manuela Ferrer Scarpetta, fille du militaire catalan Carlos Ferrer Xiques et de María Manuela Scarpetta Roo. En 1829, il obtient la carte de naturalisation colombienne et s'intéresse à la vie politique de la région vers 1833ix.. En 1840, il acquiert deux haciendas sucrières à proximité de Palmira : , nommée ainsi en l'honneur de son épouse, et . En 1854, il achète l'hacienda El Paraíso dans les environs de Buga où Jorge Isaacs passe son adolescence.

Enfant, Jorge Isaacs apprend ses premiers mots avec Doña Matilde Pombo O'Donnell, la mère de Julio (1817-1862) et de Sergio (1822-1888) Arboleda25.. Il entre ensuite dans une école primaire de Cali puis fréquente l'établissement scolaire du maître Manuel María Luna à Popayán. En 1848, à l'âge de onze ans, il est envoyé à Bogota afin d'étudier au (collège du Saint-Esprit) dirigé par le pédagogue Lorenzo María Lleras. En , il retourne à Cali, probablement sans avoir terminé ses études de baccalauréat. Jorge Isaacs souhaite suivre des études de médecine mais, alors que ses parents pensent l'envoyer à Londres, des difficultés financières ne permettent pas à ce projet d'aboutirx..

Campagnes militaires

vignette|alt=Jorge Isaacs en 1856|Jorge Isaacs en 1856.

Le , le général José María Melo organise un coup d'État contre le président José María Obando, entraînant une dictature militaire à Bogotá. Cette année-là, alors âgé de , Jorge Isaacs s'enrôle dans l'armée du colonel Manuel Tejada qui lutte contre la dictature de Melo. Durant cette guerre civile, il livre sa première bataille contre des partisans du dictateur qui se trouvent cantonnés dans la municipalité de Palmira25-26.. Cette guerre civile contribue à la ruine des haciendas de ses parents. À l'issue de cette campagne dans laquelle il combat durant sept mois17., il essaye de monter un commerce à Cali, mais sans succès. Jorge Isaacs se marie en 1856 avec Felisa González Umaña qui n'a que . De leur union, naîtront sept enfants : Clementina, Julia, María, Lisímaco, Jorge, Daniel et David.

Le , le général Tomás Cipriano de Mosquera s'insurge contre le gouvernement de Mariano Ospina Rodríguez26., décrétant la séparation de l'État souverain de Cauca de la Confédération grenadine. Commence alors la guerre civile colombienne de 1860-1862 qui voit s'affronter militairement les partis conservateur et libéral. Les premiers souhaitent un État centralisé fort et un grand pouvoir pour l'Église tandis que les seconds souhaitent un État fédéral laissant un grand pouvoir aux États fédérés et une mise à l'écart de l'Église dans les affaires de l'État. Jorge Isaacs retourne alors au champ de bataille afin de combattre sous les ordres du général Braulio Henao contre la révolution commandée par Cipriano de Mosquera, participant notamment à la bataille de Manizales qui se déroule le lors de cette guerre civile. C'est à cette période qu'il se déclare être conservateur. Bien des années plus tard, en 1893, Jorge Isaacs expliquera son intervention aux côtés des conservateurs, déclarant :

Durant ce conflit opposant les conservateurs aux libéraux, il est envoyé à Antioquia où il fait la connaissance du poète Gregorio Gutiérrez González et commence à écrire des poésies. Ainsi, plusieurs de ses poèmes tels que , ont été écrits durant ses campagnes militaires. Alors que la guerre civile se termine en 1861 avec la victoire de Cipriano de Mosquera, Jorge Isaacs retourne dans le département du Valle del Cauca, son père étant mort d'une cirrhose27. le .

Débuts littéraires vignette|alt= Maison du père de Jorge Isaacs dans le quartier El Peñón, à Cali|Maison dans le quartier El Peñón où Jorge Isaacs finit l'écriture de .

