Robert Gabriel Karigamombe Mugabe, dit Robert Mugabe, né le à Kutama en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) et mort le à Singapour, est un homme d'État zimbabwéen. Il est Premier ministre de 1980 à 1987 et président de la république du Zimbabwe de 1987 à 2017.

D’obédience marxiste, il participe à la fondation de l'Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU) et mène une guérilla contre le gouvernement d’Ian Smith en Rhodésie, ce qui fait de lui un des « pères de l’indépendance » du pays, qui devient le Zimbabwe. Après être devenu Premier ministre du pays, il en accède sept ans plus tard à la présidence, instaurant un régime présidentiel. Cette fonction lui permet de continuer à assurer l'essentiel du pouvoir, auparavant détenu par le chef du gouvernement.

Son engagement anticolonialiste assure sa popularité auprès d'une partie de sa population et du continent africain. Cependant, il est accusé de faire reculer les libertés individuelles et de favoriser le racisme antiblanc, notamment par une politique de confiscation de terres et d'expulsions. Sur le plan économique, sa présidence est marquée par une explosion du taux de chômage, par l’hyperinflation, par la sous-nutrition et par les sanctions économiques des pays occidentaux. Entre 1982 et 1987 a lieu le Gukurahundi, lors duquel civils Ndébélés sont tués par la  brigade de Mugabe.

Fin 2017, alors qu'il dirige de facto le pays depuis 37 ans et qu'il est le plus âgé des chefs d'État en exercice dans le monde, il est victime d’un coup d’État qui conduit le Parlement à engager une procédure de destitution à son encontre. Il démissionne alors de la présidence du Zimbabwe et meurt deux ans plus tard dans un hôpital singapourien.

Famille et jeunesse Origines Né le , fils d'un immigré du Nyassaland (devenu Malawi), Robert Gabriel Karigamombe Mugabe grandit à la mission catholique jésuite de Kutama au nord-est de la capitale Salisbury. Son père abandonnant le foyer familial alors qu'il n'a que 10 ans, Robert Mugabe est élevé par sa mère dont il est très proche. Enfant solitaire, il manifeste un goût prononcé pour la lecture et les études.. Du côté de sa mère, il est issu de l'ethnie majoritaire des Shonas.

Formation Diplômé en enseignement à l'âge de 17 ans, il rejoint l'université de Fort Hare, en Afrique du Sud, pour y étudier l'anglais et l'histoire. Il y côtoie Julius Nyerere, Herbert Chitepo, Robert Sobukwe et Kenneth Kaunda.

Il est diplômé en 1951, puis poursuit ses études à Driefontein à Salisbury (1953), à Gwelo (1954) et au Tanganyika (1955-1957). Il obtient par correspondance une licence en enseignement à l'université d'Afrique du Sud et une licence d'économie à l'université de Londres.

Il enseigne pendant trois ans dans une école primaire à Lusaka, capitale de l'ex-Rhodésie du Nord, puis à Accra au Ghana, première colonie d'Afrique ayant accédé à l'indépendance, où il s'éprend d'une collègue, Sally Hayfron, sa première femme, qu'il épouse en 1961.

Vie privée thumb|left|Robert et Grace Mugabe en 2013. En 1961, Robert Mugabe épouse Sally Hayfron, avec qui il a un fils, Michael Mugabe (1963-1966).

Il est emprisonné lorsqu'il apprend la mort brutale de son fils âgé de . Il demande une dérogation pour assister aux obsèques, mais le régime de Ian Smith la lui refuse.

Alors qu'il est toujours marié à Sally Hayfron, il commence en 1987 une relation extra-conjugale avec sa secrétaire, Grace Marufu. Celle-ci donne naissance à une fille, Bona (née en 1988), et à un garçon, Robert (né en 1990). En 1996, quatre ans après la mort de Sally Hayfron des suites d’une maladie, Robert Mugabe épouse Grace Marufu. En 1997, cette dernière donne naissance à un troisième enfant, Chatunga..

