thumb|Pierre-Denis Martin, Louis XV, âgé de 5 ans, sortant du lit de justice tenu au palais le 12 septembre 1715, Paris, Musée Carnavalet.|350x350pxLe Trésor des Chartes, en latin thesaurus chartarum, est un des fonds les plus anciens des archives royales conservé sous les cotes J et JJ par les Archives nationales de France sur le site de l'Hôtel de Soubise, et constitue ce qui est considéré depuis le comme le noyau originel des archives de la Couronne de France.
Historique Il a souvent été écrit que la décision de conserver les archives de la couronne en un lieu unique ait été prise après la défaite de Fréteval. Le , Philippe II Auguste affronte Richard Cœur de Lion aux abords de la forêt de Fréteval (près de Vendôme). Richard lui inflige une cuisante défaite, à l'issue de laquelle le roi de France perd ses équipages, son trésor et ses archives, dont le sceau royal, qu'il transportait dans ses campagnes militaires.
Philippe Auguste aurait alors été contraint de reconstituer ses chartes domaniales, les registres et archives particulières de la couronne royale.thumb|La démolition du Palais de Justice en 1777
Yann Potin a montré qu'il s'agissait d'une légende infirmée par les faits. La création d'un dépôt remonte plutôt à 1204, date de l'intégration du duché de Normandie au royaume de France. Ou plutôt, c'est à partir de cette date que les actes administratifs commencent à être systématiquement conservés pour leur valeur utilitaire et juridique mais aussi historique.
La légende des archives perdues lors de la bataille a été forgée par le pouvoir pour justifier de l'absence de fonds plus ancien, à l'image des . La dynastie capétienne souffre donc d'une fragilité juridique marquée par l'absence d'assises documentaires, d'où le recours à ce passé mythique des archives de la couronneYann Potin, Trésor, écrits, pouvoirs. Archives et bibliothèques d'État en France à la fin du Moyen Âge, Paris, CNRS Éditions, 2020, p. 143..
À partir de 1231, Louis IX (saint Louis), impose que les documents soient entreposés au Palais de la Cité Trésor des Chartes Série J (1 020 cartons, 422 registres) Archives nationales (France).. La garde en est confiée à l'officier qui a la garde de la résidence royale, le concierge Adam. au moment où se construit la Sainte-Chapelle, le roi fait construire un lieu spécial sur son côté nord pour abriter le trésor de la Sainte-Chapelle. Ce bâtiment n'était accessible que par la Sainte-Chapelle. Le rez-de-chaussée était la sacristie de la chapelle basse, le premier étage, la sacristie de la chapelle haute aussi appelé revestiaire, le second étage auquel on accédait par un escalier à vis était réservé aux archives du roi et à sa bibliothèque. Ce bâtiment apparaît sous le nom de Trésor des chartes vers 1334. En 1254, les archives et, plus tard vers 1300-1302 les registres de chancellerie contenant le plus souvent des chartes d'actes royaux scellés de cire verte, sont déposés au troisième étage de la sacristie de la Sainte-Chapelle du palais avec la bibliothèque royale, au-dessus du « trésor » de reliques et de joyaux conservé au rez-de-chaussée. Le tableau de Pierre-Denis Martin montrant le jeune Louis XV sortant d'un lit de justice tenu au Parlement en 1715 nous fait découvrir ce curieux bâtiment accolé à la Sainte-Chapelle. Les archives y restent jusqu'à la démolition du bâtiment en 1783 après l'incendie du Palais de la Cité en 1776 et la volonté de construire une aile à son emplacement.. Un dessin de Thomas Froideau, assistant de l'architecte Pierre Desmaisons chargé de la reconstruction du Palais de Justice, montre l'état en 1777 avec le Trésor des Chartes à gauche encore debout.
Les archives de Philippe le Bel et de ses trois enfants occupent presque un tiers des documents conservés. On appelait « layettes » les coffrets plats qui renfermaient ces archives. Pierre d'Étampes est le premier portant le titre de garde du Trésor des chartes, nommé par lettres patentes le jusqu'en 1324. Il a été garde du Trésor des chartes pour Philippe le Bel et ses trois fils. Il était aussi chanoine de Sens. Il a établi un premier inventaire des chartes probablement dès 1309 jusqu'en 1318 qu'il avait rangées en 17 parties. Pierre d'Étampes a été aidé par un secrétaire, Jeannot Boitleau, ainsi que par plusieurs notaires.