Isaacs retourne à Cali pour se charger des affaires familiales, conformément aux dernières volontés de son père. Afin de sauver les haciendas et les affaires familiales de la ruine, il contracte des prêts mais ne parvient pas à s'en acquitter à temps. Il part à Bogotá en 1863, laissant son frère Alcides à la tête du patrimoine familial qui a fortement diminué. Lors du séjour de Jorge Isaacs à Bogotá, les plaintes de plus de trente créanciers ne cessent de tomber. Il est alors cité à comparaître le devant le . Il décide d'utiliser les services d'Aníbal Galindo et de José María Vergara y Vergara, avocats reconnus dans le pays et membres du cercle littéraire (). En 1864, pour solder les dettes, les haciendas et sont finalement vendues mais les sommes recueillies ne sont pas suffisantes pour rembourser intégralement les créanciers.

Isaacs est convié un soir de à lire ses manuscrits chez José María Samper durant une cession extraordinaire de la société littéraire , devant quatorze autres écrivains. Il est applaudi par les participants pour ses poèmes. La même année, trente de ses compositions poétiques – dont , , et – sont éditées en tant que . Cette rencontre est très importante pour Isaacs et pour la suite de son activité littéraire, sa vision artistique s'enrichissant avec le regard descriptif et attentif de la réalité des autres membres d'27-28..

Alors qu'il devient inspecteur en pour superviser la construction de la route reliant Cali à Buenaventura, Jorge Isaacs contracte la malaria, vivant dans les forêts insalubres du littoral. La même année, lors de sa convalescence, il commence à écrire les premiers chapitres du roman dans un campement appelé (La Vipère) et situé sur les rives du río Dagua. Il finit l'écriture de son roman un an après dans la maison paternelle située dans le quartier à Cali et achetée le . Le texte de cette première édition est d'abord corrigé à Cali par son frère Alcides qui est professeur de grammaire, avant d'être envoyé à Bogotá pour être relu par José María Vergara y Vergara, Ricardo Carrasquilla, Ricardo Silva et José Manuel Marroquín. est publié pour la première fois en à l'imprimerie de José Benito Gaitán et est tiré à , se vendant au prix de . Bien que ce soit un échec sur le plan économique, Jorge Isaacs ne recevant que 200 pesos pour les vendus, le livre est un succès littéraire, José Joaquín Ortiz déclarant dans le journal que les vers de ce volume . En 1869, la deuxième édition, corrigée par Miguel Antonio Caro, est réalisée à l'imprimerie de Medardo Rivas30.. Dans cette nouvelle mouture, Isaacs décide notamment d'augmenter de deux ans l'âge de María. Le succès de est rapide. En effet, la première édition de cette œuvre apparaît en 1870 au Mexique, en 1874 en France, en 1882 en Espagne et en 1890 aux États-Unis.

Débuts en politique vignette|alt=Couverture du roman María en 1882|Couverture illustrée par Alejandro de Riquer du roman paru aux Éditions E. Domenech (Barcelone, 1882).

Selon Américo Carnicelli, dans le livre paru en 1975, Jorge Isaacs intègre la franc-maçonnerie le où il devient membre de au temple maçonnique de Bogotá. Il parvient à y atteindre le et devient l'un des membres fondateurs du temple maçonnique à Cali dont seront notamment membres des personnalités telles que son cousin César Contó, Tomás Cipriano de Mosquera et Pedro Alcántara Herrán.

En 1866, Isaacs est élu représentant à la Chambre par le parti conservateur de l'État du Cauca. Dans le même temps, alors qu'il jouit d'une reconnaissance dans le domaine littéraire, Jorge Isaacs travaille à Bogotá aux côtés de Sergio Arboleda en devenant, du au , rédacteur de l'hebdomadaire conservateur La República qui publie des éditoriaux et des articles politiques, sociaux et économiquesxi.. Durant cette période, Isaacs soutient la candidature présidentielle à la nation du conservateur Pedro Justo Berrío, alors président de l'État souverain d'Antioquia qui était une des divisions administratives et territoriales des États-Unis de Colombie. L'élection présidentielle de 1868 aboutit finalement à la victoire du libéral Santos Gutiérrez.