En tant que Première dame du Zimbabwe, Grace Mugabe a la réputation d’aimer les vêtements et les bijoux de luxeMartin Meredith, Our Votes, Our Guns: Robert Mugabe and the Tragedy of Zimbabwe, New York: Public Affairs. 2002, 108-109.. Ses virées shopping lui valent le quolibet de « Gucci Grace ».. Elle est également régulièrement accusée d’être corrompueMartin Meredith, Our Votes, Our Guns: Robert Mugabe and the Tragedy of Zimbabwe, New York: Public Affairs. 2002, 109..

Tout au long de sa vie, il est catholique pratiquant.

Chef de guérilla

En 1960, Robert Mugabe revient en Rhodésie du Sud, converti à l'idéologie marxiste et se déclarant Le Monde, 9 mars 2002.. Il se joint au NdébéléEthnie du Zimbabwe issue des zoulous à partir d'une scission dans les années 1820. Joshua Nkomo et au Parti national démocratique (NDP), qui devient par la suite l’Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU). Le parti est interdit par le gouvernement blanc d’Ian Smith.

En 1963, Robert Mugabe, Shona, crée son propre parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU), avec le révérend et l'avocat Herbert Chitepo ; il en devient secrétaire général. La ZANU et la ZAPU seront longtemps séparés par cette frontière ethnique entre Shonas et Ndébélés. En 1964, Robert Mugabe est arrêté avec d'autres chefs de file nationalistes et emprisonné pendant dix ans au , à la frontière entre la Rhodésie du Sud et le Mozambique. Il étudie alors le droit et consolide son influence sur le mouvement nationaliste. En 1974, Mugabe est désigné comme nouveau chef de la ZANU aux dépens de Sitholé lors d'une élection interne en prison (ce que Sitholé n'a jamais reconnu).

Relâché en sous les pressions de John Vorster, Premier ministre d'Afrique du Sud qui cherche à trouver des interlocuteurs modérés au gouvernement blanc d’Ian Smith, Mugabe quitte le pays pour le Mozambique, où il prend la direction de la branche militaire de la ZANU, la Zimbabwe African National Liberation Army (ZANLA), pour mener la guérilla contre le gouvernement d’Ian Smith avec le soutien des communistes du Front de libération du Mozambique.

En 1975, deux événements vont permettre à Mugabe de prendre totalement le contrôle de la ZANU, et de poursuivre la lutte armée, tout comme Joshua Nkomo, le chef de la Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU). Mugabe profita tout d'abord du retour en prison, le , du révérend Ndabaningi Sitholé, accusé cette fois-ci de complot contre les autres leaders nationalistes noirs rhodésiens (raison officielle évoquée par le gouvernement rhodésien), ce qui poussa l'évêque méthodiste Abel Muzorewa, le leader du Conseil national africain, un parti politique créé en 1971 (qui deviendra le Conseil national africain uni en 1977), à suspendre les pourparlers engagés entre le gouvernement rhodésien et le Conseil national africain sur un règlement constitutionnel en Rhodésie tant que Sitholé n'aurait pas été libéré, ce qui provoque du même coup l'annulation de la rencontre entre le gouvernement rhodésien et le conseil national africain qui devait avoir lieu le Rhodesia Jails a Black Leader; Parleys Broken Off in Response, article du New-York Times du 5 mars 1975.Après l'arrestation du révérend Sitholé Les nationalistes rompent toute relation avec le gouvernement, article du Monde du 6 mars 1975.. Le gouvernement rhodésien s'attira par ailleurs les foudres de son principal allié, l'Afrique du Sud. En effet les Sud-Africains furent très mécontents et furieux de cette action et soupçonnaient que la véritable raison était que les Rhodésiens s'opposaient à Sitholé et préféraient négocier avec le chef de la ZAPU, Joshua NkomoMichael Knipe, « Sithole arrest linked with death list », The Times, Friday, 7 March 1975, p. 8..