L'agenais Pierre Dupuy (1582-1651) garde de la Bibliothèque du roi, travailla avec Théodore Godefroy à la rédaction d'un inventaire du Trésor des Chartes à partir de 1615. Un autre inventaire, datant de 1373 sous l'impulsion de leur prédécesseur Gérard Ier de Montaigu, avait été conçu et utilisé dès le règne de Charles V.
Après la Révolution Considéré comme un sanctuaire inviolable de l'Histoire de France pendant la Révolution, le Consulat et l'Empire, le Trésor des Chartes qui n'était plus alimenté après Louis XIV (le dernier document qui y fut versé est le Traité des Pyrénées de 1659) est mis en scène au centre des ou Dépôts dit qui forment les bâtiments nord des Archives Nationales sur le site de l'Hôtel de Soubise dans le Marais. Les séries J (layettes) et JJ (registres) furent mises en concurrence avec les séries K et KK dédiées aux , conservées dans un dépôt annexe.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Sources anciennes
Calames. Manuscrits de la Bibliothèque de l'Institut de France, Ms 430-442. Inventaire du Trésor des chartes, par Pierre Dupuy et Théodore Godefroy, s. , compte-rendu par
Thesaurus chartarum Franciæ : Layettes du Trésor des chartes / Ministère d'État - Archives de l'Empire. Étude sur la constitution du Trésor des chartes, v. 5, p. [i]-ccxxiv. Vols. 1-2, tome 1. De l'année 755 à l'année 1223, par A. Teulet, t. 2. De l'année 1224 à l'année 1246, par A. Teulet, tome 3. De l'année 1247 à l'année 1260 et Tables, par J. de Laborde, 2 vol., tome 4. De l'année 1261 à l'année 1270, par E. Berger, tome 5. Ancienne série des sacs dite aujourd'hui supplément / par H.-F. Delaborde. Archives nationales, Paris : H. Plon 1963-1909. Layettes du Trésor des Chartes, Paris, 1863-1902, 4 vol. in-4°, tome I : 755-1223, par Alexandre Teulet, 1863. « Note sur une série de registres du Trésor des chartes anciennement cotés par lettres », Henri-François Delaborde, Bibliothèque de l'école des chartes, 1900, Volume 61, 61, . Registres du trésor des chartes, inventaire analytique établi par les archivistes aux Archives nationales sous la direction de Robert Fawtier, 1958, Impr. nationale, trois volumes.
Travaux récents Krzysztof Pomian, « Les Archives, du Trésor des Chartes au Caran », dans Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, tome III, vol. 3, Paris Gallimard, 1992. Yann Potin, La mise en archives du trésor des chartes (-), positions de thèse, École des chartes, 2007 . Yann Potin, Trésor, écrits, pouvoirs. Archives et bibliothèques d'État en France à la fin du Moyen Âge, Paris, CNRS Éditions, 2020 Olivier Guyotjeannin et Yann Potin, « La fabrique de la perpétuité : le trésor des chartes et les archives du royaume, - s. », Revue de synthèse. Fabrique des archives, fabrique de l’histoire, série, 2004, (article suivi d’une bibliographie complète).
Articles connexes Archives nationales de France
Liens externes
Archives nationales : Site des Archives nationales, le trésor des Chartes. Site des Archives nationales Série J. Site des Archives nationales, Layettes du Trésor des Chartes SÉRIE J Layettes du Trésor des Chartes ancienne série des « Sacs » (dite « Supplément »). Trésor de Chartes de France, Encyclopedia Universalis, site payant. Instrument de recherche des séries J et JJ dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales. Exposition « La lettre et l’image – Trésors des chartes royales de Saint Louis à Charles VII » au musée de l’Histoire de France à Paris jusqu’au . 199 manuscrits du Trésor des chartes sont numérisés et indexés sur le site Himanis Chancery.
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