10 jours plus tard, le , John Vorster, le Premier ministre sud-africain, convoqua alors en urgence au Cap Ian Smith et son ministre de la Défense et des Affaires étrangères P. K. van der Byl. Van der Byl n'a pas réussi à rassurer les Sud-Africains et un mois plus tard, le , moins de 48 heures après la visite éclair en Rhodésie du ministre sud-africain des Affaires étrangères, Hilgard Muller« La libération du Révérend Sithole : un nouveau "geste de détente" », article du Monde du 7 avril 1975., Sitholé est relâché afin qu'il puisse assister à la conférence des ministres de l'OUA à Dar-Es-SalaamM. Ian Smith se déclare prêt à reprendre immédiatement les pourparlers avec les nationalistes, article du Monde du 21 avril 1975.. Libéré, le révérend Ndabaningi Sithole renonce au combat armé et crée un parti politique modéré, l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Ndonga. Mugabe bénéficia également de l'assassinat de Herbert Chitepo le en Zambie dans un attentat à la voiture piégée.

En 1975, il participe à la rencontre officielle aux chutes Victoria entre Ian Smith et les principaux leaders noirs de Rhodésie du Sud sous les auspices de Kenneth Kaunda et de John Vorster.

Du au , Mugabe et Nkomo, en tant que chefs du Front patriotique, participent à la organisée par l'ambassadeur britannique aux Nations unies Ivor Richard ; les autres délégations présentes à cette conférence de Genève furent celle du gouvernement rhodésien dirigé par Ian Smith, celle de l'UANC, conduite par Muzorewa et James Chikerema. Quant à Sitholé, alors en lutte avec Mugabe pour le contrôle de la ZANU, il exigea d'être désigné chef de la délégation de la ZANU (Sitholé fut l'invité de dernière minute à cette conférence ; il fut initialement exclu des projets britanniques de conférence constitutionnelle sur l'avenir de la Rhodésie, parce qu'il manquait de soutien militaire et politique)ZAMBIA: RHODESIAN NATIONALIST LEADER REVEREND NDABANINGI SITHOLE SAYS HE HAD SUPPORT OF THE ZIMBABWE AFRICAN NATIONALIST UNION GUERRILLA FIGHTERS. (1976). Finalement, Sitholé reçut une invitation pour participer à la conférence de Genève le ZAMBIA: BLACK AFRICAN "FRONT-LINE" PRESIDENTS MEET TO DISCUSS FORTHCOMING GENEVA CONFERENCE ON RHODESIA (1976). Après six semaines de négociations, cette conférence de Genève fut un échec.

Deux épisodes sanglants vont marquer la rupture définitive entre le révérend et son ancien allié Robert Mugabe, tout d'abord le , lorsque des combats féroces opposent des factions rivales de la ZANU entre les partisans du révérend Ndabaningi Sitholé, et ceux de Robert Mugabe, dans la province de Tete au Mozambique ; ils feront 33 morts et 14 blessés33 Reported Killed in Clashes Between Rival Rhodesian Blacks.

Puis le , quand le révérend Ndabaningi Sitholé annonce que des centaines de membres de la guérilla ont été tués au Mozambique aux cours de combats fratricides et encore plus sanglants que ceux de entre les factions rivales de la ZANU divisée entre ses partisans et ceux de Robert Mugabe, Sitholé accuse Mugabe d'avoir divisé l'organisation et déclenché les combatsFive Black Countries Convene a Special Meeting to Consider Britain's Latest Proposals on Rhodesia, article du New York Times du 9 janvier 1977.. vignette|Robert Mugabe avec Nicolae Ceaușescu (Bucarest, 21 décembre 1976). Le , les accords de Salisbury, signés par Ian Smith avec des dirigeants noirs modérés comme Abel Muzorewa et Ndabaningi Sithole, aboutissent au principe d'élections multiraciales et à la fin de la domination blanche. La guerre a fait entre vingt et trente mille morts. Les élections de 1979 sont remportées par l'UANC d'Abel Muzorewa, l'UANC étant le seul parti noir ayant renoncé à la violence et autorisé ainsi à concourir. Abel Muzorewa devient le nouveau Premier ministre de la nouvelle Zimbabwe-Rhodésie le . Cependant, le nouveau régime n'obtient pas de reconnaissance internationale du fait des restrictions imposées aux autres partis politiques noirs n'ayant pu participer aux élections.